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Histoire de la MoldavieModifier

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L’histoire de la Moldavie concerne cinq espaces-temps reliés :

Principauté de MoldavieModifier

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Moldavie

13591859

[2] [3]

[4]

Histoire et événements
1359 fondation par Bogdan Ier
1538 vassale de l’Empire ottoman mais garde son autonomie
1600 union avec la principauté de Transylvanie et la Valachie
1714 nomination de princes phanariotes
1775 annexion autrichienne de la région alors nommée Bucovine
1812 annexion russe de la moitié orientale alors nommée Bessarabie
1859 fusion de la partie occidentale avec la Valachie pour former la Roumanie

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Entités suivantes :

  • Roumanie

Cet article traite de l'histoire de la Moldavie en tant que région historique de l'Europe, et non de l'histoire des états actuels de République de Moldavie et de Roumanie, qui forment des articles à part. L'histoire de la Moldavie en tant que région historique s'intègre dans l'histoire des Roumains, et est également revendiquée comme sienne par la République de Moldavie.

SommaireModifier

Histoire ancienneModifier

La Moldavie a été habitée depuis l'antiquité par les Thraces septentrionaux, les Gètes ou Daces, puis elle passe sous influence romaine pendant un siècle et demi, sans pour autant devenir une province romaine.

La romanisation des Thraces sur les territoires des actuelles Roumanie, Bulgarie, Moldavie et Serbie a perduré malgré le passage des Huns, des Ostrogoths, des Slaves, des Iasses, des Magyars, des Petchenègues et de la Horde d'Or (Tatars et Mongols).

La formation du voïvodat moldaveModifier

En 1247, le Diplôme des Chevaliers de Saint-Jean décrit à l'est des Carpates un voïvode valaque, tributaire du Khan tatare de la Horde d'Or. En 1277, alors que les voïvodes Litovoi et Bărbat luttent pour leur autonomie, les Moldaves du nord de la Moldavie (cnésat d'Onut, près de Hotin) entrent en conflit avec leurs suzerains ruthènes de la principauté de Galicie voisine. Ceux du sud de la Moldavie, par contre (cnésat de Bârlad) restent fidèles à leurs alliances avec les Galiciens et les Hongrois, qui les aident à se défendre contre les raids tatars.

Le recul des Tatars de la Horde d'Or crée des conditions plus favorables à un processus d'unification des cnésats. Dans les premières années du XIVe siècle, les chroniques allemandes évoquent un pays des Valaques (Wlachenlant) conduit par un voïvode dans le nord de la Moldavie. [5][6]La Moldavie au XVe siècle, par Georg ReychersdorfferAu XIIIe siècle la Moldavie est une fédération de cnésats (duchés vassaux de la Galicie et/ou de la Hongrie) : Onutu-Hotin, Strășineț, Baia, Neamțu, Soroca et ses monastères troglodytes, Hansca, Aski (aujourd'hui Iași ou Jassy, qui tire son nom des Iasses) et Bârlad. La Hongrie était aussi présente dans la future Moldavie avec les colons Csangos, à proximité de la rivière Siret, et postait des garnisons sur le chemin des invasions tatares : c'est l'origine des toponymes tels que Miclăușeni (Miklósfalu), Orhei (Varhély), Chișinău (kis-jenő : la petite source) ou Ciobruci (forme russifiée de Ciubărciu, de csupór, la baratte). La route commerciale le long du Siret, qui reliait le nord de l'Europe aux bouches du Danube, a joué un rôle important dans le développement économique et politique de ces territoires. Les villes moldaves se développent, dont Baia (civitas Moldaviae), mentionnée au XIVe siècle comme fief de Dragoș de Bedeu, un voïvode originaire du Maramureș, vassal du roi de Hongrie, Louis d'Anjou. Ce dernier avait organisé ce fief dans le bassin de la rivière Moldova, suite à une expédition en 1343-1345 à l'est des Carpates, en vue de renforcer l'influence hongroise face aux Tatars et aux Galiciens.

Mais les Moldaves s'unissent contre Dragoș et lui préfèrent Bogdan de Dolha, lui aussi voïvode originaire du Maramureș mais opposé à la suzeraineté hongroise. Après plusieurs années de guérilla, en 1359, Bogdan est reconnu par les Moldaves comme prince à la place des descendants de Dragoș, qui doivent retourner au Maramureș. La cité de Baia devient capitale de la fédération en 1359 sous le sceptre de Bogdan, désormais appelé Bogdan Ier le Fondateur (Bogdan Întemeietorul). Cette fédération de cnésats devient alors un Voïvodat gouverné par des Voïvodes, tandis que les anciens cnésats deviennent des comtés (ținuturi), gouvernés par les grandes familles de boyards.

Ce regroupement au XIVe siècle des cnésats moldaves situés entre Carpates, Dniestr et Mer Noire, vassaux de la Galicie ou des Tatars au XIIIe siècle, est parallèle à celui qui a lieu dans la Valachie voisine, dont les cnésats étaient vassaux de la Hongrie. Tous ces petits duchés avaient repris les couleurs (or et sinople à six fasces) du Regnum Valachorum (1186-1261, fondé par les dynasties Deleanu, Caloian et Asan dans les actuelles Roumanie méridionale, Bulgarie et Macédoine) dont ils se considéraient les héritiers1. D'abord appelée Bogdania ou Bogdano-Valachie, la principauté de Moldavie s'étend des Carpates au Dniestr et s'inscrit sur la carte de l'Europe sous la forme d'un pays souverain.

Le roi de Hongrie, Louis Ier le Grand, ne renonce pas de bon gré à sa souveraineté sur le pays moldave à l'est des Carpates, et ce qui s'était passé en 1330 en Valachie se répète en 1364-1365 en Moldavie. Louis Ier de Hongrie organise une expédition pour soumettre la Moldavie et remplacer Bogdan, mais il n'y réussit pas, l'état moldave s'étant consolidé économiquement, mieux organisé politiquement et militairement, de plus en plus développé démographiquement.

Histoire médiévaleModifier

[7][8]Reconstitution du trône d'Étienne III le Grand, le meilleur des voïvodes moldaves et héros de deux pays actuels, Roumanie et MoldavieAu début du Moyen Âge, la Principauté de Moldavie forme donc un État souverain, mais disputé par ses puissants voisins du nord et de l'ouest, les royaumes de Hongrie et de Pologne, et régulièrement attaqué par les tatars, au sud et à l'est. À cette époque, c'est une région prospère et puissante malgré sa taille limitée. Aux XIVe et XVe siècles, avec la chute de Constantinople et surtout avec le règne d'Étienne III le Grand, de nombreux Romées (Byzantins) se réfugient en Moldavie (et en Valachie) et on voit ainsi le centre de l'Orthodoxie se déplacer vers le nord avec l'apparition soudaine de plus de 40 monastères en style byzantin uniques au monde. La Moldavie s'émancipe des Hongrois et des Polonais et devient pleinement indépendante.

Alexandre Ier le Bon (Alexandru cel Bun) reçoit de la Valachie (sous le nom de Bessarabie d'après la dynastie fondatrice de la Valachie : celle des Basarab) le pays de Vrancea au sud du Trotuș et cinq ports des bouches du Danube et de la Mer Noire : Galați, Reni, Oblucița, Chilia et Cetatea Albă.

Sous Étienne III le Grand (Ștefan cel Mare), la Moldavie atteint sa puissance et son étendue maximales. Ce prince devenu célèbre lève une armée de boyards et de paysans libres, et arrive à tenir en échec les forces très supérieures des envahisseurs Ottomans, Polonais Tatars. Ștefan cel Mare avait alors engagé 36 batailles, dont 34 victoires et 2 résultats indécis confirmant le statu quo, tandis que ses adversaires quittent le terrain avec de lourdes pertes. Toutefois, à la fin de son règne de cinq décennies, la souveraineté de la Moldavie est assurée, non plus par la force des armes, mais par la négociation et au prix d'une lourde perte : outre l’or moldave qui sait trouver le chemin d’Istanbul, Ștefan cel Mare doit céder à l'Empire ottoman en 1484 quatre des cinq ports des bouches du Danube et de la Mer Noire : Reni, Oblucița, Chilia et Cetatea Albă. la Moldavie préserve ainsi son indépendance, mais perd sa flotte et des débouchés commerciaux, sources de richesse.

  • [9]Drapeau du XVe siècle
  • [10]Armoiries du prince Étienne III de Moldavie, dans l'armorial Wijnbergen
  • [11]Armoiries du prince Étienne III de Moldavie, sur la cloche de Suceava
  • [12]Armoiries de la principauté de Moldavie, sur l'église de St. Dumitru de Suceava (ancienne capitale)

[13][14]La Principauté de Moldavie, ses routes et ses comtés (ținuturi) à la veille de l'invasion ottomane (1483).Article connexe : Guerres Moldo-ottomanes.==La vassalité envers l'empire ottoman== En 1512 la principauté doit payer tribut aux Turcs ottomans pour sauvegarder son autonomie et ses institutions. Mais, comme la Valachie et la Transylvanie, elle ne devient pas province turque pour autant, comme l'indiquent par erreur la plupart des atlas historiques occidentaux. En 1561, le Voïvode Alexandru Lăpușneanu fonde l'Université de Moldavie. Après 1711 les voïvodes prennent le titre de Hospodars et sont nommés parmi les Romées dits phanariotes (nom d'un quartier chic de Constantinople) qui louvoient entre le sultan ottoman et le tsar russe dont ils espèrent leur émancipation.

Sous le règne des princes suivants, moins durables et affaiblis par le système de monarchie élective en vigueur dans la Principauté, l'aristocratie des Boyards prend de plus en plus de pouvoir : la Moldavie décline et s’appauvrit. À partir de 1512, le sultan ottoman commence à se mêler de l'élection des voïvodes (favorisant le plus offrant) et à partir de 1538 la Principauté devient officiellement vassale de l'Empire ottoman auquel elle verse un tribut sans cesse croissant. Cette même année, elle doit céder à l'Empire ottoman le comté de Tighina, désormais appelée Bender (« la porte » en turc).

À quelques exceptions près, la plupart des voïvodes ne restent au pouvoir que deux ans en moyenne, le temps d'amortir leur « cadeau » (le Bakşış en turc, d'où vient le mot bakchich) à la Sublime Porte ottomane et de s'enrichir. Certains se disputent le trône par les armes, d'autres règnent deux ou trois fois à quelques années d'intervalle, et pressurent les paysans, qui s'endettent et perdent leur liberté : le servage s'installe, et les souverains sont contraint de remplacer la levée par des armées de mercenaires (souvent Albanais, Hongrois, Cosaques) peu fiables.

Toutefois à la différence des pays balkaniques et de la Hongrie centrale, transformés en Paşalık(pachaliks : provinces turques gouvernées par un pacha) les principautés moldave et valaque sauvegardèrent leur autonomie interne. Par traité, en échange de certains monopoles commerciaux, les Ottomans s'obligeaient à respecter les frontières des principautés et les institutions du pays, le sultan se réservant cependant le droit de confirmer par firman l'élection du voïvode ; en outre, le traité garantissait les anciennes lois et coutumes, et une éventuelle protection envers des agresseurs venus du nord (Pologne, Autriche, Russie). En échange, les principautés reconnaissaient la suzeraineté de la Porte, s'engageaient à respecter les obligations matérielles et militaires (comme de prêter main-forte au sultan), et ne pouvaient conclure de traités non contresignés par la Sublime Porte.

Dans la vie politique, l'ingérence de la Porte se faisait sentir surtout lorsqu'il s'agissait de nommer ou changer les princes. L'ancien conseil princier (sfatul țării), devenu divan uniquement consultatif sur le modèle ottoman, était souvent manipulé par les Turcs par l'intermédiaire de dignitaires qui leur étaient acquis. La capitale de la Moldavie est transférée à Iași, ville plus proche du territoire ottoman. Afin que le pays ne constitue plus une menace, son armée fut subordonnée en quelque sorte à la Porte, et certaines fortifications furent occupées par les Ottomans (Hotin en 1713). Avec ces restrictions, la Moldavie continua pourtant à se gouverner de façon autonome.

Le tribut de 2 000 ducats d'or fixé en 1456 s'élève en 1541 à 12 000 ducats. Le montant des prestations envers l'état Ottoman continue à croître. En ce qui concerne les produits alimentaires, les obligations du pays envers les Turcs augmentent : en 1565-1566, la livraison annuelle obligatoire de blé par la Moldavie représente 2,225 tonnes (ce qui est énorme compte tenu de la productivité de l'époque, qui dépassait rarement 2,5 pour 1).

Les princes sous la vassalité ottomaneModifier

[15][16]Citadelle médiévale de Hotin sur le Dniestr, face à la Pologne.[17][18]Citadelle médiévale de Cetatea Alba sur le Liman du Dniestr, face aux Tatars.[19][20]Église peinte de Sucevitsa (1584) au centre d'un monastère fortifié.L'augmentation de la dépendance politique de la Moldavie se manifeste dans la pratique de la confirmation du Prince sur le trône du pays, qui prend souvent l'aspect d'une vente aux enchères. À la fin du XVIe siècle le bakchich qu'un prétendant au trône de Prince de Moldavie doit offrir au Sultan dépasse cinq fois le tribut annuel. Ces dépenses sont énormes et le futur Prince doit souvent emprunter à des créanciers (souvent Vénitiens, Juifs, Grecs de Constantinople ou Turcs) auxquels il doit ensuite verser les intérêts. Certains en font profession et s'installent à Iassy et Bucarest : ce sont les premières banques. Une autre charge pesante, devenue presque officielle, est l'habitude d'offrir des bakchich aux dignitaires de la cour Ottomane afin de les remercier de leurs services ou de les acheter. Au XVIIe siècle, afin de se voir confirmer ses droits, le Prince doit payer un tribut lors des deux fêtes principales de l'islam. Si Pierre IV Rareș paie 150 000 ducats d'or, Aron Tiranul dépense presque un million de ducats. En 1551, le Prince de Moldavie arrive à Constantinople accompagné de 100 chevaux en bakchich. Plus tard, les Ottomans imposent la confirmation du Prince tous les trois ans et l'activité du divan est surveillée par le représentant du Sultan appelé divan efendi. Le pouvoir princier est instable puisque, au cours des XVIIe et XVIIIe siècles, presque 50 princes se succèdent sur le trône de Moldavie, certains y accédant deux ou trois fois.

Les princes (voïvodes) se succèdent sur le trône de Moldavie :

  • Bogdan III l'Aveugle (Bogdan Chiorul) en 1504, qui combat le prince de Valachie Radu IV cel Mare de Valachie en 1507, s'oppose à la Pologne en 1508, et meurt en 1517.
  • Pierre IV Rareș en 1517, qui cherche à rétablir de bonnes relations avec la Pologne. Il lance des expéditions dans le pays des Sicules, et tente de s'emparer de Brașov en 1529. Il s'empare de la Pocutie en 1530, déclenchant la riposte des armées polonaises en 1531, et une contre-riposte victorieuse en 1532. Il prend parti dans la querelle entre Ludovico Gritti, envoyé du Sultan en Hongrie, pour régler le conflit pour la possession du trône de Hongrie entre Ferdinand de Habsbourg et Jean Ier Zapolya. Lundovico Gritti tente alors une prise de pouvoir en Transylvanie, et provoque un soulèvement général. Petru Rares soutient István Maylad, futur Voïvode de Transylvanie, qui s'est assuré de l'appui de Ferdinand de Habsbourg, à la tête d'une armée de Sicules et de Saxons contre Ludovico Gritti, qui est tué. Il est finalement vaincu par une coalition de Polonais, de Turcs et de Tatars, et doit se réfugier à Ciceu, dans sa forteresse de Transylvanie, après l'incendie de la capitale Iași.
  • Étienne V la Sauterelle en 1538, qui est complètement sous contrôle des Ottomans, assassiné par les nobles moldaves qui conspirent contre le souverain en 1540.
  • Alexandre III Cornea en 1540, assassiné à son tour en 1541.
  • Pierre IV Rareș en 1541, rappelé par les Turcs sur le trône, et qui meurt en 1546.
  • Ilias II Rareș en 1546, qui se convertit à l'islam en 1551
  • Étienne VI Rareș en 1551, qui est éliminé en 1552 avec l'appui des nobles et de la Pologne
  • Alexandre IV Lǎpusneanu qui s'installe en 1552 à Suceava, prête serment de vassalité au roi de Pologne, et est détrôné en 1561, et s'enfuit en Turquie avec le trésor princier.
  • Ioan Jacob Heraclide de Moldavie en 1561, qui se fait chasser du trône par les nobles moldaves en 1563 et par l'hetman Ștefan Tomșa
  • Étienne VII de Moldavie en 1563, qui doit fuir à Lviv après cinq mois de règne, Alexandre IV Lăpusneanu ayant été confirmé par les Ottomans comme prince à sa place.
  • Alexandre IV Lǎpusneanu qui se ré-installe en 1563 avec l'aide des Tatars qui pillent le pays. Il abandonne sa capitale Suceava pour la transférer à Iași en 1565, et envahit la Pocutie pendant que les Tatars ravagent la Podolie. Il meurt en 1568.
  • Bogdan IV de Moldavie, après la régence de sa mère Ruxandra en 1571, déposé en 1572 par les Ottomans.
  • Jean IV le Cruel en 1572, qui améliore la condition des paysans, déposé par les Ottomans en 1574.
  • Pierre V le Boiteux en 1574 qui améliore les relations commerciales avec la Pologne, et expulse les Juifs, déposé en 1579
  • Jean III le Saxon en 1579, déposé en 1583, qui s'enfuit en Pologne avec son trésor.
  • Pierre V le Boiteux, remis sur le trône en 1583. Il doit faire face aux incursions de Cosaques, et tente de rapprocher l'Église orthodoxe moldave de l'Église catholique romaine.
  • Étienne de Moldavie son fils, associé au trône en 1584 sous sa régence. Lui et son père doivent s'exiler en Autriche, suite à un différend avec les Turcs sur le montant du tribut à payer, en 1591.
  • Aaron le Tyran en 1591, déposé en 1592.
  • Pierre VI le Cosaque qui s'empare de Iași en 1592, et est exécuté par les Turcs.
  • Aaron le Tyran ré-installé en 1592, déposé en 1595 par Sigismond Bathóry.
  • Étienne VIII Răzvan en 1595, détrôné par les Polonais en 1595.
  • Jérémie Movila en 1595, qui gouverne sous la protection des Polonais. Il est chassé par le voïvode de Valachie et de Transylvanie Michel Ier le Brave (Mihai Viteazul) en 1600, qui réalise pour la première fois l'union des trois voïvodats.
  • Marc Cercel (Marcu Cercel), neveu de Mihai Viteazul, est installé comme régent en 1600, déposé par les Polonais en 1600.
  • Jérémie Movila en 1600, après l'assassinat de Mihai Viteazul par les Autrichiens, qui abdique en 1606.
  • plusieurs membres de la famille Movila se succèdent alors sur le trône de Moldavie :
  • après ce règne, l'instabilité politique est marquée par de fréquents changements de princes sur le trône de la Moldavie, certains ne gardant le pouvoir que pendant quelques jours.

La guerre polono-turqueModifier

Article détaillé : Guerre polono-turque (1672-1676).En 1669, les Turcs s'attaquent à la Pologne, affaiblie par une longue guerre contre la Russie. Kamenec (Kameniets) et Lviv (Lwow, ou Lemberg, en allemand) sont assiégées en 1672, et le prince Ștefan XI Petriceicu se réfugie en Pologne (où il est connu comme Étienne XI Petreczeikus) dont le futur roi Jan III Sobieski écrase les Turcs à Hotin en 1673, mais sans pouvoir reprendre Kameniets. Jean Sobieski est élu roi de Pologne en 1674 et met en échec les Turcs à Zurawno. La France favorise la conclusion du Traité de Zurawno de 1676, qui restitue à la Pologne Kamenets-Podolski et les deux tiers de l'Ukraine.

  • Le voïvode moldave Gheorghe II Duca participe au siège de Vienne de juillet à septembre 1683 au côté des Turcs. À son retour, il est fait prisonnier par des partisans de Ștefan Petriceicu, et meurt à Varsovie.
  • Ștefan XI Petriceicu s'empare du trône avec l'appui polonais de Stepan Konicky et ses Cosaques, qui passe le Dniestr en 1683, avant de se faire pourchasser par les Tatars vassaux des Ottomans de retour du siège de Vienne. Il se réfugie en Pologne.
  • Dumitraṣcu Cantacuzène (Dumitraṣcu Cantacuzino) est nommé en 1685 à la place de Gheorghe Duca.
  • Constantin Cantemir arrête en 1691 devant Iași les troupes polonaises de Jan Sobieski, qui a des prétentions sur la Moldavie, en opposition avec les Habsbourg, qui soutiennent la vassalité de la Moldavie envers la Hongrie, dont ils sont les souvezrains.

Les Turcs vont s'attaquer aux possessions des Habsbourg dès 1681. À partir de 1683, la frontière austro-turque pivote autour de l'axe fixe constitué par les confins militaires de Croatie et se porte successivement en 1699 sur la ligne de la Save, de la Tisza et du Mureș. En arrière de la nouvelle frontière, l'implantation de colons d'origine germanique et de religion catholique jalonne la progression autrichienne en direction du sud-est européen à partir de 1718.

(Dimitrie Cantemir) Les Ottomans déclarent la guerre à la Russie le 25 février 1711, poussés par la France et les Tatars. *Dimitrie Cantemir, voïvode du 6 novembre 1709 au 23 novembre 1710, propose son aide aux Russes, contre la reconnaissance de l'indépendance de la Moldavie. Mais les Turcs sont vainqueurs des Russes à Stanilesti, sur le Prut, et le traité de Falciu de 1711, confirmé par le traité de Constantinople de 1712 et le traité de Andrinople de 1713, exige la restitution d'Azov aux Ottomans, et interdit à la Russie de se mêler des affaires de la Pologne. Dimitrie Cantemir est destitué et se réfugie à Moscou.

L'inauguration du régime phanariote se fait par le remplacement de Cantemir par Nicolas Mavrocordato le 23 novembre 1710.

Les princes Hospodars phanariotesModifier

L'orientation toujours plus évidente des pays roumains de l'est et du sud des Carpates vers la Russie dans l'espoir de se libérer de la domination turque, la tendance des Habsbourg à s'étendre sur la Transylvanie et la Moldavie, la méfiance des Turcs vis-à-vis de l'aristocratie roumaine (les Boyards), expliquent le remplacement des princes autochtones roumains par des Romées du quartier constantinopolitain du Phanar, de langue grecque, de 1710 à 1821. Certains princes phanariotes descendaient des familles impériales byzantines (Paléologues, Cantacuzènes…); d'autres appartenaient à la noblesse de robe (Mourousi...) et le Sultan leur confiait une double mission : celle de maintenir les pays roumains sous la vassalité ottomane, et celle de les intégrer le plus possible dans le système économique turc, afin d'assurer l'approvisionnement de la Porte. Toutefois, la plupart des phanariotes étaient de culture humaniste, souvent éduqués en France ou par des précepteurs français imprégnés de l'esprit des Lumières, et tout en jouant plus ou moins le jeu Ottoman, ils ouvrirent la Moldavie et la Valachie à l'influence française, au commerce allemand, à la technologie britannique. Ils fondèrent des hôpitaux, des asiles, des chantiers navals, des écoles, des bibliothèques... Affilié à la franc-maçonnerie, Constantin Mavrocordato donne une Constitution en 1741 (Marele Hrisov, traduit en 1742 dans le Mercure de France) et abolit le servage le 17 avril 1749 (entre le Prut et le Dniestr, le servage sera rétabli par les Russes en 1812 et jusqu'en 1861).

  • Nicolae Mavrocordat le remplace sur le trône de Moldavie en 1711, et inaugure le règne des Phanariotes.
  • Constantin Mavrocordat succède à son père en 1730. Il réforme la fiscalité. Il souhaite s'attaquer aux privilégiés, et tente de réduire les avantages qu'ils ont acquis au cours de l'histoire en définissant un nouveau statut de la noblesse en fonction de l'ancienneté de la famille et de la fonction publique détenue. La réforme de la fiscalité entraine la réforme de la vie sociale, et, à terme, l'abolition du servage. La réaction des nobles moldaves est très forte, et il est muté en Valachie en février 1756... où il mènera les mêmes réformes!
  • Constantin Racoviță est nommé en 1756, avec l'appui de la diplomatie française.

Les annexions autrichiennes et russesModifier

[21][22]Pays traditionnels (Haut-pays, Bas-pays et Bessarabie originelle) et partages successifs de la Moldavie (1775-1812 à 1918, puis 1940 à nos jours).La volonté de la Russie de posséder les bouches du Danube provoque une nouvelle guerre avec les Ottomans en 1768. La Moldavie est occupée par les Russes et la guerre se porte au sud du Danube. Les victoires dans les Balkans et en Crimée obligent la Turquie à demander la paix. Le traité de Küçük Kaynarca en 1774 accorde, entre autres, le droit de donner à des sujets ottomans de confession chrétienne une patente de naturalisation, ces derniers échappant alors aux lois et aux impôts ottomans. La Russie va user et abuser de ce droit, en enlevant à l'Empire ottoman des milliers de sujets chaque année. L'influence de la Russie se renforce, et les Moldaves, comme d'autres peuples d'Europe, voient en elle leur salut.

Pour le prix de son aide diplomatique dans la guerre russo-turque, le traité austro-turc du 4 mai 1775 donne une partie de la Moldavie du nord, la Bucovine, à l'Autriche. La nouvelle frontière austro-moldave marque sur le terrain une suite de « dents de scie » orientées tantôt est-ouest, tantôt nord-sud : aucune contrainte topographique ne l'explique, mais les archives en dévoilent la raison : à chaque bakchich autrichien, la commission Ottomane s'enfonçait plus profondément vers l'est en territoire moldave, mais à chaque protestation du Hospodar Grigore III Ghica (Grigorie Ghica) elle revenait vers le sud-ouest, de crainte que la colère du Sultan ne s'abatte sur elle. À la fin de l'année 1781, les autorités autrichiennes décident de transférer le siège du diocèse de Radautz à Czernowitz et colonisent dans ce nouveau Kronland appelé dès lors Bucovine, des populations ruthènes (ukrainiennes), allemandes et juives. Les autochtones de Bucovine (roumains) sont marginalisés et n'ont que difficilement accès à l'Université de Czernowitz ou Cernăuți (aujourd'hui Tchernivtsi), créée en 1875, qui devient un bastion de la culture allemande. Cela va créer des rancœurs croisées qui s'exprimeront en 1918 lorsque l'Assemblée de Bucovine, où les roumains sont majoritaires, vote son rattachement à la Roumanie. Dans l'entre-deux guerres ces rancœurs vont empoisonner l'ambiance pourtant multiculturelle et tolérante de cette Doulce Bucovine, mais c'est pendant la seconde guerre mondiale qu'elles tourneront au génocide croisé (des Juifs par les fascistes du régime Antonescu, et des Roumains par les agents du NKVD stalinien), malgré l'action de Traian Popovici, maire de Cernăuți/Czernowitz, qui réussit à sauver environ 16 000 Juifs. On retrouve trace de ces tragédies et de ces rancœurs jusque dans les ouvrages historiques actuels publiés sur la Bucovine : rares sont ceux qui parviennent à s'en tenir aux sources et à éviter l'invective... Aujourd'hui, la région nord de la Bucovine appartient à l'Ukraine, sous le nom d'Oblast de Tchernivtsi, et la région sud appartient à la Roumanie sous le nom de Județ de Suceava.

En 1783, en violation du traité de Küçük Kaynarca de 1774, la Russie avait annexé le khanat de Crimée. Le 15 septembre 1785, suite à l'ultimatum des Turcs exigeant son évacuation, la Russie déclare leur déclare la guerre, et la Moldavie est de nouveau le théâtre des opérations militaires. L'Autriche prête la main à la Russie le 9 février 1788. Par le Traité de Iasi de 1792, l’Empire ottoman cède la Tauride et le Yedisan aux Russes. En 1792, dans le territoire compris entre Bug et Dniestr, Catherine II décide de procéder à une colonisation systématique, et attire de nombreux colons en leur accordant des conditions avantageuses.

Le 12 août 1806, le Sultan ottoman décide de destituer Alexandre Mourousi (Alexandru Moruzi) et de le remplacer par Scarlat Kallimachis (Scarlat Calimachi) : La Russie considère que la destitution de Mourousi, russophile, constitue une infraction au traité russo-turc. Le Sultan ré-intègre Mourousi dans ses fonctions, mais le 28 octobre 1806 le Tsar ordonne à l'armée russe de franchir le Dniestr, ce qu'elle fait le 10 novembre 1806. L'attitude attentiste de Mourousi conduit le Tsar à nommer Constantin Ypsilántis souverain de Moldavie et de Valachie, qui est destitué peu après. Dès leur entrée en Moldavie, les autorités russes interviennent dans les affaires intérieures. Entre décembre 1806 et juillet 1812, le tsar désigne plusieurs présidents de l'Assemblée des Nobles. Le 17 février 1808, le Tsar nomme Kouchnikov président des deux assemblées de Moldavie et de Valachie. La paix est signée entre la Turquie et la Russie en 1812. Par le traité de Bucarest de 1812, la moitié est de la Moldavie occupée par les troupes russes jusqu'au Prut est annexée à la Russie, sous le nom de Goubernia de Bessarabie, dont les deux tiers forment aujourd'hui la République de Moldavie. Le 12 juillet 1812, le Tsar nomme Scarlat Sturza gouverneur de la Bessarabie et place un commandant militaire russe à ses côtés. Sturza meurt le 17 juin 1813, et le commandant militaire russe cumule les deux fonctions, et on s'aperçoit alors que la nouvelle suzeraineté ne fait pas mieux que l'ancienne, d'autant que les Russes y rétablissent le servage, aboli en 1749 par le Hospodar réformateur Constantin Mavrocordato.

Après la défaite des Russes dans la guerre de Crimée (1853-1856), le traité de Paris de 1856 stipule que la Moldavie et la Valachie doivent être garanties collectivement par les sept puissances étrangères qui ont signé le traité de rétrocession du sud de la Bessarabie à la Moldavie, soit les régions d'Oblucitsa (Izmail), Palada (Bolgrad), Chilia et Frumoasa (Cahul). En 1859, l’état moldave fusionne alors avec la Valachie, en choisissant le même prince pour les deux principautés, en la personne du Moldave Alexandre Jean Cuza (Alexandru Ioan Cuza). C’est la fondation de la Roumanie moderne. Mais le traité de Berlin de 1878, redonne le sud de la Bessarabie à l’Empire russe jusqu'en 1918.

La construction du chemin de fer par les Russes n'avait eu d'autre but que d'amener à Odessa les récoltes de Bessarabie. La région annexée tombe dans une pauvreté grandissante jusqu'à son rattachement en 1918 à la Roumanie Entière, née en 1859 de l'élection démocratique du même prince-président par les parlements de Valachie et de Moldavie. La Roumanie Entière qui comprend aussi la Bucovine et la Transylvanie austro-hongroise, est prospère économiquement. Elle s'inspire des institutions de l'État Français de l'époque et représente la seule période d'émancipation totale du peuple roumain dans son histoire.

Après 1859Modifier

Finalement la partie occidentale de la Principauté va s'unir à la Valachie pour former la Petite Roumanie en 1859. Dès lors, l'histoire de la moitié occidentale de la Moldavie se confond avec celle de la Roumanie.

La partie orientale s'y est également rattachée par un vote de son Conseil en mars 1918 (réunification de la Moldavie au sein de la Grande Roumanie) jusqu'en 1940 quand l'URSS, selon le pacte Hitler-Staline, annexe à nouveau la partie orientale de la Moldavie, devenue en août 1991 la République de Moldavie.

Après la Deuxième Guerre mondiale l'URSS va procéder ensuite à une russification de la République de Moldavie beaucoup plus intense que celle due à l'Empire russe, par la déportation de centaines de milliers de Moldaves vers la Sibérie et l'installation à leur place de populations russes et ukrainiennes2). La Bessarabie sera pour l'URSS ce qu'elle avait été pour l'Empire russe : un grenier agricole. Aucun projet important de modernisation n'est entrepris par les soviétiques sur la rive droite du Dniestr, et les industries sont concentrées sur la rive gauche qui fait séccession lors de l'indépendance, de telle sorte que, après 1991, la République de Moldavie est le plus pauvre pays de l'Europe, contrairement à la partie de la Moldavie qui se trouve en Roumanie. Après l'indépendance, un référendum pour unifier la République de Moldavie avec la Roumanie donne le « non » gagnant, car la Russie (fournisseur énergétique) menace de couper le gaz et l'électricité (« Journées noires ») et suscite des sécessions armées chez les Russophones et les Gagaouzes (« Journées rouges » : guerre civile de 1992).

Aujourd'hui la partie orientale de la Moldavie historique se trouve sur le territoire d'un état indépendant, la république de Moldavie, tandis que la partie occidentale appartient à la Roumanie. Sa partie septentrionale, la Bucovine, est partagée entre la Roumanie et l'Ukraine et la région proche de la Mer Noire est en Ukraine. La Roumanie a promis de donner la nationalité roumaine à toutes personnes prouvant que leur parents ou grands-parents étaient citoyens roumains avant 1940 (mais les bureaux sont surchargés et la procédure très lente).

La plupart des partis politiques de Roumanie sont favorables à une unification avec la Moldavie à tout moment, à condition que la République de Moldavie en prenne l'initiative. Mais cela ne risque pas d'arriver, car l'hémorragie continue des romanophones vers la Roumanie et l'Italie, jointe au fait que depuis l'époque soviétique, les russophones sont majoritaires dans les instances dirigeantes de l'économie et de la politique, a fait de la République de Moldavie ce qu'Alain Ruzé a appelé un oblast russe à majorité romanophone aux portes de l'Europe3.

Cartes historiquesModifier

Atlas historique de la région de Moldavie[23]La Moldavie dans l'Antiquité     4.

pour la période postérieure à 1859 en Moldavie occidentale (8 judeţe roumains sur la rive droite du Prut) : l’histoire de la Roumanie ;Modifier

BessarabieModifier

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Bessarabie

18121944

[25]
[26]

L’ancienne Bessarabie (couleurs) et les États actuels

Démographie
Population Roumains : 60 %

Ukrainiens : 23 % Russes : 12 % Gagaouzes : 4 %

Histoire et événements
1812 annexion par l’Empire russe
1917 autonomie puis indépendance sous le nom de République démocratique moldave
1918 union avec la Roumanie
1940 ultimatum de Staline à la Roumanie et invasion par l’Armée rouge
1940 création de la Rép. soc. sov. de Moldavie
1941 reprise par les Roumains alliés aux Allemands
1944 reprise par les Soviétiques

Entités précédentes :

  • détachée en 1812 de la principauté de Moldavie

Entités suivantes :

La Bessarabie (roumain : Basarabia ; russe : Бессарабия, Bessarabia) est une aire géographique du sud-est de l’Europe, délimitée par la rivière Prut à l’ouest, le fleuve Dniestr à l’est et la mer Noire au sud.

Le nom de Bessarabie a désigné successivement :

  • la principauté de Valachie au début du XIVe siècle, du nom de sa dynastie fondatrice, les Basarab (nom qui vient soit de Bassar-ata, père sévère en couman (hypothèse de Mihnea Berindei), soit de Bessarion-ban, duc Bessarion (hypothèse de Pierre Nasturel). Les Basarab émergent comme bans (ducs vassaux de la couronne de Hongrie) avant de s’émanciper en 1330, et de chasser les Tatars des bouches du Danube en plusieurs campagnes entre 1328 et 1342 ;
  • la bande de terre le long du Danube et de la mer Noire, entre la confluence du Prut et l’embouchure du Dniestr, libérée des Tatars par les Basarab, en plusieurs campagnes entre 1328 et 1342, puis cédée en 1418 à la Moldavie, qui la perd en 1484 (ports danubiens et maritimes) et en 1536 (citadelle de Tighina) au profit de l’Empire ottoman, au sein duquel cette région est appelée Boudjak (turc : Bucak) ;
  • la partie orientale de la principauté de Moldavie, avec le Boudjak, annexée par les Russes en 1812, rattachée à la Roumanie de 1918 à 1940 et de 1941 à 1944, et à l’URSS de 1940 à 1941 et de 1944 à 1991.

La région est partagée depuis 1991 entre la république de Moldavie et l’Ukraine.

SommaireModifier

HistoireModifier

[27][28]La Bessarabie (sud-est) en tant que région historique de la principauté de Moldavie.[29][30]Haut-pays, Bas-pays et Bessarabie originelle en Moldavie, goubernia russe de Bessarabie (1812), et partage actuel. Bessarabie en vert.===De l’Antiquité à la principauté=== À l’origine, ce territoire était habité par les Thraces Tyrgètes (le fleuve Dniestr est l’antique Tyras), appelés aussi Daces (voir Dacie, Carpes et Costoboces). Des Scandinaves varègues (les « vikings blancs », Russ et Goths) et des tribus germaniques (les Bastarnes) s’installent parmi les Tyrgètes (voir Gètes). On y rencontre aussi des Indo-Européens de la steppe : Scythes, Sarmates, Roxolans, Iazyges. L’Empire romain rattache le sud du pays (rives du Danube et le littoral de la mer Noire) à la province de Scythia Minor (actuelle Dobrogea ou Dobroudja). Les Huns traversent le pays au IIe siècle. Alaric, roi des Wisigoths, y naît. Tribus Slaves, nomades Goths, Iazyges et autochtones Valaques s’y mélangent ensuite, sous les dominations successives de divers khanats turcophones et mongols: Avars, Khazars, Petchenègues, Coumans (Polovtses) et Tatars. Après 1328 les rives de la mer Noire jusqu’au Dniestr ont été contrôlées par la Valachie. La population majoritaire est de langue valaque latine et de religion chrétienne (orthodoxe, rattachée à l’exarchat de Vicina). Les bouches du Danube et les rives de la mer entre le Danube et le Dniestr sont alors nommés Basarabia, (fr) Bessarabie, du nom de la dynastie régnante en Valachie. [31][32]Les principautés de Moldavie et Valachie en 1786, carte italienne de G. Pittori, d'après le géographe Giovanni Antonio Rizzi Zannoni : la Bessarabie, dans le sens initial, est en vert, à l'est de la carte. Elle est alors turque, alors que le reste de la Moldavie est autonome. Elle comprend à ce moment le Delta du Danube.Au sein de la principauté de Moldavie (fondée au début du XIVe siècle), le territoire compris entre les fleuves Prut et Dniestr, très exposé aux raids tatars, est défendu par des citadelles élevées face aux principaux gués du Dniestr (Hotin, Soroca, Tighina, Cetatea-Alba) et par des fortins échelonnés à l’intérieur du pays. La région est divisée en tinuturi (comtés). De nombreux monastères fortifiés complètent le dispositif. Entre 1359 et 1789, près de 200 raids tatars sont repoussés, mais 28 de ces raids parviennent à contourner ce réseau de défense et à piller des villages de l’intérieur.

Des Tsars russes aux rois roumainsModifier

Les Russes, dans leur progression vers les bouches du Danube, annexent en 1812 cette partie orientale de la principauté de Moldavie. La région devient une marche de l’Empire russe sous le nom de gouvernement de Moldavie-et-Bessarabie, ultérieurement abrégé en Bessarabie. L’annexion est officialisée par le traité de Bucarest de 1812 entre les Russes et l’Empire ottoman. À partir de cette date, les Russes considèreront que la Bessarabie n’est pas une terre roumaine et interdiront l’usage de la « langue moldave » (qui est en réalité du roumain) dans les églises, les écoles et les institutions de la région au profit du russe : c’est la « russification »1.

L’été 1917, pendant la Révolution russe, la majorité de la population de Bessarabie (toutes ethnies confondues), élit des députés à un Parlement (le Sfatul Țării), qui déclare l’autonomie, puis l’indépendance de la Bessarabie sous le nom de République démocratique moldave: le nom de moldave est choisi pour souligner l’identité avec la Moldavie restée roumaine. L’armée française Berthelot et des éléments de la 11e division roumaine sont appelés pour défendre l’indépendance contre les armées russes débandées, « blanches » ou « rouges », et contre les nombreux déserteurs qui se livraient au pillage.

En mars 1918, face aux attaques de mieux en mieux organisées des Bolcheviks, le Parlement moldave (Sfatul Țării), décide la réunion du pays au royaume de Roumanie par 86 voix contre 3 et 36 abstentions. Le pays échappe ainsi à l'occupation allemande (qui englobe les pays baltes, la Biélorussie et l’Ukraine) et à la guerre civile russe.

Dans les années 1919-1930, la Roumanie développe le réseau scolaire et met les voies ferrées aux normes européennes. Le comité Nansen est très actif en Bessarabie et y accueille des dizaines de milliers de réfugiés majoritairement Russes, Juifs et Ukrainiens fuyant la Guépéou, la collectivisation et la Holodomor2.

Entre Roumanie et URSSModifier

Le 28 juin 1940, à la suite d’une clause secrète du Pacte germano-soviétique, signé par les ministres des Affaires étrangères de Hitler et de Staline, l’URSS adresse un ultimatum au royaume de Roumanie. L’administration roumaine a 48 heures pour évacuer la Bessarabie qui est sans transition occupée par l’Armée rouge. La région est alors encore peuplée à 76 % de Roumains. Néanmoins, des communautés d’Ukrainiens, de Russes, de Juifs, de Bulgares et de Turcs chrétiens dits « Gagaouzes » sont déjà présentes dans la région. Les divisions administratives sont entièrement redessinées : la plus grande partie de la Bessarabie forme la nouvelle RSS de Moldavie ; le territoire actuellement dénommé Transnistrie (une partie de la République socialiste soviétique autonome moldave, créée par les Soviétiques au sein de la RSS d’Ukraine en 1924) lui est adjoint, tandis que la région littorale au sud et celle de Hotin au nord (aujourd’hui Khotin) sont attribuées à la RSS d’Ukraine.

La région est reprise pendant la Seconde Guerre mondiale par les Roumains (cette fois alliés aux Allemands sous le régime du maréchal Antonescu). La partie de l’Ukraine comprise entre le Dniestr et le Bug, alors nommée par les Roumains « Transnistrie » (puisque ce territoire est situé pour eux de l’autre côté du Dniestr), comprenant la grande ville portuaire d’Odessa, passe sous administration militaire roumaine. La Transnistrie devient une zone de déportation du régime Antonescu, où sont mis au travail forcé les Juifs, les Tsiganes et les résistants de Roumanie. Laissés dans le plus grand dénuement et à la merci des Einsatzgruppen nazis, beaucoup y mourront de faim, de froid et d’épidémies, comme la population locale ukrainienne, elle-même très éprouvée.

Le 23 août 1944, le Conseil national de la Résistance dont fait partie le roi Michel Ier de Roumanie organise une insurrection armée contre le gouvernement d’Antonescu, qui est arrêté. La Roumanie revient aux Alliés et déclare la guerre à l’Allemagne contre laquelle elle engage un demi-million de soldats. L’Armée rouge, dans son offensive vers l’Ouest, pénètre de nouveau en Moldavie quelques jours plus tard.

Les Soviétiques considèrent cependant toujours les Roumains comme des ennemis et se comportent dans le pays en conquérants et en pillards. L’Union soviétique reprend son entreprise de russification commencée en 1940 et 1941 dans les républiques baltes et en Bessarabie, afin de changer l’équilibre démographique en faveur des colons russes. Cette politique a monté les différentes communautés les unes contre les autres. Elle a pour conséquences actuelles les problèmes frontaliers, culturels et identitaires de la république de Moldavie et surtout l’épineux problème transnistrien (cf. Transnistrie). Les frontières de ce jeune État d’Europe restent en effet celles que Staline avait fait tracer en 1940 dans le but de diviser les différentes populations de Bessarabie, et d'enclaver la nouvelle RSS moldave en Ukraine. Si, conformément aux constitutions soviétiques successives (cf. Constitution soviétique), la Moldavie avait réclamé son indépendance, elle aurait été économiquement étranglée… ce qui s’est précisément passé en 1991. Cependant, la majorité (deux tiers) de la population de la république de Moldavie demeure roumanophone, grâce à un taux de fécondité élevé (parmi les plus élevés d’URSS). Même en Transnistrie, (qui ne fait géographiquement pas partie de la Bessarabie), l’ethnie la plus nombreuse est la roumaine, les Roumains représentant 36 % de sa population selon le recensement officiel des autorités séparatistes.

Conséquences démographiquesModifier

La Bessarabie, ayant changé de mains trois fois au cours de la guerre, et où le front s’est trouvé de mars à août 1944, est la région qui en a démographiquement le plus souffert. Selon les rapports des ministres Krouglov et Béria à Staline, exhumés par l’historien Nikolai Bougai3, et selon les données des recensements, de 1940 à 1950 la région a perdu un tiers de sa population, passant de 3 200 000 personnes selon le recensement roumain de 1938, à 2 229 000 selon le recensement soviétique de 1950.

Donc 971 000 personnes ont disparu en 10 ans :

  • 140 000 Allemands de Bessarabie ont été déportés en juillet 1940 vers l’Allemagne en application du Pacte germano-soviétique ;
  • 120 000 Moldaves (en majorité roumanophones, mais aussi des « Russes blancs ») ont été déportés par les soviétiques entre le 28 juin 1940 et le 22 juin 1941 (dans la seule nuit du 13 juin 1941 - 13 470 familles, comprenant 22 648 personnes, dont approximativement 2/3 de femmes et enfants)4 ;
  • 230 000 Juifs ont été soit massacrés par le régime du maréchal Ion Antonescu, soit ont fui vers l’URSS et ne sont jamais revenus, qu’ils s’y soient établis ou qu’ils y aient été rattrapés par la Wehrmacht et tués par les Einsatzgruppen;
  • 250 000 Moldaves roumanophones ont été déportés par les soviétiques entre 1944 et 1948 ;
  • 150 000 personnes sont mortes entre 1946 et 1947 suite à la famine provoquée par les réquisitions soviétiques alors qu’on était en période de mauvaises récoltes ; politique déjà appliquée en Ukraine voisine dans les années 1920-1930 (Holodomor).
  • 11 324 familles sont déplacées de force hors de Moldavie le 6 juillet 1949 (environ 81 000 personnes), en majorité sur critère religieux (« vieux-croyants », églises néo-protestantes, catholiques).

En 1950 de tous ces « indésirables » ou « nuisibles » déportés hors du pays, 49 000 étaient encore en vie sur les lieux de leur déportation (toujours dans Bougaï)3.

GentilésModifier

Il n’y a pas de divergence de vues concernant les gentilés identifiant les populations minoritaires russes, ukrainiens, gagaouzes, bulgares ou juives. Par contre, depuis le XIXe siècle, il y a une controverse concernant la population autochtone majoritaire, définie par l’Empire russe, par l’URSS et depuis 1991 par la République de Moldavie comme moldave (en lui déniant son caractère roumanophone), alors qu’elle est désignée comme roumaine par la Roumanie, comme le sont également les majorités autochtones de Transylvanie, du Banat, de la Dobrogée (ou Dobroudja), de la Valachie et de la partie roumaine de la Moldavie. Les linguistes scientifiques, qui se réfèrent à la notion d’isoglosse, ne reconnaissent qu’une langue : le daco-roumain, et désignent donc la majorité autochtone de Bessarabie comme « roumanophone » (pour la distinguer des Roumains de Roumanie).

Les autorités de la République de Moldavie, par l’article 13 de la constitution, récusent ce qualificatif, ce qui a le quadruple inconvénient d’être anti-scientifique, d’empêcher la majorité de développer librement sa culture par delà les frontières de l’État (puisqu’il lui est officiellement interdit de se rattacher à la roumanophonie), d’exclure les minorités de la communauté politique moldave (puisqu’elles ne sont pas considérées comme moldaves, ce qui fait qu’elles ne témoignent d’aucun attachement à cet État), et de bloquer le rapprochement de la république de Moldavie avec l’Union européenne (puisque la Roumanie ne ratifiera aucun document niant la roumanophonie des autochtones de Bessarabie).

GéographieModifier

Alors que la Bessarabie (telle que définie en 1812) avait une superficie de 44 422 km2 et s’étendait du nord au sud sur 350 km et de l’ouest à l’est sur 150 km, la république de Moldavie (telle que définie par l’Union soviétique) a une superficie de 33 843 km2 (soit environ la superficie de la Bourgogne ou de la Belgique) ; l’Ukraine possède donc un tiers, soit 10 579 km2 de la Bessarabie des années 1812-1940.

Aujourd’hui, compte tenu du flou sur sa définition territoriale (selon que l’on se réfère à la Bessarabie d’avant ou d’après 1812) et du nom de Moldavie choisi par la République ex-soviétique, le nom de Bessarabie n’est plus guère employé que par les Roumains d’un certain âge. Les jeunes générations emploient plutôt l’expression république de Moldavie. Ni les autorités moldaves, ni les ukrainiennes n’utilisent Bessarabie, bien qu’il y ait une ville nommée Basarabeasca dans le sud de la Moldavie, à la frontière ukrainienne.

Points extrêmesModifier

Bessarabie

  • Nord : Mazaricea
  • Sud : Grind Covurlui au sud d’Izmail sur le Danube
  • Ouest : Paraul Rachita, ruisseau la séparant de la Bucovine
  • Est : cordon littoral de Bugaz, à l’embouchure du Dniestr

République de Moldavie

  • Nord : Naslavcea
  • Sud : Giurgiulesti au confluent du Prut et du Danube
  • Ouest : Criva
  • Est : Palanca sur la bas-Dniestr

Principales villesModifier

ReliefModifier

Le relief représente une plaine vallonnée en pente du nord-ouest vers le sud-est

  • Altitude minimale : fleuve Dniestr à 2 m
  • Altitude moyenne : 150 mètres au-dessus du niveau de la mer.
  • Altitude maximale : Dealul Balanesti culminant à 430 m

Dans la partie centrale se trouve la région boisée du Codru ((ro) Forêt profonde), d’altitude maximale de 430 mètres. Les processus d’érosion et les glissements de terrain ont conduit à la formation de ravins en forme d’amphithéâtre où se situent des localités rurales. Le paysage pittoresque du Codru n’est pas sans rappeler certaines régions suisses. Cette zone joue un rôle important dans le maintien de l’équilibre écologique. Le réseau hydrographique comprend plusieurs centaines de rivières et ruisseaux, mais seulement sept cours d’eau dépassent la longueur de 7 km. Le pays a plus de 50 lacs naturels avec une superficie totale d’environ 60 km2. La réserve des eaux souterraines avec une nette prépondérance des eaux potables est estimé à 200 millions de m[Combien ?]. La région est riche en sources d’eau minérale. Il existe cinq parcs nationaux ayant une surface totale de 19 400 ha.

ClimatModifier

Le climat de la région est continental tempéré, similaire à celui de l’Europe de l’Ouest, avec des hivers courts et relativement doux (la moyenne étant de − 3 °C en janvier) et des étés longs et chauds (moyenne de + 25 °C en juillet). La température moyenne annuelle est de + 10 °C.

Faune et floreModifier

  • 68 espèces de mammifères (renard, cerf commun, sanglier, etc.)
  • 270 espèces d’oiseaux
  • plus de 10 000 espèces d’invertébrés
  • 2 300 espèces de plantes (chêne, hêtre, érable, etc.)

Exploitation du solModifier

  • terres arables : 53 %
  • récoltes permanentes : 14 %
  • pâturages permanents : 13 %
  • forêts et région boisée : 9 %
  • autre: 11 %


République démocratique moldaveModifier

Aller à : Navigation, rechercher[33] Pour les articles homonymes, voir Moldavie (homonymie).

République démocratique moldave Republica Democratică Moldovenească ro

1917 – 1918

[34] [35]
[36]

La première République de Moldavie en 1917

Informations générales
Statut République
Capitale Chișinău
Langue Roumain, officiel, avec minorités linguistiques non-officielles : russe, ukrainien, yiddish, polonais, gök-ouz et allemand.
Monnaie Rouble
Démographie
Population 3 255 000 hab. (est. 1912)
Superficie
Superficie 44 422 km² (1910)
Histoire et événements
2 décembre 1917 Autonomie lors de la révolution russe, puis indépendance, proclamation de la République
9 avril 1918 Union avec la Roumanie

Entités précédentes :

Entités suivantes :

[39][40]La République démocratique de Moldavie en 1917La République démocratique moldave a existé du 2 décembre 1917 au 27 mars 1918. La révolution russe de février 1917 et la déclaration du Droits des peuples de l'Empire à s'auto-déterminer, encouragent les nationalités de l’Empire russe à recouvrer leur souveraineté : un « Soviet » se forme en Bessarabie, comme dans le reste de l'Empire: le Sfatul Țării (« Conseil du Pays » en roumain). Indépendantistes roumanophones et Menchéviks y sont largement majoritaires. Le 2 décembre 1917, le „Sfatul Țării” proclame la République démocratique autonome de Moldavie dans les frontières de la goubernia de Bessarabie. Aussitôt, les Bolchéviks tentent d'en prendre le contrôle par la force, tandis que de nombreuses troupes débandées pillent le pays. Le 13 décembre 1917, à l'appel de la majorité du „Sfatul Țării”, les troupes roumaines entrent en Bessarabie, encadrées par les officiers de l'armée française Berthelot. Le « Conseil du Pays » proclame l'indépendance du pays le 6 janvier 1918 sous le nom de République démocratique moldave de Bessarabie. Mais cette première république de Moldavie aura une existence brève : le 27 mars 1918, le „Sfatul Țării”, effrayé par les proclamations révolutionnaires et les actions militaires des bolchéviks, vote par 86 voix contre 3 et 36 abstentions, l’union avec la Roumanie1. À la fin de la Première Guerre mondiale, le pays est officiellement rattaché à la Grande Roumanie par le traité de Paris. Seule la Russie bolchevique (RSFSR) refuse de reconnaître ce rattachement (la Bessarabie est d'ailleurs le seul territoire de l'Empire russe que la RSFSR continue à revendiquer par la suite, car c'est le seul qu'elle n'a pas cédé d'elle-même).

SommaireModifier

La marche vers l'indépendanceModifier

Le Sfatul Țării s'est formé à partir de mars 1917 à partir des comités révolutionnaires ou républicains locaux. [41][42][43]Le siège du „Sfatul Țării” et la réplique de la Louve romaine, affirmation de l'identité locale[44][45]La déclaration d'union de la République démocratique moldave à la RoumanieEn avril 1917, se crée un Parti National Moldave, représentant les roumanophones, majoritaires dans le pays, et présidé par Vasile Stroescu, entouré de Paul Gore, Vladimir Herța, Pantelimon Halippa et Onisifor Ghibu. Ce parti publie un hebdomadaire, le Cuvânt moldovenesc ("Parole moldave").

L'été 1917, alors que la situation dans l'Empire se dégrade sur tous les plans, le comité central des soviets de Chișinău propose le 16 juillet 1917 l'élection au vote direct, égal, secret et universel d'un « Soviet du pays » („Sfatul Țării”) qui devra travailler pour formuler une « Proposition de loi pour l'autonomie territoriale » de la Bessarabie. Le 4 septembre 1917, les élections investissent 44 députés des soviets de soldats, 36 députés des soviets de paysans, 58 députés des soviets d'artisans, ouvriers, salariés, comités locaux et syndicats, soit 156 députés au total. 105 de ces députés de déclarèrent roumanophones, 15 Ukrainiens, 14 Juifs, 7 Russes, 2 germanophones, 2 Bulgares, 8 Gök-Oguz, 1 Polonais, 1 Arménien et 1 grec. Lors de sa première séance solennelle le 21 novembre 1917 le Sfatul Țării élit comme président Ion Inculeț et proclame l'égalité hommes-femmes, la laïcisation de la société, l'abolition de tous les privilèges aristocratiques, la nécessité d'une réforme agraire et l'égalité des langues (auparavant, seul le russe avait un statut officiel)2. Par la suite, le „Sfatul Țării” se réunira par 83 fois, prenant de plus en plus des positions dites « agrariennes », c'est-à-dire conformes aux opinions des délégués des paysans, représentés par Nicolae Bosie-Codreanu, Ion Pelivan ou Nicolae Sacară. Il adopte le roumain comme langue officielle et d'enseignement, et décrète la réforme agraire: les propriétés aristocratiques sont confisquées et distribuées à leurs tenanciers.

Le 2 décembre 1917, le « Conseil du Pays » proclame l'autonomie de la « République démocratique moldave », en tant que composante de la République fédérative de Russie. Toutefois, les Bolcheviks, qui se sont emparés de la Douma et du pouvoir en Russie par la force en octobre 1917 (par un coup d'État appelé "Révolution d'Octobre") tentent d'en faire autant à Chișinău, ce qui effraye les députés et détermine le Sfatul Țării à proclamer l'indépendance de la Moldavie le 24 janvier 1918.

La réaction des Bolcheviks est d'entrer en résistance armée (comme ailleurs dans l'ex-Empire) et d'enrôler les soldats affamés, débandés du front, dans des « brigades rouges » qui vivent sur le pays et tentent de s'emparer des gares, ponts et entrepôts. Les Bolcheviks offrent une prime à quiconque tuera les chefs du „Sfatul Țării”, qualifiés de « traîtres » et de « vendus ». Assailli par les plaintes des paysans, des monastères, des commerçants juifs et arméniens pillés et rançonnés par les « brigades rouges », le „Sfatul Țării” fait appel au général Scherbatchev, commandant de l'armée russe en Roumanie voisine. Celui-ci, dont l'autorité se limitait désormais à son proche état-major, transmet la demande à l'état-major roumain et français, commandé par le français Berthelot. Ce dernier intervient en Bessarabie avec des troupes franco-roumaines, et en chasse les « brigades rouges » le 13 janvier 19183.

Les « brigades rouges » ont été forcées de se retirer en Ukraine (où elles se joignent aux Bolcheviks locaux, dans leur lutte contre les indépendantistes ukrainiens, les anarchistes et les blancs (antibolchéviks). Mais si les méthodes des Bolchéviks dressent contre eux la majorité des populations, leurs idées ne perdent pas leur attrait: elles gagnent même des soldats roumains et français (parmi ces derniers, Maurice Foucault et Louis Thomas, qui seront plus tard des militants du PCF4).

Trois mois d'indépendanceModifier

Aussi, le 24 janvier 1918, le „Sfatul Țării” vote à l'unanimité l'indépendance de la République démocratique moldave, et constitue son Comité directeur en gouvernement. Ion Inculeț est élu président; il nomme Daniel Ciugureanu premier ministre5.

Début 1918, Lénine négocie la paix de Brest-Litowsk avec ses financeurs allemands: il est de notoriété publique qu'il va leur abandonner les pays baltes, la Biélorussie, la Moldavie et l'Ukraine que, de toute manière, les Bolcheviks ne parviennent pas à contrôler. L'armée russe est hors de combat, et les franco-roumains se retrouvent isolés et contraints, eux aussi, de négocier la paix avec les Empires centraux. De plus, la politique violente des Bolcheviks dresse contre leur gouvernement de plus en plus de forces, et la guerre civile menace. Compte tenu de cette situation, le 27 mars 1918 (9 avril 1918 selon le nouveau calendrier), le „Sfatul Țării” vote, par 86 voix contre 3 et 36 abstentions, l'union de la République démocratique moldave au Royaume de Roumanie, évitant ainsi l'occupation allemande et ses réquisitions, ainsi que la guerre civile, qui s'abattent sur l'Ukraine voisine6. Cette union fut confirmée en 1920 par le traité de Paris.

Conditions de l'union à la RoumanieModifier

Le „Sfatul Țării” a voté l'union à la Roumanie sous les conditions suivantes :

  1. L'adoption par le gouvernement et le parlement roumains de la réforme agraire ;
  2. L'autonomie de la province de Bessarabie au sein du Royaume avec un Conseil provincial contrôlant le budget local et nommant les fonctionnaires de l'administration provinciale ;
  3. Le respect des droits des minorités ;
  4. La présence dans le gouvernement roumain d'au moins deux ministres issus de Bessarabie ;
  5. L'adoption par la Roumanie du vote direct, égal, secret et universel masculin et féminin ;
  6. Le respect de la liberté d'opinion, d'expression, de culte et de réunion ;
  7. Une amnistie générale pour toutes les personnes ayant été condamnées pour raisons politiques durant le révolution.

13 députés étant absents et 135 présents, 86 votèrent pour l'union, 3 contre, et 36 s'abstinrent. L'annonce du résultat fut suivie de manifestations de joie dans la population où l'on cria « Vive l'union, vive la liberté, vive la paix ! ».

Après que le parlement roumain ait accepté les conditions de l'union en novembre 1918, le „Sfatul Țării” vota une motion exprimant sa confiance dans l'avenir démocratique du nouvel état, puis prononça son auto-dissolution le 27 novembre 1918. La Bessarabie devint une province du Royaume de Roumanie.

Un an plus tard, les élections parlementaires en Bessarabie envoyèrent au parlement de Bucarest 90 députés et 35 sénateurs qui, le 20 décembre 1919, ratifièrent, ainsi que ceux des autres régions roumanophones, les actes d'union votés par le „Sfatul Țării”, par le Congrès transylvain et par le Congrès bucovinéen.

Parmi les sept conditions à l’union formulées par le „Sfatul Țării”, trois furent pleinement remplies (la réforme agraire, achevée en 1923, le vote direct masculin et féminin adopté en 1921 et le respect des libertés publiques), deux le furent partiellement (le respect des minorités, du moins jusqu'en 1929, et l’amnistie politique) et deux ne le furent pas (l’autonomie territoriale et la présence obligatoire de deux ministres bessarabiens). En ce sens, l’historien Anatol Petrencu a estimé dans son ouvrage „Au service de la muse Clio” (2000) que l’union de la République démocratique moldave (et aussi de la Transylvanie et de la Bucovine, auparavant austro-hongroises) avec le royaume de Roumanie, a contribué à démocratiser ce dernier, même si cette démocratisation n’est pas allée jusqu’au bout et même si le régime parlementaire a fini par s’effondrer face aux nationalismes xénophobes consécutifs à la crise de 1929.

PrésidentsModifier

La République démocratique moldave a eu trois présidents :

Le sort des anciens du Sfatul Țării sous le régime soviétiqueModifier

Le „Sfatul Țării” a fait de la Bessarabie le premier territoire roumanophone à proclamer son union avec la Roumanie, en mars 1918. Lorsqu'ils purent revenir en 1940, les soviétiques avaient tiré les leçons de cet évènement et ils déportèrent les roumanophones ayant dépassé le baccalauréat, qui n'avaient pas eu le temps de passer le Prut pour se réfugier dans la partie de la Moldavie restée roumaine, soit plus de 30 000 personnes. Dans cette « première fournée » qui n'est que le début d'une longue série7, figurent 14 anciens députés du „Sfatul Țării” dont un ancien ministre de la république démocratique moldave. Le dossier n° 824 conservé dans les archives du Service d'Information et de Sécurité de la Moldavie8, relate le sort de ces détenus, capturés par les Soviétiques le 29 juin 1940, après que l'URSS, grâce au Pacte Hitler-Staline, ait annexé la Bessarabie la veille.

Le 30 juin 1940, le major Sazykine, chef du NKVD à Chișinău, expédie au « commissaire du Peuple » (ministre) pour l'Intérieur de l'URSS, Laurent Pavlovitch Béria, un télégramme pour lui annoncer sa prise (en fait il avait suffi de cueillir ces hommes déjà âgés chez eux) et demander l'autorisation d'organiser un procès à la soviétique pour « Trahison des intérêts du peuple moldave », mais les détenus mourront en détention sans avoir été "jugés"9.

GalerieModifier

  • [46]Le Sfatul Țării en décembre 1918
  • [47]Le siège du Sfatul Țării
  • [48]Ion Inculeț (1884-1940)
  • [49]Timbre de Moldavie commémorant la République démocratique moldave
  • [50]Timbre de Moldavie commémorant la RDM
  • [51]Timbre de Moldavie commémorant la RDM


Histoire de la République de MoldavieModifier

Aller à : Navigation, rechercher[52][53]Carte du XVIe siècle, par Georg ReichsdorfferCet article traite de l'histoire de la République de Moldavie qui occupe les deux tiers de la Bessarabie, territoire délimité en 1812 lorsque la moitié orientale de la Principauté de Moldavie (fondée au XIIIe siècle et vassale des Ottomans depuis le XVe siècle) a été annexée par l'Empire russe.

Avant 1812, l'histoire de la Moldavie est celle de la Principauté de Moldavie fondée au XIIIe siècle. Article détaillé : Histoire de la Moldavie (principauté).Outre les deux tiers de la Bessarabie, la République de Moldavie occupe aussi une partie de la Podolie historiquement ukrainienne (partie appelée Transnistrie, à l'est du Dniestr), tandis le reste de la Bessarabie et la petite région de Herța sont aujourd'hui ukrainiennes.

La République de Moldavie actuelle est l'héritière de deux histoires, celle de l'ancienne Principauté de Moldavie fondée au XIIIe siècle et dont le passé est local, et celle de la République socialiste soviétique de Moldavie dont le passé est soviétique. Chacune de ces histoires a laissé dans le pays des populations et des identités, dont les aspirations et les cultures n'ont pas encore trouvé de compromis pleinement satisfaisant pour toutes les parties.

La République de Moldavie a proclamé son indépendance le 27 août 1991 dans les frontières délimitées en 1940, à la suite de l'entrée de l'Armée rouge sur le territoire de la Roumanie (suivant les dispositions secrètes du Pacte germano-soviétique entre l'Allemagne nazie et l'Union soviétique), et confirmées par le traité de Paris.

SommaireModifier

Histoire depuis 1812Modifier

La Bessarabie de 1812 à la Première Guerre mondialeModifier

C'est en 1812 que l'histoire de la moitié orientale de la Moldavie commence à prendre un tournant différent de celle de la moitié occidentale. Cette année en effet, les Russes, qui visent les bouches du Danube, se font céder cette région par l'Empire ottoman qui y occupait la forteresse de Hotin au nord et le Bugeac au sud, appelé par les Moldaves (et par les cartographes européens1) "Bessarabie". Ce traité russo-turc a été négocié en secret par un Français, le comte de Langeron. Le hospodar de Moldavie, Scarlat Callimachi et le métropolite orthodoxe Veniamin Costache, protestent énergiquement, car le traité de vassalité entre la Moldavie et la Sublime Porte n'autorisait pas le Sultan à céder des territoires moldaves. En vain.

La capitale actuelle de la Moldavie, Chișinău, n'était qu'une bourgade sur la rive Sud du Bîc; les Russes en ont fait une ville moderne selon les critères du XIXe siècle, pourvue du chemin de fer vers Odessa pour y exporter les produits agricoles de la région. De nombreux immigrants pauvres viennent y travailler de toute la Russie, des commerçants juifs arrivent de Pologne et Galicie, des Arméniens ouvrent des ateliers et des banques. Les paysans roumanophones locaux doivent nourrir tout ce monde, or, libérés du servage par le prince moldave Constantin Mavrocordat en 1744, ils y avaient été replongés par l'annexion russe de 1812 (et ce, jusqu'en 1861). L'administration russe gère mal les inégalités de plus en plus criantes, et en 1903 une émeute réprimée par les Cosaques s'achève par un massacre. [54][55]Pavillon de la République démocratique moldave de 1917.[56][57]La première République de Moldavie en 1917.[58][59]La République de Moldavie en 2013.Si l'histoire de la moitié orientale de la Moldavie est, sous l'Empire Russe, différente de celle de la moitié occidentale, elle n'est pas plus différente que l'histoire de la Bucovine (territoire moldave devenu autrichien en 1775) ou de la Transylvanie. Dans tous ces pays, les mêmes aspirations se manifestent chez les autochtones romanophones : en finir avec les dominations impériales étrangères, et vivre ensemble dans un même état de droit. En France, Émile Ollivier, Élysée Reclus et Edgar Quinet se font les porte-parole de ces revendications (ainsi que de celles des autres peuples des Empires autrichien, allemand, russe et ottoman)2.

La première République de MoldavieModifier

La révolution russe de Février 1917 et la déclaration des droits des peuples de L'Empire à s'auto-déterminer, encouragent diverses nationalités de l’Empire russe à recouvrer leur souveraineté : le 2 décembre 1917, la Bessarabie (jusqu'à la mer Noire) se proclame République démocratique autonome de Moldavie. Les Bolchéviks tentent d'en prendre le contrôle tandis que de nombreuses troupes débandées pillent le pays. À la demande de la nouvelle administration moldave (le « Conseil du Pays »), le 13 décembre 1917, les troupes roumaines entrent en Bessarabie, encadrées par les officiers de l'armée française Berthelot. Le « Conseil du Pays » proclame l'indépendance du pays le 6 janvier 1918 sous le nom de République démocratique moldave de Bessarabie. Mais cette première république de Moldavie aura une existence brève : le 27 mars 1918, le parlement de la RDM, effrayé par les proclamations révolutionnaires et les actions militaires des bolchéviks, vote par 86 voix contre 3 et 36 abstentions, l’union avec la Roumanie3. À la fin de la Première Guerre mondiale, le pays est officiellement rattaché à la Grande Roumanie par le traité de Saint-Germain-en-Laye de 1919. Seule la Russie bolchevique (RSFSR) refuse de reconnaître ce rattachement (la Bessarabie est d'ailleurs le seul territoire de l'Empire russe que la RSFSR continue à revendiquer par la suite, car c'est le seul qu'elle n'a pas cédé d'elle-même).

La Moldavie soviétiqueModifier

La RASSM, république autonome dans la RSSUModifier

Après la création de l’Union soviétique en décembre 1922, le gouvernement soviétique, qui espère porter la révolution russe plus à l'ouest et dans les Balkans, crée en Podolie ukrainienne (que les Roumains nomment Transnistrie) l'« l'oblast ("district") autonome moldave », en tant que subdivision de la République socialiste soviétique d’Ukraine (RSS d’Ukraine ou RSSU). Le chef-lieu de l'oblast est fixé à Balta. Sept mois plus tard, cet oblast est élevé au rang de République socialiste soviétique autonome moldave ("Republica autonomă socialistă sovietică moldovenească", la RASSM, ou RASS Moldave ou RASS de Moldavie, selon les traductions en français). La population de la RASSM était constituée d'environ 30 % de Roumains, le reste étant surtout russe et ukrainien. La capitale reste à Balta jusqu’en 1929, et se déplace ensuite à Tiraspol.

La seconde guerre mondialeModifier

le 26 juin 1940 l'URSS annexe la Bessarabie et la Bucovine à la suite du Pacte germano-soviétique. En juin 1941, les troupes allemandes et roumaines (dont le pouvoir est à ce moment entre les mains du « Pétain roumain » Ion Antonescu, qui a renversé le gouvernement pro-Allié en octobre 1940), attaquent l'URSS ; les Roumains ré-occupent pour quatre ans la Bessarabie et la Bucovine ainsi que la Podolie située entre le Dniestr et le Bug, à partir du nord de Bar en RSSU, que l'Allemagne et la Roumanie décident d'administrer sous le nom de Transnistrie, et dont elles font une sorte de « Sibérie roumaine » où les armées allemandes et roumaines déportent Juifs, Tziganes et résistants (beaucoup y mourront de faim, de froid et de dysenterie).

De la Libération de la RSSM à la fin de la guerreModifier

En août 1944, les troupes soviétiques libèrent la Bessarabie et la Transnistrie. Un traité en 1947 donne la Bessarabie, la Bucovine du nord, la région de Herța et la région de Transnistrie occidentale à la RSSM, membre de l’Union soviétique, et les divisions administratives soviétiques et la toponymie slave des territoires sont imposées. Les déportations de roumanophones vers la Sibérie débutent.

Conséquences démographiquesModifier

[60][61]L'évacuation des Allemands de Bessarabie en août 1940, conformément au pacte Hitler-Staline, après l'annexion par l'URSS.Selon les rapports du ministre Krouglov à Staline, exhumés par l'historien Nikolai Bougai, et selon les données des recensements, de 1940 à 1950 la Moldavie a perdu un tiers de sa population, passant de 3 200 000 personnes selon le recensement roumain de 1938 (sur le territoire de l'actuelle république), à 2 229 000 selon le recensement soviétique de 1950.

Donc 971 000 personnes ont disparu en dix ans :

  • 140 000 Allemands de Bessarabie ont été déportés vers l'Allemagne en application du Pacte germano-soviétique.
  • 300 000 Moldaves ont été déportés entre le 28 juin 1940 et le 22 juin 1941 (dans la seule nuit du 13 juin 1941 - 13 470 familles, comprenant 22 648 personnes dont approximativement 2/3 de femmes et d'enfants);
  • 120 000 Juifs ont été soit massacrés par le régime du maréchal Ion Antonescu, soit ont fui vers l'URSS et ne sont jamais revenus, qu'ils s'y soient établis ou qu'ils y aient été rattrapés par la Wehrmacht et tués par les Einsatzgruppen;
  • 250 000 Moldaves ont été déportés entre 1944 et 1948 ;
  • 150 000 personnes sont mortes entre 1946 et 1947 à la suite de la famine provoquée par les réquisitions soviétiques alors qu'on était en période de mauvaises récoltes (politique déjà appliquée en Ukraine voisine dans les années 1930 (Holodomor).
  • 11 324 familles sont déplacées de force hors de Moldavie le 6 juillet 1949 (environ 40 850 personnes).

En 1950 plus de 220 000 « indésirables » ou « nuisibles » avaient déjà été déportés hors du pays, dont 49 000 étaient encore en vie sur les lieux de leur déportation (toujours dans Bougaï)4.

Domination soviétique après la guerreModifier

Le territoire fait partie de l’Union soviétique après la Seconde Guerre mondiale sous le nom de République socialiste soviétique de Moldavie, et souffre d’une politique brutale de déportation de la population roumaine, que les Soviétiques mènent de façon à affaiblir l'élément autochtone, supposé hostile au régime. La police secrète frappe les groupements nationalistes et l’alphabet cyrillique s’impose à la langue roumaine, désormais rebaptisée «moldave». Après 1955 les déportations cessent mais les jeunes « Moldaves » sont systématiquement nommés loin de leur pays dès leur premier emploi, tandis que des populations russophones et ukrainophones sont encouragées à s’établir en RSSM, depuis les autres républiques soviétiques (en Transnistrie les slavophones étaient déjà en majorité).

La politique gouvernementale, qui exige une production agricole élevée en dépit de maigres récoltes, conduit les populations à la famine en 1945-1947 (cette politique avait déjà été conduite dès les années 1920 en Ukraine). Les postes politiques, académiques et du parti communiste sont occupés par des non-Roumains (seulement 14 % des chefs politiques de la RSSM sont Roumains en 1946).

Une purification ethnique est dirigée contre les intellectuels roumains (pourtant prosoviétiques) qui avaient décidé de rester en Moldavie après la guerre, ainsi que contre tout ce qui est roumain.

Les conditions de la prise de pouvoir soviétique sont à la base du ressentiment dirigé contre les autorités soviétiques – ressentiment qui s’est rapidement manifesté. En 1950-1952, lorsque Léonid Brejnev est secrétaire du parti communiste de Moldavie (PCM), une révolte des autochtones roumains contre la collectivisation forcée, est étouffée par la mort ou la déportation de centaines d’hommes. Brejnev et les premiers secrétaires du PCM réussissent à réprimer le sentiment national roumain et local moldave, et ces Moldaves se taisent encore trois décennies, jusqu’à l’arrivée au pouvoir de Mikhail Gorbatchev. Sa politique de glasnost (transparence, en russe) et de perestroïka (restructuration, en russe) crée les conditions d’expression du sentiment national libre et ouvert, et les républiques soviétiques peuvent adopter des réformes.

Vers l’indépendanceModifier

Dans un climat toujours plus tendu, les tensions politiques grandissent dans la RSS Moldave en 1989. Cette année se forme le Front Populaire Moldave, une association de groupements politiques et culturels reconnue officiellement. Les grandes manifestations des autochtones roumanophones conduisent à désigner la langue roumaine comme langue officielle et le remplacement du chef du Parti Communiste Moldave. Ce mouvement inquiète les colons slavophones, qui forment en 1988 le Mouvement Yedinstvo (majoritaire en Transnistrie) tandis qu'en 1989 apparaît dans le sud le mouvement Gök-Oğuz Halkı (peuple Gök-Oğuz ou "Gagaouze") formé de chrétiens de langue turque.

Les premières élections démocratiques au Soviet Suprême de la RSS Moldave se tiennent le 25 février 1990. Le Front Populaire remporte la majorité des voix. Après les élections, Mircea Snegur, un ancien communiste, devient président du Soviet Suprême ; en septembre, il devient président de la République. Le gouvernement réformiste qui l’a porté au pouvoir en mai 1990 conduit beaucoup de changements qui ne plaisent pas aux minorités, par exemple la modification du nom de RSS Moldave en RSS de Moldavie en juin, et la déclaration de souveraineté le même mois.

Sécession de la Gagaouzie et de la TransnistrieModifier

En août, les Gagaouzes (politiquement correct: Gök-Oguz) se déclarent «république indépendante», sous le nom de République Gagaouze (Gagauz-Yeri) dans le sud, autour de la ville de Comrat. En septembre, la population sur la rive gauche du fleuve Dniestr, en majorité slave, proclame la « République moldave du Dniestr » (ou simplement « République nistréenne ») en Transnistrie, avec comme capitale Tiraspol. Aussitôt le Soviet Suprême déclare cette proclamation comme nulle, et des élections sont organisées dans les deux «républiques». Stepan Topal est élu président de la République gagaouze en décembre 1991, et Igor Smirnov président de la « République nistréenne » le même mois.

À peu près mille volontaires « cosaques » rejoignent les hommes de la 14e armée russe stationnée depuis 1956 à Tiraspol sous la direction du Haut Commandement pour les Opérations militaires du Sud Est et sous la conduite du général Alexandre Lebed (un Sibérien, comme Igor Smirnov). Ces 3 000 hommes partent vers le nord le long du Dniestr, pour s'emparer de l'arsenal de Colbasna, de la ville et du pont de Tighina, et de la centrale électrique de Dubăsari; en chemin ils prennent pour cible un car de touristes (russes) et quelques maisons où flottait le tricolore moldave (faisant quelques dizaines de victimes). Les toutes nouvelles milices moldaves (environ 2 500 hommes) passent alors le Dniestr pour tenter de prendre le contrôle de la Transnistrie: les affrontements font 250 morts et environ mille blessés, mais les russophones conservent le contrôle de la rive gauche du fleuve et de la ville de Tighina (Bender). À Moscou, les négociations entre Gagaouzes, les Slaves transnistriens et le gouvernement de la RSS de Moldavie échouent, et la rive gauche du Dniestr échappe au contrôle du gouvernement de Chișinău.

En mai 1991, les officiels renomment l’État en République de Moldavie (Republica Moldova). Enfin, le Soviet Suprême est transformé en Parlement Moldave.

Depuis 1991Modifier

La seconde République de MoldavieModifier

Pendant le coup d’État de Moscou en août 1991, les chefs du Commandement du Sud-Est essaient d’imposer l’état d’urgence en République de Moldavie, mais ils sont arrêtés par le gouvernement moldave, qui s'allie au président russe Boris Eltsine. Le 27 août 1991, après l’échec du coup d’État, la République de Moldavie se déclare indépendante de l’Union soviétique.

En octobre, la République de Moldavie commence à organiser ses forces armées. L’Union soviétique s’effiloche rapidement, et la République de Moldavie ne peut compter sur ses seules milices pour prévenir les risques d’escalade des violences en «République nistréenne» et dans le reste du pays. Les élections de décembre, de Stefan Topal et de Igor Smirnov à la présidence des «républiques», et la dissolution officielle de l’Union soviétique accroissent les tensions en République de Moldavie.

La violence se rallume de nouveau en Transnistrie en 1992. Un accord de cessez-le-feu est négocié en juillet entre les présidents Snegur et Eltsine. Une ligne de démarcation doit être maintenue par une force de paix tripartite (composée d’éléments moldaves, russes et transnistriens), et Moscou s’engage à retirer sa 14e Armée si une constitution pour la Transnistrie arrive à s’établir. Alors, la Transnistrie devra avoir un statut spécial dans le cadre de la République de Moldavie, qui lui réserve le droit de sécession en cas d’union de la République de Moldavie avec la Roumanie (plan Belkovski).

Après l’indépendanceModifier

Après l'effondrement de l’[URSS] en 1991, la 14e armée russe reste cantonnée le long du Dniestr, officiellement pour « défendre la population slave, formée principalement d’Ukrainiens, de Russes et de Bulgares, « contre toute menace d'intégration à la Roumanie et/ou à l'Union européenne ». Du point de vue russe en effet, les anciennes républiques soviétiques, à l'exception des trois pays baltes, sont une zone d'influence réservée à la Russie, et toute tendance centrifuge est perçue comme une menace stratégique. Mais en fait 80 % des industries moldaves, la centrale hydroélectrique de Dubăsari, l'arsenal de Colbasna et des usines d'armement se trouvent dans cette zone.

De nouvelles élections parlementaires sont organisées en Moldavie le 27 février 1994. Bien que ces élections soient décrites par les observateurs internationaux comme libres et correctes, les autorités de Tiraspol refusent de compter les voix et font tous leurs efforts pour décourager la population à participer au vote. Seuls 7 500 habitants votent sur la rive gauche du Dniestr, en République moldave du Dniestr.

Le nouveau parlement, qui a comme majorité les représentants du Parti Agraire de Moldavie, ne subit pas le blocage russe qui avait ligoté l’ancien parlement à majorité roumanophile du Front populaire: une législation réformatrice est adoptée, et permet d’envisager des changements. Le président Snegur signe le partenariat de paix avec l’OTAN en mars 1994, et en avril, le parlement approuve la participation de la Moldavie à la Communauté des États indépendants dans le cadre d’une union économique. Le 28 juillet, le parlement ratifie la nouvelle constitution. Celle-ci entre en vigueur le 27 août 1994. Elle prévoit une autonomie importante de la République moldave du Dniestr et de la Gagaouzie.

La Russie et la République de Moldavie signent un traité en octobre 1994, qui concerne le retrait des troupes russes de la Transnistrie, mais le gouvernement russe ne ratifie pas le traité. Alors que le cessez-le-feu est encore en vigueur début 1995, et que des négociations ultérieures sont menées sur la conférence de sécurité, la coopération en Europe et les Nations unies, les espoirs de calme et de retrait de l’armée russe dans un futur proche montent d’un niveau.

En mars et en avril 1995, des étudiants et des élèves moldaves roumanophones entament une série de grèves et de manifestations à Chișinău pour protester contre la politique culturelle et éducative du gouvernement. Ils sont soutenus par des intellectuels, et par des travailleurs et des retraités qui protestent contre le gouvernement pour des motifs économiques. Le mécontentement se cristallise sur le problème sensible de l'identité des autochtones. Ceux-ci, qualifiés de « moldaves différents des Roumains » par l'article 12 de la constitution de 1994, se voient donc exclus de la culture et de l'histoire des roumanophones (alors que slavophones et Gagaouzes ont librement accès à la culture russe, ukrainienne, bulgare ou turque) mais cela exclut les minorités de la nation et de la notion de "Moldave", réservée aux seuls autochtones. Dans cet article 12, c'est la majorité autochtone et elle seule qui est définie comme "Moldave". Plusieurs lois précisent que cette identité exclut l'identité "roumaine"; il est par exemple interdit aux enseignants de cette langue de la qualifier de "roumaine5" : toute référence à la roumanophonie est qualifiée par les autorités moldaves de manifestation de l'impérialisme roumain et de ses partisans (décrits comme des adversaires de la nation et agents d'une puissance étrangère)6.

Par contre, les autres langues (minoritaires) également officielles localement, peuvent librement être dites respectivement "russe", "ukrainienne", "bulgare" ou "gagaouze", sans qu'il soit fait référence à d'éventuels impérialismes russe, ukrainien, bulgare ou turc. Les manifestants et l'opposition affirment au contraire que les autochtones sont des "roumains" comme l'affirment les scientifiques, et que tous les citoyens du pays sont des "Moldaves", quelles que soient leurs origines ou leurs langues. C'est le droit du sang contre le droit du sol.

Il est également précisé dans plusieurs décrets que le "moldave" est historiquement antérieur au roumain, puisque la Moldavie a existé comme Principauté (depuis 1359) bien avant la naissance de la Roumanie (1859)5.

Cette définition officielle de l'identité moldave réservant le nom de Moldaves aux seuls roumanophones, mais en niant leur roumanophonie (puisque le "moldave" est défini comme langue différente du roumain), a cinq effets politiques et un effet scientifique :

  • elle suscite les protestations de la majorité du monde scientifique et du corps enseignant (d'où grèves et manifestations continuelles);
  • elle interdit à la majorité le libre développement de sa culture par delà les frontières de l'État (comme peuvent le faire les minorités), puisque si un russophone peut librement se prévaloir et se nourrir de la culture russe, un roumanophone ne peut pas librement se prévaloir et se nourrir de la culture roumaine;
  • elle exclut les minorités de la communauté politique « moldave », ce qui fait qu'elles ne témoignent d'aucun attachement à cet état;
  • elle bloque le rapprochement de la République de Moldavie avec l'Union européenne, car la Roumanie refuse de ratifier tout document niant la roumanophonie des autochtones de la République de Moldavie;
  • elle entretient une controverse identitaire permanente qui occupe le devant de la scène en politique intérieure, au détriment du développement, grève les relations avec les pays voisins et affaiblit la légitimité et la stabilité de l'État;
  • enfin sur le plan scientifique, elle nie deux faits :
    • l'existence d'un ensemble roumanophone différent de l'ensemble politique des citoyens Roumains ou Moldaves (qui ne sont pas tous roumanophones) et dont les locuteurs se comprennent spontanément et intégralement sans avoir besoin de traducteur;
    • le fait que les parlers régionaux anciens (de Moldavie, de Transylvanie, de Valachie et de Dobroudja) ont été unifiés au XIXe siècle par-delà les frontières politiques, grâce aux progrès de l'éducation, comme ce fut le cas ailleurs en Europe avec d'autres langues, au point qu'aujourd'hui on ne peut linguistiquement plus parler de langues différentes entre ces différents pays.

Dans son discours au parlement du 27 avril 1995, le président Mircea Snegur estimait que l’article 12 de la Constitution moldave introduit une sorte d'apartheid (développement séparé, en néerlandais) entre majorité et minorités, avec des différences de droit entre elles, qui traduisent, et en même temps entretiennent, les difficultés de la république de Moldavie à construire une identité acceptable par tous les citoyens du pays. Il demanda son abrogation au Parlement. La décision finale de celui-ci fut de repousser cette demande.

La solution (vainement) préconisée par Gunther Verheugen, représentant de l'Union européenne, était d'adopter le droit du sol selon lequel « Moldave » désignerait non plus une ethnie, mais une appartenance géographique et une citoyenneté, sans distinction de langue ou de religion, tandis que les communautés seraient désignées comme « roumanophones », « russophones », « ukrainophones », « bulgarophones », Gagaouzes, Roms, Juifs, etc., leurs langues étant aussi officielles aux échelons locaux selon les votes des citoyens de chaque raion, et la langue de l'État restant celle de la majorité autochtone.

La République de Moldavie, par l'article 12 de sa Constitution et ses décrets d'application, a clairement choisi, sous le gouvernement à majorité communiste de Vladimir Voronine, de se rapprocher de l'identité que lui avaient définie les ethnographes soviétiques, et de tourner le dos à sa voisine occidentale, décrite par ce président (dans de nombreux discours et interviews) comme « la dernière puissance impérialiste d'Europe ».

Toutefois, sur le plan idéologique, le gouvernement Voronine a rompu avec le communisme soviétique, puisqu'il tolère l'existence d'autres partis politiques. Cependant, l'opposition affirme ne pas pouvoir s'exprimer librement parce que le pouvoir tenterait d'intimider ou d'acheter les électeurs de ses candidats.

Sur le plan économique, la Moldavie pratique, à l'instar de la Chine ou de la Biélorussie, un « communisme de marché » où l'acceptation de l'économie de marché permet l'émergence de fortunes locales et où une législation souple convient à bien des investisseurs étrangers. Les chiffres de l'économie, qui ont fait de la Moldavie le pays le plus pauvre d'Europe (loin derrière l'Albanie) dans les années 1995-2000, montrent depuis quelques années une reprise de la croissance, bien que celle-ci reste très inégalitaire7.

De violentes manifestations ont lieu, le 7 avril 2009, provoquant l'incendie du parlement, après que l'opposition eut dénoncé la victoire du parti de Vladimir Voronin aux élections législatives. Les présidents roumain Traian Băsescu et russe Dmitri Medvedev appellent à un règlement pacifique du conflit, mais le premier continue à soutenir, en Moldavie, les partis qui revendiquent l'unité du pays sur des bases non-fédérales, le libéralisme social-démocrate, l'intégration dans l'Union européenne et l'OTAN et l'identité roumaine des autochtones, tandis que le second continue à soutenir les partis qui veulent maintenir la structure fédérale du pays, le communisme de marché, l'intégration dans la CEI et l'identité non-roumaine des Moldaves. Apres la révolution Twitter(2009), des élections législatives avait permis l'arrivée aux affaires de l'alliance pour l'intégration européenne, regroupant plusieurs formations. En décembre 2011 cette alliance à déçu de nombreux partisans, malgré des avancées économiques et démocratiques évidentes. « Ainsi depuis deux ans, la Moldavie n'a pas de président faute de majorité au parlement. Une anomalie qui jure sur le tableau idyllique peints par les dirigeant européens, qui veulent ériger la Moldavie en succès8. »


pour la période postérieure à 1940 en Bucovine du nord, dans l’arrondissement de Hertsa et au Bugeac : l’histoire de l'Ukraine.




Source : Wikipédia

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