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Histoire d'IsraëlModifier

Aller à : Navigation, rechercher[1][2]Déclaration d'indépendance de l'État d'IsraëlCet article relate l'histoire de l'État d'Israël. Pour les périodes antérieures à la création de cet État, veuillez consulter les articles détaillés suivants :

SommaireModifier

Avant 1947Modifier

Articles détaillés : Judaïsme, Juif, Histoire des Juifs en terre d'Israël, Sionisme, Histoire du sionisme, Histoire chronologique du sionisme, Déclaration Balfour et Histoire de la Palestine.Dès la fin du XIXe siècle, alors que les États européens connaissent la montée du nationalisme et, parallèlement, de l'antisémitisme, le mouvement sioniste apparaît dans les communautés juives d'Europe : il s'agit de créer un État des Juifs en Palestine. Ce mouvement est au départ minoritaire, mais il va peu à peu acheter des terres sur place, négocier avec le Royaume-Uni (qui administre la Palestine à partir de 1922) et, prenant de l'ampleur, amener après la seconde guerre mondiale à la création d'Israël.

1947-1948Modifier

Le vote du plan de partage de la PalestineModifier

[3][4]Le plan de partage de la PalestineArticle détaillé : Plan de partage de la Palestine.En février 1947, le gouvernement britannique remet le mandat qu'il détenait depuis 1920 sur la Palestine aux Nations unies.

Le 29 novembre 1947, l'Assemblée générale des Nations unies adopte la résolution 181 qui prévoit le partage de la Palestine en un État juif et un État arabe.

Le nouveau Yichouv et les communautés juives sionistes accueillent favorablement ce vote mais les Arabes palestiniens et l'ensemble des pays arabes qui militaient pour la constitution d'un État palestinien rejettent la résolution.

Le lendemain du vote, la guerre civile éclate entre les communautés juive et arabe palestiniennes.

La création de l'État d'Israël, la guerre de 1948 et les problèmes de réfugiésModifier

[5][6]Ma'abara ou camp de réfugiés de Juifs du Yémen en 1950Articles détaillés : Guerre de Palestine de 1948, Exode palestinien et Réfugiés juifs des pays arabes.Le 30 novembre 1947, la guerre voit s'affronter les communautés juive et arabe. En janvier, des volontaires arabes entrent en Palestine pour seconder les arabes palestiniens. En avril, les forces juives passent à l'offensive. Les forces et la société palestiniennes s'effondrent. Le 14 mai, dernier jour du mandat britannique, l'indépendance de l'État d'Israël est proclamée en tant « qu'État juif dans le pays d'Israël ». Le lendemain 15 mai, les États arabes voisins, opposés au partage, interviennent. En théorie alliés, ceux-ci ambitionnent des objectifs différents et combattront leur adversaire de manière désorganisée et désunie. À la suite d'une série d'opérations entrecoupées de trêves, les forces israéliennes vainquent militairement sur tous les fronts. La ligne d'armistice partage Jérusalem, laissant la vieille ville du côté arabe.

En gagnant la guerre de 1948, Israël conquiert 26 % de territoires supplémentaires par rapport au plan de partage et prend le contrôle de 81 % de la Palestine de 1947. La guerre s'accompagne de bouleversements démographiques. Entre novembre 1947 et juillet 1949, environ 720 000 Arabes de Palestine fuient ou sont expulsés des territoires qui formeront Israël et dans les 20 années qui suivront, en parallèle avec les tensions du conflit israélo-arabe, l'essentiel des membres de la communauté juive du monde arabo-islamique, soit plus de 850 000 personnes, fuient ces pays souvent en abandonnant tous leurs biens.

Le 7 janvier 1949, un ultime cessez-le-feu est imposé avec succès sous la pression conjointe des Britanniques et des Américains. Le 24 février 1949, Israéliens et Égyptiens signent à Rhodes, sous l'égide de l'ONU, un accord d'armistice et des armistices seront signés avec les autres protagonistes les mois suivants.

La guerre a fait 6000 morts militaires et civils parmi les Israéliens, 2000 morts dans les armées arabes et un nombre inconnu de morts parmi les civils arabes1.

Cette guerre marque le début d'une très importante immigration de Juifs en provenance des pays arabes et d'Europe, avec la mise en œuvre d'une série d'opérations programmées comme au Yémen (opération Tapis Volant) ou en Irak (opération Ezra et Néhémie).

De 1948 à 1967 : les années de formationModifier

[7][8]David Ben Gourion en 1949La guerre gagnée, la priorité2 pour le nouvel état est de se doter d'institutions. Pour Ben Gourion, Israël doit être une république démocratique et parlementaire, sur le modèle occidental. Israël est même un état laïque dans le sens où il n'y a pas de religion d'état et que la souveraineté appartient au suffrage universel et non à la Torah. L'influence religieuse y est cependant très importante, aussi bien dans l'état-civil que dans les nombreux partis politiques confessionnels, qui donnent naissance à une vie politique passionnelle, animée par de multiples partis à cause d'un système électoral fondé sur une proportionnelle intégrale qui imposera au fil des élections et des majorités changeantes la formation systématique de gouvernements de coalition. Les premières élections législatives ont lieu en janvier 1949 et donnent la majorité relative au Mapai (gauche) qui peut former un gouvernement dirigé par David Ben Gourion. Souvent avec l'aide des partis religieux, la gauche gouvernera pendant près de 30 ans jusqu'en 1977. Chaim Weizmann est élu premier président de l'État, pour un rôle purement représentatif.

La deuxième priorité est d'absorber les centaines de milliers d'immigrants venus d'Europe puis des pays arabes: la population croît de moins d'un million de personnes en 1948 à près de deux millions et demi en 1967, triple même entre 1948 et 19513. Le modèle de développement choisi est un modèle social-démocrate assumé par l'état et par le syndicat Histadrout3. L'aide de la diaspora, particulièrement américaine, les réparations allemandes et l'essor démographique permettent un taux de croissance de 10 % par an : un nouveau port, Ashdod, une compagnie martime, la Zim, et une compagnie aérienne, El Al, 350 kibboutzim et moshavim sont créés2.

Toutefois, le jeune état ne réussit pas à s'insérer dans la région. Les accrochages et les actes de sabotage à l'intérieur d'Israël se comptent par milliers et plus de 400 Israéliens sont tués de 1951 à 1956. Ce harcèlement permanent, la montée en puissance de Gamal Abdel Nasser, ses préparatifs militaires et le blocus du détroit de Tiran qu'il instaure, débouchent sur la campagne du Sinaï et la crise de Suez, qui n'apportent rien politiquement à Israël, si ce n'est une certaine tranquillité jusqu'à la crise de la guerre des Six jours2. [9][10]Israël, après la guerre d'indépendance (armistices de 1949/1950)===Les kibboutzim=== Article détaillé : Kibboutz.Un des traits caractéristiques de la jeune société israélienne est l'existence de communautés de vie et de travail, le plus souvent à objet agricole, appelées Kibboutzim. Le premier kibboutz a été fondé en 1908 à Degania et il en existe 214 en 1950, regroupant plus de 67 000 habitants. Il y en a, en 2000, 268 pour 117 000 habitants. Les fondateurs étaient souvent de jeunes idéalistes venus d'Europe désireux de trouver un nouveau mode de vie et de participer à la création du nouvel État. Les kibboutzim fonctionnent comme des démocraties directes où tous les membres participent aux assemblées générales et où chacun effectue à tour de rôle les tâches les plus ingrates4.

Les kibboutzim ont connu un succès remarquable et contribuent à 33 % de la production agricole et à 6,3 % de la production industrielle israéliennes. Dans les années 1970, près de 15 % des officiers de l'armée viennent des kibboutzim quand leur population ne dépasse pas 4 % de la population totale5. Après un déclin sensible dans les années 1990, les kibboutzim connaissent un certain renouveau qui se caractérise par une économie profitable, mais un abandon au moins partiel des idéaux originels : de 1990 à 2000, le pourcentage de salariés dans les kibboutzim est passé de 30 à 67 %4 et deux tiers des kibboutzim ont maintenant à leur tête des professionnels et non des membres du kibboutz5.

1948-1952

1950

  • 23 janvier : Jérusalem, capitale d'Israël.
  • 5 juillet : vote de la Loi du Retour.

1952

  • Janvier : discussion à la Knesset sur les réparations allemandes
  • Janvier : la citoyenneté israélienne est conférée aux résidents non juifs.
  • Octobre : une Israélienne et ses deux enfants sont tués dans un attentat à la grenade. L'opération de réprésailles aboutit au massacre de Qibya.
  • 9 novembre : mort de Chaim Weizmann. Le 8 décembre, Yitzhak Ben Zvi est élu président de l'État.

1954

  • David Ben Gourion se retire (temporairement) de la vie politique et Moshe Sharett devient chef du gouvernement.
  • Décembre : début des achats massifs par Israël à la France de matériels militaires2.

1955

1956

  • 29 octobre : Massacre de Kafr Qassem
  • La crise du canal de Suez fait suite à la nationalisation du canal de Suez par l'Égypte. La France, le Royaume-Uni et Israël concluent un accord secret à Sèvres pour prendre le contrôle du canal. Le 29 octobre 1956, l'invasion israélienne du Sinaï est suivie par le débarquement des forces britanniques et françaises à Port-Saïd7. L'Assemblée générale de l'ONU impose un cessez-le-feu et Britanniques, Français et Israéliens laissent le canal aux Casques bleus en 1957.

Article détaillé : Crise du canal de Suez.1956-1962

  • Décolonisation française en Afrique du Nord : immigration massive de Juifs en provenance du Maroc, de Tunisie, d'Algérie. Création des villes de développement en Israël.

1959

  • Juillet : premières manifestations et émeutes de Juifs originaires d'Afrique du Nord contre les disparités sociales, dans le quartier de Wadi Salib à Haïfa.

1960

  • 11 mai : capture d'Adolf Eichmann en Argentine : il est amené en Israël pour y être jugé, puis condamné à mort et exécuté le 31 mai 1962. Son procès, dont l'écho dans l'opinion est sans précédent grâce au développement de la radio et de la télévision et à la résonance que lui donne Hannah Arendt, révèle au monde l'horreur de la Shoah8.
  • Juin: visite de Ben Gourion en France : le général de Gaulle évoque « Israël, notre ami, notre allié ».

1962

  • Fin de l'embargo sur les armes imposé à Israël par le gouvernement des États-Unis : le président John F. Kennedy autorise la vente de missiles à Israël9.

1963

1964

1966

La guerre des Six joursModifier

[11][12]Les conquêtes de la guerre des Six jours[13][14]Moshe Dayan[15][16]Dégagement de l'esplanade devant le Mur occidental en juillet 1967Article détaillé : Guerre des Six Jours.L'Égypte obtient en mai 1967 du Secrétaire général de l'ONU U Thant le retrait des troupes de l'ONU du Sinaï et de Charm el-Cheikh où elles garantissaient l'accès au golfe d'Aqaba puis le 15 mai ; les forces égyptiennes pénètrent dans le Sinaï et, le 20 mai, ferment le détroit de Tiran, passage-clef du transport maritime israélien. L'alliance de l'Égypte avec la Syrie est complétée par des traités avec la Jordanie (30 mai) et l'Irak (4 juin)11. Au nord d'Israël, l'artillerie syrienne bombarde inlassablement les localités de Haute-Galilée. La propagande arabe, promettant de « jeter les Juifs à la mer » contribue à l'angoisse des Israéliens et des Juifs de la diaspora, mais aussi au complet support de la diaspora à Israël12.

Le 5 juin 1967, arguant de l'imminence d'une attaque arabe, Israël lance une offensive préventive éclair contre l'Égypte, menée par les généraux Moshe Dayan, ministre de la Défense et Yitzhak Rabin, chef d'état-major, et appelle la Transjordanie à rester neutre. La Jordanie refuse et attaque Israël avec l'artillerie lourde sur Jérusalem-ouest et la région de Tel Aviv. Le 8 juin, Israël vainc l'armée jordanienne et prend le contrôle de tout Jérusalem et la Cisjordanie. Les Syriens continuant leurs bombardements, Tsahal monte à l'assaut du plateau du Golan le 9 juin.

Les aviations égyptiennes, jordaniennes et syriennes sont détruites en une journée. Au terme d'une guerre-éclair de six jours et au prix de 759 morts et 3 000 blessés11, Israël conquiert la Cisjordanie dont Jérusalem-Est, la bande de Gaza, le Golan (y compris la zone des fermes de Chebaa) et la péninsule du Sinaï13.

Cette guerre et particulièrement l'angoisse qui l'a précédée soudent la diaspora autour d'Israël. La victoire assure son implantation dans la région. Mais elle transforme aussi la perception d'Israël par les autres nations. Ce peuple de réfugiés toujours menacés dans leur existence devient pour beaucoup une puissance occupant des territoires fortement peuplés.

Le 22 novembre 1967, le Conseil de sécurité des Nations unies adopte la résolution 242 qui préconise l'application des deux principes :

  • du retrait des forces armées israéliennes « des territoires occupés » (dans sa version en français) ou « from occupied territories »14 (c'est-à-dire « de territoires occupés », dans sa version en anglais) au cours du récent conflit ;
  • de la fin de toute revendication ou de tout état de belligérance, respect et reconnaissance de la souveraineté, de l'intégrité territoriale et de l'indépendance politique de chaque État de la région et de leur droit de vivre en paix dans des frontières sûres et reconnues, dégagées de toute menace ou tout acte de violence ;

et affirme la nécessité :

  • d'apporter une juste solution au problème des réfugiés ;
  • de garantir l'inviolabilité territoriale et l'indépendance politique de chaque État de la région, à travers diverses mesures telles que l'établissement de zones démilitarisées.

De 1967 à 1979 : les années de transformationModifier

Après la guerre des Six jours, les Israéliens et leur gouvernement sont persuadés de leur supériorité face aux armées arabes. Cette certitude est renforcée par l'échec de la guerre d'usure lancée par les Égyptiens. C'est ainsi que le gouvernement israélien devient aveugle à la fois aux efforts de paix du président Sadate ainsi qu'à ses préparatifs militaires. La guerre du Kippour, lancée le 6 octobre 1973 par les Égyptiens surprend donc totalement Israël.

Les premières colonies israéliennesModifier

Dès juillet 1967, le gouvernement israélien lance le plan Allon qui préconise l'implantation de colonies dans les territoires occupés, particulièrement dans le Golan et la vallée du Jourdain, afin d'assurer la sécurité d'Israël. Avec la montée en puissance du Goush Emounim à partir de 1974 puis l'arrivée au pouvoir de la droite avec le Likoud, en 1977, les colonies se multiplient avec le but pour les Juifs de se réapproprier Eretz Israël15. En 2008, la population juive de la Judée et de la Samarie dépasse les 200 000 personnes16.

1968

  • Début de l'Aliyah de Juifs en provenance d'URSS et début d'une série de procès antijuifs spectaculaires intentés en Russie, contre les « refuzniks » ou « prisonniers de Sion ».

1969 [17][18]Golda Meir en 1973*4 février : Yasser Arafat devient le chef de l'OLP.

1969-1972

  • Les passagers juifs et israéliens des lignes aériennes deviennent la cible du terrorisme de l'air palestinien.

1970

  • 7 août 1970 : fin de la guerre d'usure ;
  • Septembre noir : la guerre éclate entre les Palestiniens et les Jordaniens qui écrasent les Palestiniens.

1972 Article détaillé : Prise d'otages des Jeux olympiques de Munich.*4 septembre : onze athlètes israéliens sont assassinés aux Jeux olympiques de Munich. Les jeux ne sont pas pour autant interrompus. 1973

  • 10 avril : Ephraim Katzir, un scientifique reconnu, succède à Zalman Shazar comme président de l'État.

La guerre du KippourModifier

Article détaillé : guerre du Kippour.Le 6 octobre 1973, le jour de la fête du Kippour, la plus importante du calendrier juif, l'Égypte et la Syrie lancent par surprise une attaque coordonnée contre Israël: l'Égypte attaque par le Sinaï, la Syrie par le plateau du Golan (le plateau du Golan contrôle le lac de Tibériade et toutes les ressources en eau du Nord d'Israël). L'armée israélienne est d'abord mise en difficulté, mais au bout de quelques jours repousse les assaillants grâce à un ravitaillement en munitions fourni par un pont aérien américain. L'armée égyptienne en progressant rapidement dans le Sinaï se retrouve coupée de son ravitaillement, Israël profite de ce répit pour reprendre l'initiative grâce au général Sharon qui fait couper les arrières de l'armée égyptienne en envoyant ses hommes de l'autre côté du canal. L'armée égyptienne est alors contrainte à la reddition. La Syrie poursuit la guerre avec l'espoir de récupérer le reste de Golan, mais sans résultat.

L'ONU adopte le 22 octobre 1973 la Résolution 338 (1973), qui réaffirme la validité de la résolution 242 (1967), adoptée pendant la guerre des Six Jours et appelle toutes les parties en conflit (l'Égypte, la Syrie, Israël, la Jordanie) à un cessez-le-feu immédiat et à des négociations en vue « d'instaurer une paix juste et durable au Moyen-Orient ».

Les combats cessent le 25 octobre et le cessez-le-feu israélo-égyptien est signé le 28 octobre au « kilomètre 101 » (c'est-à-dire à 101 kilomètres du Caire) par les généraux israélien Aharon Yariv et égyptien Abdel Ghani el-Gamasy. Sur le front syrien, les combats s'interrompent quand les Israéliens sont à une quarantaine de kilomètres de Damas17.

Bien que les pertes israéliennes soient lourdes - plus de 2500 morts, des milliers de blessés, le succès militaire israélien est étonnant. Mais c'est un échec politique. La crise qui s'ensuit amène le 10 avril 1974 la démission de Golda Meir et son remplacement par Yitzhak Rabin le 3 juin. À plus long terme, cette crise de confiance amène la chute en 1977 du parti travailliste17. Toutefois, cette guerre montre aussi aux Arabes que les Israéliens sont vulnérables et efface en quelque sorte l'humiliation de la guerre des Six jours, ce qui permet l'ouverture de négociations de paix.

L'immigration d'Union soviétiqueModifier

Article détaillé : Communauté russe d'Israël.Durant la même période, à partir de 1968, Israël subit une transformation démographique capitale, avec l'arrivée des premiers immigrants russes. En Union soviétique, les Juifs sont alors confrontés à un antisionisme qui assimile volontiers sionistes et Juifs18. Cela incite des centaines de milliers de Juifs à quitter l'URSS. Un premier pic est atteint en 1973 où 34 000 Juifs arrivent en Israël. Cette immigration diminue dans les années 1980 quand l'URSS ferme ses portes pour reprendre avec encore plus de vigueur lors de la perestroïka et de la chute de l'Union soviétique. Si les Juifs ashkénazes d'Europe centrale étaient imprégnés de culture juive, si les Juifs sépharades du monde arabe étaient souvent très religieux, les Juifs soviétiques, qui auraient souvent préféré émigrer aux États-Unis sans les restrictions à l'immigration imposées par ces derniers18, n'ont souvent aucune culture juive ou sont même non-Juifs puisqu'Israël admet conjoints et enfants non-Juifs de Juifs. En tout, jusqu'à 2010, plus de 1 200 000 personnes venues de l'ancienne Union soviétique immigrent en Israël soit plus d'un tiers de toute l'immigration vers Israël19.

1974

  • 11 avril : un attentat terroriste à Kyriat Shmona fait 18 morts, dont 9 enfants.
  • 16 mai : 90 écoliers sont pris en otage à Ma'alot. 22 enfants sont tués par les terroristes lors de l'intervention de l'armée pour les libérer.

1975

  • 17 octobre : l'Assemblée générale de l'ONU vote une résolution (résolution 3379) assimilant le sionisme au racisme (résolution annulée par la résolution 46/86 de l'ONU le 16 décembre 1991).

1976

  • 27 juin - 4 juillet : opération Entebbe. 103 otages juifs et israéliens, capturés par un commando terroriste germano-palestinien à bord d'un avion d'Air France et retenus à l'aéroport d'Entebbe en Ouganda, sont délivrés par un raid de l'armée de l'air israélienne. Le commandant de l'opération, Yonatan Netanyahou, est tué durant le raid ainsi que trois otages.

1977

  • 22 avril : démission de Yitzhak Rabin. Shimon Peres devient premier ministre.
  • 17 mai: les travaillistes sont battus aux élections législatives. Pour la première fois, la gauche ne gouvernera plus Israël.
  • 26 juin : Menahem Begin, chef du parti nationaliste Hérout devient premier ministre.

La paix avec l'Égypte et le traité de Camp DavidModifier

[19][20]Israël et les territoires annexés (Golan et Jérusalem-est)) ou sous contrôle israélien (Bande de Gaza et Cisjordanie), après la restitution du Sinaï à l'ÉgypteLe 9 novembre 1977, le président égyptien Anouar el-Sadate annonce qu'il est prêt à se rendre en visite officielle à Jérusalem pour convaincre les Israéliens de sa volonté de paix. Après quelques jours de tergiversations, le premier ministre Menahem Begin lui fait parvenir une invitation. Sadate effectue un séjour du 19 au 21 novembre en Israël durant lequel il se rend à Yad Vashem, rencontre Golda Meir et prononce un discours à la Knesset20. Le discours de Sadate et celui de Begin qui lui répond sont d'une « intransigeance » totale mais brisent « l'impasse » qui existait jusqu'alors21. Il faut toutefois l'implication du président américain Jimmy Carter pour relancer les négociations. En septembre 1978, le président américain Jimmy Carter invite le président Sadate et le Premier ministre israélien Menahem Begin à Camp David pour négocier les accords de paix. Le 17 septembre 1977, Sadate et Begin signent deux accords-cadres à Camp David, définissant les bases de négociations entre l'Égypte et Israël22.

Le 26 mars 1979, Anouar el-Sadate et Menahem Begin signent les accords de Camp David23 qui prévoient le retrait israélien du Sinaï et la reconnaissance de l'État d'Israël par l'Égypte. Conformément au traité, Israël se retire du Sinaï en avril 1982. L'évacuation de l'implantation de Yamit ne va pas sans quelque résistance de ses habitants.

Pour leur implication dans ces négociations, Anouar el-Sadate et Menahem Begin reçoivent le prix Nobel de la paix en 1978.

De 1978 à 1993 : guerre au Liban, tournant économique, intifada et arrivée des Juifs d'ÉthiopieModifier

1978

  • Naissance du mouvement « La Paix maintenant » (en hébreu, שלום עכשיו - « Chalom Akhchav ») lancé par des soldats et officiers inquiets de la lenteur des négociations israélo-égyptiennes.
  • 24 février : le shekel remplace la livre israélienne comme unité monétaire. Un shekel vaut 10 livres israéliennes.
  • 11 mars : un commando de l'OLP, venant du Liban débarquant sur une plage israélienne, s'empare d'un car sur la route de Tel-Aviv. L'attentat fait 36 victimes israéliennes et de nombreux blessés24. L'armée israélienne lance l'opération Litani en envahissant alors le sud du Liban jusqu'au fleuve Litani pour y détruire l'infrastructure de l'OLP. Sous la pression de l'ONU, elle arrête son offensive au bout d'une semaine. L'ONU installe alors la FINUL pour veiller au cessez-le-feu alors que les Israéliens cèdent le contrôle de la région à l'Armée du Liban Sud du major Saad Haddad.
  • 19 avril : Yitzhak Navon, président de l'état.

1980 Article détaillé : Loi de Jérusalem.*30 juillet, l'État d'Israël proclame « Jérusalem, entière et unifiée » comme sa capitale.

  • 28-30 octobre : visite officielle du président israélien Yitzhak Navon en Égypte

1981

  • 7 juin : destruction par l'aviation israélienne du réacteur nucléaire irakien Osirak.
  • 6 octobre : assassinat du président égyptien Anouar El-Sadate par un extrémiste arabe lors d'un défilé militaire.
  • 14 décembre : Israël proclame l'annexion du Golan.

Guerre au LibanModifier

Article détaillé : opération Paix en Galilée.Le 6 juin 1982, Israël déclenche « l'opération Paix en Galilée » et envahit le Liban jusqu'à Beyrouth pour, officiellement, repousser les forces de l'OLP à plus de 40 km de la frontière israélienne. Les Israéliens rencontrent l'opposition de l'OLP et de l'armée syrienne qui signe un cessez-le-feu le 11 juin25. Finalement, à la suite du siège de Beyrouth, les troupes de l'OLP sont évacuées du Liban et leur commandement s'établit en Tunisie26. Après l'élection à la présidence de la république libanaise, le 23 août 1982, de Bashir Gemayel, partisan de la paix avec Israël puis son assassinat le 14 septembre 1982 par un membre du Parti social nationaliste syrien, les phalangistes chrétiens massacrent des centaines de civils palestiniens dans les camps de Sabra et Chatila dans une zone du Liban contrôlée par l'armée israélienne. Il y aurait eu 900 réfugiés palestiniens tués (3 500 selon le journaliste israélien Amnon Kapeliouk). Le bilan final des opérations est très lourd avec, au 14 octobre 1982, près de 18 000 morts syro-libano-palestiniens et 657 morts israéliens selon An Nahar27.

Si l'invasion du Liban permit le retrait des Palestiniens du Sud-Liban et l'affaiblissement temporaire de l'armée syrienne, cette dernière put après le retrait israélien de 1983 prendre le contrôle de la plus grande partie du Liban et ce jusqu'à l'évacuation du Liban par l'armée syrienne en 2005, à la suite de l'attentat contre Rafic Hariri.

1983

  • 5 mai : Chaim Herzog, président de l'État.
  • Août : Démission de Menahem Begin. Yitzhak Shamir devient premier ministre.
  • 4 novembre : attentat à Tyr au Liban contre un poste militaire israélien : 50 morts28

1984

  • 23 juillet 1984 : les élections législatives ne dégagent aucune majorité. Formation d'un gouvernement d'union nationale pour permettre la résolution de la crise économique et la sortie du Liban. Shimon Peres et Yitzhak Shamir instituent le système de la la rotazia par lequel le second succède au premier au bout de deux ans.
  • 20 novembre - 5 janvier 1985 : première opération de sauvetage en masse des Juifs d'Éthiopie, l'opération Moïse qui permet l'arrivée en Israël de 8 500 hommes, femmes et enfants.

1985

  • 1er octobre : Raid de l'aviation israélienne sur le quartier général de l'OLP à Tunis.

Le tournant économique de 1985Modifier

Jusqu'en 1977, année de l'arrivée du Likoud au pouvoir, l'économie israélienne a été marquée selon l'OCDE par la très forte influence des syndicats (fédérés dans la Histadrout) et un engagement capitalistique important de l'État : les secteurs de l'énergie et des télécommunications étaient entièrement nationalisés, d'autres partiellement29. Or, après la guerre du Kippour, l'économie sombre : en 1975, le fardeau militaire représente pas moins de 35 % du produit intérieur brut du pays. Malgré la première réforme monétaire de 1978 qui voit l'introduction du shekel, Israël entre également dans une période d'hyperinflation, celle-ci atteignant jusqu'à 600 % en 1984, tandis que les déficits annuels équivalent à 10 à 15 % du PIB par année3. Les banques commerciales doivent être nationalisées29. En 1985, le gouvernement de Shimon Peres lance un programme de stabilisation économique dans le but de donner à Israël une économie de marché. Salaire et prix sont gelés. Le nouveau shekel, dont le taux de change est tout d'abord fixe par rapport au dollar29 et qui vaut 1 000 shekels, est introduit le 1er janvier 1986. Les dépenses publiques font l'objet de coupes claires. Les États-Unis ont aussi apporté une aide de 1,5 milliard de dollars29. Ce programme de stabilisation économique, accompagné de réformes structurelles efficaces, a permis de réaliser des progrès considérables sur le front de la stabilisation macroéconomique30. Les résultats de ce programme combiné à la très forte immigration en provenance de l'ancienne Union soviétique sont spectaculaires : la dette publique est passée de 180 % du PIB à 85 % aujourd'hui et ce PIB est de 22 000 $ par habitant. À partir de 1996, les banques peuvent être reprivatisées29. L'inflation a presque disparu. En 2008, elle ne dépasse pas 2 % par année depuis huit ans, le taux de chômage est de 7,6 % et la croissance de l'économie oscille autour de 5 %3. Cette croissance se fait au prix d'un développement des inégalités qui frappent particulièrement la population arabe3.

La première intifadaModifier

Le 8 décembre 1987 éclate la première intifada ou « guerre des pierres », conflit dont la cause immédiate est un accident de la route où quatre Palestiniens sont morts tués par un camion israélien. C'est surtout la réponse à l'occupation israélienne de la Cisjordanie et de la bande de Gaza. Ce conflit ne prend fin qu'avec les accords d'Oslo en septembre 1993. 1 162 Palestiniens (dont 241 enfants) et 160 Israéliens (dont 5 enfants) sont morts durant l'intifada31 qui a renforcé la position de l'OLP parmi les Palestiniens mais aussi contribué à la naissance du Hamas. L'image d'Israël a été durablement affectée par les reportages sur ce conflit opposant des militaires bien équipés à des manifestants lanceurs de pierres.


1988

  • 19 septembre : lancement du premier satellite israélien Ofek 1.

1989

  • 6 juillet : attentat contre un autobus reliant Jérusalem à Tel-Aviv - 14 morts
  • Novembre : chute du Mur de Berlin marquant la fin du bloc de l'Est et début de l'alya de masse en provenance de l'Union soviétique et des anciens pays communistes.

1990

L'immigration des Juifs d'ÉthiopieModifier

[21][22]Juifs d'Éthiopie au Mur occidental (2008)En 1984 et en 1991, Israël lance deux opérations importantes, les opérations Moïse32 et Salomon33 pour sauver les Juifs d'Éthiopie (souvent appelés Falashas) menacés par la famine et les transférer en Israël. En 1984, au prix de plusieurs milliers de morts, les Falashas fuient à pied l'Éthiopie pour le Soudan dont la complicité permet l'établissement d'un pont aérien avec Israël. Entre le 24 et le 26 mai 1991, Israël lance la deuxième opération aérienne pour sauver les Juifs d'Éthiopie, l'opération Salomon qui permet le transfert vers Israël, en deux jours, de plus de 14 500 Juifs d'Éthiopie34. L'émigration des Juifs d'Éthiopie continue avec le transfert des Falash Muras, les Éthiopiens d'origine juive. En tout, plus de 80 00035 immigrants sont venus d'Éthiopie jusqu'à 2010. Leur intégration ne fut pas sans difficultés sociales et culturelles.

1991

  • 15 janvier : début de la guerre du Golfe. Une quarantaine de missiles Scud sont tirés contre Israël36, qui n'entraînent qu'une perte humaine indirecte, celle d'un enfant arabe israélien asphyxié par son masque à gaz. Israël n'a pas répondu aux attaques.
  • 30 octobre : conférence de paix, qui réunit à Madrid, pour la première fois, Israël et les dirigeants des pays arabes.
  • 16 décembre : la résolution 3379 de l'ONU décrétant que le sionisme est une forme de racisme et de discrimination raciale est annulée par la résolution 46/86.

1992

  • 13 juillet : après les élections législatives, le Parti travailliste revient au pouvoir, et Yitzhak Rabin redevient premier ministre et Shimon Peres, ministre des affaires étrangères.

De 1993 à 2009 : Des accords d'Oslo à la guerre de GazaModifier

Les accords d'OsloModifier

[23][24]Signature des accords d'Oslo à la Maison Blanche (Rabin, Bill Clinton et Arafat)Si la conférence de Madrid de 1991, où Israël et les pays arabes sont présents, n'a pas de résultat immédiat concret, elle permet le lancement de négociations entre Israël et certains pays arabes ainsi qu'entre Israël et l'OLP qui se tiennent dans différentes capitales dont Washington et Moscou. Les négociations israélo-palestiniennes, favorisées par le retour des travaillistes au pouvoir, se déroulent secrètement à Oslo. Les principaux négociateurs sont le vice-ministre israélien des affaires étrangères Yossi Beilin et le représentant de l'OLP Ahmed Qoreï. Les accords d'Oslo, intitulés « Déclaration de principes », sont signés à Washington, à la Maison-Blanche, le 13 septembre 1993 par Yitzhak Rabin et Yasser Arafat. Ces accords reconnaissent une certaine autonomie en matière économique et sociale aux Palestiniens qui disposent d'un gouvernement (self-government). Ils prévoient la création d'une Autorité palestinienne, une reconnaissance mutuelle de l'OLP et d'Israël, une coopération économique israélo-palestinienne et le retrait israélien de la bande de Gaza et de la région de Jéricho.

1993

  • 24 mars : Ezer Weizman est élu président de l'État d'Israël.

1994

1995

  • 22 janvier : un double attentat-suicide à l'arrêt de bus de Beit-Lid, près de Netanya fait 21 morts parmi des permissionnaires israéliens. Il est attribué au Djihad islamique.
  • 24 septembre : accords de Taba qui prévoit le désengagement israélien en Cisjordanie.
  • 4 novembre : assassinat du premier ministre Yitzhak Rabin par un extrémiste juif Yigal Amir. Shimon Peres redevient premier ministre.

1996 [25][26]Benjamin Netanyahu*mars : alors que les accrochages entre Israéliens et leurs alliés de l'ALS, d'une part, et le Hezbollah, d'autre part, s'étaient jusque-là limités au sud du Liban, l'escalade militaire amène des incidents meurtriers et le Hezbollah bombarde à coups de katiouchas le nord d'Israël.

  • 11-28 avril : opération Raisins de la colère. Israël, par des bombardements allant jusqu'à Beyrouth et la vallée de la Bekaa, vise à obtenir l'affaiblissement du Hezbollah.
  • 29 mai : élections législatives : à la suite d'une modification de la loi électorale datant de 1992 et censée apporter plus de stabilité au gouvernement israélien, les électeurs choisissent non seulement leurs députés mais aussi le premier ministre. Benjamin Netanyahu est élu Premier ministre et dispose d'une majorité relative de droite à la Knesset. Opposé aux accords d'Oslo, il favorise la politique d'implantations israéliennes dans les territoires occupés.

1997

1999

2000

  • Mai : les forces israéliennes quittent l'intégralité du territoire sud-libanais après 20 ans d'occupation. Ce retrait est en grande partie dû au Hezbollah qui inflige d'importantes pertes à l'armée israélienne et à son allié l'Armée du Liban Sud, dont les membres se réfugient en Israël ou sont « poursuivis, arrêtés ou tués sans autre forme de jugement37 ».

Diversité démographique et inégalités socialesModifier

Le 10 juillet 2000, Ezer Weizmann doit démissionner à la suite d'un scandale financier et le 31 juillet, Moshe Katsav est élu président. C'est le premier président mizrahi de l'État d'Israël ainsi que le premier président né dans un pays musulman. Cela illustre la diversité démographique et les inégalités qui marquent encore la société israélienne. La population juive palestinienne est jusqu'à l'indépendance de l'État d'Israël, principalement d'origine ashkénaze c'est-à-dire d'Europe centrale et orientale. Cette population d'origine européenne a été complétée par l'immigration des Juifs originaires de l'ancienne Union soviétique avant et après sa disparition. L'autre grande partie de la population juive israélienne est constituée des Juifs de rite séfarade, originaire du bassin méditerranéen et du Moyen-Orient. Ces populations sont très diverses par la culture et par la langue d'origine (il y a par exemple 500 000 francophones en Israël38, originaires le plus souvent des pays d'Afrique du nord). Même si les différences sociales tendent à s'atténuer, les Séfarades disposent toujours de revenus inférieurs à ceux des Ashkénazes39.

  • juillet : deuxième sommet de Camp David. Le 5 juillet, pour obtenir une avancée dans la solution du conflit israélo-palestinien, le président Bill Clinton convoque à Camp David un sommet israélo-palestinien qui se tient du 11 au 25 juillet mais qui n'aboutit qu'à une déclaration trilatérale qui énonce quelques grands principes. Les négociations ont échoué sur plusieurs points dont les principaux sont la question des frontières, le statut de Jérusalem et du mont du Temple, le droit au retour pour les Palestiniens.

Article détaillé : sommet de Camp David II.===La seconde Intifada=== Article détaillé : Seconde intifada.Le 28 septembre débute de la seconde Intifada ou Intifada al-Aqsa. Si la plupart des observateurs lient le déclenchement de l’intifada à la visite au Mont du Temple ou Esplanade des Mosquées par Ariel Sharon considérée comme une provocation par les Palestiniens et à la répression des manifestations qui ont suivi, d'autres font remarquer que les troubles ont commencé quelques jours auparavant et sont liés à l'absence de perspectives dans le règlement du conflit, après l'échec des négociations de Camp David. les troubles se prolongent jusqu'en 2005. Les moments de plus grande violence sont atteints de fin octobre 2000 à fin 2001 lors du lynchage du 12 octobre 2000 à Ramallah, puis quand le Hamas entame une campagne d'attentats-suicides avec une quarantaine d'attaques perpétrées jusqu'à la fin 200128. Le 27 mars 2002, l'attentat du Park Hotel de Netanya fait 29 morts parmi les convives qui célébraient le Séder de Pâque et est suivi de l'opération Rempart à Jénine (54 morts palestiniens et 23 morts soldats israéliens tués). Si la tension ne disparaît pas, la violence s'atténue notablement à partir de 2004 après la répression israélienne et la construction du mur de séparation40 entre Israéliens et Palestiniens. Cependant, ce dernier est jugé illégal par la Cour internationale de justice et l'Assemblée générale de l'ONU alors que son tracé fait l'objet de contestations devant la Cour suprême d'Israël41.

De septembre 2000 au 30 novembre 2006, les affrontements ont fait 5 580 morts, dont 4 458 Palestiniens, 1 045 Israéliens.

  • 12 octobre : 13 Arabes israéliens sont tués par la police dans une émeute à Nazareth42.

Les Arabes israéliensModifier

Article détaillé : Arabes israéliens.Comme spécifié dans la déclaration d'indépendance, les habitants arabes d'Israël disposent de la même citoyenneté que les Juifs dans l'État d'Israël. Ils ont les mêmes droits politiques et sociaux et la seule distinction est en matière de devoirs puisque les Arabes sont dispensés du service militaire obligatoire en raison de leur proximité familiale et culturelle avec les Palestiniens et le reste du monde arabe43. Depuis 1948, ils constituent environ 20 % de la population israélienne. 80 % d'entre eux sont musulmans sunnites, 9 % chrétiens et 9 % druzes44. La langue arabe est une des deux langues officielles de l'État d'Israël et les Arabes disposent de leur réseau scolaire.

Si la condition des Arabes israéliens est généralement meilleure que celle des Arabes pays voisins, il est clair que leur niveau de vie est inférieur à celui de leurs compatriotes juifs43. Pour Maurice Rajsfus, « ils sont simplement un peu moins égaux que les autres »45 . Cela est dû en partie à la faible intégration des Arabes dans la population majoritaire juive due à la langue, au réseau scolaire séparé, à la dispense de service militaire et plus récemment à leur hostilité vis-à-vis de la politique gouvernementale vis-à-vis des Palestiniens44.

Jusqu'aux années 1980, les partis politiques traditionnels juifs recevaient la plupart des votes arabes. À partir des années 1980 sont apparus des partis spécifiquement arabes qui participent à la majorité travailliste des années 1990 qui est à l'origine des accords d'Oslo. Après les émeutes de Nazareth et la seconde Intifada, le taux d'abstention des Arabes israéliens pour les élections à la Knesset augmente ainsi que l'audience des mouvements islamiques radicaux44. Pour Paul Giniewski, ils sont désormais « palestinisés »46.

  • novembre : Ehud Barak approuve un plan de construction d'une « barrière destinée à empêcher le passage de véhicules motorisés » depuis le Nord-Est de la Cisjordanie jusqu'à la région du Latrun.
  • décembre : démission d'Ehud Barak du poste de premier ministre.

2001 [27][28]Ariel Sharon en 2002*7 mars : Ariel Sharon est élu premier ministre et forme un gouvernement d'union nationale.

2002

  • 14 avril : à la suite de la multiplication des attentats, le gouvernement décide de construire une barrière antiterroriste à l'intérieur de la Ligne de Séparation, et émet une directive en vue de « commencer immédiatement la construction d'une clôture dans la région de 'Anin… le secteur de Tulkarem et le secteur de Jérusalem ».
  • 14 août : approbation par le gouvernement du tracé du Mur, resté secret. Il sera composé en grande partie de barrières électroniques.

2003

  • Janvier : le premier cosmonaute israélien, Ilan Ramon, décède dans la catastrophe de la navette spatiale Colombia.
  • 28 janvier : Aux élections législatives, le parti travailliste connaît une défaite historique avec seulement 14 % des voix. Le Likoud remporte 29 % des voix et Ariel Sharon conserve son poste de premier ministre47.

2004

2005

La question iranienneModifier

En octobre 2005, le président iranien Mahmoud Ahmadinejad appelle à la destruction d'Israël48. Des propos similaires sont tenus en février 2012 par le Guide suprême iranien Ali Khamenei qui déclare qu'Israël est une « tumeur cancéreuse qui devrait être retirée, qui sera retirée »49. En septembre 2009, Mahmoud Ahmadinejad nie la Shoah50, déclaration qu'il renouvelle le 11 février 201251. La récurrence de tels propos et, surtout, le développement du programme nucléaire iranien52 et, peut-être, d'armes nucléaires ainsi que l'alliance existant entre l'Iran, le régime du président syrien Bachar el-Assad, le Hezbollah libanais et le Hamas de Gaza constituent pour des responsables israéliens une « menace existentielle »53 qui place Israël devant la nécessité de choisir entre la capacité de bombarder l'Iran ou de protéger ses populations par le déploiement d'un bouclier contre les missiles (Iron Dome)53. Le 16 août 2012, Israël teste un système national d'alerte aux missiles par SMS54 alors que le Guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei déclare : « Cette excroissance sioniste artificielle disparaîtra du paysage. »55

  • Novembre : des désaccords majeurs sur la politique à suivre vis-à-vis des Palestiniens aboutissent au départ de deux des principaux hommes politiques de leur parti respectif : Ariel Sharon créé un nouveau parti, Kadima et convainc Shimon Peres de le rejoindre. Le jeu politique israélien est donc complètement modifié avec trois partis : le Likoud de Benyamin Netanyahou, le parti travailliste d'Amir Peretz et Kadima ("en avant") d'Ariel Sharon. La Knesset est dissoute par le président israélien, et Kadima part favori pour les élections anticipées.

2006

  • 4 janvier : Ariel Sharon est victime d'un AVC qui le laisse dans le coma. Ehud Olmert assure l'intérim. Kadima remporte les élections législatives de mars qui confirment Ehud Olmert à la tête du gouvernement.
  • 26 janvier : Le Hamas reporte les élections législatives palestiniennes. Ismaël Haniyeh est nommé premier ministre palestinien.
  • 25 juin : le caporal Gilad Shalit est enlevé par 3 groupes terroristes palestiniens (les Comités de résistance populaire, l’Armée de l’Islam et la branche armée de l'organisation terroriste Hamas) lors d'une attaque conjointe contre un poste militaire de Tsahal en territoire israélien. En riposte, le cabinet israélien déclenche l'opération Pluie d'été.

2006-2008

  • Tirs de roquettes : La tension avec les Palestiniens reste très vive (1722 tirs de roquette Qassam sur Israël en 2006, 1276 en 2007, 2048 en 200856 et représailles de Tsahal).

Guerre contre le HezbollahModifier

Article détaillé : Conflit israélo-libanais de 2006.Le mercredi 12 juillet, 8 soldats de Tsahal sont tués et 2 capturés par le Hezbollah près de la frontière israélo-libanaise57,58,59. L'aviation israélienne riposte en bombardant routes, ponts et l'aéroport de Beyrouth. Le bilan de la journée est de 40 morts civils60. La réponse d'Israël est jugée "disproportionnée" par l'ONU mais soutenue par les États-Unis qui estiment comme la Grande-Bretagne qu'Israël a le « droit à l'autodéfense ».

Le conflit est marqué par les bombardements aériens par Israël visant l'infrastructure du Hezbollah au Liban, souvent précédés de lancers de tracts prévenant la population mais faisant néanmoins de nombreuses victimes parmi les habitants et par les bombardement par le Hezbollah du nord d'Israël au moyen de katiouchas.

Le conseil de sécurité vote le 11 août la résolution 1701 mettant fin au conflit par un cessez-le-feu observé à partir du 14 août. Le bilan de ce conflit est lourd en pertes humaines (plus de 1100 Libanais, plus de 250 soldats des diverses armées présentes au Liban dont 184 membres du Hezbollah, 118 soldats et 48 civils israéliens sont tués). Même si, comme souhaité par Israël, l'armée libanaise a pu après le conflit reprendre pied dans le sud du Liban, au sud du Litani61, le conflit a révélé la puissance du Hezbollah qui menace désormais les populations israéliennes.

2007

  • 13 juin : élection de Shimon Pérès à la présidence de l'État, après la démission de Moshe Katsav, contraint de quitter son poste à la suite d'accusations de viol d'une subordonnée.
  • Juin : après la prise du pouvoir par le Hamas dans la bande de Gaza, Mahmoud Abbas limoge Ismael Hannyeh et le remplace par l'indépendant Salam Fayyad.
  • 6 septembre : Israël détruit un réacteur nucléaire syrien construit probablement avec l'aide de la Corée du Nord.

2008

  • 21 septembre : à la Suite de son implication dans une affaire de corruption, Ehoud Olmert est contraint d'annoncer sa démission. Tzipi Livni réussit de justesse à se faire élire à la tête du parti Kadima. Mais elle échoue à former un gouvernement. Shimon Pérès doit convoquer des élections anticipées en 2009.
  • Le 5 novembre, après 5 mois de trêve partielle62, Israël procède à un raid contre un tunnel du Hamas qui entraîne des échanges de feu et la mort de 6 membres du Hamas63,64. Le 18 décembre, le Hamas annonce la non-reconduction de cette trêve65. Les tirs de roquettes vers Israël reprennent66.

Guerre de GazaModifier

Article détaillé : Guerre de Gaza de 2008-2009.À partir du 27 décembre, l'aviation israélienne bombarde les infrastructures du Hamas à Gaza : c'est le début de l'opération Plomb durci. Le 3 janvier 2009, les Israéliens envoient des troupes dans la bande de Gaza. L'opération fait selon les sources palestiniennes plus de 1 300 morts à Gaza et 13 du côté israélien selon les sources israéliennes.

Le 18 janvier, Israël proclame le cessez-le-feu. Le même jour, le Hamas annonce une trêve et donne 7 jours à l'armée israélienne pour quitter Gaza, ce qui est fait dès le 21 janvier. Toutefois, pendant les semaines qui suivent, les Palestiniens de Gaza continuent d'envoyer quelques roquettes plusieurs fois par semaine sur Israël dont l'aviation réplique en bombardant les tunnels palestiniens de contrebande avec l'Égypte.

Depuis 2009 et la guerre de GazaModifier

[29][30]Shimon Peres, en novembre 20092009

  • 10 février : élections législatives anticipées qui montrent une poussée à droite mais ne dégagent pas de majorité claire. Benyamin Netanyahou est chargé, le 20 février, par le président Shimon Peres de former le nouveau gouvernement.
  • 25 novembre 2009 : le gouvernement israélien proclame un moratoire de dix mois sur la construction et la planification de nouvelles implantations67.

2010

  • février : affaire du Dubaïgate.
  • 31 mai : l'abordage par l'armée israélienne de la flottille de militants « humanitaires » décidés à briser le blocus de Gaza fait 9 morts parmi les militants et suscite la réprobation d'une importante partie de l'opinion internationale. À la suite de cet incident, l'ambassadeur d'Israël en Turquie est expulsé en septembre 201168.

Article détaillé : Abordage de la flottille pour Gaza.*août 2010 : Israël entre officiellement à l'OCDE69,70.

  • 31 août : un attentat revendiqué par le Hamas71 fait quatre morts israéliens sur une route des Territoires palestiniens près de Kyriat Arba. Malgré cet attentat, les pourparlers directs entre Palestiniens et Israéliens reprennent à Washington, le 2 septembre avec Benyamin Netanyahou et Mahmoud Abbas, plus de neuf mois après le début du moratoire de dix mois sur les constructions de nouvelles implantations proclamé par les Israéliens. Ce moratoire n'est pas reconduit à son expiration.
  • décembre 2010 : le plus grand incendie de forêt de l'histoire d'Israël fait 42 morts sur le mont Carmel. Le feu détruit les forêts (environ 5 millions d'arbres) et la végétation, sur une vaste superficie entre Isfiya, le kibboutz Beit Oren, Haïfa et Tirat Carmel (près de 50 kilomètres carrés) : 17 000 personnes sont évacuées de leur domicile. Deux bataillons de sauvetage du Tsahal avec hélicoptères ainsi que des citernes d'eau et de bulldozers sont mobilisés afin d'essayer de maîtriser le feu et d'arrêter la propagation de l'incendie de forêt. L'aide internationale vient de nombreux pays, dont la Turquie, la Jordanie, la France72,73

Article détaillé : Incendie du Carmel de 2010.2011

  • 11 mars : la tuerie d'Itamar suscite une émotion considérable en Israël et par contre-coup une relance de la construction dans les implantations juives des territoires palestiniens74.
  • 27 avril : l'annonce d'un accord entre le Fatah et le Hamas signé le 4 mai75 est considérée comme de mauvais augure par les Israéliens car le Hamas a en effet clairement annoncé que l'accord ne vaut ni reconnaissance d'Israël, ni participation au processus de paix76.

Crise sociale et développement économiqueModifier

[31][32]Manifestation à Tel Aviv, le 6 août 2011.[33][34]Le centre d'affaires et centre commercial Azrieli à Tel-Aviv.L'été 2011 est marqué, à Tel Aviv et ailleurs dans le pays par de continuelles manifestations de masse contre le coût trop élevé des logements. En réponse à ce mouvement, le gouvernement de Benyamin Netanyahou nomme une commission d'experts présidée par le professeur d'économie Manuel Trachtenberg qui doit rendre ses conclusions à la mi-septembre 201177.

Le 26 septembre, la commission menée par le professeur Trachtenberg rend ses conclusions : elle propose de stimuler la construction de logements sociaux et d'assurer graduellement la gratuité de l'éducation pour les enfants dès l'âge de trois ans. Pour financer ces mesures, elle préconise une hausse des impôts pour les salariés touchant plus de 8 000 euros par mois, pour les entreprises et pour les gains en capitaux, tout en réduisant de 500 millions d'euros le budget de la défense, ce qui laisse présager une forte opposition78.

Ces manifestations illustrent l'existence de fortes inégalités et 25 % des Israéliens vivent dans le pauvreté79,80 dans une économie en forte croissance (de l'ordre de 5 % par an en 2011) malgré la crise mondiale81,82. Israël jouit de l'un des niveaux de vie les plus élevés de la région, et le salaire moyen est proche des moyennes européennes. Le taux de chômage a connu une hausse avec la crise mondiale, dépassant les 7 %, mais est redescendu aux alentours de 6 % en 201080.

En juillet 2012, devant le développement de la crise économique mondiale et alors que le taux de croissance israélien pour 2012 est annoncé en baisse à 3,1 %83 (prévision revue à 3,5 % en octobre 2012)84, le gouvernement Netanyahou adopte des mesures d'austérité dont une augmentation des impôts (la TVA passe de 16 à 17 %, l'impôt sur le revenu des classes moyennes (plus de 2 200 dollars de revenus mensuels) augmente d'un ou deux points) et des diminutions de budgets ministériels85, ce qui suscite de nouvelles manifestations86.

Le 11 mai 2013, quelques milliers de manifestants protestent contre le budget d'austérité que s'apprêterait à adopter le gouvernement Netanyahou à la demande du ministre des Finances, Yair Lapid87.

  • 18 août : plusieurs attaques terroristes ont lieu simultanément dans le désert du Negev, près d'Eilat faisant 8 morts israéliens88. Représailles et contre-représailles s'ensuivent, terminées par un cessez-le-feu le 22 août, entre le Hamas et Israël89.
  • 24 septembre : le président Mahmoud Abbas demande officiellement à la tribune des Nations unies l'adhésion de l'État palestinien à l'ONU90, ce que rejette le premier ministre israélien Benyamin Netanyahou qui rappelle la caractère « juif » de l'état d'Israël91 et presse le président Mahmoud Abbas à ouvrir immédiatement à New York des négociations directes92 dans un discours disponible en français ici.

Essor scientifique et technologiqueModifier

[35][36]L'école d'informatique du Technion de HaïfaEn octobre 2011, Dan Shechtman reçoit le prix Nobel de chimie pour sa découverte des quasi-cristaux. Cette récompense, le prix Nobel de chimie déjà reçu en 2004 par Ciechanover et Hershko et la médaille Fields reçue pour ses recherches en mathématiques par Elon Lindenstrauss en 2010, illustrent la réussite des universités et de la recherche israéliennes qui se traduit par le succès des entreprises dont celles de biotechnologie93,94. Dans l'industrie pharmaceutique, le groupe Teva est le premier producteur mondial de médicaments génériques. Beaucoup des plus importantes compagnie mondiales ont établi des centres de recherche en Israël : Intel, IBM, Motorola, Applied Materials, BMC, Creo, Marvell, Cisco, HP et Nestlé95. Outre les biotechnologies, les domaines privilégiés de la recherche israélienne sont les sciences de la vie, les télécommunications, l'Internet et les logiciels94. Israël jouit aussi d’une forte position dans le domaine des écotechnologies ou « technologies propres ». Les technologies des énergies renouvelables et les technologies de lutte contre la pollution de l’eau dominent les demandes de brevets portant sur des technologies de gestion environnementale96. Ce dynamisme de la recherche est fondé sur des centres de recherche reconnus au niveau international - l'Université hébraïque de Jérusalem, l'Universite de Tel-Aviv et le Technion de Haïfa94 - et sur une politique d'investissement de 5 % par an dans la recherche hors recherche militaire qui fournirait 1 % supplémentaire. Les dépenses de R&D en 2001 en Israël représente 4,5 % du PIB, comparé à 1,6 % au Royaume-Uni, 2,3 % aux États-Unis, 3,0 % au Japon et 4,1 % en Suède95. Un autre aspect du dynamisme technologique israélien est illustré par les classements internationaux qui donnent à Israël la seconde place en nombre de start-ups derrière les États-Unis et la première proportionnellement au nombre d'habitants97,98.

  • 18 octobre : la libération de Gilad Schalit échangé contre un millier de prisonniers palestiniens libérés les 18 octobre et 18 décembre, provoque joie et émoi en Israël99.

2012

La société israélienne et les Juifs ultra-orthodoxesModifier

Les Juifs ultra-orthodoxes ou Haredim respectent à la lettre la Torah et ont développé une position qui oppose les plus stricts d'entre eux au reste des Israéliens aussi bien sur leur façon de vivre que sur le plan politique. Les Haredim sont pour une stricte séparation des hommes et des femmes dans la vie publique et pour un respect absolu du chabbat. Leurs exigences vis-à-vis des femmes, particulièrement l'obligation de se placer à l'arrière des autobus desservant leurs quartiers et le strict respect de la pudeur ou tsniout, ont été à la fin 2011 et au début 2012 à l'origine de plusieurs incidents relatés par la presse100. De plus, souvent, ils consacrent leur vie à l'étude de la Torah, laissant à leurs épouses le soin de subvenir aux besoins de la famille. Sur le plan politique, certains n'acceptent pas l'État d'Israël, qui ne pourrait être recréé que par l'arrivée du Messie. Cependant, ils bénéficient, depuis les premières années de l'existence de l'État, d'exemptions de service militaire et de subventions aux écoles talmudiques, par décision de David Ben-Gourion qui pensaient que les Harédim disparaîtraient petit à petit100. Leur influence dans la vie politique est significative car leur partis politiques, comme le Shass ou l'ancien Parti national religieux, obtiennent des députés souvent indispensables aux majorités gouvernementales.

Après que la Cour suprême d'Israël a jugé inconstitutionnelle, en février 2012, la loi permettant aux Juifs religieux d'éviter le service militaire, le gouvernement et l'opinion se déchirent quant au contenu de la nouvelle loi qui devrait être votée avant le 1er août 2012101. Toutefois, à la fin juillet 2012, le ministre de la Défense Ehoud Barak repousse d'un mois la sortie de la proposition de loi102 et en l'absence de nouvelle législation les Juifs orthodoxes devraient faire leur service militaire103. La question devient pressante lorsque la composition du gouvernement Netanyahou à la suite des élections de janvier 2013 butte sur le sujet du service militaire par les religieux104.

Une autre controverse agite les milieux religieux. Des femmes appartenant aux mouvements juifs libéral ou conservateur désirent prier au Mur occidental revêtues du talit ou portant les téfilines, comme cela est réservé aux hommes dans le judaïsme orthodoxe. Jusqu'alors, elles avaient toujours été repoussées par la police mais le 10 mai 2013, la police israélienne les a laissé faire tout en les protégeant de la contre-manifestation des Juifs orthodoxes qui essayaient de les en empêcher à coups de divers projectiles et d'insultes105,106.

  • 6 février : En prolongement de l'accord du 27 avril 2011, signature d'un accord de partage du pouvoir entre le Hamas de Khaled Mechaal et le Fatah de Mahmoud Abbas107. Le 11 février, Ismaïl Haniyeh, Premier ministre du Hamas à Gaza, affirme à Téhéran que le Hamas, « ne reconnaîtra jamais Israël », et que « la lutte continuera jusqu'à la libération de la totalité de la terre de Palestine et de Jérusalem »51.
  • 21 mars : Israël enterre dans l'émotion les quatre victimes de l'attentat de Toulouse108, en présence du ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé.
  • 8 mai : Le parti Kadima dirigé depuis peu par Shaul Mofaz, rejoint la coalition gouvernementale, donnant une majorité à la Knesset de 94 sièges sur 120 à Benyamin Netanyahou. Cet accord évite à Benjamin Netanyahou de convoquer des élections anticipées qu'il avait envisagées pour élargir sa majorité et lui permet d'être moins dépendant du parti religieux Shass ou du parti d'Avigdor Liberman, Israel Beytenou. Cet accord devrait donc permettre au gouvernement de faire passer une loi plus égalitaire qui remplacerait d'ici l'été la loi Tal (Torato Omanuto (en)) qui permet aux juifs religieux orthodoxes d'être exemptés du service militaire109.
  • 14 juillet : Les manifestations d'indignés reprennent à l'été 2012, toutefois avec moins d'ampleur mais plus dramatiquement car lors d'une manifestation le 14 juillet, un manifestant, ancien chef d'entreprise ruiné, se suicide par le feu et d'autres immolations s'ensuivent110 dont une aboutit à un second décès le 27 juillet111.
  • 19 juillet : Si la guerre civile syrienne n'avait eu jusque-là aucune conséquence à la frontière du Golan, l'incursion de 500 soldats et 50 véhicules syriens au-delà de la ligne de séparation israélo-syrienne négociée en 1974 suscite une plainte d'Israël auprès du secrétaire général de l'ONU112.
  • 5 août : Grave incident à la frontière entre l'Égypte, la bande de Gaza et Israël : un commando attaque le poste-frontière égyptien Karm Abou Salem, y tue 16 soldats égyptiens, y prend deux véhicules blindés qui sont annihilés par l'armée israélienne alors qu'il se dirigeait vers le poste-frontière israélien de Kerem Shalom113.
  • Nuit du 15 au 16 octobre : À l'instigation du Premier ministre, la Knesset vote sa dissolution114,115, convoquant des législatives anticipées pour le 22 janvier 2013.
  • Novembre : Après ce que la presse appelle parfois une pluie de roquettes116,117 tirées de la bande de Gaza sur le sud du pays, Israël reprend le 14 novembre sa politique de frappes ciblées en tuant Ahmed Jaabari considéré comme le chef militaire des islamistes du Hamas117. C'est le début de l'Opération Pilier de défense.

L'opération Pilier de défenseModifier

Articles détaillés : Confrontation entre Israël et la bande de Gaza en 2012 et Opération Pilier de défense.L'opération Pilier de défense débute après de multiples tirs de roquettes de la Bande de Gaza vers Israël, durant toute l'année 2012 qui s'intensifient en octobre et en novembre. Elle dure du 14 au 21 novembre 2012 et fait plus de 160 morts parmi les Palestiniens et 6 parmi les Israéliens. les Israéliens ont particulièrement visé les chefs des organisations militaires du Hamas et de celles qui opéraient de la bande de Gaza. Les conditions du cessez-le-feu signé avec l'entremise de l'Égypte imposent un arrêt des tirs de roquettes et un allègement des conditions du blocus de Gaza, conditions qui semblent respectées dans les jours qui suivent le conflit. La presse retient comme faits marquants de cette opération le déploiement couronné de succès du dôme de fer qui a intercepté la grande majorité des roquettes tirées vers des zones habitées d'Israël118 et le tir par le Hamas de missiles Fajr 5 vers Tel-Aviv et Jérusalem119.

La reconnaissance de la Palestine comme État non-membre de l'ONUModifier

Le 29 novembre 2012, malgré l'opposition des Êtats-Unis, de la République tchèque et d'Israël et l'abstention de nombreux pays européens, la Palestine obtient le statut d'État observateur non membre par un vote de l'Assemblée générale des Nations-Unies120. Le 2 décembre, le gouvernement israélien répond en annonçant qu'environ 92 millions d'euros qui devaient être transférés à l'Autorité palestinienne ce mois-ci seraient bloqués et l'intention du gouvernement de construire 3 000 logements supplémentaires en Cisjordanie occupée et à Jérusalem-Est121. Ces mesures suscitent de fortes réticences en Israël121 et la réprobation dans le monde122.

2013

Malgré le ralliement de Tsipi Livni et la volonté de Yaïr Lapid et Naftali Benett de participer au gouvernement, Netanyahou doit demander, après 40 jours, un délai supplémentaire pour former le gouvernement. En effet, Yaïr Lapid et Naftali Benett excluent de travailler avec les partis religieux de façon à pouvoir imposer le service militaire aux jeunes religieux104.
Finalement, le 18 mars, le nouveau gouvernement Netanyahou obtient l'investiture125. Il est marqué d'une part par l'absence des partis religieux, le Shass et le Judaïsme unifié de la Torah126 et d'autre part par l'entrée de Yair Lapid, créateur du parti Yesh Atid et de Naftali Bennett chef du parti Foyer juif à des ministères importants, respectivement les Finances et le Commerce et l'Industrie126. Le Likoud conserve la Défense, l'Intérieur et les Affaires Étrangères. Tzipi Livni prend la Justice avec la charge des négociations de paix avec les Palestiniens126.
  • février 2013 : Affaire Zygier révélée lors de l'enquête de l'Australian Broadcasting Corporation.
  • 20 - 22 mars : Visite officielle du président Obama en Israël. À cette occasion, Barack Obama convainc Benyamin Netanyahou d'appeler le premier ministre turc Recep Tayyip Erdoğan avec qui il convient « de normaliser les relations entre les deux pays, y compris le retour des ambassadeurs », selon un communiqué officiel israélien. « Le premier ministre Nétanyahou a présenté ses excuses au peuple turc pour toute erreur ayant pu conduire à la perte de vies et accepté l'indemnisation » des victimes, assurant que « les résultats tragiques de la flottille du Mavi Marmara n'étaient pas intentionnels », selon le texte. M. Erdogan a accepté ces excuses « au nom du peuple turc » et les deux dirigeants « sont convenus de la conclusion d'un accord pour une indemnisation » des familles des victimes, selon un communiqué de ses services127.

Le champ gazier en MéditerranéeModifier

Le 30 mars 2013, Israël commence à pomper le gaz du champ de Tamar en Méditerranée128. Ce champ, découvert en 2009, recèlerait des réserves de l'ordre de 238 milliards de mètres cubes, soit plusieurs dizaines d'années de consommation, alors qu'un autre champ, Léviathan, a été découvert en 2010128 et devrait être exploité d'ici 2016129. Israël devrait d'ici quelques années devenir exportateur de gaz naturel129. Israël et Chypre ont conclu un accord sur la délimitation de leurs champs respectifs et négocient afin de mettre des ressources d'exploitation et de commercialisation en commun129. Toutefois, la Turquie verrait d'un mauvais œil les relations privilégiées israélo-cypriotes129.

  • 27 avril - 5 mai  : l'aviation israélienne mène plusieurs séries de raids aériens dans la nuit du 27 au 28 avril puis dans celle du 2 au 3 mai puis le 5 mai sur des installations de commandement et des arsenaux syriens qui pourraient abriter des armes destinées au Hezbollah130,131. 42 soldats syriens au moins auraient été tués132.


[37]=Israël antique= Aller à : Navigation, rechercher

Sauf précision contraire, les dates de cette page sont sous-entendues « avant Jésus-Christ ».

[38][39]Chronologie des principales périodes de l'histoire de l'Israël antique.L'Israël antique désigne des populations qui ont vécu dans les territoires actuels d'Israël et de Palestine dont le récit national est donné par la Bible hébraïque. Celle-ci présente les Israélites comme descendants d'une même famille, divisés en douze tribus indépendantes puis fédérés en un royaume unifié qui se scinde ultérieurement. L'archéologie tend en revanche à situer les débuts de leur histoire aux derniers siècles du IIe millénaire av. J.‑C., après l'effondrement des grands empires égyptien et hittite dominant le Proche-Orient. Des sociétés sédentaires émergent alors dans les hautes terres situées entre la plaine côtière palestinienne et le Jourdain, où se développent par la suite des entités politiques qui deviennent de plus en plus complexes, jusqu'à l'apparition de deux royaumes, Israël au nord et Juda au sud, peut-être issus de la scission d'un royaume unique. Ces deux États connaissent ensuite des fortunes diverses. Prospère, organisé autour de sa capitale Samarie, le premier est finalement vaincu et absorbé par les Assyriens en 722 av. J.-C., qui ne parviennent pas à faire subir le même sort au second. Celui-ci, dont la capitale est Jérusalem, est finalement battu et annexé à son tour par l'empire babylonien en 587 av. J.-C., et une partie de sa population est déportée en Babylonie d'où elle revient plusieurs décennies plus tard durant la domination des Perses achéménides (à partir de 539 av. J.-C.). La rédaction et la composition de la Bible hébraïque par l'élite intellectuelle judéenne dotent progressivement les survivants et déportés puis leurs descendants d’une identité résistant à leur soumission et leur exil, centrée sur le culte de leur Dieu national et sur leur grand temple reconstruit, situé à Jérusalem. S'ouvre alors la période du Second Temple (c. 538 av. J.-C.-70 ap. J.-C.), dont les premiers 150 ans peuvent être considérés comme marquant la fin de l'époque de l'Israël antique : les coutumes et croyances développées prennent finalement le nom de judaïsme, et ceux qui les suivent sont désignés sous le nom de Juifs. Les populations vivant dans la région de Samarie, les Samaritains, qui se considèrent comme les descendantes du royaume d'Israël, élaborent de leur côté une tradition religieuse proche de celle du judaïsme.

Bien qu'ayant été des royaumes peu puissants qui n'ont pas pesé dans l'histoire politique du Proche-Orient ancien, Israël et Juda ont connu un destin remarquable en étant les lieux d'émergence d'une religion, le judaïsme, et de son livre sacré, la Bible hébraïque, qui ont profondément marqué les civilisations du Moyen-Orient et du monde occidental. Ils ont eu un impact majeur en étant les lieux d'élaboration du monothéisme, autour de leur divinité nationale commune, Yahweh. La Bible hébraïque a longtemps été jugée fiable pour reconstituer leur histoire. La critique historique qui s'est affirmée depuis la fin du XIXe siècle, complétée par les nombreuses découvertes archéologiques réalisées depuis la même époque au Moyen-Orient et plus précisément en Israël et en Cisjordanie, ont abouti à la constitution d'études historiennes de l'Israël antique ne prenant pas le texte biblique à la lettre pour les événements historiques, et cherchant à le replacer dans son contexte d'élaboration et à mettre en avant les buts de ses rédacteurs et compilateurs. Plus largement, la découverte de nouveaux textes et de sites archéologiques a permis d'analyser de manière plus approfondie la civilisation de l'Israël antique, en particulier sa religion, mais également son organisation sociale et économique.

L'histoire de l'Israël antique est généralement marquée par des débats importants et insolubles qui font qu'il est impossible d'en présenter une vision unifiée. Ces oppositions reposent essentiellement sur l'approche de la fiabilité historique des textes bibliques, et confrontent schématiquement ceux qui conservent le plus d'éléments de cette documentation et ceux qui les remettent en cause. Si les historiens et archéologues considèrent pour la plupart qu'il leur est impossible d'étudier les textes relatifs aux origines des Israélites (Genèse, Exode) comme reflétant des événements historiques vérifiables, ils débattent surtout de la fiabilité des récits d'événements de la période de la monarchie unifiée de David et Salomon et de celle des royaumes d'Israël et de Juda. La religion de l'Israël antique est un autre objet d'étude majeur, en particulier la problématique de l'émergence du monothéisme.

SommaireModifier

SourcesModifier

La documentation servant à reconstituer l'histoire et la civilisation de l'Israël antique est dominée par les différents livres de la Bible hébraïque. L'histoire de leur rédaction est très complexe, difficile à identifier et donc très débattue. Le fait que ce texte soit un livre sacré pour plus de deux milliards de personnes de nos jours soumet à des pressions et difficultés son étude, ce qui se retrouve jusque dans le champ de la recherche scientifique. L'apport des sources annexes, issues des découvertes archéologiques, est devenu essentiel pour traiter de l'Israël antique : monuments, objets divers, et en particulier les sources épigraphiques antiques provenant de diverses régions du Proche-Orient ancien et dont l'interprétation connaît des pressions et difficultés similaires.

Les textes bibliquesModifier

Articles détaillés : Tanakh et Datation de la Bible.La Bible hébraïque (ou Tanakh) est un ensemble composite de textes de natures différentes, compilés entre le VIIIe siècle1 et le IIe siècle, dont la canonisation se déroule en plusieurs étapes à partir du Ve siècle2. Elle se décline en plusieurs éditions, dont une traduction en grec (la Septante) qui ne s'achève pas avant le début de l'ère chrétienne3. La Bible hébraïque est divisée en trois grandes parties, et se présente encore sous cette forme de nos jours :

Les dates de rédaction de ces textes ne font pas l'unanimité dans les milieux biblistes4. La recherche ne retient plus désormais les théories de l'hypothèse documentaire qui proposait quatre sources à la Torah (document jahviste J, document élohiste E, document deutéronomiste D et document sacerdotal P) mais en a conservé les fondements idéologiques (la composition d’une histoire nationale à des fins politiques) et le principe de plusieurs remaniements et plusieurs couches d'écritures par des auteurs ou des écoles différentes, révélant les préoccupations de diverses périodes et tendances (l'approche « historico-critique »)5,6. Dans ces milieux, les discussions portent notamment sur l'« histoire deutéronomiste », à savoir une unicité de rédaction des livres allant du Deutéronome au Second Livre des Rois qui présenteraient une même volonté d'expliquer le déclin et la chute d'Israël comme une sanction divine ; cependant, même parmi ceux qui reprennent cette idée, la date de rédaction voire la possibilité de deux périodes de rédaction font débat7. Le courant « sacerdotal », issu dans les milieux des prêtres du Temple de Jérusalem de l'époque post-exilique, est également vu comme important pour la rédaction de la Torah, en particulier les différentes lois mettant en avant la singularité des Judéens/Juifs. Un problème majeur pour l'étude de ces textes reste aussi le fait que même si on accepte une certaine unicité de rédaction, ils reposent manifestement sur des sources antérieures qui sont inconnues et ne peuvent donc qu'être supposées avec une marge d'incertitude. Ainsi, il est souvent proposé que certaines parties des récits « historiques » des Livres des Rois reposent sur des textes plus anciens (comme des chroniques), peut-être contemporains des faits qu'ils décrivent, qui auraient été repris au moment de rédiger ce texte puis plus ou moins remaniés pour faire passer le message théologique dominant du texte (notamment si on accepte l'idée d'un courant deutéronomiste)8.

Les biblistes critiques sont d’avis que les plus anciennes rédactions remontent au plus tôt au VIIIe ‑ VIIe siècle. Elles seraient à localiser à la cour du royaume de Juda, reposant sur des traditions et écrits plus anciens qui auraient été remaniés et compilés, en partie venus de réfugiés de la cour du royaume d'Israël récemment détruit. Ce serait notamment le cas des premières versions des livres de la Torah (en particulier l'Exode et le Deutéronome), datables plus précisément du règne de Josias (640-609). Cette période aurait été marquée par l'affirmation de la prééminence du dieu unique Yahweh, et un discours dirigé contre l'Assyrie, la puissance dominante de l'époque qui a causé la chute du royaume d'Israël. L'époque cruciale pour la composition du texte biblique serait celle qui suit la prise de Jérusalem par Babylone en 587 et qui se solde par la déportation des élites de Juda en Babylonie. La communauté en exil aurait alors repris l'écriture du passé idéalisé du peuple de Juda, insistant sur sa spécificité face aux autres peuples, et commencé à développer la doctrine d’un monothéisme exclusif ; d'autres textes auraient sans doute été rédigés à la même époque par des scribes restés à Juda. La période de la domination perse qui débute en 539 voit le retour à Juda d'une partie de la communauté exilée (période « post-exilique »). Les différentes tendances décelables alors sont celles émanant des fonctionnaires liés à la monarchie (« Deutéronomistes »), des prêtres du Temple de Jérusalem (« Sacerdotaux ») qui tendent à supplanter les premiers, et aussi du milieu prophétique. Tous se rencontrent, se confrontent, pour finalement aboutir à la première constitution de la Torah en cinq livres, qui aurait pour but d'être le ciment du peuple de Juda autour d'une idée religieuse et non plus sur la perspective d'une indépendance politique, la domination des rois perses étant acceptée9. Les Prophètes et les Écrits seraient quant à eux canonisés plus tardivement : au plus tôt à partir du IVe siècle pour les premiers, à partir du IIe siècle pour les seconds10. Mais ils remonteraient sans doute à une époque antérieure. Les plus anciens Psaumes et Proverbes pourraient ainsi dater de la période monarchique.

En dépit de ces incertitudes et de ces dissensions, l'approche historico-critique de la Bible est essentielle pour l'étude de l'Israël antique en raison de ses apports méthodologiques5. D'abord parce qu'elle aborde clairement les textes bibliques comme des productions humaines, déterminées par le contexte de leur élaboration (période, milieu social et intellectuel). Ensuite parce qu'elle insiste sur le fait qu'ils résultent d'une réflexion théologique, guidée en particulier par la relation entre Yahweh et son peuple, érigée en principe explicatif des événements relatés. Il s'agit, selon elle, d'une histoire religieuse et non pas d'un projet d'histoire événementielle, et elle ne peut être pris comme telle. Certes il repose souvent sur des faits ayant effectivement eu lieu, mais qui sont plus ou moins réinterprétés au prisme de la réflexion et des projets théologiques (voire politiques) des auteurs bibliques. L'apport d'autres textes antiques et des fouilles archéologiques est dans cette optique essentiel pour éclairer et compléter les textes bibliques dans l'optique de restituer l'histoire, la société et la religion de l'Israël antique.

L'approche historico-critique est cependant rejetée par les défenseurs des positions les plus « maximalistes » et « minimalistes ». Les premiers pensent que les textes de la Torah puisent leurs racines dans des textes rédigés à la fin de l'âge du bronze récent (période de l'Exode selon eux) et défendent en général une datation haute des autres parties de la Bible11. À l'inverse, les plus sceptiques (l'« École de Copenhague ») proposent une rédaction tardive des premiers textes bibliques, à la période perse voire hellénistique, donc aux Ve ‑ IIIe siècles12.

Les fouilles archéologiques des sites d'Israël antiqueModifier

[40][41]Vue aérienne de la colline (tel) où reposent les ruines de la ville de Megiddo.[42][43]Localisation des principaux sites archéologiques de l'Israël antique évoqués dans l'article.À partir de la fin du XIXe siècle et surtout des premières décennies du XXe siècle (durant le mandat britannique), les fouilles archéologiques se sont développées en Palestine. La fondation de l'État d'Israël en 1948 a donné une nouvelle impulsion à la recherche grâce aux centres de recherche locaux qui ont mené de nombreuses fouilles, aux côtés d'équipes d'autres pays. Les territoires d'Israël sont donc très bien couverts par les explorations archéologiques, aussi bien des fouilles régulières de sites que des prospections au sol permettant d'avoir une bonne connaissance de l'évolution du peuplement du pays durant l'Antiquité. Parmi les sites majeurs qui ont fait l'objet de nombreuses fouilles et sont souvent toujours explorés figurent Megiddo, Hazor, Gezer, Samarie, Tel Arad, Lakish, et évidemment Jérusalem, qui pose des problèmes spécifiques en raison de l'impossibilité de fouiller les zones sacrées qui doivent recouvrir les monuments majeurs de l'époque monarchique (dont le Temple) et d'une chronologie complexe et débattue. Un grand nombre de sites secondaires a été mis au jour13.

Du point de vue des méthodes et des problématiques, les premiers temps de l'exploration de ces sites ont été marqués par ce qu'on appelle l'« archéologie biblique », dont la figure fondatrice est l'archéologue britannique W. F. Albright. Souvent soutenue par des cercles bibliques ou des sociétés d'études bibliques, elle est caractérisée par la recherche des sites et des événements bibliques dont la véracité n'était pas contestée : époque des Patriarches, de l'Exode, de la conquête, de la monarchie unie, etc. Cette tendance se poursuit après la fondation de l’État d'Israël sous l'impulsion de chercheurs locaux, en particulier Y. Yadin. Elle est progressivement remise en cause à partir des années 1970 pour s'orienter vers la pratique d'une archéologie qui n'est plus orientée par des questions religieuses, mais vers des problématiques issues plus largement des sciences humaines, portant sur l'analyse des différents aspects de la vie des habitants des sites explorés, avec l'appui de disciplines annexes. Mais le débat sur la fiabilité des textes bibliques en tant que source historique reste prépondérant, même s'il prend désormais plus en compte les apports de la critique historique sur ces textes, alors que les tenants de l'archéologie biblique les ignoraient. L'identification de traces des périodes des Patriarches, de l'Exode et de la conquête sur des sites archéologiques est progressivement abandonnée quand il a été clairement établi par les fouilles archéologiques et l'analyse des textes antiques que les passages bibliques les concernant ne reflétaient en rien les réalités du sud du Levant du IIe millénaire comme on le pensait précédemment, mais celles des périodes de rédaction des textes. À partir du milieu des années 1980, le débat s'est porté sur la période monarchique (donc les premiers siècles du Ier millénaire), en particulier la monarchie unifiée de David et Salomon14. Il est notamment marqué par le défi posé aux interprétations traditionnelles de cette époque par plusieurs chercheurs de l'Université de Tel Aviv, dont la figure de proue est I. Finkelstein : sa « chronologie basse » tend en particulier à attribuer aux Omrides les constructions communément attribuées au règne de Salomon, et donc à dépouiller celui-ci de toute architecture monumentale15.

Le débat majeur et insoluble concernant la période monarchique (celle couverte par les Livres de Samuel et les Livres des Rois) est couramment présenté comme l'opposition entre des « maximalistes », qui considèrent le texte biblique comme généralement fiable pour la description des événements historiques de la période tant qu'il n'est pas remis en cause par les découvertes archéologiques (W. Dever, A. Mazar, etc.), et les « minimalistes » qui à l'inverse doutent du texte biblique tant qu'il n'est pas confirmé par des sources annexes (I. Finkelstein, N. Na'aman, M. Liverani, etc.). Cette opposition est évidemment très schématique, dans les faits les positions sont souvent plus nuancées. Les positions les plus extrêmes, prenant tout le contenu de ce texte comme fiable pour une reconstitution historique (K. A. Kitchen, A. R. Millard), ou à l'inverse celles rejetant une majeure partie de son contenu au statut de fable (T. L. Thompson, N. P. Lemche), sont défendues par un nombre limité de chercheurs16. Ce débat est d'autant plus aigu qu'il a une résonance politique et religieuse forte, en particulier en Israël, État dans lequel les références au passé antique ont souvent été mobilisées dans les discours politiques17.

Les sources épigraphiquesModifier

[44][45]Copie de la stèle de Tel Dan.[46][47]Lettre rédigée sur un ostracon retrouvé à Lakish.[48][49]Rouleau en argent de Ketef Hinnom (Musée d'Israël, Jérusalem)Les fouilles archéologiques sur les sites du Moyen-Orient ont fourni depuis le milieu du XIXe siècle de nombreuses inscriptions sur différents supports permettant d'éclairer les textes bibliques18. Ce fut avant tout le cas des documents cunéiformes (tablettes et inscriptions royales) exhumés en Assyrie et en Babylonie, qui ont apporté des informations complémentaires sur l'histoire des conflits entre ces pays et Israël et Juda, sur l'Exil des Judéens à Babylone, mais aussi des parallèles littéraires avec de nombreux passages de la Bible hébraïque (le Déluge, les textes historiographiques, législatifs, les sagesses). Dans une moindre mesure, des textes égyptiens ont fourni de tels parallèles. Les fouilles de sites syriens, plus proches géographiquement et culturellement de l'Israël antique, furent un apport considérable à la compréhension de la culture, et en particulier de la religion des anciens Israélites : en premier lieu les textes cunéiformes d'Ugarit exhumés depuis les années 1930, mais aussi ceux d'Ebla et d'Emar, ou les inscriptions de sites comme Zincirli. Des inscriptions royales provenant de royaumes voisins d'Israël et de Juda ont plus récemment apporté des informations complémentaires, comme la stèle de Tel Dan rédigée par un roi de Damas, et la stèle de Mesha roi de Moab19.

L'autre groupe de sources épigraphiques documentant l'Israël antique a été mis au jour en Palestine même. Il s'agit d'une grande variété d'inscriptions : sur roche, pierre, bronze, différents objets en argile, avant tout des tessons de poterie, les ostraca20. Les lots d'ostraca les plus conséquents sont ceux de Samarie et d'Arad datant du VIIIe siècle, et ceux de Lakish et d'Arad datés des environs de 60021. Il s'agit de documents comptables et administratifs, mais aussi de lettres. De nombreux sceaux ont également été mis au jour, fournissant une documentation abondante pour des études prosopographiques22. L'amulette trouvée à Ketef Hinnom et datant du Premier Temple est généralement considérée comme le plus ancien extrait biblique retrouvé.

Le cadre : géographie et peuplesModifier

Cadre géographiqueModifier

[50][51]Carte topographique avec les principales unités géographiques de l'ancien Israël.L'Israël antique est localisé dans la région couramment nommée Palestine (au sens géographique du terme) sur un territoire de taille réduite (en gros 20 000 km2, 100 kilomètres sur 300 au maximum). Il s'agit d'une région située au sud du Levant, entre la mer Méditerranée à l'ouest et le Jourdain à l'est, le mont Liban au nord et des déserts au sud et à l'est dont le Neguev. La région où évoluent les Israélites est donc caractérisée par trois éléments : elle est petite, fragmentée et pauvre en ressources naturelles23.

Le relief est plutôt montagneux et percé de vallées. C'est avant tout un espace de plateaux, très fragmentés, jouxtés à l'ouest par la large plaine côtière, dont celle de Sharon au nord qui fait partie du pays d'Israël (la côte sud étant un pays philistin), et à l'est par une dépression courte, fortement incisée et située en général bien en dessous du niveau de la mer, dans laquelle coule le cours d'eau majeur de la région, le Jourdain. Celui-ci relie deux étendues d'eau intérieures, le lac de Tibériade et la mer Morte. À l'est de la vallée du Jourdain s'étendent les plateaux de Transjordanie, dont une partie située au nord, le pays de Galaad et le Golan, était souvent intégrée à Israël. Les plateaux palestiniens consistent au nord en la région de Galilée, dont la partie la plus élevée, la Haute Galilée, culmine à plus de 1 200 mètres au mont Méron. Plus au sud, les plateaux des pays de Samarie et de Juda, les « hautes terres », sont moins élevés. Ils sont coupés par plusieurs failles (d'orientation généralement NNO-SSE), dont les plus importantes sont la vallée de Jezreel et celle de Beer-Sheva. Une autre sous-région peu élevée est la Shéphélah au sud-ouest de Juda, constituée de collines tendres ne dépassant pas les 450 mètres d'altitude. Les cours d'eau qui y coulent ne sont en général pas pérennes (les wadis), mais de nombreuses sources et résurgences sont disséminées dans cet espace24.

Ces contrastes topographiques conduisent à des zones climatiques assez différentes malgré leur proximité géographique. L'Israël antique est situé sur une zone de transition entre le domaine méditerranéen qui couvre sa partie nord et ouest, et le domaine semi-aride qui s'affirme quand on se dirige vers le sud et l'est, voyant un allongement de la saison sèche et une élévation des températures, jusqu'à devenir un espace steppique et désertique (désert syro-arabe, Néguev). La végétation est donc souvent de type méditerranéen, avec notamment l'olivier, mais la culture du palmier-dattier caractéristique des pays arides et désertiques est possible au sud. Les précipitations, sans être élevées, sont appréciables pour un pays du Moyen-Orient, souvent situées au-dessus de 600 mm par an dans la partie nord, et plus dans les régions montagneuses (mais sous forme de neige). Dans la zone semi-aride elles sont plus faibles, entre 400 et 600 mm voire moins. Mais elles sont concentrées sur la période hivernale, et très variables d'une année sur l'autre : des variations de précipitations de 1 à 4 peuvent être enregistrées d'une année sur l'autre à Jérusalem (autour d'une moyenne annuelle d'environ 550 mm et 62 jours de précipitations)24. Les conditions topographiques et climatiques sont donc plus favorables au nord, tandis qu'au sud beaucoup de régions connaissent un climat semi-aride et sont isolées par le relief, ce qui entraîne des potentialités agricoles différentes expliquant le différentiel de développement entre les deux ensembles durant une majeure partie de l'Antiquité25.

Les ressources naturelles sont faibles : la Transjordanie dispose de quelques mines de fer et des mines de cuivre sont exploitées dans la Arabah, notamment dans la vallée de Timna (les mines dites de Salomon).

Malgré la faiblesse de ses ressources, la région a une certaine importance géopolitique en raison de sa situation au sein du réseau de communication du Proche-Orient ancien : elle est localisée entre Afrique et Asie, entre l'Égypte et la Syrie et la Mésopotamie, les principaux foyers de peuplement et lieux d'origine de royaumes majeurs. Le Levant sud était traversé par deux voies de communication majeures du nord au sud : la route de la Mer (Via Maris), qui longe la côte à l'ouest, desservant notamment les ports phéniciens et la route du Roi, qui traverse les plateaux de Transjordanie. Les royaumes d'Israël et de Juda étaient situés aux marges de ces deux axes mais le premier était traversé par des routes les reliant dont le contrôle a pu être profitable. Moins bien situé au début de son développement, Juda tira peu à peu profit du développement du commerce caravanier vers l'Arabie du Sud26.

Israël et JudaModifier

Le terme Israël a une étymologie incertaine. Selon la Genèse, ce nom est donné au patriarche Jacob après son combat d'une nuit contre un inconnu. Au matin, cet inconnu change le nom de Jacob en Israël, c’est-à-dire « celui qui a lutté avec Dieu » (Gn 32. 28). Certains biblistes le font dériver d'un nom de personne, yiśrāʾēl, qui signifierait « El s'est montré fort ». Dans le texte biblique, il désigne non seulement le patriarche mais aussi la collectivité qui s’en revendique, couramment nommée « Israélites ». Comme ces Israélites rendent culte au Dieu d’Israël, Israël possède à la fois un caractère ethnique et religieux. C'est aussi un royaume qui s'est développé dans la moitié nord de la Palestine entre le Xe siècle et le VIIIe siècle, autour de sa capitale Samarie, avant d'être vaincu et conquis par l'Assyrie27.

Juda (yĕhûdāh) désigne également le nom d’un royaume occupant les hautes terres méridionales autour de Jérusalem. Selon la Bible, la région tire son nom de celui du quatrième fils de Jacob, qui donne ensuite son nom à la tribu de Juda ; selon une exégèse bibliste non-traditionnelle, ce mot proviendrait d'un terme signifiant « (terre) ravinée »28. Après sa conquête par Babylone et son incorporation dans l'empire perse, cette région devient une province, la Judée29. C'est à partir de ce terme que l'on a qualifié les habitants qui en étaient originaires de « Judéens », puis de « Juifs » (yĕhûdîm), ce dernier mot recoupant le terme « Israélites » au sens de communauté religieuse30.

Il a été proposé qu’après la chute du royaume d'Israël, les Judéens qui ont développé la religion monothéiste juive auraient repris le terme d'Israël, réservé auparavant à la région septentrionale, pour lui donner un sens religieux qu'il n'avait pas à l'origine. Après la constitution de la religion juive, les habitants de la région correspondant au centre de l'ancien royaume d'Israël, qui n'ont pas adopté la religion juive, ont été désignés comme « Samaritains », aussi bien au sens ethnique que religieux, parce qu'ils vivent dans la région de Samarie. La Bible fait également usage du terme « Hébreux » (ʿibrîm) pour désigner dans les livres de la Torah les anciens Israélites, en particulier à l'époque où ils étaient dominés par l’Égypte. Ce mot dérive de la racine signifiant « passer », et semble lié à une situation sociale faible et instable. Ce terme est parfois utilisé pour désigner les Israélites postérieurs, et sert de nos jours à désigner leur langue, l'hébreu31.

La question de l'ethnicitéModifier

La terminologie biblique en matière de peuples reflète plus un idéal qu'une réalité, et en particulier un projet de différenciation élaboré durant la période post-exilique. Elle est donc problématique pour parler d'ethnicité dans le cadre de l'Israël antique. Elle nous dit ce que pensaient les rédacteurs du texte, pas forcément l'avis de la majorité des populations des territoires d'Israël, Juda ou Samarie. Les apports de l'archéologie et de l'anthropologie n'ont guère clarifié la situation. En fait même en dehors de l'Israël antique il n'est pas aisé de définir un groupe ethnique pour une période antique, en général l'élément linguistique étant le plus pris en compte. L'identité d'un peuple reste très problématique à déceler pour ces périodes, les textes anciens qualifiant plutôt les habitants en fonction de leur région ou entité politique d'origine qu'en prenant en compte des éléments culturels. La définition d'une culture matérielle caractéristique d'un groupe ethnique est également très débattue : il semble bien qu'il y ait des traits caractéristiques de la culture matérielle des anciens Israélites comme la maison à quatre pièces, certains types de céramiques et l'absence d'ossements de porcins en raison de leur interdit alimentaire32. Il ne faut sans doute pas rejeter une forme d'identification ethnique durant l'Antiquité. Mais son périmètre n'est pas bien délimité car l'identité est souvent fluide et plurielle : pour autant que l'on sache la documentation de l'époque des monarchies présente bien des groupes avec une identité propre dans les royaumes d'Israël et de Juda ; en revanche il n'est pas clair que les habitants d'Israël/Samarie et de Juda/Judée se soient alors perçus comme constituant un ensemble commun33.

Pour la période post-monarchique, les intégrations dans des entités impériales et les déportations ont bouleversé la situation, créant un environnement plus diversifié sur le plan linguistique et culturel (notamment suite aux arrivées de populations étrangères en Palestine et inversement à la formation de la diaspora et sa confrontation aux traditions d'autres peuples), donc une ouverture sur le monde et conduisent à l'émergence d'un sentiment d'identité plus clair, au moins chez un groupe de Judéens d'où émergent les Juifs. Dans un contexte d'absence d'entité politique israélite, on admet que la religion yahwiste (autour du Temple de Jérusalem) est un facteur identitaire essentiel, avec la composition du corpus biblique. Mais ce processus d'affirmation identitaire repose sur des aspects divers (histoire du peuple, des pratiques sociales comme l'alimentation ou le mariage, etc.). Les relations entre les différentes communautés yahwistes (Judéens de Judée, Judéens de la diaspora, Samaritains) jouent aussi un rôle important, l'unité n'étant jamais de mise34.

HistoireModifier

Article détaillé : Histoire de l'Israël antique.L'apport des découvertes archéologiques et épigraphiques a été essentiel pour la reconstitution de l'histoire politique de l'Israël antique, en éclairant les textes « historiques » de la Bible hébraïque. Les récits relatifs aux périodes pré-monarchiques ont été relégués au rang de « saga nationale » qui, si elle peut reposer sur des événements ayant effectivement eu lieu, ne peut être utilisée pour servir de base à la reconstitution d'une histoire événementielle fiable. Les récits relatifs à la période monarchique reposent en revanche sur une base plus assurée et ont souvent pu être confirmés par la documentation épigraphique et architecturale, même si leur interprétation pose des problèmes insolubles, en particulier sur la véracité de la monarchie unifiée et la nature des rapports entre Israël et Juda. L'impact des empires assyriens et babyloniens, avec les déportations successives, fut assurément décisif pour l'évolution des anciens Israélites, et l'émergence des croyances et pratiques qui aboutissent durant la période post-exilique à la formation du judaïsme et du peuple juif.

Origines : les « proto-Israélites »Modifier

Articles connexes : Données archéologiques sur l'Exode et Moïse, Données archéologiques sur la conquête de Canaan et Données archéologiques sur les premiers Israélites.Les rédacteurs de la Bible hébraïque concevaient le passé de leur peuple comme reposant autour de plusieurs figures fondatrices, en particulier Moïse, mais aussi Abraham et d'autres « Patriarches », qui auraient établi les fondements politiques, sociaux et religieux de leur communauté autour de l'Alliance avec le dieu national Yahweh. Ces récits sont considérés par la majorité des historiens étudiant les origines d'Israël comme une sorte de « saga nationale35 », qui au maximum reposerait sur des personnes ou des événements ayant un lointain rapport avec la description qu'en ont donnée les scribes qui ont rédigé les textes bibliques. Ceux-ci les ont remaniés dans un but politique et religieux répondant aux préoccupations de leur temps. Dans bien des cas ces textes s'appuient sur un amalgame de traditions folkloriques cananéennes (et aussi d'inspiration mésopotamienne ou égyptienne) qui sont venues se greffer autour de ces récits fondateurs dont les racines sont impossibles à appréhender36. Les positions les plus « maximalistes » sur cette période sont cependant encore défendues par certains chercheurs qui considèrent les récits sur les Patriarches et l'Exode comme crédibles dans leurs grandes lignes, à l'appui de sources épigraphiques et archéologiques11,37. [52][53]Partie de l'inscription de la Stèle de Mérenptah mentionnant « Israr ».Les origines des premières entités politiques historiquement attestées et rattachables à l'Israël antique sont à rechercher dans les événements de la fin de l'âge du bronze récent au Proche-Orient. La première attestation d'une entité nommée Israël se trouverait dans la Stèle de Mérenptah datée des environs de 1207, qui mentionne parmi les populations vaincues par le pharaon un groupe appelé « Israr » (Ysrȝr en transcription des hiéroglyphes) vivant en Palestine, qui est communément identifié à Israël, mais dont la localisation exacte ne peut être déterminée38. Les textes égyptiens décrivant la région pour les trois siècles suivants ne mentionnent plus cette entité. Ils laissent entrevoir une période de grands changements dans cette région, que l'archéologie confirme. Le début du XIIe siècle voit arriver dans cette région les « Peuples de la mer », en particulier les Philistins qui s'installent sur la côte palestinienne méridionale39. Les anciennes cités-États vassales de l'Égypte qui se partageaient la région côtière (Gaza, Ascalon, Ashdod notamment) ont apparemment été soumises à ces nouveaux arrivants, bien que la situation soit peu claire en raison d'une documentation difficile à interpréter.

Dans l'arrière-pays situé entre la plaine côtière et le Jourdain, constitué de régions de collines peu peuplées, se produisent des changements déterminants qui conduisent à l'émergence de l'entité judéenne, en premier lieu un accroissement des sites habités40. Les nombreuses recherches archéologiques qui ont porté sur cette région pour le XIIe siècle et le XIe siècle (premières phases de l'âge du fer) se sont accompagnées de débats sur les modalités de l'apparition de cette entité. Le modèle de W. F. Albright, repris en particulier par Y. Yadin, restait proche du récit biblique en postulant une conquête de ces terres par des groupes nomades extérieurs. Il est désormais abandonné. A. Alt et M. Noth y ont opposé un modèle d'infiltration pacifique par des groupes nomades extérieurs. Un troisième modèle est celui de la révolte interne, qui postule une évolution des indigènes des hautes terres sans apport extérieur. I. Finkelstein a opposé à ces propositions un modèle selon lequel l'habitat de ces hautes terres est structurellement instable durant l'âge du bronze, et constitué de groupes indigènes alternant sur longue période entre cycles de nomadisme et cycles de sédentarisation ; le début de l'âge du fer serait alors une phase de sédentarisation41. D'autres modèles reposent sur des apports extérieurs. En l'état actuel des choses, le débat sur le peuplement des hautes terres est loin d'être tranché42.

C'est en tout cas entre 1150 et 1000 que se constituent dans les hautes terres les sociétés des « proto-Israélites », prélude à l'émergence des royaumes de Juda et d'Israël. Il est généralement considéré qu'il s'agit d'une société tribale hiérarchisée. Mais les douze « Tribus d'Israël » ne sont plus recherchées dans ce contexte historique car il s'agit manifestement d'une invention plus tardive, et il n'est pas possible d'envisager des éléments d'unité entre ces tribus, comme l'« amphictyonie » israélite proposée par M. Noth. Il n'y a pas vraiment d'arguments solides pour estimer que l'élément tribal ait jamais pesé dans la structure de la société israélite, étant donné qu'il est très effacé pour les périodes historiques. On peut au mieux parler de groupes nomades et de groupes sédentaires pour la période des « proto-Israélites », sans pouvoir dire grand-chose d'assuré sur leur organisation sociale43.

La monarchie unifiée en questionModifier

Article connexe : Données archéologiques sur David et Salomon.[54][55]La porte à triple tenaille de Gezer, couramment datée au règne de Salomon, mais réalisée sous les Omrides selon la « chronologie basse ».Selon le texte biblique (Livres de Samuel et Premier livre des Rois), les Israélites se seraient donné un premier roi en la personne de Saül (1049-1007 ?), auquel aurait ensuite succédé David (1010/1003-971 ?), véritable figure fondatrice de la royauté régnant depuis sa capitale Jérusalem, puis Salomon (970-931 ?), le fils de ce dernier, qui aurait dominé un vaste royaume occupant une majeure partie du Proche-Orient, allant jusqu'à l'Euphrate. Après sa mort, son grand royaume se serait divisé en deux entités : le royaume d'Israël au nord autour de Samarie, et le royaume de Juda au sud autour de Jérusalem.

Peu de chercheurs remettent aujourd'hui en cause l'existence de David et Salomon, même si on ne connaît aucun texte de la période durant laquelle ils auraient vécu les mentionnant. La mention sur la stèle de Tel Dan de la victoire d'un roi (sans doute de Damas) contre celui de la « Maison de David », donc un roi de Juda descendant de David, est souvent vue comme un argument décisif sur l'existence de David. On s'accorde également pour dire qu'un processus d'émergence de l’État est en cours dans l'arrière-pays palestinien, même si ses modalités sont discutées44. C'est l'existence de la monarchie unique qui est en débat, avant tout sur la base de l'interprétation des résultats de fouilles archéologiques45 :

  • selon les opinions les plus anciennes et répandues, reposant notamment sur les interprétations des fouilles de Megiddo, Hazor et Gezer par Y. Yadin (notamment des portes « à tenailles » similaires), le royaume unifié de David et Salomon est bien attesté par un ensemble de constructions monumentales datées de cette période qui seraient dues à ces deux rois46. Mais même dans cette mouvance les développements récents, comme ceux d'A. Mazar, considèrent que le récit biblique est à nuancer fortement et que le royaume unifié domine au mieux Jérusalem et quelques régions voisines mais n'était pas un grand royaume47 ;
  • selon le courant « minimaliste », dont le principal promoteur est I. Finkelstein, la monarchie unifiée n'a en revanche jamais existé : David et Salomon sont de petits roitelets régnant sur la modeste bourgade de Jérusalem et ses alentours (le pays de Juda), tandis qu'au nord émerge indépendamment une formation politique ancêtre du royaume d'Israël. L'idée d'une monarchie unifiée ne serait qu'une reconstruction de l'entourage du roi Josias ou de personnes proches de la monarchie judéenne à d'autres périodes, visant à permettre aux descendants de David d'avoir des prétentions sur l'héritage du royaume d'Israël. Les constructions principales attribuées traditionnellement à la royauté unifiée seraient en fait plus tardives, datées des riches premiers rois d'Israël, les Omrides, tandis que les premiers rois de Juda domineraient une région pauvre et leurs constructions seraient modestes (théorie de la « chronologie basse »)48.

La formation et le développement des royaumes d'Israël et de JudaModifier

Article connexe : Données archéologiques sur Omri et les Omrides.[56][57]Les royaumes d'Israël et de Juda et leurs voisins vers 850 av. J.-C.Quoi qu'il en soit de la monarchie unifiée, la seconde moitié du Xe siècle voit l'émergence de deux États dans l'arrière-pays palestinien : le royaume d'Israël au nord, et le royaume de Juda au sud. En dehors de ce qu'en disent les textes bibliques (les deux Livres des Rois et les Chroniques) dont la fiabilité historique est très discutée, les événements de cette période ne sont connus que par une poignée de textes. Le seul événement notable assuré pour cette période est une expédition du pharaon Shesonq Ier (c. 945-924) mentionnée par plusieurs inscriptions et qui se retrouve dans le Premier Livre des Rois. Elle se serait conclue par la destruction de plusieurs villes palestiniennes. Cette campagne, du fait de son statut de seul événement majeur connu pour une période cruciale, a suscité beaucoup de débats et s'est vue attribuer diverses incidences politiques et phases de destructions de sites archéologiques, sans consensus faute de documentation suffisamment variée et d'une datation assurée49. [58][59]Stèle de Mesha, roi de Moab, commémorant ses victoires contre le royaume d'Israël, Musée du Louvre.La première moitié du IXe siècle voit en tout cas une recomposition du paysage géopolitique du Proche-Orient au sortir des « âges obscurs » qui ont marqué le tournant du Ier millénaire, situation due au vide créé par le retrait des grandes puissances dominant la région auparavant (Égyptiens, Hittites, Assyriens) qui ont soit disparu soit ne sont plus en mesure de s'y implanter durablement. C'est dans ce contexte qu'Israël et Juda deviennent des États territoriaux, que l'on admette ou non qu'ils soient issus de la scission d'une monarchie unifiée. La côte est quant à elle dominée au sud par des cités-États philistines (la « pentapole » : Gaza, Ascalon, Ashdod, Gath et Éqron), et plus au nord par les royaumes phéniciens (Tyr et Sidon en particulier). À l'est au-delà du Jourdain se constituent d'autres entités politiques, du nord au sud : Ammon, Moab et Edom. Au sud l'Égypte n'est plus en mesure d'intervenir hors de ses frontières de façon durable, tandis qu'au nord, dans la Syrie actuelle, domine un ensemble de royaumes araméens, dont le plus puissant est celui de Damas, le voisin septentrional d'Israël50.

Les Livres des Rois, écrits par des scribes judéens, relatent avec plus ou moins de détail les faits relatifs aux rois d'Israël et de Juda au IXe siècle, étant surtout intéressés par les leçons théologiques à tirer de leurs agissements et procédant donc à des réécritures des événements de la période, sans doute à partir de chroniques plus anciennes. Si la succession des rois n'est pas remise en cause par la critique moderne, en revanche la fiabilité des événements relatés est diversement reçue51. Elle peut être confrontée pour la première fois avec des sources extérieures, qui sont des inscriptions proclamant des victoires de rois étrangers sur ceux d'Israël, dans deux cas associés à Juda : stèle de Mesha par un roi de Moab, stèle de Tel Dan par un roi de Damas (sans doute Hazaël), et annales de Salmanazar III d'Assyrie52. Mais cela ne suffit pas à régler les débats, loin s'en faut. [60][61]Le roi Jéhu d'Israël aux pieds de Salmanazar III d'Assyrie, c. 825 av. J.-C.L'histoire de la période est reconstruite différemment selon qu'on accepte ou non l'idée d'une monarchie unifiée auparavant. Si oui, les grandes lignes de la trame historique donnée par le texte biblique sont jugées relativement fiables, on envisage deux États bien implantés et souvent partenaires, tout en reconnaissant que l'État du Nord est plus riche et puissant que celui du Sud (ce sur quoi les découvertes archéologiques sont sans ambiguïté)53. Sinon, on envisage au début une situation déséquilibrée entre Israël et Juda : le premier semble être un royaume plus riche et puissant, en particulier sous la dynastie des Omrides, avant tous les deux fondateurs, Omri qui construit une nouvelle capitale à Samarie et son fils Achab qui s'allie au roi de Tyr dont il épouse la fille Jézabel. Il faut leur attribuer des constructions monumentales nombreuses selon I. Finkelstein et sa « chronologie basse » (là où est vue en général l'œuvre de Salomon), et aussi un statut de puissance hégémonique sur plusieurs de ses voisins (dont Moab et Juda). Juda, vu alors comme une petite entité politique pauvre et faiblement organisée (même pas un État aux yeux de certains), serait plutôt dans une situation d'infériorité voire de soumission face à Israël54. Les (vagues) estimations démographiques reposant sur des prospections au sol donneraient environ 350 000 habitants pour le royaume du Nord à l'apogée de son expansion territoriale, contre 45 000 à son voisin méridional55.

Quoi qu'il en soit, les troubles à la cour d'Israël, en particulier l'usurpation de Jéhu (c. 842) qui tue le roi Joram et également son allié (ou vassal) Ochozias de Juda ainsi que leurs familles, causent un affaiblissement de ce royaume durant la seconde moitié du IXe siècle. La stèle de Mesha indique que Moab se libère de l'influence israélite, puis celle de Tel Dan révèle sa défaite, sans doute face à Hazaël de Damas, qui a peut-être soutenu le coup d’État de Jéhu. Damas s'est alors emparé de plusieurs régions au nord d'Israël et fait de ce dernier son vassal. Puis c'est au tour de Salmanazar III d'Assyrie d'affirmer sa supériorité sur Israël, après avoir battu Damas : son obélisque noir daté de c. 825 représente Jéhu prosterné à ses pieds et rapporte qu'il a versé un tribut. Joas et Jéroboam II semblent rétablir un temps la puissance du royaume d'Israël, qui connaît alors une nouvelle phase d'expansion et de prospérité alors que la puissance de Damas recule. Mais leur successeur Zacharie est ensuite renversé, ce qui met fin à la dynastie de Jéhu vers 75056.

La période de l'expansion assyrienne et la chute d'IsraëlModifier

[62][63]Carte des différentes phases d'expansion de l'empire néo-assyrien.La seconde moitié du VIIIe siècle est marquée par la constitution d'un véritable empire en Assyrie, qui passe par la mise en place d'un système de provinces gouvernées directement au lieu du seul système tributaire existant auparavant. L'acteur décisif de ce changement est le roi Teglath-Phalasar III, bien connu par les sources bibliques, et qui évoque dans ses propres inscriptions commémoratives Israël et Juda. La situation d'Israël semble alors difficile en raison de troubles internes (notamment des coups d’État) et de la menace assyrienne. En revanche la situation interne de Juda semble plus stable, permettant au roi Achaz d'être plus ambitieux que ses prédécesseurs en initiant des conflits contre Damas et Israël. D'abord victorieux, il essuie ensuite une rude défaite qui le pousse à appeler à l'aide l'ennemi de ses ennemis, le roi assyrien. Celui-ci intervient et annexe en 732 le royaume de Damas, mais Israël reste indépendant contre le versement d'un lourd tribut. Les deux royaumes sont donc devenus des vassaux de l'Assyrie57.

Alors que Juda connaît une appréciable stabilité dans les décennies suivantes sous les auspices d'Ézéchias, les suites du conflit précédent portent Osée sur le trône d'Israël en 732. À la mort de Teglath-Phalasar en 725, il décide de ne plus verser de tribut aux Assyriens, apparemment assuré du soutien des Égyptiens. Le nouveau monarque assyrien, Salmanazar V, conduit alors ses armées contre lui, et assiège Samarie qui tombe en 722, après un siège de trois ans selon la Bible. La mort du roi assyrien la même année repousse de quelques années la sanction réservée aux rebelles par les Assyriens, qui est finalement appliquée par Sargon II : Samarie est détruite, une grande partie de sa population est déportée (27 290 personnes selon un texte assyrien), et le royaume d'Israël est transformé en province confiée à un gouverneur assyrien. C'en est fini du royaume du Nord58. [64][65]Archers assyriens lors du siège de Lakish, bas-relief de Ninive, British Museum.Cet exemple n'inspire pas la soumission à Ézéchias, lui aussi appuyé par des incitations égyptiennes et agissant de concert avec les autres rois voisins restés indépendants : il décide à la mort de Sargon de ne pas verser de tribut à son fils et successeur Sennachérib. Ce dernier envoie ses troupes au Levant en 701, s'empare de Lakish et de la Shéphélah, puis Jérusalem est à son tour assiégée. L'issue de l'affrontement diffère selon les sources : Sennachérib prétend avoir été victorieux, tandis que la Bible relate la destruction de l'armée assyrienne par un Ange de Dieu, que certains ont interprété comme une épidémie ayant forcé les Assyriens à lever le siège. Le royaume de Juda est en tout cas épargné à l'issue du conflit, Jérusalem n'ayant pas été investie59.

L'affirmation du royaume de JudaModifier

La résistance de Juda, et celle, à sa tête, de la « Maison de David », sont le révélateur de sa montée en puissance dans les dernières décennies du VIIIe siècle et les premières du VIIe siècle, sous les auspices d’Ézéchias et de Manassé. Selon les tendances « minimalistes », c'est sous le règne du premier que cette entité serait devenue un véritable État60. Les recherches archéologiques ont en tout cas montré que Jérusalem connaît alors une croissance urbaine très forte, tandis que les campagnes environnantes sont de plus en plus occupées, sans doute le signe d'une mise en valeur agricole plus intense (la population totale du royaume attendrait alors environ 120 000 habitants dont 15 000 pour sa capitale55). La perte de plusieurs territoires après la guerre contre l'Assyrie, en particulier la riche plaine de la Shéphélah, a sans doute incité à plus d'efforts de mise en culture des territoires restant, peut-être sous l'impulsion royale. Les échanges traversant le royaume de Juda, en particulier dans le sens sud-nord depuis le désert Arabique et la mer Rouge et en direction de la Syrie, semblent aussi s'intensifier. Les traces épigraphiques de cette période sont plus nombreuses, ce qui reflète une plus grande alphabétisation de la société et sans doute des activités intellectuelles plus intenses, avec peut-être déjà des premières mises en forme des textes bibliques. Il semblerait que cet essor soit en partie dû à la chute d'Israël, Juda accueillant alors des réfugiés du Nord qui constituent des ressources humaines (et en particulier intellectuelles) appréciables pour un pays jusqu'alors peu développé61.

L'ancien royaume d'Israël, découpé entre plusieurs provinces assyriennes nouvellement établies, poursuit également sa croissance démographique et économique. Les déportations assyriennes n'ont pas provoqué de saignée dans la mesure où elles ont été au moins partiellement compensées par l'arrivée de déportés d'autres régions, notamment de Babylonie (Babylone, Kutha) ou de Syrie (Hamath) selon ce que rapporte le Second Livre des Rois ; il en ressort donc une société pluriethnique donc plus hétérogène, ce qui était censé prévenir les risques de révolte (avec succès dans ce cas-là). En dépit des destructions de certains sites (dont Hazor), Megiddo et Samarie sont l'objet des attentions des Assyriens et poursuivent leur essor après la conquête. Il faut également noter qu'à la différence des futurs exilés Judéens, ceux d'Israël (et la première vague de Judéens déportés) se sont manifestement fondus parmi les populations des régions où ils ont été emmenés et n'ont donc pas de postérité connue62.

Si on suit le récit biblique, après la mort de Manassé son fils Amon lui succède sur le trône de Juda, avant d'être tué lors d'un coup d'État, qui se révèle infructueux puisque le peuple de Juda aurait soutenu le successeur légitime d'Amon, son jeune fils Josias (c. 640-609), qui monte alors sur le trône. Ce roi n'est connu que par les textes bibliques (Second Livre des Rois et Chroniques). Il y apparaît avant tout comme un réformateur religieux. Les événements politiques concernant son règne nous échappent. En tout état de cause, ils prennent place durant la phase de chute de l'empire assyrien face aux Babyloniens et aux Mèdes, qui entraîne le retrait des forces assyriennes du Levant, où elles sont remplacées par le roi égyptien Psammétique, qui semble avoir laissé Josias tranquille (peut-être contre la reconnaissance de sa suprématie). Ce dernier a peut-être cherché à étendre son royaume, notamment en direction du nord sur l'ancien royaume d'Israël, mais les preuves décisives sur cette expansion (traditionnellement admise par les chercheurs) manquent et l'idée d'une grande extension de son royaume semble plutôt relever de l'idéologie du texte biblique que de la réalité du temps63.

On s'accorde pour considérer le règne de Josias comme une période décisive du point de vue de l'évolution religieuse du royaume de Juda. Selon le récit biblique, alors que le roi a le projet de restaurer le temple de Yahweh à Jérusalem, on y découvre le « Livre de la Loi » qui révèle combien les pratiques du temps ne sont pas en accord avec les proclamations des ancêtres fondateurs (en particulier Moïse), ce qui incite Josias à procéder à une réforme religieuse radicale permettant un retour à l'ancien âge d'or. Plus prosaïquement, on considère souvent que le texte auquel il est fait référence serait la première mouture de l'« histoire deutéronomiste », donc la première mise en forme de plusieurs livres du texte biblique. On ne s'accorde pas sur le fait de savoir quels sont les contours exacts des parties rédigées à cette période et du projet politico-religieux de Josias (peut-être lié aux ambitions conquérantes de ce roi ; certains (I. Finkelstein, N. A. Silberman et W. M. Schiedewind) tendent à faire de cette période la principale phase d'élaboration de la Torah, devant la période post-exilique qui est traditionnellement vue comme plus importante64. Cette réforme puise sans doute ses racines dans les règnes antérieurs, en particulier celui d’Ézéchias. Elle semble reposer avant tout sur : l'affirmation de Yahweh comme le dieu unique de son peuple, qui sont les Judéens et aussi les descendants du royaume d'Israël avec lesquels ils formeraient une communauté unique ; le rejet du culte des autres divinités, et peut-être déjà l'affirmation de leur fausseté, donc un véritable monothéisme et non une simple monolâtrie ; la constitution d'un lieu de culte unique à Yahweh, son temple de Jérusalem, ce qui passe alors par la destruction des autres lieux de culte de son royaume65.

La chute de JudaModifier

[66][67]Pointe de flèches du début du VIe siècle av. J.-C.. Jérusalem (Musée d'Israël, Jérusalem)La fin du règne de Josias est dramatique, puisqu'il trouve la mort en 610 lors d'une rencontre avec le pharaon Nékao II, dans des circonstances qui ne sont pas connues : affrontement militaire à Megiddo comme le dit le texte biblique ou bien, selon N. Na'aman, exécution par le pharaon de son vassal Josias en raison d'un manque de loyauté à son égard66. Le prince héritier Joachaz est alors emmené en Égypte, et c'est un autre fils de Josias, Joiaqim (609-598), qui monte sur le trône de Juda. Selon le Livre de Jérémie, les cultes « étrangers » (non-yahwistes) ont pignon sur rue dans le royaume, ce qui reflète un arrêt de la réforme de Josias, tout en étant vu comme un prélude à la chute du royaume de Juda, qui ne peut être due qu'à des fautes religieuses selon ce livre. En tout cas, les dernières années du VIIe siècle voient survenir des changements qui sont amenés à avoir une influence sur la vie politique de Juda : Nékao ne réussit pas à installer la puissance égyptienne en Syrie et au Levant puisqu'il est vaincu par le roi babylonien Nabuchodonosor II à Karkemish en 60567.

Joiaqim serait alors passé dans l'orbite babylonienne, avant de décider de cesser de payer le tribut, en même temps que d'autres royaumes voisins (dont Tyr). Il meurt apparemment avant de voir Jérusalem assiégée et investie par les troupes de Babylone en 597, et c'est son jeune fils Joiakîn qui se rend à l'ennemi. Il est déporté en Babylonie avec la famille royale, les hauts dignitaires et des artisans réputés. Nabuchodonosor confie alors le trône de Juda à Sédécias, un autre fils de Josias68.

Les livres de Jérémie et d’Ézéchiel évoquent une cour de Sédécias déchirée entre des débats relatifs à la soumission à Babylone, reposant en partie sur des arguments religieux (quelle était la volonté de Yahweh ?). En 589, Sédécias cède finalement aux sirènes de la révolte, et les troupes de Nabuchodonosor II viennent à nouveau assiéger Jérusalem. Après deux années de siège, la ville est investie par les troupes ennemies, pillée, en grande partie détruite (notamment son grand temple), sa population est déportée en Babylonie69.

La période de l'exil et le début de la constitution de la diasporaModifier

[68][69]Carte de l'empire babylonien dans la première moitié du VIe siècle av. J.-C.Après la destruction de Jérusalem, le pays de Juda est transformé en province babylonienne, confiée à un gouverneur établi dans la petite ville de Miçpa, Godolias ou Guedalia, ancien dignitaire du temps de Sédécias. Il est assassiné avec le parti pro-babylonien quelque temps plus tard par une faction dirigée par un membre de la famille royale. Devant la crainte de nouvelles représailles, une grande partie de la population de Juda, dont ses derniers dignitaires (y compris le prophète Jérémie), s'enfuit en Égypte70. Par la suite, l'histoire de la province babylonienne de Juda n'est pas connue. Les guerres, déportations et autres migrations ont porté un coup dur au peuplement de cette région, qui aurait perdu jusqu'aux deux tiers de sa population : environ 20 000 déportés en Babylonie (en 597, 586 et 582), et peut-être 35 000 morts (suite aux guerres et à des épidémies) et émigrés après les catastrophes71. En particulier Jérusalem semble être quasi-déserte à cette période. En revanche, les recherches menées par O. Lipschits ont montré que le pays n'avait pas été complètement déserté, et il reste des foyers de peuplement importants, en particulier autour de la nouvelle capitale provinciale de Miçpa et le pays de Benjamin (environ 20 000 habitants sur les 40 000 que compterait alors la Judée dans ses nouvelles frontières) ; les régions méridionales (surtout le Néguev) sont détachées de Juda et voient l'arrivée d'immigrés depuis Édom72. L'attitude des Babyloniens vis-à-vis de la région conquise n'est pas claire : certains pensent qu'ils ont établi une administration active à Miçpa, d'autres qu'ils ne se sont pas vraiment souciés du pays après sa conquête73. Au nord, Samarie semble être restée un centre provincial important74.

C'est la population déportée en Babylonie qui retient le plus l'attention des textes bibliques (fin du Deuxième livre des Rois, Livre de Jérémie, Livre d'Ézéchiel, etc.). La famille royale, plus précisément la famille de Joiakîn, vit dans le palais royal de Babylone, d'où proviennent des listes de rations la mentionnant. Le reste de la population de Juda déportée est installée dans d'autres parties de la Babylonie. Elle est attestée par de nombreux textes de la période achéménide75. La diaspora judéenne est également constituée de personnes parties en Égypte, notamment de mercenaires établis dans des garnisons comme celle d’Éléphantine qui a livré une documentation importante pour la période achéménide (voir plus bas)76.

Parmi la population déportée en Babylonie, en particulier les élites administratives et religieuses, s'accomplit un travail de réflexion sur la chute de Jérusalem et leur déportation, qui, pour elles, ne peuvent que refléter la volonté divine. C'est de cette période qu'est daté le début d'une nouvelle élaboration de l'« histoire deutéronomiste », qui se poursuit durant la période post-exilique, et aussi l'affirmation des tendances « sacerdotales » (issues du clergé du temple de Jérusalem). Dans la continuité du travail accompli durant les règnes des derniers rois de Juda dont celui de Josias, l'histoire passée du peuple d'Israël et de Juda est réinterprétée sous le prisme de son rapport avec sa divinité Yahweh, qui alterne entre les périodes de bonne entente entre les deux, et celles où le peuple se détourne de son dieu et en subit à terme un châtiment dont le dernier est l'Exil. Cette conception s'enrichit alors de l'influence des textes historiographiques babyloniens qui présentent une pensée similaire77.

Le retour et l'élaboration du judaïsmeModifier

L'empire néo-babylonien s'effondre en 539 à la suite de la prise de sa capitale par le souverain perse achéménide Cyrus II. Le Livre d'Esdras rapporte deux édits qu'aurait promulgués ce roi, autorisant le retour des Judéens dans leur pays et la reconstruction du temple de Yahweh à Jérusalem. Ces documents sont en réalité des faux forgés plus tard pour justifier les prétentions des anciens exilés face aux populations restées à Juda. Les premiers retours, en particulier celui de Zorobabel, le petit-fils de Joiakîn, et donc chef de la « Maison de David », ont lieu apparemment au début du règne de Darius Ier, vers 520. Le gros du retour s'effectue à partir du règne d'Artaxerxès Ier, et sans doute jamais dans des proportions massives. Il s'est plutôt accompli de façon diffuse. À partir du milieu du Ve siècle, Jérusalem devient la capitale de la province de Judée (Yehoud), et ses fortifications sont reconstruites. Mais elle reste faiblement peuplée, et ne connaît un nouvel essor que durant la période hellénistique78. La population de Benjamin aurait diminué légèrement au Ve siècle, et avec elle la population de la Judée (autour de 30 000 habitants). Vers la fin de l'époque perse, cette dernière serait remontée (45 000 habitants, dont pas plus de 3 000 à Jérusalem). La diaspora serait plus importante (peut-être 75 000 en Babylonie et 20 000 en Égypte)79.

Le Livre d'Ezéchiel et le Deutéro-Isaïe rapportent les débats qui sont survenus entre les personnes revenues de l'exil, essentiellement des élites administratives, intellectuelles et religieuses, et celles qui étaient restées pour savoir qui avait la légitimité sur le pays de Juda et le culte de Yahweh. Le texte biblique s'intéresse en particulier à la reconstruction du Temple de Yahweh (le « Second Temple »), qui s'effectue sur fond de tensions entre les anciens exilés et ceux qui habitent Juda au moment de leur arrivée et sont dirigés par le gouverneur de Samarie, les seconds vivant mal l'accaparement de ce lieu central par les premiers, qui réussissent finalement à triompher grâce à l'appui impérial80. C'est dans la seconde moitié du Ve siècle et au début du IVe siècle que des dignitaires et prêtres envoyés par les empereurs perses, Néhémie puis Esdras, achèvent de faire triompher le courant « sacerdotal » et ses idées, face aux membres de l'ancienne famille royale qui perdent alors leur autorité81.

S'affirment alors le poids du Temple de Yahweh à Jérusalem et l'idée d'un culte à ce dieu seulement. C'est en effet dans cette communauté post-exilique que se concrétisent les évolutions théologiques entamées en Babylonie durant la période de l'Exil, en particulier avec l'affirmation du courant sacerdotal, qui influence une grande partie de la Torah qui connaît une importante phase de rédaction à cette période, la plus importante selon les interprétations courantes de l'histoire du texte biblique (même si sa canonisation est plus tardive)82. Les récits de la Genèse sur l'arrivée d'Abraham au pays de Canaan et la vie des Patriarches, de même que ceux sur l'Exode sous la conduite de Moïse et la conquête de Canaan par Josué reflètent les préoccupations des anciens exilés qui cherchent à affirmer leur légitimité et leur cohésion face à ceux qui étaient restés à Juda et aussi l'extension du territoire de la province de Yehoud sur des territoires n'ayant pas appartenu à Juda83. Le poids de la communauté revenue de Babylonie explique aussi l'importance des influences babyloniennes dans différents récits de la Genèse (Déluge, Tour de Babel, origine d'Abraham à Ur)84. Enfin, l'évolution décisive de la religion yahwiste vers le monothéisme, au moins dans certains cercles religieux du Temple de Jérusalem, est souvent datée des VIe ‑ Ve siècles, notamment sur la base du Deutéro-Isaïe qui affirme qu'Yahweh est le dieu unique85. Les prêtres du Temple cherchent à imposer progressivement leurs idées à Juda et même dans les communautés de la diaspora, mais les résistances sont fortes, les Juifs d'Éléphantine conservant leurs pratiques polythéistes durant la période achéménide. Ils mettent aussi en avant la « Loi », comportant en particulier divers principes identitaires dont l'interdiction de l'union entre Juifs et non-Juives86. Toutefois, cette interdiction n’aurait pas fait l'unanimité parmi les Judéens et une opposition au discours dominant se serait infiltrée dans la littérature canonique : les chapitres 40-55 du Livre d'Isaïe, le Livre de Ruth, le Livre de Jonas ou le Livre (deutérocanonique) de Judith contiennent des appels répétés, directs ou indirects au rapprochement des étrangers avec le judaïsme, voire, à convaincre le monde entier de l'accepter87.

Cette réforme initiée par des descendants des Judéens autour du Temple de Jérusalem n'a pas effacé l'opposition traditionnelle entre Israël et Juda. Les descendants du premier, regroupés autour du centre provincial de Samarie et de sa riche province, dirigés par le gouverneur Sanballat et ses successeurs, voient d'un mauvais œil les projets de restauration de Jérusalem et la construction de son temple auxquelles ils n'ont pas été associés. L'influence des traditions israélites dans le texte biblique élaboré à cette période est cependant probable, tandis que l'opposition aux « Samaritains » guide en partie l'argumentaire des dirigeants du Temple à cette période, en particulier Néhémie88. Vers la fin de l'époque achéménide, les Samaritains finissent par établir leur propre sanctuaire au Mont Garizim, où Josué aurait, selon leur tradition, établi le sanctuaire. Disposant de leur propre Bible, ils vont en déclinant tandis que les Juifs prospèrent car, selon Mario Liverani, leurs traditions religieuses et historiographiques n’avaient pas la même solidité89.

C'est donc avec la mise en place du mouvement réformateur autour du Temple de Jérusalem, entre la seconde moitié du Ve siècle et le début du IVe siècle, que peut être daté avec certitude le début du judaïsme, même si certains cherchent à le faire remonter jusqu'à la période de l'Exil (faisant alors s'arrêter l'histoire de l'Israël antique après la déportation de 587 ou la fin supposée de l'Exil). À partir de la seconde partie de l'époque achéménide, les descendants du royaume de Juda peuvent donc assurément être qualifiés de « Juifs », ce qui marque la fin de l'histoire de l'Israël antique90. La phase suivante de la période du Second Temple (539 av. J.-C.-70 ap. J.-C.) voit la Palestine soumise aux royaumes hellénistiques (Égypte ptolémaïque et empires séleucide) puis après une courte période d'indépendance, à Rome, tandis que le judaïsme est confronté à influence de la culture grecque et à l'aube du christianisme.

Organisation administrative et judiciaireModifier

Le roi et la royautéModifier

Les royaumes d'Israël et de Juda ont à leur tête un roi (melek), situation courante dans le Proche-Orient antique. L'institution royale est présentée comme dérivant de la volonté du dieu national, Yahweh, qui choisit ceux qui doivent diriger son territoire et son peuple. En ce sens, le véritable roi est le dieu, et le roi est son représentant sur terre, chargé de la direction de son domaine. Certains Psaumes qui semblent relatifs à l'intronisation des rois désignent ceux-ci comme « fils de Yahweh ». Dans les faits, les rois devaient se succéder suivant un principe dynastique, même si à plusieurs reprises la succession s'est réglée dans la violence, suite à des coups d’État. Le couronnement semble se faire dans un lieu sacré, et est marqué par l'onction du roi qui devient alors l'« oint (māšîaḥ, terme d'où vient Messie) de Yahweh » ; la fin du rituel semble marquée par une acclamation par le peuple (ou du moins ses représentants, les Anciens), puis un banquet91.

Suivant les habitudes de la royauté du Proche-Orient ancien, les rois de l'Israël antique ont plusieurs fonctions majeures. Leur aspect religieux est le mieux connu car il est mis en avant dans la Bible hébraïque. Il apparaît que le roi est un intermédiaire entre Dieu et son peuple, étant en particulier le garant de l'Alliance (bĕrît) entre les deux, et à plusieurs reprises les rois renouvellent cet accord au nom de leur peuple. Le monarque a un rôle cultuel : il prend en charge l'entretien du culte de Yahweh (et aussi des autres dieux quand il les accepte), y participe parfois, et peut aussi initier des « réformes » religieuses comme l'illustrent les cas d'Ézéchias et Josias. L'autre aspect de la royauté mis en valeur est le fait que le roi soit le juge suprême du royaume, comme l'illustre la figure de Salomon, le roi sage. Le roi idéal connaît la Loi de Yahweh et la fait appliquer, il est juste, protège la veuve et l'orphelin92. L'autre volet traditionnel de la royauté proche-orientale, l'aspect guerrier, n'est pas franchement mis en valeur dans les textes bibliques ; la figure de David semble cependant refléter cet aspect de l'idéologie royale. La Bible n'est pas un texte particulièrement valorisant pour la monarchie, les différents courants qui l'ont rédigé n'étant pas pro-monarchiques et reflétant parfois une tendance critique envers cette institution (notamment dans le Livre de Samuel) car ils ont souvent été rédigés à une époque où elle avait chuté et où on abandonnait l'idée de son rétablissement. On y voit en tout cas une autre forme d'idéal monarchique qui tranche parfois avec l'idéal proclamé par les textes royaux qui sont abondants dans les pays voisins contemporains : du fait de la tonalité yahwiste de ces textes c'est surtout le respect du culte et de la Loi de ce Dieu qui est mis en avant ; la monarchie ne doit pas être absolue et le roi doit être soumis à des règles ; la sagesse et l'équité des rois sont mises en avant, ainsi que la nécessité qu'ils ne vivent pas de façon trop fastueuse et répondent aux besoins de leur peuple93.

La place de la reine (malkāh) a également pu être importante à la cour, comme l'illustrent les figures bibliques de Jézabel à Israël et Athalie à Juda, cette dernière exerçant même le pouvoir quelque temps. Elle est l'épouse principale du roi, la mère de l’héritier présomptif. Le souverain dispose en plus d'un harem où il a plusieurs épouses secondaires et concubines. La reine-mère (gēbîrāh, « femme puissante ») exerce également un rôle important quand son fils est au pouvoir94.

Organisation administrative et militaireModifier

[70][71]Les sceaux servent de marque de propriété et d’authentification pour les documents (Musée d'Israël, Jérusalem)Le roi est assisté par un ensemble de hauts dignitaires qui apparaissent dans plusieurs passages de la Bible comme les listes de dignitaires (śārîm) des règnes de David et Salomon. S'y trouvent le chef de l'armée (śar haṣṣābāʾ), le grand scribe (sōpēr) chargé de la gestion de la chancellerie royale, le héraut (mazkîr), ainsi que le grand prêtre (kōhēn hārʾōš ou kōhēn hāggādôl) et le maître du palais (ʿal-habbayit ou sōkēn), qui a une fonction d'intendance de la maison du roi au départ et semble devenir à Juda un véritable Premier ministre. Mais les attributions de la plupart de ces dignitaires restent débattues, comme l'illustre en particulier le cas très discuté de l'« ami du roi » (rēʿh hammelek) évoqué sous Salomon95.

Le territoire des royaumes est découpé en districts dirigés par des gouverneurs (niṣṣābîm) établis dans les sites urbains. Les gouverneurs responsables des capitales Jérusalem et Samarie (śar hāʿîr) ont un rang à part. Ils encadrent une administration chargée de la police dans leur ville et circonscription (avec peut-être plus largement un rôle militaire), de la justice, et la gestion de l'organisation économique de l’État. Ce dernier dispose en effet de grands domaines et d'ateliers de production pour ses propres besoins ; au niveau central, ils sont sans doute gérés par le maître du palais. De grands magasins publics collectent les productions des dépendants de la couronne, mais aussi les taxes en nature qui étaient levées sur la production agricole et peut-être les échanges commerciaux96. Des terres peuvent être prélevées sur le domaine royal pour récompenser les serviteurs de l’État ou servir à leur entretien financier pour l'exercice de leur charge. Les sujets du roi sont également soumis à un système de corvée (mas) pour effectuer des travaux publics ou travailler pour le compte du palais royal ; il est centralisé par un chef de la corvée et supervisé par des fonctionnaires des districts97.

Les communautés locales (tribus, villages, villes) ont à leur tête un collège d'Anciens (zĕqēnîm), qui sont les chefs de familles de la localité. Ils ont avant tout un rôle judiciaire, ou plus largement celui d'un contrôle social formel, relatif aux affaires impliquant les familles (sur les mariages, les comportements, les affaires de sang). Ils jouent aussi un rôle politique car ils sont les intermédiaires locaux des autorités de l'État, et certains passages du Livre des Rois évoquent des « Anciens du pays » qui servent d'interlocuteur au roi avant de mener une guerre ou dans des affaires judiciaires importantes (le procès de Jérémie par exemple)98. [72][73]Ruines de la forteresse de Tel Arad, royaume de Juda, VIIIe siècle av. J.-C..L'organisation militaire des royaumes d'Israël et de Juda repose sur un ensemble de forteresses disséminées sur le territoire, comme celle d'Arad dans le Néguev, fort quadrangulaire d'une cinquantaine de mètres de côté aux murs à casemates épais juché sur une colline, dont les ostraca éclairent un peu la vie de la garnison qui y était stationnée, gardant la frontière entre Juda et Edom99. L'encadrement de l'armée apparaît dans les textes bibliques relatifs surtout au royaume d'Israël : comme vu plus haut elle est dirigée par le chef de l'armée, ainsi qu'un ou deux grands officiers chargés des escadrons de chars, et un adjudant (šālîš) royal qui assiste le souverain en campagne. D'autres officiers militaires connus pour le royaume d'Israël semblent avoir été des soldats professionnels servant d'unité d'élite ou pour l'encadrement des troupes (les « cadets des gouverneurs », les « officiers de l'armée »)100. Si des mercenaires semblent avoir été employés (des soldats grecs ou chypriotes sont attestés à Tel Arad), le gros des troupes est mobilisé par le système de la conscription quand une campagne survient, pour lequel le Deutéronome énumère des conditions d'exemption (jeune marié, personne venant de construire une maison ou de planter un champ ou une vigne sans avoir pu faire la récolte, etc.)101.

Après la conquête du royaume d'Israël par l'Assyrie et du royaume de Juda par Babylone, ces deux régions perdent leur souveraineté au profit des grands empires et sont donc réduites en provinces administrées par des gouverneurs. L'administration de l'époque achéménide est la mieux connue. La Judée (Yehoud) et Samarie sont alors des provinces (mĕdīnāh) incorporées dans la vaste satrapie de Transeuphratène, dont le centre est à Damas. Il est parfois avancé que la Judée a été au départ soumise à Samarie, mais cette proposition manque de preuves. Ces provinces sont dirigées par des gouverneurs (peḥāh) issus de la population locale, qui à Samarie forment une véritable dynastie (Sanballat et ses successeurs). Elles sont subdivisées en districts disposant de leur propre administration et les textes relatifs à la Judée indiquent qu'à la base les Anciens ont toujours un rôle important. Se trouve aussi une assemblée (qāhāl) dont le rôle n'est pas clair. Suivant les principes de l'administration perse, les autorités des autochtones sont soumises aux représentants du pouvoir impérial dans la satrapie, qui sont souvent des Perses. Les populations dominées sont astreintes au versement d'un tribut régulier, à des corvées et à la fourniture de contingents militaires102.

Justice et droitModifier

[74][75]Jézabel fit tuer Naboth, Gravure sur cuivre représentant la lapidation dolosive de Naboth, de Caspar Luiken, 1712.Plusieurs passages de la Torah contiennent des collections de prescriptions juridiques que l'on qualifie couramment de « codes » : le Décalogue et le Code de l'Alliance (qui évoque des questions sur l'esclavage, le vol de bétail, les crimes capitaux reflétant son ancienneté) dans le Livre de l'Exode, le Code deutéronomique dans le Deutéronome, le Code sacerdotal (des règles sur le culte de Yahweh) dans le Lévitique et les Nombres. Les « lois » s'y présentent sous différentes formes : la plus répandue est la casuistique, exposant un cas et sa solution (« Si un homme frappe l'œil de son esclave, homme ou femme, et qu'il lui fasse perdre l'œil, il le mettra en liberté, pour prix de son œil. » dans Ex XXI,26) ; une autre forme courante est dite apodictique, qui donne des interdits et prescriptions sans en énoncer les sentences, sur un ton impératif (« Tu ne tueras point. » dans Ex XX,13). D'autres passages de la Torah et des Prophètes, en particulier dans les Livres des Rois, contiennent des récits relatifs à des affaires judiciaires (le jugement de Salomon, la vigne de Naboth)103. Les livres sapientiaux contiennent également des discussions sur des principes de justice. En dehors du texte biblique, seuls deux ostraca relatifs à des affaires judiciaires ont été exhumés sur des sites de l'Israël antique. La Bible hébraïque constitue donc la source quasi-unique sur le droit de l'ancien Israël104.

Le texte biblique attribue une origine divine à la plupart des lois. Nombre d'entre elles dateraient de l'époque de l'Exode, et seraient donc à attribuer à la relation entre Moïse et Dieu. Même quand la justice est rendue par le roi, on lui donne une inspiration divine, la sagesse du roi étant un don de Dieu. La Loi (généralement désignée par le terme tôrāh) a donc un caractère sacré, même si elle est souvent énoncée par des hommes. Il faut donc obéir à ces lois, car c'est respecter les volontés et l'autorité de Yahweh et de son représentant terrestre le roi. Cette obligation est renforcée dans le cadre de la conception de l'Alliance entre Dieu et son peuple : le respect de la Loi est une des obligations qu'implique pour les seconds la soumission au premier, et en échange ils connaîtront la prospérité ; en revanche s'ils ne la respectent pas l'Alliance est rompue et ils connaîtront un châtiment. Dans les faits, il apparaît que la Loi n'est pas immuable, des principes évoqués dans un livre biblique pouvant se trouver en contradiction avec ceux énoncés dans un autre. Il est donc considéré que la Loi peut évoluer suivant les volontés de Dieu, parfois certains passages peuvent être abrogés, ou bien les anciennes règles font l'objet d'une réinterprétation. En fait, la nature des textes bibliques ne permet pas de savoir précisément à quelle époque les règles qui y sont exposées ont été appliquées (même si on peut le supposer), ou même si elles ont jamais été appliquées avant leur consécration à la période post-exilique, car elles sont en grande partie la conséquence des projets des rédacteurs et compilateurs de celle-ci105,106.

Concrètement, la justice est exercée par les autorités administratives, et en premier lieu le roi. Au niveau de la communauté locale, le conseil des Anciens a un rôle important, ainsi que les prêtres dans les affaires religieuses107. La procédure judiciaire est mal connue parce qu'elle n'est pas bien documentée. Elle commence en général par une plainte d'une personne auprès d'une autorité judiciaire, ou bien l'intervention d'un témoin d'une affaire, et peut prendre la forme d'une pétition. Le jugement est rendu par un collège de juges, dont le nombre exact n'est pas connu. Il repose sur la recherche de témoignages et de preuves matérielles, parfois avec l'intervention de pratiques divinatoires ou bien d'un serment par Dieu censé garantir la sincérité de la personne qui le prononce. Une fois la sentence prononcée, les autorités judiciaires se chargent d'en assurer l'application108.

Les textes judiciaires de la Bible hébraïque abordent une grande variété de cas. Les sujets les plus courants du droit pénal des textes législatifs de l'Orient ancien y sont évoqués. Les peines suivent des principes symboliques comme la loi du talion impliquant que le châtiment du coupable soit équivalent au tort infligé à la victime, autorisant les personnes dont un membre de la famille aurait été tué à exécuter son meurtrier. Les amendes sont courantes, notamment pour des atteintes à des propriétés. D'autres peines visent à restaurer la faute commise, par exemple en remplaçant un objet volé. Certaines peines sont humiliantes109. Les sujets relatifs au droit de la famille et aux offenses sexuelles sont également abordés : mariage, relations parents-enfants, viols, avortements, etc. D'autres passages touchent au droit de la propriété, et à celui de propriétés spécifiques, les esclaves. Les règles cultuelles sont nombreuses, en particulier dans le Code sacerdotal qui définit les tâches des prêtres. Beaucoup concernent les comportements qui pourraient entacher d'impureté ceux qui les suivraient (par exemple les interdits alimentaires)110. Une bonne partie de ces lois a été réinterprétée ou formulée dans le contexte de la période post-exilique et des volontés de former et préserver de l'identité des Israélites (interdiction de l'union avec des femmes étrangères, circoncision, pratiques alimentaires)106.

Aspects sociaux et économiquesModifier

Famille et maisonnéeModifier

Les textes bibliques évoquent plusieurs termes désignant les structures sociales de base : une personne appartient à une tribu (šēbeṭ), un lignage ou clan (mišpāḥah) et la famille au sens large ou maisonnée (bêtʾāb, la « maison du père »). Dans les faits, la tribu a peut-être eu une importance durant la période pré-monarchique, mais elle n'a pas de rôle important à l'époque monarchique et n'est ressuscitée qu'à l'époque post-exilique pour des raisons idéologiques, sans grande incidence sociale43. La maisonnée, consistant en général en une famille élargie et des serviteurs (même si certains avancent que la famille nucléaire était plus courante), est la structure essentielle qui définit la place des gens dans la société et constitue leur cadre socio-économique de base, qu'elle travaille pour son propre compte, dans un cadre communautaire ou bien pour le palais royal ou des aristocrates (ces différents cas pouvant être combinés). Cette unité semble bien correspondre aux résidences fouillées sur les sites de l'Israël antique (voir ci-dessous). Elle fonctionne suivant un principe patriarcal, avec à sa tête le chef de famille qui fait partie du groupe des Anciens dirigeant les affaires locales111.

Les mariages sont fondamentaux dans les stratégies des familles, et ils semblent généralement arrangés par les chefs des maisonnées. Les textes bibliques présentent leurs principes, qui sont en gros similaires à ceux attestés dans d'autres civilisations du Proche-Orient ancien (Babylone, Ugarit). Le père de la mariée reçoit le « prix de la mariée » (mōhar), versé en argent ou en biens. Après le mariage, l'épouse (ʾiššâ) rejoint la famille de son époux en apportant sa dot (šillûḥum), qui consiste en des biens ayant une utilité économique, parfois des terres et des esclaves. La majorité des unions est monogame, mais le mari peut prendre des épouses secondaires. La femme doit une fidélité exclusive à son époux, et l'adultère est puni de mort. L'époux peut répudier sa femme : si c'est parce qu'elle a commis un acte jugé mauvais, il conserve sa dot ; si c'est parce qu'il la prend en haine, elle garde sa dot. La femme ne peut en revanche demander la dissolution de l'union. Le lévirat semble avoir été pratiqué : si le mari meurt sans descendance, sa veuve s'unit à son frère112. [76][77]Jouet en forme de loutre, Bet Shemesh, XIe ‑ Xe siècle av. J.‑C. (Musée d'Israël, Jérusalem).Les deux tâches principales de l'épouse sont l'assistance à son époux dans la direction de la maisonnée, et la procréation. Si elle ne peut pas enfanter, elle peut donner à son mari une de ses esclaves qui enfanterait à sa place, et l'enfant serait alors considéré comme le sien ; l'adoption est une autre solution. Les enfants sont tenus de respecter leurs parents suivant un des commandements du Décalogue. S'ils frappent ou maudissent leurs parents, ils sont passibles de la peine de mort. Ils ne doivent également pas avoir une conduite déshonorant leurs parents, et sont punis s'ils le font ; ainsi, une fille n'étant pas restée vierge jusqu'à son mariage est lapidée devant la porte de la maison de son père pour réparer le déshonneur. Les droits des parents envers les enfants ne sont cependant pas absolus dans les textes bibliques, qui conservent le souvenir de temps révolus durant lesquels un père aurait eu droit de vie ou de mort sur ses enfants et pouvait faire de sa fille une prostituée113. Les fils doivent hériter du patrimoine familial à la mort du père de famille ; si celui-ci n'a pas de fils, ce sont ses filles qui héritent à condition qu'elles épousent des hommes de son lignage. L'héritier principal reçoit une part double de celle des autres fils ; c'est en principe le fils aîné (bekor), mais le père peut désigner un autre de ses fils à sa place dans certains cas114.

Les maisonnées peuvent également comprendre des esclaves (ʿebed pour les hommes, ʾamah/šipḥah pour les femmes), qui sont considérés comme la propriété de leur maître. Ils sont réduits à ce statut suite à des dettes impayées, des peines juridiques, après avoir été faits prisonniers lors d'un conflit ou bien parce qu'ils sont nés d'esclaves. Les textes bibliques prescrivent de ne pas les maltraiter excessivement, en particulier s'il s'agit d'Israélites tombés en esclavage pour dettes, pour lesquels ce statut n'est, en théorie, que temporaire (6 ans selon le Livre de l'Exode115,116). [78][79]Reconstitution du rez-de-chaussée d'une maison à quatre pièces caractéristique de l'Israël antique.Les différentes activités de la maisonnée sont concentrées autour de sa résidence, qui durant la période monarchique est en général du type dit « maison à quatre pièces », ou du modèle apparenté à trois pièces. Les résidences urbaines couvrent en général entre 40 et 70 m², mais celles des élites dépassent les 100 m², reflétant l'existence de grandes disparités sociales en ville ; elles sont plus vastes dans les sites ruraux, en général entre 100 et 150 m², mais présentent moins d'écarts de taille ce qui semble indiquer des inégalités sociales moins poussées. Il s'agit d'une construction rectangulaire, aux murs en briques crues et en pierre, divisée comme son nom l'indique en quatre pièces : les trois premières se trouvent après l'entrée dans un espace principal où elles sont séparées par des piliers servant à supporter le plafond et généralement reliés entre eux par un mur intérieur, de façon à former trois pièces allongées (oblongues) ; la quatrième pièce, disposée en largeur (barlongue) occupe le fond de la maison, séparée par un mur. Une variante courante (en particulier en ville) est la « maison à trois pièces » dans laquelle l'espace principal est séparé en deux pièces par une seule rangée de piliers117.

L'étude de ces bâtiments a permis de grandement améliorer la connaissance de la vie des anciens Israéliens, mais de grandes zones d'ombres demeurent. Les fonctions de ces différentes pièces sont discutées, rien ne prouvant qu'elles aient eu une attribution unique. Des bases d'escaliers ont été repérées dans de nombreuses maisons, pouvant mener à un étage supérieur qui semble probable dans bien des cas et a dû servir d'espace de vie, le rez-de-chaussée ayant apparemment des attributions plus utilitaires (stockage, atelier, voire étable pour le petit bétail). Les toits sont en terre battue. Le matériel retrouvé dans ces résidences consiste notamment en des fours fixes ou mobiles, des fosses servant au stockage d'aliments, et aussi des instruments servant à la transformation d'aliments (pressoirs à huile ou vin) ou à d'autres activités artisanales. Il s'agit donc d'espaces de vie et de travail pour toute la maisonnée, en milieu rural comme urbain. Il semble qu'en général ces résidences sont destinées à des familles élargies, mais les plus petites, en particulier en ville, pourraient avoir été occupées par des familles nucléaires (5 à 7 personnes pour les plus vastes)117,118.

Les sites urbainsModifier

[80][81]Plan du site de Megiddo à l'époque monarchique : en bleu les constructions attribuées par Yadin à Salomon et par Finkelstein aux Omrides, dont la porte à tenaille et le palais ; en jaune les constructions de la période suivante, dont les deux « écuries ».La fin de l'âge du bronze récent a été marquée en Palestine par un déclin des sites urbains, dont l'essor reprend rapidement aux débuts de l'âge du fer, avant tout sur la plaine côtière. Mais progressivement les sites de l'intérieur connaissent une expansion, en général à partir de sites déjà occupés depuis plusieurs millénaires. La constitution de la monarchie à partir de la seconde moitié du XIe siècle voit l'essor des constructions monumentales sur les sites principaux. De nombreux sites sont cependant de nouvelles fondations, comme Samarie, dont la construction sous le règne d'Osée a nécessité une importante planification des travaux, avec notamment la construction d'une terrasse artificielle d'environ 3 hectares. Émerge alors un réseau urbain caractéristique de l'époque monarchique, dominé par les deux grandes capitales, Samarie et Jérusalem, qui s'étendent à leur maximum de cette période sur une surface de 60 hectares pour la première, et peut-être jusqu'à 75 hectares pour la seconde, ce qui leur donnerait (très approximativement) une population d'environ 15 000 habitants55. Viennent ensuite des sites urbains secondaires comme Megiddo, Hazor ou Lakish qui servent de centres administratifs provinciaux (entre 3 000 et 5 000 habitants), puis un ensemble de petites bourgades fortifiées de moins de dix hectares. Les sites urbains sont en général plus petits que ceux des périodes précédentes (Hazor couvrant 80 ha à la fin de l'âge du bronze). Marqués par de fortes disparités sociales, ils servent de résidences aux élites liées à l’État et à l'ensemble de personnes à leur service (scribes, artisans, esclaves, etc.119). Les plus petits sites fortifiés sont des fortins où sont établies des garnisons, comme Tel Arad, Kuntillet Ajrud, Qadesh Barnéa ou Qumrân, mesurant entre une trentaine et une cinquantaine de mètres de côté, disposant de murs épais, de tours, de réservoirs à eau et de silos à grains (pour leur approvisionnement et peut-être les besoins de l'État) et dans plusieurs cas d'un espace cultuel120. [82][83]Ruines d'un bâtiment à piliers à Hazor.Les sites urbains de l'Israël antique, généralement situés sur des hauteurs et appelés de nos jours des « tels », recouvrent généralement les constructions des périodes antérieures. Ils sont caractérisés par leurs fortifications et leurs monuments principaux, à caractère administratif et religieux. Les murailles sont généralement massives, défendues par des tours et souvent ouvertes par une porte fortifiée unique, comme les « portes à tenaille » dégagées à Megiddo, Gezer et Hazor. Ces agglomérations ont en effet une fonction avant tout administrative et militaire qui se marque dans leur paysage. Le site de Lakish est ainsi dominé par un bâtiment de type palatial et ses dépendances, servant manifestement pour le gouverneur local et ses services. D'autres bâtiments servent sans doute de garnisons à des troupes. Les bâtiments officiels sont souvent caractérisés par leur plan complexe et des salles à piliers, comme les bâtiments tripartites à piliers servant apparemment de magasins (mais parfois identifiés comme des écuries à Megiddo). Le palais royal de Samarie constitue quant à lui un important complexe dominé par un bâtiment central d'environ 2 500 m2 entouré de plusieurs bâtiments administratifs, et séparé du reste de la ville par un mur d'enceinte ; les portes étaient sans doute décorées par les chapiteaux à volutes (dits « proto-éoliques ») dégagés sur le site. Pour assurer leur approvisionnement en eau, et en particulier pour faire face aux risques de sièges, plusieurs cités sont dotées de tunnels menant à des sources, comme le tunnel d'Ézéchias repéré à Jérusalem ; des puits servent pour l'apport en eau le plus courant. Les espaces résidentiels des sites urbains de l'Israël antique sont situés dans des quartiers souvent agencés de façon peu ordonnée, à moins qu'ils n'aient fait l'objet d'une planification les ayant organisés autour de larges artères121,122.

L'agriculture et les campagnesModifier

[84][85]Copie du « calendrier de Gezer », sur le site de Gezer.Depuis l'âge du bronze, l'agriculture de la Palestine repose sur une polyculture associée à un élevage typique des pays de la zone méditerranéenne. Le climat est marqué par un été chaud et sec, une pluviométrie concentrée surtout sur l'automne et le printemps, connaissant de fortes variations annuelles qui font que certaines années peuvent être particulièrement critiques pour les cultures si la saison végétative est trop courte. Le relief accidenté des hautes terres rend difficile le développement d'une agriculture sur une vaste zone24. En dehors des régions basses plus larges comme la Shéphélah et Jezréel, les zones basses exploitables sont souvent des vallées étroites, notamment celles creusées par des wadis. En raison du peu de cours d'eau pérennes (surtout le Jourdain), l'irrigation ne peut se développer à une échelle importante. Les pentes des collines peuvent en revanche être mises en culture grâce à des travaux de terrassement ; des terrasses de culture servent à retenir l'écoulement des eaux et à stabiliser les sols, ce qui est très favorable pour le développement des cultures arbustives.

Dans les champs, la principale plante cultivée est l'orge, mais les légumineuses (pois chiches, lentilles) et le lin occupent une place importante ainsi que divers types de légumes plantés dans de petits jardins (oignons, poireaux, melons, etc.). Les cultures arbustives ont pris avec le temps une grande importance dans l'économie agricole : l'olivier et la vigne, les figuiers en particulier. L'élevage repose avant tout sur le petit bétail, les moutons et les chèvres, bien adaptés aux conditions naturelles locales, et qui peuvent faire l'objet d'un élevage de transhumance entre régions basses et hautes123. Le porc est en revanche très rare, ce qui renvoie vraisemblablement à des raisons culturelles propres aux Israélites et au tabou qui pèse sur ces animaux dans le judaïsme124.

La combinaison de ces différentes cultures aux rythmes différents sur un même terroir rend l'année agricole très chargée, comme l'illustre le « calendrier de Gezer », inscrit sur une tablette du Xe siècle, qui débute vers septembre : deux mois de récolte des olives, deux mois de plantation et deux mois de plantation tardive, puis un mois de cueillette du lin, un mois de récolte de l'orge, un mois de moisson, deux mois de taille de la vigne, un mois pour récolter les fruits d'été. La période de l'âge du fer est marquée par une intensification progressive des cultures, sous l'influence de l'essor démographique, le développement des royaumes qui impulsent de véritables politiques de développement agricole, puis les influences extérieures comme l'essor des échanges internationaux en direction du bassin méditerranéen, de l'Arabie et des centres des empires mésopotamiens125. La pratique de la culture en terrasses connaît une expansion. La culture d'olives pour produire de l'huile et de vigne pour produire du vin connaissent un essor remarquable, comme l'attestent les nombreux espaces de pressage et de foulage identifiés sur des sites ruraux, stimulés en partie par l'essor de la demande internationale126. L'horticulture avait aussi pour avantage d'être moins soumise aux aléas climatiques que la céréaliculture. Ces évolutions ont sans doute favorisé progressivement un début de spécialisation des terroirs dans certaines productions123.

Les campagnes de l'Israël antique ont vu leur habitat se développer de façon remarquable durant la période monarchique, comme l'ont révélé les prospections au sol et les fouilles de sites ruraux. L'habitat est dispersé, voyant cohabiter des fermes isolées et des villages regroupant plusieurs résidences, souvent accolées et dans plusieurs cas protégées par un mur d'enceinte rudimentaire, à moins que les habitations ne soient disposées de façon circulaire pour former une sorte d'enclos. Comme en ville, les maisons suivent souvent le modèle commun de la maison à quatre pièces, mais sont souvent plus vastes et décomposées en plus d'unités internes, et jouxtées par des cours et d'autres bâtiments à fonction économique. Elles sont manifestement habitées par des familles étendues, et les villages semblent souvent occupés par des familles d'un même lignage. Des structures collectives y ont été dégagées, notamment de vastes espaces de pressage d'olives ou de raisins, ainsi que des greniers et silos à grains, et les terrasses de culture qui sont manifestement le produit d'un travail collectif. La maisonnée et la communauté villageoise (dirigée par les Anciens, qui sont les chefs des familles) sont donc les unités socio-économiques de base du monde rural. On remarque que la stratification sociale semble peu marquée dans les campagnes : les maisons ont des tailles relativement proches et leur mobilier est homogène127.

Du point de vue des structures agraires, il faut cependant envisager une situation diversifiée : certaines communautés villageoises ont pu bénéficier d'une relative autonomie, mais les campagnes sont marquées par la présence de grands domaines dépendant du palais royal ou provincial, des aristocrates et sans doute des grands sanctuaires. L'élevage est également caractérisé par l'opposition entre des petits troupeaux dépendant des maisonnées et gardés collectivement, et les grands troupeaux des plus riches, surtout ceux de la couronne. Les exploitations royales sont sans doute dirigées à partir de leurs propres centres de production et de stockage, peut-être localisés dans des forteresses, et manifestement à l'origine de certains des grands complexes de transformation de produits agricoles comme celui de Beth Shafafa. Les ostraca de Samarie datés du VIIIe siècle documenteraient l'envoi d'huile d'olive et de vin des domaines royaux vers les magasins royaux des sites urbains96.

Poids et mesuresModifier

[86][87]Inscriptions sur un poids samaritain en hématite.L'Israël antique utilisait essentiellement des poids en pierre, taillés en forme de demi-sphère. Ces poids portaient la mention de leur valeur en chiffres, et plus rarement des inscriptions. On connaît aussi quelques poids en métal (bronze et fer) présentant des formes variées (cubes, animaux, ou simplement en demi-sphère). Ces formes s’inspirent des modèles égypto-phéniciens et mésopotamiens. Quelques poids portent la mention de noms propres, peut-être la marque de leurs propriétaires ou de l’officiel chargé de garantir sa fiabilité. Au VIIe ‑ VIe siècle, on a trouvé un nombre important de poids dans les grandes villes de Juda (Jérusalem, Lakish, Arad). Dans les provinces alors assyriennes de Samarie et Megiddo, le système des poids utilisé est en revanche encore mal connu. [88][89]Poids judéens de 2, 3, 4, 6, 8, 10 gerah et 1, 2, 4, 8, 40, 400 sicles (šeqel), VIIIe ‑ VIe siècle av. J.‑C (Musée d'Israël, Jérusalem)Différents systèmes de poids sont employés dans le royaume de Juda128,129. Le premier système est basé sur le sicle (šeqel). 53 sicles ou ses subdivisions ont été retrouvés à Juda130. Un sicle vaut en moyenne 11,33 g. Il peut être divisé en quatre. La plupart des poids portent le symbole š, abrégé de la première lettre du mot šeqel, suivi d’une valeur numérique. Les deux sont écrits en hiératique égyptien. Sur les ostraca, « sicle » figure parfois écrit en entier, mais le plus souvent il est écrit aussi en abrégé avec la lettre shin. Pour peser de petites quantités de biens précieux (or, encens, épices), on utilise une unité plus petite équivalent à 1/20 ou 1/24 de sicle. Ces poids portent la mention d’une valeur numérique en hiératique ou en hébreu. Cette fraction de sicle dont le nom n’apparaît pas sur le poids semble correspondre à ce que la Bible hébraïque appelle un gerah131. Ce système est fortement influencé par le système de mesure de l'Égypte antique. Le poids de base, 8 sicles, équivaut à un deben du Nouvel Empire égyptien. Cette adaptation du système égyptien est liée à la forte influence de l'Égypte et témoigne peut-être de la volonté d’encourager le commerce.

À côté du système šeqel - gerah, il existe un autre système de poids. Ceux-ci sont essentiellement en pierre, mais avec des noms de mesures écrits en hébreu en toute lettre : nesef (9,659 g), pym (7,815 g) et beqʿa (6,003 g). La relation de ce système avec le précédent n’est pas clairement établie. Il était peut-être réservé à un usage exclusivement local. Le terme beqʿa, qui signifie « diviser », apparaît plusieurs fois dans la Bible hébraïque ; le terme pym n'y apparaît qu'une fois (1S XIII,21) et son étymologie n'est pas connue131. Les autres unités de poids mentionnées dans la Bible (maneh, kikkar) ne sont pas attestées. Le système du sicle se met en place en Juda au plus tôt au VIIIe siècle, peut-être sous le règne d'Ézéchias132. [90][91]Ostracon du VIIe siècle av. J.-C. découvert lors de fouilles près d'Ashdod.===Échanges et commerce=== Le contrôle des systèmes de poids et leur présence plus importante sur les sites israélites au cours du temps semble révéler l'importance croissante des échanges dans l'économie. Une grande partie des échanges prend sans doute place dans un circuit contrôlé par l'administration, reposant sur le prélèvement et la redistribution des surplus des domaines agricoles. C'est ce que semblent documenter les ostraca exhumés à Samarie, Jérusalem et Arad. Le commerce local devait cependant exister, notamment dans les « bazars » (hûsôt), dont des exemples ont été dégagés à Tel Dan et Ascalon. Plusieurs passages du Livre des Rois semblent révéler l'existence d'un commerce local actif reposant sur des biens de consommation ordinaire, et apparemment régi dans une certaine mesure par les lois du marché (notamment en période de crise)133.

Les axes majeurs des échanges à longue distance (la « Route de la mer » à l'ouest et la « Route du Roi » à l'est) évitent les royaumes d'Israël et de Juda, mais ceux-ci ont pu à plusieurs reprises tirer profit de la proximité de ces voies26. La proximité des riches cités marchandes phéniciennes, en premier lieu Tyr, a été un élément attractif pour les rois israélites, comme le révèlent les récits sur les relations entre Salomon et Hiram, et le mariage d'Achab avec Jézabel. Le contrôle des routes du nord, en direction de la Phénicie et de la Syrie, fut donc un objectif pour les rois d'Israël. Les récits relatifs aux implications des rois de Juda dans le commerce international sont absents de la Bible, mais le développement de sa partie méridionale durant le VIIe siècle pourrait être lié à une plus grande intégration dans les échanges à longue distance, en direction de la côte mais aussi des cités de l'Arabie du Sud134.

La diasporaModifier

Articles connexes : Exil à Babylone et Données archéologiques sur la communauté juive d'Éléphantine.À partir de la période des guerres contre l'Assyrie, une partie de la population originaire d'Israël et de Juda vit en dehors de ces pays, suite à des déportations ou à une émigration volontaire : c'est le phénomène de la diaspora, qui devient dès lors une caractéristique essentielle de la communauté judéenne/juive, partagée entre ceux qui sont restés dans le pays d'origine et ceux qui en sont partis, dont une grande partie fait souche en pays étranger. [92][93]La Babylonie au moment de l'établissement des premières communautés judéennes déportées.Le sort des personnes déportées par les Assyriens est inconnu en l'absence de documentation. En revanche, les sources sur la communauté judéenne exilée en Babylonie après les guerres du temps de Nabuchodonosor II sont consistantes : des textes bibliques (Livres d'Esdras, d’Ézéchiel, etc.) et des tablettes cunéiformes exhumées en Babylonie. Les élites politique et religieuse sont les premières visées par les déportations qui ont visé à décapiter le noyau des révoltes, ce qui n'empêche pas qu'elle soit bien traitée par les Babyloniens, la famille royale étant accueillie à la cour babylonienne. Mais elle n'a alors plus d'autorité politique. Les religieux de leur côté ne cherchent jamais à reconstituer un culte de Yahweh en Babylonie, sans doute dans l'attente d'un retour. Les déportés de rang moindre sont documentés par plusieurs tablettes cunéiformes de nature juridique et économique, en particulier celles datées de l'époque achéménide provenant d'une agglomération nommée la « Ville de Juda » (située près de Borsippa) qui semble avoir été peuplée de nombreux descendants de déportés, repérés par leurs noms yahwistes. Ces documents les montrent en train de se livrer à des affaires diverses comme le font les autres habitants de la région, témoignage de leur intégration dans cette région. Ils avaient été établis dans des villages de cette région, mais aussi de celle de Nippur, dans le cadre de projets de mise en culture de nouvelles terres. Après plusieurs générations, les déportés font souche en Babylonie sans pour autant être totalement acculturés, et préservent leur identité judéenne75. [94][95]ÉléphantineL'autre partie de la diaspora judéenne connue par des sources consistantes illustre un autre phénomène constitutif de la diaspora dès l'époque babylonienne, celui résultant d'une émigration volontaire. Il s'agit de la communauté d'Égypte, documentée elle aussi par des textes bibliques et des textes retrouvés sur place, les papyri et ostraca écrits en araméen retrouvés à Éléphantine, datés de l'époque achéménide135. Elle est notamment alimentée par les fuites suite à l'assassinat de Godolias. Une partie de ces émigrés travaille dans des activités agricoles, mais d'autres servent de mercenaires, comme ceux établis à Éléphantine, près de la cataracte de la frontière sud. À la différence de ceux de Babylonie, ils poursuivent le culte de Yahweh dans leur terre d'accueil où ils lui ont érigé un temple, et vénèrent à ses côtés d'autres divinités, notamment différentes hypostases d'Anat. Il semble donc que l'espoir d'un retour est moins fort chez ces émigrés volontaires que chez les déportés de Babylonie. Mais l'influence du temple de Jérusalem reconstruit touche progressivement une partie de la communauté judéenne d'Égypte qui se rallie aux réformes religieuses et embrasse le judaïsme76.

ReligionModifier

L'Israël antique est surtout connu pour son univers religieux, marqué par le monothéisme affirmé par la Bible hébraïque. Cet ensemble de textes religieux présente cependant plutôt une sorte de programme et d'idéal qu'une situation réelle, et comprend de nombreux passages dénonçant des pratiques jugées incorrectes. Il faut donc souvent estimer que ces dernières étaient courantes avant le triomphe du monothéisme aniconique centré sur le dieu national Yahweh et son temple unique de Jérusalem. Ce sont ces évolutions qui singularisent au final la religion juive par rapport à celle des autres pays du Proche-Orient ancien et en font un moment crucial aux conséquences majeures sur l'histoire humaine. Ces changements sont très débattus : les étapes de l'émergence de la croyance en un Dieu unique sont discutées, en particulier l'existence d'un polythéisme originel. Là encore, l'apport de l'archéologie et des sources épigraphiques est essentiel, en permettant l'étude des pratiques populaires qui ont pu différer des celles des initiateurs de la « religion du Livre ». La confrontation des croyances et pratiques religieuses de l'Israël antique avec les textes provenant des régions voisines, en particulier ceux d'Ugarit, est essentielle pour éclairer cet univers religieux particulièrement original136.

Yahweh, le dieu nationalModifier

La divinité tutélaire des royaumes d'Israël et de Juda est Yahweh (YHWH dans les textes en alphabet hébreu), dont le nom est souvent attesté sous des formes abrégées (Yah, Yaw, Yahu, etc.)137. Il s'agit vraisemblablement d'un dieu dont le culte est originaire des régions situées au sud de Juda (Edom, voire le Sinaï), qui aurait été adopté par les Israélites pour en faire leur divinité majeure138.

L'origine du nom de ce dieu est débattue, et ses aspects originels ne sont pas très clairs. Plusieurs Psaumes présentent différents traits de Yahweh et sa complexité, due en grande partie à un phénomène de syncrétisme qui l'a vu reprendre les aspects des grands dieux des panthéons des peuples ouest-sémitiques antiques, connus en particulier par la mythologie d'Ugarit. Comme le grand dieu El, il est une divinité patriarcale, qui préside une assemblée divine et a un aspect créateur. Il reprend également des aspects du Dieu de l'Orage Ba'al : il est appelé « dieu de la tempête », se voit attribuer des victoires sur des démons symbolisant le chaos (le Leviathan, Yam la mer). Plus largement il a une fonction guerrière (« Yahweh des armées »). Certains textes anciens lui donnent également un aspect céleste. La figure de Yahweh revêt avec le temps un aspect totalisateur quand émerge le monothéisme, et ce dieu se voit en fin de compte attribuer les fonctions de toutes les divinités : il est le dieu créateur du monde et des hommes du début de la Genèse, le maître des Enfers, et reprend également les aspects des déesses de la fertilité (Anat et Ashera)138.

Suivant l'idéologie du Proche-Orient ancien, Yahweh est surtout la divinité des pays d'Israël et de Juda. Il est celui qui préside aux destinées du pays, choisit son roi, fait entendre ses volontés par différents moyens (surtout les prophètes). Cette idée a été poussée à un stade particulièrement élaboré avec le concept d'« Alliance » (bĕrît), engagement réciproque entre le dieu et son peuple, renouvelé à plusieurs reprises. Dans la Bible, il est érigé en principe explicatif de l'histoire des Israélites : quand l'Alliance est respectée, que les volontés de Yahweh sont suivies, ce peuple vit dans la paix ; si elle est bafouée (en particulier avec la vénération d'autres dieux), la colère de Yahweh s'abat sur son peuple qui subit des fléaux. L'Alliance est souvent présentée comme une sorte d'union matrimoniale, et son non-respect comme une infidélité ou même de la prostitution. Avec le temps ce principe s'est complexifié avec la mise au point d'un corpus de règles que devait respecter le peuple de Yahweh pour lui prouver sa fidélité, la « Loi » (tôrāh)139.

Durant la période des royaumes d'Israël et de Juda, Yahweh dispose de plusieurs lieux de culte importants, et il est d'ailleurs attesté sous la forme d'hypostases différentes associées à ces lieux de culte. Dans le royaume du Nord, il dispose notamment de sanctuaires importants à Dan, Silo, Samarie et surtout Béthel qui semble avoir eu un rôle central avant la constitution du sanctuaire du Mont Garizim vers la fin de la période perse. Au sud, son temple majeur est celui de Jérusalem, dont la première construction est attribuée à Salomon.

L'émergence du monothéismeModifier

[96][97]Stèle représentant le dieu Baal au foudre, XVe ‑ XIIIe siècles av. J.-C., trouvée à Ras Shamra (Ugarit), Musée du Louvre.La Torah présente le monothéisme reposant sur la croyance en Yahweh en tant que dieu unique comme la forme de la religion des Hébreux/Israélites de tout temps, et en particulier depuis l'Exode. Cette vision, longtemps acceptée par les historiens, n'est désormais plus suivie. Il y a de nombreuses indications dans la Bible sur le fait que la religion de l'Israël antique n'était pas monothéiste avant au moins la période de l'Exil140. Selon la vision traditionnelle mise en avant par W. F. Albright, les Israélites vénéreraient uniquement leur dieu national Yahweh depuis la période de Moïse. Selon A. Lemaire, ils admettraient quand même l'existence d'autres dieux mais en ne leur rendant pas de culte : c'est une monolâtrie (le « yahwisme »). La vénération d'autres divinités comme Baal ou les astres à l'époque monarchique serait donc, en accord avec le texte biblique, une importation depuis l'étranger141. Les recherches ont cependant de plus en plus tendance à remettre en avant à la vieille idée qui veut que le monothéisme israélite émerge dans le courant de la première moitié du Ier millénaire av. J.‑C. dans un contexte religieux polythéiste. Celui-ci est souvent caractérisé comme « cananéen », en raison de la présence dans la Bible de dieux et de pratiques religieuses qui montrent un ancrage dans la religion traditionnelle du Levant des âges du bronze et du fer, bien connue par l'exemple de la religion d'Ugarit. La monolâtrie envers Yahweh n'émergerait alors qu'à partir du VIIIe siècle avec Amos et Osée et s'affirmerait dans les réformes d'Ézéchias et de Josias ainsi que par l'influence du Premier Isaïe et de Jérémie. C'est à ce moment-là que le culte de Yahweh est épuré par l'élimination de ses aspects iconiques et « idolâtres » (rituels en lien avec des statues, stèles, arbres sacrés, serpents d'airain, etc.) et centralisé autour du seul Temple de Jérusalem, cette entreprise ayant un aspect politique manifeste. Mais les réformes de cette période ne sont pas durables, et le courant qui les porte mit du temps à triompher. Elle resterait surtout cantonnée au milieu des élites (religion du Temple ou religion du Livre) et les pratiques populaires resteraient longtemps marquées par la vénération de plusieurs divinités, progressivement combattue ou adaptée par les partisans du « Yahweh seul142 ». [98][99]Peinture retrouvée sur une jarre de Kuntillet Ajrud représentant des bovins aux côtés de deux génies apparentés à Bès (mâle et femelle) et une déesse sur un trône, peut-être Ashera143.Les trouvailles archéologiques et épigraphiques réalisées sur les sites de l'Israël antique (en particulier celles de Kuntillet Ajrud144) ainsi que les textes bibliques révèlent donc la présence de plusieurs dieux, vénérés aux côtés de Yahweh, que ce soit le résultat d'une influence étrangère ou l'héritage des traditions religieuses ancestrales du sud du Levant. Le cas le mieux connu est celui de Ba'al, dieu de l'Orage dont le culte aurait été importé de Phénicie (Tyr) par la reine Jézabel selon le Livre des Rois, mais qui est en fait à cette période la divinité majeure des régions levantines depuis de nombreux siècles et n'a sans doute pas attendu cette période pour s'implanter dans les hautes terres, même s'il est vrai qu'il semble plus populaire dans les régions côtières145. De la même manière, le grand dieu El, conçu comme le père des dieux dans les panthéons syro-cananéens, est présent dans plusieurs passages de la Bible, même si de nombreuses occurrences du terme ʾēl font référence à Yahweh puisque ce mot signifie plus largement « dieu146 ». Le cas des déesses vénérées dans l'Israël antique a également fait couler beaucoup d'encre, en particulier celui de la déesse de la fertilité Ashera qui semble bien être considérée comme la parèdre de Yahweh, même s'il ne faut pas la confondre avec les ʾăšērîm, arbres sacrés liés au culte de Yahweh147. La déesse Anat semble également attestée148. Le Livre de Jérémie évoque la « Reine du Ciel » qui reçoit un culte à Jérusalem et dans tout Juda, qui est sans doute une épithète désignant une déesse ayant un aspect céleste (Ashera, Astarté ou Anat149). Le culte des astres (planètes, étoiles, lune, soleil) semble avoir aussi été répandu150. En plus des aspects syncrétiques qui tendent à fondre toutes les divinités en Yahweh, un autre élément compliquant la perception de la pluralité des figures et aspects divins est celui de l'existence de plusieurs hypostases d'une même divinité, reflétant ses divers aspects ou bien liées à un lieu de culte précis. Les anciens Israélites croyaient également en l'existence d'êtres surnaturels qui n'avaient pas vraiment le statut de divinité ou étaient des sortes de divinités inférieures, comme les Anges (mal'āk) servant de messagers de Dieu151, ou encore des démons tels que Azazel152 ou Lilith153,154 ; on trouve même sur les sites de l'Israël antique des représentations de la divinité secondaire égyptienne Bès155.

Les diverses approches s'accordent en tout cas pour admettre que Yahweh est sans doute le dieu le plus vénéré des royaumes d'Israël et de Juda, qu'il a un ancrage populaire et n'est pas limité au cercle des élites, comme en atteste la présence de son nom dans de nombreux noms de personnes trouvés sur des ostraca. Il y a également un relatif consensus autour du fait que le monothéisme stricto sensu n'est attesté avec quasi-certitude qu'à partir des écrits du Deutéro-Isaïe, datés de la seconde moitié du VIe siècle, et ne se serait donc affirmé que durant la période de l'Exil156. La figure de Yahweh a alors définitivement absorbé les aspects des autres divinités vénérées auparavant pour devenir un dieu créateur, un dieu guerrier, un dieu astral, un guérisseur, etc. Le monothéisme pourrait remonter aux périodes précédentes, mais cela n'est pas clair. Du reste, la monolâtrie et le monothéisme ne s'imposent que progressivement parmi les populations de Judée et de la diaspora : il semble bien que les réformes soient efficaces à Juda à la période post-exilique si on en juge par les trouvailles archéologiques, mais en revanche la communauté d’Éléphantine contemporaine reste clairement polythéiste.

Les causes de l'affirmation du monothéisme ne sont pas évidentes à déceler. Les influences extérieures ont pu être proposées comme celle du monothéisme égyptien du temps d'Akhénaton, mais cela est très peu probable157. L'hénothéisme mésopotamien, élevant les dieux nationaux (en particulier Assur et Marduk) pour en faire des dieux réunissant les caractéristiques de tous les autres dieux pourrait avoir influencé les théologiens israélites158. La particularité des dieux nationaux et leur lien avec les destinées de leur peuple semble avoir été proche en particulier au sud du Levant, comme l'attestent les exemples des peuples voisins d'Israël et de Juda (le dieu Kemoch à Moab, Qôs à Edom, etc.159). L'expérience propre du peuple judéen joue manifestement un rôle important, pour donner une nouvelle impulsion au yahwisme. La réforme religieuse de Josias, unificatrice et centralisatrice autour du seul Temple de Jérusalem pour le culte du seul Yahweh, est motivée par une volonté d'unification et de centralisation de Juda et d'Israël autour du roi160. L'Exil à Babylone est en particulier une étape cruciale dans l'affirmation du monothéisme en créant une crise sans précédent chez les exilés. La défaite face à Babylone, alors que l'espoir avait été placé en Yahweh pour vaincre, a incité les théologiens à de nouvelles réflexions et aussi à mettre en avant la figure de Yahweh pour l'identification de la communauté des exilés et lui permettre de conserver son identité alors que le pouvoir monarchique s'est effondré et ne peut plus jouer ce rôle161. En outre, le contexte social de l'émergence du monothéisme n'est pas forcément strictement celui d'un milieu élitiste, mais il pourrait aussi avoir un ancrage populaire, que refléteraient en particulier les prophètes.

Les lieux de culteModifier

[100][101]Une partie du « haut lieu » de Tel Dan.[102][103]Pièce du temple de Tel Arad comportant deux autels à encens et deux stèles.Les anciens Israélites disposaient de divers lieux de cultes dans lesquels avaient lieu des rituels destinés à Yahweh et aux autres divinités. Le type le plus courant semble être celui que les textes bibliques qualifient de « haut lieu » (sg. bāmāh, pl. bāmôt)162. Il s'agit d'une installation cultuelle très répandue, généralement à ciel ouvert (mais pas forcément tout le temps), sur des sites en hauteur. Les fouilles archéologiques ont permis la mise au jour de plusieurs de ces hauts lieux. Certains se présentent sous la forme d'une enceinte circulaire, parfois de plus petites structures rectangulaires. L'un des sanctuaires les mieux connus est celui de Tel Dan (IXe ‑ VIIIe siècle), organisé autour d'une plate-forme servant d'autel. Il est entouré de plusieurs installations dont un bassin servant pour les lustrations et un espace pour presser l'huile utilisée pour le culte. Un autre type de site cultuel apparenté est constitué d'une simple pièce (liškāh). Une telle installation a été repérée au fort de Kuntillet Ajrud (c. 850-750), disposant à son entrée d'une petite salle avec des banquettes à but probablement cultuel163.

Ces sites ont été repérés grâce au matériel de type cultuel qui y a été dégagé. De la céramique servant pour les sacrifices a été exhumée en grande quantité, ainsi que des figurines et des objets votifs, parfois inscrits. Y ont également été repérés des objets cultuels renvoyant à des objets mentionnés dans la Bible : des stèles (maṣṣēbôt), des autels sacrificiels (mizbēah) fixes ou mobiles, notamment le modèle à quatre cornes ; les textes bibliques évoquent également l'ʾăšērāh, sorte de mât en bois ou arbre sacré164. Les plus nombreux des espaces cultuels identifiés sur des sites de l'Israël antique sont donc modestes, consistant souvent en de simples pièces à caractère rituel dans des bâtiments privés ou publics, probablement utilisés pour des cultes familiaux ou communautaires, comme ceux pris en charge par les collèges cultuels (marzēaḥ) de chefs de familles165. [104][105]Plan et coupe du temple de Yahweh à Jérusalem selon la description biblique.Des temples étaient également construits pour servir au culte des divinités majeures. Ils sont considérés comme une résidence de la divinité, et leur plan s'apparente donc à celui d'une habitation. Le plus connu par le texte biblique est le temple de Yahweh à Jérusalem, construit par Salomon. Sa localisation à l'emplacement de l'esplanade des Mosquées, lieu saint du judaïsme et de l'islam, rend actuellement toute perspective de fouilles impossible. Il faut donc se reposer sur la description biblique, qui comporte manifestement des exagérations (notamment sur les dimensions) en tant que texte de propagande, mais pourrait bien présenter une description relativement fiable166. Le plan tripartite du temple correspond en tout cas à ce qui est connu pour d'autres temples du Proche-Orient antique qui ont été fouillés : une fois passée la porte d'entrée à piliers, se trouvait un vestibule (ʾûlām) servant de séparation entre l'espace public et l'espace sacré, puis la Demeure (hêkāl) où se déroulaient les rites, et enfin le « Saint des Saints » (dĕbîr) où reposait l'Arche de l'Alliance, sorte de coffre en bois couvert d'or qui aurait été construit à l'époque de l'Exode et symbolise la présence de Yahweh dans son temple, considéré comme sa résidence terrestre. Détruit et pillé lors de la prise de Jérusalem par les Babyloniens, le temple de Yahweh à Jérusalem est reconstruit à l'époque achéménide sous la direction de Zorobabel, descendant de la Maison de David167.

D'autres temples ont dû exister à la période monarchique, mais le seul à avoir été fouillé est celui de Tel Arad (peut-être dédié à Yahweh). Son plan rappelle celui du temple de Jérusalem : de forme rectangulaire, il est organisé autour d'une grande cour dans laquelle se trouve un autel, bordée par des pièces qui sont peut-être des magasins pour le culte ; cette cour conduit à une pièce barlongue disposant d'une petite niche au fond servant sans doute de « Saint des Saints » ; des autels à cornes et des stèles caractéristiques des lieux de culte de l'Israël antique ont été mis au jour dans l'édifice168. Depuis l'époque de Josias, la tendance parmi les groupes rédigeant le texte biblique est de centraliser le culte autour de ce seul temple de Yahweh, en détruisant les autres lieux de culte, en particulier les hauts lieux. Cette politique est progressivement couronnée de succès à Juda, mais comme cela a été mentionné plus haut, elle se heurte à la résistance des Samaritains à l'hégémonie du temple de Jérusalem.

Pratiques cultuelles et autres rituelsModifier

[106][107]Autel pour holocauste à Éléphantine.[108][109]Récipient pour les offrandes portant le mot QDŠ (« sacré »). Tel Beer Sheva, VIIIe siècle av. J.-C. (Musée d'Israël, Jérusalem) .Différents rituels participant au culte des dieux (avant tout Yahweh) sont rapportés par divers passages de la Bible, même si leur déroulement n'est que rarement explicité. L'acte rituel le plus important est le sacrifice ou offrande (zāqēn), qui est un don destiné au dieu. Plusieurs types de sacrifices sont attestés. L'holocauste (ʿolāh) consiste en un sacrifice au cours duquel l'offrande est un animal qui est brûlé en entier après avoir été égorgé et démembré. Les autres types de sacrifices d'animaux voient leur immolation mais pas leur crémation complète, seule leur graisse étant réservée au dieu, le reste étant redistribué au cours d'un repas impliquant les acteurs du rituel. Les autres types d'offrandes sont des oblations de farine mélangée avec de l'huile puis brûlée sous l'autel, ainsi que des libations de vin et aussi de l'encens. D'après le rituel perpétuel (quotidien) du Temple de Jérusalem tel qu'il est décrit par les textes de l'époque post-exilique, chaque jour Yahweh reçoit un holocauste au lever du jour et au crépuscule, ainsi que des libations et des oblations169. D'autres types de sacrifices pouvaient avoir lieu selon des circonstances précises, pas toujours bien comprises car les textes bibliques ne sont pas clairs : on trouve ainsi des mentions de sacrifices de clôture et de communion, qui peuvent être publics ou privés, et visent peut-être à s'attirer les faveurs de Dieu ; les sacrifices de réparation servent à se faire pardonner un méfait, et d'autres offrandes ont un but de purification170,171.

La liturgie sacrificielle comprend la récitation d'hymnes, lamentations et autres chants attestés notamment dans le Livre des Psaumes172. Plus largement, la vénération d'une divinité par un individu passe par des gestes comme la prosternation, et des prières, qui accompagnent les sacrifices individuels visant à obtenir une faveur de la part du dieu, pour en renforcer l'efficacité. Les Psaumes présentent plusieurs prières individuelles visant à demander au dieu la guérison d'un mal quelconque (maladie, calomnie, etc.) ; certaines prières sont de type pénitentiel173.

Le calendrier liturgique des anciens Israélites est marqué par plusieurs jours sacrés qui étaient en principe chômés et voient l'exécution de rituels spécifiques. Les plus réguliers sont le sabbat, tous les sept jours, et la néoménie qui a lieu à chaque nouvelle lune. Les grandes fêtes annuelles sont particulièrement importantes. Elles sont ancrées dans l'héritage agricole et pastoral de la société israélite mais ont reçu à la période post-exilique un sens supplémentaire, de commémoration d'un événement remarquable. La Pâque (pesah), qui a lieu au printemps, est à l'origine une fête de pasteurs qui sacrifient un jeune animal (chevreau ou agneau) pour commémorer le retour de la postérité ; par la suite elle devient la commémoration de la sortie d’Égypte. Elle a été confondue avec une autre fête printanière majeure, la fête des Azymes, qui avait plutôt un ancrage paysan puisqu'elle était marquée par des offrandes de pain. Au début de l'été à la fin de la moisson avait lieu la fête des Semaines (šābūʿôt, ou « Pentecôte », parce qu'elle avait lieu cinquante jours après Pâque), qui est aussi devenue la commémoration du renouvellement de l'Alliance avec Dieu. La grande fête de l’automne est la fête des Tentes (sukkôt, ou « huttes »), célébrant la récolte puis aussi le retour de l'Exode. Pâque, les Semaines et les Tentes sont devenues les trois grandes fêtes de « pèlerinage » (ḥag) de la tradition juive. D'autre part, la Bible prescrit des années sabbatiques, censées être chômées, tous les sept ans, ainsi que des années jubilaires tous les cinquante ans suivant le même principe, dont on suppose qu'elles n'ont jamais été appliquées tellement elles semblent contraignantes174. [110][111]Figurines féminines judéennes, VIIIe ‑ VIe siècle av. J.‑C (Musée d'Israël, Jérusalem)Plusieurs rituels proscrits et dénigrés dans la Bible présentent des parallèles avec ceux des autres religions ouest-sémitiques, qui font penser qu'ils ont un ancrage populaire fort. C'est ainsi le cas du culte voué à des statues de bovins, manifestement liées au dieu Baal dont l'animal-symbole est le taureau, symbole de fertilité, et qui a un parallèle dans le taureau en bronze retrouvé dans un « haut lieu » fouillé près de Dothan. Les rituels de fertilité avec probablement un aspect sexuel prononcé, qui doivent notamment être liés à la déesse Ashera, tombent également sous le coup de la proscription biblique mais sont sans doute répandus. La question de savoir s'ils sont l'occasion d'une « prostitution sacrée » est très débattue. D'autres rituels impliquent des serpents de bronze présents dans des lieux de culte où ils sont censés permettre la guérison des morsures de serpents. Les actes rituels courants utilisent d'autres objets cultuels courants proscrits par le texte biblique : les stèles et les arbres sacrés. Parmi les rituels sacrificiels, les habitants de l'Israël antique semblent avoir pratiqué le sacrifice d'enfants en bas-âge, évoqué dans la Bible qui le situe au lieu de Tophet dans la vallée de la Géhenne et dit qu'il est destiné à un dieu nommé Moloch, ce qui semble accréditer l'idée d'un lien avec le sacrifice molk des Phéniciens et Carthaginois. Enfin, un autre ensemble de rituels est lié au culte des ancêtres (voir plus bas)175.

Plusieurs pratiques de divination sont également connues dans l'Israël antique, en plus du prophétisme. Les prêtres de Yahweh recourent à une forme de divination par tirage au sort avec des objets appelés ʿûrîm et tummîm, dont la nature exacte n'est pas déterminée, qui a disparu à la période post-exilique sans forcément avoir été frappée d'opprobre. L'oniromancie (interprétation des rêves) est répandue et apparaît dans plusieurs récits bibliques. En revanche l'astrologie (interprétation des mouvements des astres dans le ciel) et la nécromancie (communication avec des esprits de défunts) ont été rejetées par le courant yahwiste. Parmi les autres rituels qui pourraient avoir été liés à une forme de divination, la Bible évoque l'usage d'objets appelés tĕrāpîm, qui pourraient aussi avoir servi à des rituels de guérison voire à d'autres usages176.

Les prêtresModifier

Les lieux de culte disposaient d'un personnel spécialisé dans la prise en charge du culte, et plus largement des relations entre la divinité et les hommes. Les textes bibliques les désignent sous le terme de « prêtres » (kōhēn, pl. kōhănîm). Ils s'intéressent surtout au temple de Jérusalem et présentent son organisation : il est dirigé par un Grand Prêtre (kōhēn hārʾōš ou kōhēn hāggādôl) chargé de l'administration du temple, qui est un haut dignitaire soumis au roi à l'époque monarchique, et tend à devenir la principale personnalité de la communauté judéenne à la période post-exilique après la fin de la monarchie177. Celui-ci dispose d'assistants, et dirige un ensemble de prêtres subalternes chargés de l'exécution des rituels courants. Les charges sacerdotales se transmettent de façon héréditaire, au sein d'une même lignée ayant des ascendants prestigieux selon les textes de la période post-exilique. Ils sont censés remonter à Aaron (frère de Moïse), tandis que les Grands Prêtres sont les descendants de Sadoq, qui occupait cette charge sous Salomon au moment de la construction du temple de Jérusalem. Les prêtres se reconnaissent par leur habit (ʾēfôd) et leur pectoral où sont conservés les instruments oraculaires (ʿûrîm et tummîm). Le groupe sacerdotal comprend également les Lévites (lĕwīyîm), appartenant à la tribu de Lévi, qui auraient été établis dans les différents sanctuaires du royaume de Juda avant la réforme de Josias qui les rapatrie à Jérusalem où ils exercent les tâches subalternes avant de prendre de plus en plus d'importance dans l'exercice du culte. Tout ce personnel clérical doit suivre les règles prescrites dans différents passages juridiques de la Torah, relatives notamment à leur pureté et à leur apparence ; en principe, seuls les membres des lignages sacerdotaux respectant un ensemble de critères peuvent devenir effectivement des prêtres. On ne connaît pas de cas de femmes prêtres dans l'Israël antique comme il s'en trouve à Ugarit ; le Livre de l'Exode en mentionne seulement certaines qui ont un rôle indéterminé et ne peuvent franchir la porte du sanctuaire, sans doute pour des raisons d'impureté. Pour son fonctionnement matériel, le temple de Jérusalem dispose également d'esclaves, d'oblats (nĕtīnîm), de différents travailleurs spécialisés (potiers, chantres organisés dans des sortes de guildes). Pour leur entretien, les prêtres disposent d'un droit à percevoir une partie des productions de certains domaines (une « dîme »), ainsi qu'une partie des offrandes178.

Les prophètesModifier

[112][113]Le prophète Jérémie tenant le rouleau de la Loi, à côté de l'Arche de l'Alliance, fresque de la synagogue de Doura Europos (250-256 de notre ère).Le prophétisme a revêtu une grande importance religieuse et politique dans les pays d'Israël et de Juda, et il est bien connu en particulier via les livres prophétiques. De nombreux prophètes (nābîʾ), la quasi-totalité étant des hommes, sont mentionnés dans les textes bibliques et sont sans doute à l'origine des textes prophétiques (même s'ils ne les ont pas forcément rédigés eux-mêmes) : Amos et Osée dans la première moitié du VIIIe siècle, le Premier Isaïe (« Proto-Isaïe ») un peu après, Jérémie et Ézéchiel à la fin de la monarchie de Juda et au début de l'Exil, Daniel durant la période de l'Exil, le Deuxième Isaïe (« Deutéro-Isaïe ») entre la fin de l'Exil et le début de la période post-exilique, etc. Le prophétisme est courant dans le Proche-Orient ancien, où il est attesté par les archives de Mari et d'Assyrie. Le dieu s'exprime à travers un humain (homme ou femme) pour transmettre un message destiné en général au roi, mais aussi plus largement au peuple du royaume ; dans certains cas le roi sollicite le prophète pour recevoir un message divin. Le contexte d'exercice de cette fonction n'est pas clair dans la Bible : on trouve des prophètes isolés ou en groupe, à la cour royale ou dans des temples (comme c'est le plus courant dans les autres régions du Proche-Orient antique). Les prophètes mis en scène dans les récits bibliques sont des messagers de Yahweh, mais il est dit qu'ils ont des concurrents liés à Baal dans le royaume d'Israël. En plus de leur rôle divinatoire, on leur attribue des capacités miraculeuses dues à leur lien privilégié avec Yahweh : le Livre des Rois rapporte des cas de guérisons de malades, de résurrection de morts, de multiplication de pains et d'huile, de pluies après une sécheresse, etc.179,180

Les messages rapportés par les prophètes de Yahweh de l'époque monarchique ont deux motivations majeures à destination du roi : faire en sorte qu'il vénère seulement Yahweh181, et qu'il prenne soin du peuple, en particulier des plus démunis (la veuve et l'orphelin)182. Ces personnages peuvent être des conseillers au service du roi et soutenant ses projets, ou bien des opposants parfois farouches. Ils sont souvent très critiques sur la façon de vivre de la population. Les prophètes ont sans doute un ancrage social plus important que les prêtres du temple qui font partie du cercle des élites. Le rôle des prophètes dans l'élaboration du yahwisme et du monothéisme n'est pas clair : on a souvent cherché à y voir de simples intermédiaires transmettant les volontés des milieux des élites yahwistes de la cour et du Temple, mais il se pourrait qu'ils aient joué un rôle important dans l'élaboration et la diffusion du monothéisme180.

Croyances et pratiques funérairesModifier

Les textes bibliques évoquent à plusieurs reprises les croyances sur la mort des anciens Israélites. Les vivants étaient vus comme étant animés par une force vitale (nĕšāmâ ou rûaḥ) venant de Dieu et retournant à lui après la mort183. Le défunt rejoint alors la demeure des morts, un monde souterrain désigné couramment par le terme Sheol. Sur le modèle du « Pays sans retour » des anciens Mésopotamiens, il s'agit d'un pays lugubre, sans lumière, dans lequel les morts mènent une existence triste, sans plaisirs, où Dieu est absent et ne peut entendre les prières des morts184. Certains textes personnifient le Sheol et la Mort (māwet/mōt), en les présentant comme des sortes de monstres dévorant les défunts. Il est possible qu'ils soient parfois perçus comme des divinités avant les réformes yahwistes, notamment la Mort qui est un dieu bien connu par la mythologie d'Ugarit (Môt)185. Les textes bibliques évoquent des catégories particulières de défunts comme les rĕpāʾîm qui pourraient être des ancêtres royaux divinisés car c'est ce qu'ils sont à Ugarit186,187. [114][115]Reconstitution de la chambre funéraire d'une tombe de Ketef Hinnom, VIIe ‑ VIe siècle av. J.‑C (Musée d'Israël, Jérusalem)Des rituels funéraires sont connus par les textes bibliques. Après la mort d'une personne, les membres de sa famille pratiquent un deuil de plusieurs jours marqué par des lamentations, des pleurs, l'arrêt des soins corporels, mais les comportements excessifs comme les lacérations sont prohibés188. Les tombes attestées dans le sud du Levant durant l'âge du fer sont de différents types. Il peut s'agir de simples tombes à fosse, de tombes à ciste (avec une structure en pierre ou briques), de grandes jarres enterrées (le plus souvent pour des enfants), et des tombes collectives creusées dans la roche (moins souvent aménagées dans des grottes), caractéristiques des hautes terres. Les tombes collectives sont généralement organisées autour d'un espace rectangulaire menant à plusieurs chambres funéraires, dans lesquelles sont aménagées des niches ou des banquettes où sont posés les cadavres. L'essor de ce type de tombes à Juda durant la fin de l'époque monarchique semble lié à la volonté d'affirmer symboliquement le poids de la famille élargie (bet ab), même si celle-ci est parfois menacée par les évolutions sociales. La complexification de l'agencement de ces tombes et la plus grande richesse de leur matériel funéraire aux VIIIe ‑ VIIe siècles illustrent l'ascension d'une élite, en lien avec la montée en puissance de l'État. De telles tombes ont par exemple été découvertes à Jérusalem dans le quartier de Mamilla, sur le site du Ketef Hinnom et au nord de la porte de Damas. Des puits aménagés dans les tombes servent à rassembler les ossements lors d'inhumations secondaires189. D'autres types de tombes, moins courants, semblent refléter des influences extérieures : les cercueils en pierre en forme de baignoire semblent d'inspiration assyrienne, et les cas de crémation paraissent influencés par les pratiques funéraires des Phéniciens190.

L'existence d'un culte des ancêtres est discutée. Le culte officiel yahwiste prohibe de telles pratiques, mais cela semble en accord avec la solidarité de clan qui existe dans l'Israël antique et les habitudes des peuples voisins du Levant. Les collèges cultuels (marzeaḥ) évoqués dans plusieurs passages bibliques renvoient à des institutions similaires d'Ugarit qui ont pour fonction de faire des banquets funéraires dédiés aux défunts, et pourraient avoir le même rôle en Israël. Il s'agirait alors de repas communautaires associant vivants et morts, pour éviter que les seconds ne viennent tourmenter les premiers. La nécromancie est également pratiquée pour assurer une forme de contact entre les vivants et les morts, mais elle est prohibée par les textes bibliques191,187.

Lettres et littératureModifier

Langues, écritures et alphabétisationModifier

[116][117]Copie de l'ostracon de Mesad Hashavyahu (Juda), lettre de la fin du VIIe siècle av. J.-C. en hébreu ancien.Une écriture propre aux Israélites se développe vers le Xe siècle à partir de l'alphabet phénicien (ostracon de Khirbet Qeiyafa). Cet alphabet est qualifié de « paléo-hébraïque ». C'est un alphabet consonantique (abjad), comprenant 22 lettres de forme cursive. Cette langue note une forme ancienne de l'hébreu, langue sémitique du groupe nord-ouest, proche du phénicien et de l'araméen. Les inscriptions antiques indiquent qu'elle comprenait des variantes dialectales, en particulier entre le Nord (Israël) et le Sud (Juda). C'est l'idiome de Juda qui triomphe dans les textes bibliques192. À partir de la période assyrienne, l'araméen devient progressivement la langue administrative des empires dominant le Moyen-Orient (sous la forme dite « araméen d'empire »), qui s'appuient sur le fait qu'il est la langue la plus parlée dans leurs territoires. À l'époque achéménide, l'hébreu est supplanté par l'araméen dans les communautés de Palestine et de la diaspora, et l'usage de l'alphabet araméen se répand parallèlement, entraînant la disparition de l'alphabet paléo-hébraïque vers le Ve siècle. L'araméen est en fait divisé en plusieurs variantes dialectales, un araméen de Judée au Sud et un araméen galiléen et samaritain au Nord. Il est même utilisé dans des textes bibliques à partir du début du IVe siècle (Livre d'Esdras, dont des passages sont écrits en araméen d'empire)193. La langue hébraïque est cependant préservée dans les cercles religieux, notamment ceux de Samarie qui conservent l'écriture paléo-hébraïque, tandis qu'à Juda triomphe au début de l'ère chrétienne l'« hébreu carré », évolution de l'alphabet araméen qui est à l'origine de l'alphabet hébreu194.

L'écriture est de plus en plus utilisée au fil du temps, comme l'illustrent les attestations de plus en plus nombreuses de documentation écrite à partir du VIIe siècle, notamment sur des sceaux et des ostraca, les supports périssables comme le papyrus ou le parchemin ayant disparu sauf exceptions. Cela accompagne le développement de l'administration, qui est le premier usager de l'écriture pour son propre fonctionnement, et la plupart des documents écrits connus pour la période monarchique sont issus de la bureaucratie des royaumes d'Israël et de Juda. Les progrès de l'« alphabétisation » à Juda ont fait l'objet de débats. Pour les partisans d'un « courant deutéronomiste » fort à cette période, la capacité des scribes de la cour à rédiger des textes élaborés et variés (historiographiques, législatifs, oraculaires, etc.) reflèterait un progrès significatif de l'usage de l'écriture. Mais les textes de la pratique de la période sont pour la plupart courts et fonctionnels (textes administratifs, lettres courtes, scellements), ce qui ne plaiderait pas vraiment en faveur d'un essor notable. L'existence d'écoles est également débattue car il n'y en a pas d'exemple assuré. On sait au moins que les jeunes scribes devaient recevoir un enseignement de leurs aînés, mais ses modalités sont inconnues195.

Exemples de la littérature bibliqueModifier

En l'état actuel des choses, les textes de la Bible hébraïque sont les seuls « textes littéraires » qui peuvent être attribués à des écrivains de l'Israël antique. Et encore, comme il a été vu plus haut, leur rédaction, remaniement et compilation s'étalent sur près d'un millénaire. Il est cependant probable que ces textes reposent sur d'autres textes existant dans l'Antiquité, en particulier historiographiques, et les points communs entre la littérature biblique et les textes littéraires et religieux d'Ugarit illustrent l'existence d'un fonds littéraire « cananéen » auquel les deux appartiennent et qui devait comprendre une vaste littérature disparue depuis196. Cela ne doit pas masquer l'aspect novateur des textes bibliques, en particulier du projet de l'« histoire deutéronomiste » et de l'écriture et la mise en forme de la Torah. L'ensemble des textes compilés dans la Bible hébraïque présente un profil littéraire très diversifié : des passages narratifs (historiographie, mythologie, fables et contes), des textes s'apparentant à des documents juridiques (lois, traités) et épistolaires, des textes poétiques (hymnes, prières, élégies, proverbes, etc.), d'autres s'inspirant de discours oraux, des oracles, etc. En fait aucun livre biblique ne présente d'unité de genre et le mélange est la règle, faisant de certaines de ces parties de véritables prouesses littéraires passant d'un style à l'autre197. Du fait du processus de sélection qui a présidé à leur compilation en un seul livre, ils ont quasiment tous un arrière-plan théologique s'intéressant aux relations entre Yahweh et le peuple d'Israël. On prendra ici quelques exemples de cette littérature biblique, présentant sa diversité, ses particularités et ses influences.

Plusieurs passages de la Bible sont des textes de type historiographique, en particulier dans les Livres des Rois, attribuables en grande partie au courant deutéronomiste, et les Chroniques, qui semblent plus tardives. Les deux Livres des Rois reposent en partie sur des textes historiographiques qu'ils citent à quelques reprises, comme des annales des rois de Juda et d'Israël et des actes de Salomon, et peut-être des inscriptions royales8. Mais ils reposent comme les autres textes bibliques sur la volonté d'éclairer les relations entre Yahweh et son peuple, et présentent une vision de l'histoire d'Israël et de Juda marquée par des règnes de rois bons et d'autres qui sont mauvais, jugés en fonction de leur attitude vis-à-vis du culte de Yahweh (et dans une moindre mesure, le peuple) et non pas de leurs victoires militaires ou de leur capacité à assurer la prospérité au pays. Le respect de l'Alliance entre Dieu et son peuple est central, ainsi que la centralisation du culte à Jérusalem et la lutte contre l'idolâtrie. Les malheurs frappant le peuple de Yahweh sont expliqués par la mauvaise attitude de rois qui déplaisent à Yahweh, annoncés par des prophéties, puis détaillés comme le témoignage de la colère divine en cas de non-respect de l'Alliance. Ces textes reflètent avant tout le point de vue de gens de Juda, et la vision du royaume d'Israël y est sombre. Du point de vue littéraire, ils alternent les passages secs s'apparentant à des chroniques et annales, et d'autres où les intrigues sont plus développées, avec des oracles et discours198. Ils s'inspirent sans doute de chroniques babyloniennes qui présentent une même « philosophie de l'histoire » guidée par l'attitude des rois envers le culte de certains grands dieux199.

Certains livres bibliques sont fortement marqués par un style hymnique et poétique : le Livre des Psaumes (tĕhillîm, « Louanges ») et le Livre des Lamentations (qînôt). Mais on trouve des textes qui peuvent être qualifiés d'hymnes ou de poèmes dans plusieurs autres livres bibliques, comme le Livre de l'Exode, le Livre de Job ou les Prophètes200. Il s'agit en général de discours adressés à Dieu. Ils ont été rédigés sur une période longue, mais présentent souvent des traits volontairement archaïsants. Ils renvoient à des textes similaires attestés à Ugarit, recourant aux mêmes procédés stylistiques, en particulier le parallélisme ou le langage figuré, mais très rarement la rime. Ces textes sont très divers. Les Psaumes contiennent des louanges adressées à Yahweh, vantant sa grandeur, et également des supplications personnelles ou collectives adressées au Dieu dans le but d'obtenir la fin d'un malheur (maladie, famine, épidémie, exil, etc.) ; mais d'autres sont des hymnes royaux, des hymnes de pèlerinage, des sortes de profession de foi, ou sont des textes de sagesses ou historiques. Il est généralement admis qu'ils étaient utilisés dans la liturgie (actions de grâce, entrées dans un sanctuaire, couronnements royaux, fêtes, etc.), mais en fait leur utilisation n'est pas claire201. Les Lamentations sont des élégies se désolant sur la destruction de Jérusalem et ses suites202.

Un autre genre littéraire caractéristique des textes bibliques et de la littérature du Proche-Orient et de l'Égypte antiques est celui des « sagesses ». Là encore, ils sont à l'honneur dans certains livres qu'ils dominent (Livre des Proverbes, Livre de Job, et l’Ecclésiaste qui est daté de la période hellénistique ou après), mais se trouvent dans d'autres parties. La sagesse qu'ils présentent est dominée par le principe d'une justice rétributive : on reçoit comme on donne. Elle illustre aussi un pendant individualiste à la responsabilité collective impliquée par l'Alliance. Il convient d'être juste, de vénérer et de craindre Dieu. Le sage fait montre de prudence, de modération, de maîtrise de soi, s'appuie sur son expérience et une recherche d'un bonheur simple, réfléchit surtout à partir des préoccupations quotidiennes. Sa sagesse s'exprime par le langage, de façon privilégiée sous la forme du proverbe (mĕšal, pl. mĕšalîm) court, des sortes de dictons ou d'adages, ainsi que des énigmes, qui sont pléthore dans le Livre des Proverbes. Il s'agit d'un art littéraire à proprement parler, fait de phrases brèves, de jeux de mots, d’allitérations, d'assonances. Elles énoncent des règles à suivre pour le bien de la société et dans le respect de Dieu203. Cette forme de sagesses, peu différente de celle qui est courante dans les régions voisines (certains passages des Proverbes étant même inspirés de l’Enseignement d'Aménémopé), est confrontée par le Livre de Job, texte dont l'interprétation n'est pas toujours aisée, qui est couramment reconnu comme un chef-d’œuvre de la littérature sapientiale antique. Du point de vue littéraire, il allie remarquablement les passages poétiques, les discours, les hymnes, avec une certaine inventivité, le long d'un récit présentant une tension pour savoir quel sera le destin de son personnage principal, homme pieux confronté à des malheurs voulus par Dieu qui le met à l'épreuve. Le Livre de Job confronte le principe de justice rétributive à la réalité qui le désavoue souvent, en voyant le succès des mauvais et le désarroi des justes, ce qu'avaient déjà présenté certains textes sapientiaux mésopotamiens (en particulier le « Poème du juste souffrant »), sans aboutir à des réponses aussi élaborées. L'épilogue du Livre de Job voit son héros rétabli par Dieu après son épreuve au cours de laquelle il a gardé foi en Dieu, montrant que celui-ci n'est pas hostile aux justes, mais que sa volonté est parfois impénétrable204. « Ainsi parle Yahweh : À cause de trois crimes d’Israël, et à cause de quatre, - je ne le révoquerai point. Parce qu’ils vendent le juste à prix d’argent, et l’indigent à cause d’une paire de sandales ; »

Exemple de style transposé en français issu du Livre d'Amos, chap. 2, §6., c. VIIIe siècle av. J.-C.La littérature biblique présente des types de textes plus originaux, les oracles ou prophéties. Ils sont couramment divisés en deux catégories : des oracles de jugement, réquisitoires expliquant que le peuple d'Israël va se voir infliger un châtiment par Dieu pour ne pas avoir respecté l'Alliance, et comment ce châtiment va se dérouler ; des oracles de salut, qui expliquent que Dieu va venir en aide à son peuple et le libérer ou le faire prospérer205. Là encore le thème de l'Alliance est central, suivant la philosophie de l'histoire biblique, mais les prophètes abordent aussi des thèmes « sociaux » (défense des pauvres contre l'opulence et l'arrogance des riches). Des oracles se trouvent dans l’Exode et surtout les Livres des Rois, sous des formes brèves, comme on en trouve dans d'autres textes du Proche-Orient ancien (des lettres citant des oracles de prophètes). L'originalité des textes bibliques vient des livres prophétiques à proprement parler, ceux que l'on qualifie de « Seconds prophètes », divisés entre grands et petits prophètes (ces adjectifs faisant référence à la longueur des livres). À partir de la première moitié du VIIIe siècle (avec Amos et Osée) émerge en effet l'habitude de développer les textes d'oracles des prophètes et d'en faire les sujets centraux de livres : c'est le phénomène des « prophètes écrivains », même s'il est probable que dans bien des cas la rédaction des prophéties est due à des disciples reprenant les prophéties de leur maître. Si certains de ces oracles, sous une forme de prose, semblent bien coller à des sermons prononcés par des prophètes, ils font souvent l'objet d'une reformulation ou d'une composition originale (notamment aux périodes tardives), sous une forme poétique et hymnique. Ils sont alors très développés, recourent à des procédés stylistiques divers, devenant dans plusieurs cas des pièces littéraires remarquables au langage très évocateur, en particulier avec l'essor des descriptions de « visions » prophétiques comme celles de Nahoum sur la destruction Ninive ou celles de Zacharie (et plus tard celles du Livre de Daniel et du Livre de l'Apocalypse). Les livres prophétiques comprennent également des développements biographiques présentant la vie des prophètes206,1


Histoire de l'Israël antiqueModifier

Aller à : Navigation, rechercher[118][119]Reconstitution d'une maison israélite au musée de la Terre d'Israël à Tel Aviv (Israël)L'histoire de l'Israël antique concerne les populations israélites qui ont établi des royaumes à l'âge du fer dans le Proche-Orient ancien. Elle couvre une période allant environ de la fin du IIe millénaire av. J.-C. au VIe siècle av. J.-C., en Palestine et au Proche-Orient. Les royaumes d'Israël et de Juda sont apparus le long de la côte est de la mer Méditerranée, entre les anciens empires égyptien au sud, assyrien et babylonien à l'ouest. Ils émergent de la culture cananéenne à la fin du bronze récent et se développent à partir des hautes terres comprises entre la plaine côtière et la vallée du Jourdain. Israël puis Juda deviennent des royaumes importants et prospères, vassaux des grands empires de la région, avant d'être détruits tour à tour.

L'Israël antique, ou ancien Israël, désigne généralement la période pré-exilique de l'histoire des Israélites. Cette période est aussi désignée sous le nom de « période du Premier Temple ». La chute de Jérusalem, la disparition des royaumes israélites et leur incorporation comme provinces dans les empires du Proche-orient ancien constituent un point tournant dans l'histoire de ses habitants. Les exilés de retour de Babylonie développent une identité juive dans la province perse de Yehoud, inaugurant la période du Second Temple.

L'histoire de l'Israël antique correspond aux récits des livres dits « historiques » de la Bible hébraïque, qui vont de l'origine mythique des Israélites avec Abraham et l'installation dans le pays de Canaan, puis de l'émergence de la société israélite à l'exil à Babylone. Dans la Bible, ces populations sont appelées les Enfants d'Israël. [120] Pour un article plus général, voir Israël antique.

SommaireModifier

Les données de la BibleModifier

Histoire des Israélites selon la BibleModifier

La Bible hébraïque (ou Ancien Testament des chrétiens) contient un certain nombre de récits ou légendes sur l'histoire des Israélites. Ces récits se trouvent dans les livres de la Torah (ou Pentateuque) pour la période qui va de l'installation d'Abraham en Canaan (vers -2100 les indications du texte permettant de reconstituer une chronologie traditionnelle approximative) à l'exode d'Égypte sous Moïse (vers -1300). La Torah est traditionnellement attribuée à Moïse lui-même.

Suivent ce que l'on place parfois parmi les livres historiques (le Livre de Josué, le Livre des Juges, les deux livres de Samuel, les deux livres des Rois, les deux livres des Chroniques, le livre d'Esdras...). On y trouve la conquête de Canaan sous Josué, la création d'un grand royaume unifié et prospère sous David et Salomon, la séparation en deux royaumes d'Israël et de Juda, la conquête et la destruction du premier Temple, l'exil à Babylone et le retour d'exil.

Dates d'écriture de la BibleModifier

Article détaillé : Histoire de la recherche sur le Pentateuque.Pour les spécialistes de la critique textuelle1, tels les biblistes Julius Wellhausen, à propos des documents « J » et « E », puis John Van Seters et Thomas Thomson, le récit des Patriarches a été écrit tardivement, dans la période monarchique (-1000 à -700), voire plus tard (-600 à -500). C'est ce qui expliquerait la présence de nombreux anachronismes dans le récit, les plus connus étant les chameaux et les Philistins.

La Genèse mentionne de façon répétée les chameaux à l'époque des Patriarches, alors qu'il est solidement établi que le dromadaire ne fut domestiqué qu'à la fin du second millénaire et ne fut employé comme bête de somme que bien après -10002. La caravane des chameaux de Joseph transporte de la gomme adragante, du baume et du laudanum, marchandises effectivement caractéristiques du commerce arabe, mais vers -700, -600 (voir ci-après Entre guerre et survie). Quant aux Philistins, il est solidement établi, selon Ayelet Gilboa, qu'ils ne viennent en Canaan qu'à partir de -1200 3. De plus, la cité de Guérar, présentée comme leur capitale dans le récit d'Isaac, n'est qu'une minuscule bourgade au fer I, qui ne devient une ville forte que vers -700 sous les Assyriens. Le bibliste Martin Noth faisait remarquer que les activités de Jacob sont géographiquement liées, pour l'essentiel, à la partie nord de Canaan, celles d'Isaac à la partie sud, celles d'Abraham à Hébron entre les deux4

La conclusion est que le texte « J » et le texte « D » sur les Patriarches ont tous deux été composés à Jérusalem vers -700, à une époque où le royaume du nord, Israël, n'était plus, et où Juda rêvait de formuler une préhistoire pieuse d'Israël dans laquelle Juda joue le rôle central.

Historicité et épistémologie exégétique selon le judaïsmeModifier

Un axiome de l’exégèse midrashique et talmudique du Pentateuque est « qu'il n'y a pas d'avant ni d’après dans la Torah ». La Torah n'est pas écrite selon un ordre chronologique5. L'apparente déchronologie de certains événements peut être selon Hayyim Angel (en) : « un outil efficace pour révéler la substance de livres prophétiques. »6. Rachi de Troyes fonde son exégèse sur la base de ce principe pour expliquer les ruptures du continuum temporel de certains passages du narratif de la Torah limitant son explication au sens obvie qu'elles induisent 7. L'épistémologie exégétique consiste en quatre niveaux de lecture, d’interprétation et de compréhension du Texte, le sens littéral n'est que le premier d'entre eux. L'Exégèse juive depuis la période de la Mishna jusqu'à nos jours enseigne de ne pas lire la Torah sur la base du sens obvie qui peut conduire à une mécompréhension de ce qu'elle enseigne mais de s'appuyer sur la Torah orale, qui correspond aux enseignements transmis par Moïse et arrivés jusqu’à elle par une chaine de transmission qui va de lui à la Grande Assemblée consignée dans le Traité des Pères « Moïse a reçu la Torah du Sinaï et l’a transmise à Josué, Josué l'a transmise aux Anciens, les Anciens aux Prophètes, les Prophètes la transmirent aux hommes de la Grande Assemblée ».8. Le récit de la Création du monde en Six jours dans le premier chapitre de la Genèse, par exemple, lorsqu'il est décrypté selon cette trame et confronté aux thèses scientifiques modernes aboutissent à des conclusions cosmogoniques pratiquement identiques quant à la datation de l'âge du monde et la relativité du temps9.

Méthodologie et histoire de l'archéologie de la période bibliqueModifier

À partir de 1900, les premiers archéologues, tels William F. Albright, prenant les récits historiques de la Bible à la lettre ont recherché en chaque découverte une illustration du texte biblique : on a appelé cette façon de faire l'archéologie biblique. Ce n'est qu'à partir de 1970 que les méthodes scientifiques de l'archéologie, relevant des sciences sociales, se sont peu à peu imposées. Si aucun archéologue ne nie que nombre de légendes, de personnages et de fragments de récits de la Bible remontent fort loin dans le temps, il reste que la rédaction de la Bible s'est faite10 dans les circonstances politiques, sociales et spirituelles d'un État pleinement constitué, avec une alphabétisation répandue, à l'apogée du Royaume de Juda, à l'âge du fer récent. Finkelstein a par exemple proposé de dater cette rédaction de l'époque du roi Josias.

Dans l'esprit de l'archéologie biblique, William F. Albright vers 1930 puis Yigael Yadin vers 1950 découvrirent sur le terrain les preuves, irréfutables selon eux, du récit biblique qui guidait leurs recherches, dans la destruction brutale de Béthel, Lakish et Hazor notamment, destructions qu'ils attribuèrent, dans l'euphorie générale, aux conquêtes de Josué11.

Cependant, un trouble survint avec les fouilles de Jéricho, modeste bourgade sans trace d'occupation au XIIIe siècle, inhabitée depuis le XIVe siècle, sans murailles et sans traces de destruction violente. Les fouilles de , menées de 1933 à 1935 par Judith Marquet-Krause selon les méthodes scientifiques de l'école française, puis confirmées vers 1960, menèrent au même résultat : la cité, imposante au Bronze moyen, était inhabitée au Bronze récent. Il en fut de même avec Gabaôn12, Kephira, Béérot, Kiryat-Yéarim, Arad et Heshbôn. Quant aux destructions de Béthel, Lakish et Hazor, les indices suggérèrent finalement que leurs destructeurs n'étaient pas nécessairement les Israélites13.

Guidés par la lecture de la Bible, les archéologues de l'archéologie biblique ont attribué chaque débris de poteries philistines aux vaillants exploits de David. C'est ainsi que Benjamin Mazar, trouvant à Tel Qasile une ville philistine ignorée par la Bible mais portant des traces de destruction par le feu, la rajouta sans hésiter, mais sans la moindre preuve, à la liste des cités philistines rasées par David14. Les grands bâtiments trouvés à Megiddo entre 1920 et 1930 furent d'emblée attribués à Salomon, entre autres les écuries, forcément de Salomon puisque la Bible parlait des écuries de Salomon15. Yigael Yadin exhuma à Hazor une porte monumentale dite à triples tenailles, du même type que celle trouvée à Megiddo 20 ans plus tôt, et constata que les dessins des fouilles de Gézer comportaient eux aussi le même type de portes. Yadin affirma donc qu'un architecte de Salomon à Jérusalem était l'auteur de ce plan, dupliqué dans les villes de province16. Fouillant à Megiddo à l'est de la porte, il découvrit sous l'écurie de Salomon un extraordinaire palais en pierre de taille, qui fut, lui aussi, attribué à Salomon17, ainsi qu'un second palais du même type découvert peu avant. L'écurie, forcément postérieure, ne pouvant plus être attribuée à Salomon18, Yadin l'attribua à Achab, roi d'Israël19. {{subst:}}

Origine des Israélites selon la Bible et perspective historiqueModifier

Les PatriarchesModifier

William F. Albright prenait la Bible au pied de la lettre, au début du XXe siècle et affirmait, à l'époque : « dans l'ensemble, ce que dépeint la Genèse est historique et rien ne nous permet de douter de l'exactitude globale de ses détails biographiques »20.

Un calcul d'après la Bible21 conduit à situer vers -2100 le départ d'Abraham, originaire d'Ur en Mésopotamie méridionale, pour Canaan, où il aurait mené une vie pastorale, faisant paître ses troupeaux dans les sites de Sichem, Béthel, Beersheba et Hébron. Albright fait d'Abraham un marchand amorrite venu, du nord, en Canaan, lors d'une migration amorite. Albright suppose cette migration massive et soudaine, détruisant l'urbanisation cananéenne qui caractérise la période du Bronze ancien22. Cependant, il est maintenant établi que, dans la période du Bronze intermédiaire (-2100 à -1800), l'effondrement de l'urbanisation cananéenne ne fut pas brutal mais progressif, la plus grande partie de la population ne devenant pas nomade mais restant sédentaire dans des villages permanents. De plus, les sites de Sichem, Beer Sheva et Hébron ne contiennent aucun objet datant du Bronze intermédiaire.

Devant ces contradictions, d'autres tentatives placent les Patriarches plus tardivement, au Bronze moyen, mais il devient alors incompréhensible que la Bible ne mentionne pas les puissantes cités-États que sont devenues Hazor et Megiddo, avec leurs palais et leurs temples, ni les villes fortes de Béthel, Jérusalem et Sichem (cette dernière est mentionnée en tant que site, mais non pas en tant que ville forte).

Le site de Beer Sheva est d'ailleurs inoccupé pendant toute la durée de l'âge du bronze. Abraham étant fréquemment mis en relation avec Beer Sheva, les récits le concernant datent nécessairement de l'âge du fer.

L'ExodeModifier

Article détaillé : Données archéologiques sur l'Exode et Moïse.Si les Patriarches ne sont pas des personnages historiques, on peut se demander si l'Exode tel qu'il est décrit dans la Bible correspond à un événement historique.

Durant toute l'antiquité, des gens quittent Canaan pour venir s'installer dans le delta du Nil23. Comme dans le récit biblique, les aléas climatiques entraînent périodiquement des famines en Canaan alors que, comparativement, l'Égypte est un pays riche (fertilité due au Nil) et bien organisé (stockage du grain). Certains s'embauchent comme manœuvres, d'autres sont commerçants, certains deviennent des dignitaires (soldats, prêtres), quelques-uns sont prisonniers de guerre (non libres24).

De -1670 à -1570, les Hyksôs ( « rois étrangers »25), venus de Palestine, prennent le contrôle du nord de l'Égypte, fondant une dynastie de pharaons. Ils sont finalement expulsés en Canaan où ils se régugient notamment à Sharouhen. Plusieurs points communs ont été relevés26 entre l'aventure des Hyksôs et celle des Hébreux du récit biblique de l'Exode (une population venue de Canaan, qui devient très puissante en Égypte, où elle s'oppose avec succès aux soldats de Pharaon et finit par retourner en Canaan). Mais il n'est pas possible de voir les Hébreux dans la population des Hyksôs et pas une seule allusion pouvant se rattacher aux Hébreux ou à Israël n'apparaît dans les nombreux documents concernant les Hyksôs, tant en Égypte qu'en Canaan27.

Il n'existe aucune allusion épigraphique aux Hébreux28 ou à Israël dans les Lettres d'Amarna (XIVe siècle), pourtant extrêmement détaillées sur les populations présentes en Canaan. La première mention d'Israël se trouve dans la stèle de Mérenptah (fin du XIIIe siècle), désignant un groupe de gens en Canaan29, et il s'agit de la seule mention concernant les Hébreux ou Israël dans la littérature égyptienne tous types de littérature confondus30.

La stèle de Mérenptah, la mention dans la Bible de la ville de Ramsès, la mention dans Ex 14,2 du nom Migdol (forteresses du Nouvel Empire qui gardent la route entre l'Égypte et Canaan31) ainsi que plusieurs autres indications 32 conduisent à accorder une attention particulière à l'époque de Ramsès II.

Or33 « aucune trace de campement, aucun signe d'occupation, datant de Ramsès II ou de ses prédécesseurs, ou de ses successeurs immédiats, n'ont été trouvés nulle part dans le Sinaï. Et ce n'est pas faute de les avoir cherchés34... Il n'existe pas la moindre évidence de ce type d'activité à l'époque attribuée à l'Exode, c'est-à-dire au XIIIe siècle av. J.-C.... Sur la longue liste de campements dans le désert, Kadesh-Barnéa et Éçyon-Gébèr sont les seuls qu'il soit possible d'identifier avec certitude. On n'y trouve aucune trace des Israélites en marche. »

Le Néguev est d'ailleurs inoccupé au bronze récent. Il n'y a donc pas de roi d'Arad pour faire obstacle aux Israélites.

Selon Donald B. Redford, les détails les plus évocateurs de l'Exode se rattachent au VIIe siècle (Pithôm, par exemple, identifiée à Per-Atoum, a été bâtie par Nékao II vers -600), ce qui indiquerait que le récit a été écrit à cette époque. Vers -700 et -600, Kadesh-Barnea était habitée et comportait une forteresse, et Etzion-Geber (entre Eilat et Aqaba) était un port florissant35. À cette époque, enfin, le royaume de Juda considérait l'Égypte avec un mélange de respect, de crainte et d'aversion36, comme une alliée potentielle en cas d'invasion assyrienne par le nord, une rivale dans ses visées sur Israël. C'est en combattant Nékao II que Josias est tué.

La conquête de CanaanModifier

Article détaillé : Données archéologiques sur la conquête de Canaan.Le récit biblique de la conquête de Canaan est lui aussi contredit par l'archéologie. Elle ne peut qu'être postérieure à l'époque des Lettres d'Amarna, qui ignorent Israël, et antérieure à la stèle de Mérenptah qui le cite. Or la présence égyptienne en Canaan, avec les places fortes telles que Beth-Shéân par exemple, pleine de hiéroglyphes de Séthi Ier (-1294, -1279), Ramsès II (-1279, -1213) et Ramsès III (-1184, -1153), rend invraisemblable une conquête militaire en présence des garnisons qui surveillent le pays mais sont absentes du récit37. Si cette conquête avait eu lieu, les militaires égyptiens s'en seraient sûrement aperçus. Or les abondantes archives égyptiennes n'en font nulle mention.

Après l'impasse de l'archéologie biblique, les recherches archéologiques, cette fois, menées dans l'ensemble du bassin méditerranéen, mirent les scientifiques d'accord : les invasions des Peuples de la mer38 ont signé dans l'ensemble de la région, et pendant un siècle, l'effondrement du monde de l'âge du bronze et le passage à l'âge du fer.

Bien avant ces découvertes archéologiques, les biblistes de l'école allemande, Albrecht Alt et Martin Noth, avaient repéré dans la trame du livre de Josué un montage, dans la tradition étiologique39, de légendes d'inspiration locale40.

Par ailleurs, diverses théories41 ont été proposées pour tenter de concilier une interprétation historique du récit biblique avec l'absence de conquête militaire constatée sur le terrain (théorie de l'infiltration pacifique, théorie de la révolte paysanne). Ces hypothèses ont permis de relativiser le récit biblique et de préparer la synthèse archéologique disponible aujourd'hui.

Dans sa théorie de l'infiltration pacifique, Albrecht Alt assimile les Israélites aux Bédouins Shasou42.

Dans la théorie de la révolte paysanne, le bibliste Georges Mendelhal attribue aux Apirou, sans l'ombre d'une preuve, le culte de YHWH, censé leur fournir une idéologie commune qui les unifie et leur permet de soulever les paysans dans une révolte contre l'ordre social établi. Selon cette théorie, reprise par le sociologue Norman Gottwald43, la conquête israélite est accomplie lorsqu'un nombre important de paysans cananéens ont renversé leurs maîtres et seigneurs des cités pour devenir la communauté des Israélites. L'archéologue William G. Dever a repris la théorie de la révolte paysanne en attribuant l'occupation des hautes terres à deux innovations technologiques : la capacité de creuser des citernes dans le roc et la capacité de les enduire. Malheureusement, ces deux technologies étaient déjà connues et employées bien longtemps avant l'émergence de l'Israël primitif. De plus, il est établi que les premières installations israélites sur les hauts plateaux, à partir de -1200, sont le fruit de nomades qui se sédentarisent et non de paysans révoltés qui se regroupent. Enfin, les éléments de poteries présentés par William G. Dever pour appuyer ses arguments ne proviennent pas des premières installations, comme il le pensait, mais de sites correspondant à la seconde phase d'occupation des hautes terres44 : ces poteries n'indiquent donc rien quant au démarrage du processus. Ces nouvelles données contredisent clairement la théorie de la révolte paysanne, dont le succès auprès d'un certain public tient aussi à l'idéologie qu'elle véhicule : celle d'un monde ébranlé par la propagation de cette foi nouvelle45.

La trace de l'idéologie du Deutéronome, très présente dans le livre de Josué, indiquerait l'époque du roi Josias comme celle de la rédaction du récit46.

Le peuplement des hautes terres à l'âge du bronzeModifier

La forte disparité géographique entre le nord des hautes terres, bien arrosé et fertile, et le sud, très sec et aride, se retrouve dans la démographie. Ce contraste entre la zone nord et la zone sud de Canaan se constate dès la première vague d'implantations à l'âge du Bronze ancien. Il en découle un contraste fortement marqué du potentiel économique. Le mode d'habitat du nord, autour de Sichem, est alors dense, avec une agriculture sédentaire. Celui du sud, autour de Jérusalem, est pauvre et sans constructions permanentes 47. On retrouve ce contraste dans la deuxième vague, au Bronze moyen, Sichem étant le centre principal et Jérusalem étant alors puissamment fortifiée. Au Bronze récent, les Lettres d'Amarna nous montrent en détail cette rivalité entre Sichem (où règne Labayou) et Jérusalem (où règne Abdi-Héba), les vallées et la plaine littorale étant organisées en cités-États de territoires réduits mais fortement peuplés 48.

Âge du fer I : émergences des IsraélitesModifier

{| border="0" cellpadding="0" cellspacing="0" class="DebutCarte" style="margin:0;border:none;padding:0;text-align:center" [121][122]Afek[123]Akko[124]Arad[125]Ashdod[126]Ashkelon[127]Beer-Sheva[128]Béthel[129]Bethléem[130]Bet-Shean[131]B. Shemesh[132]Dan[133]Etzion Geber[134]Éqron[135]Gat[136]Gaza[137]Gezer[138]Hébron[139]Izbet Sartah[140]Jéricho[141]Jérusalem[142]Lakish[143]Tel Masos[144]Megiddo[145]Rehov[146]Samarie[147]Shilo[148]Tyr

[149]Sites de l'âge du fer. |}

Les premiers IsraélitesModifier

Les fouilles locales, dans les cités cananéennes, ne donnaient aucune trace des premiers Israélites. Les données archéologiques sur les premiers Israélites sont fournies par une prospection régionale de surface sur l'ensemble des hautes terres de l'actuelle Cisjordanie, entreprise timidement à partir de 1967, puis à grande échelle vers 1990. Cette technique statistique, consistant à ramasser systématiquement les moindres traces de vie, à les dater et à cartographier l'ensemble des traces par dates, permet de localiser les habitats des premiers Israélites. Environ 250 communautés sont localisées sur les hauteurs, abritant pour la plupart une cinquantaine d'adultes et autant d'enfants, quelques centaines d'individus pour les plus importantes, environ 45000 habitants au total vers -1000, les toutes premières installations commençant peu avant -1200. Le plan de l'habitat est ovale, autour d'une grande cour intérieure, entourée de pièces rectangulaires en pierres sèches. L'étude détaillée d'un de ces gros sites du fer I, Izbet Sartah (à proximité de Rosh HaAyin), dans une zone fertile, a été faite par Baruch Rosen, spécialiste de l'agriculture et de la nutrition dans l'antiquité. Le matériel archéologique trouvé indique une centaine d'habitants, 350 hectares de terres dont la moitié cultivées et le reste en pâture, une production annuelle maximum de 53 tonnes de blé et 21 tonnes d'orge, quarante bœufs de labour et un troupeau de 300 chèvres et moutons49.

Il s'agit de pasteurs nomades qui se sédentarisent progressivement, à partir des régions périphériques moins accessibles, tout d'abord à proximité du désert pour la plupart, puis plus à l'ouest ensuite. Avant l'âge du fer, ce phénomène d'implantation suivi d'un abandon a déjà été identifié deux fois50, la première fois au Bronze ancien, puis une seconde Bronze moyen. A l'âge du fer I, une troisième vague d'implantation est celle qui voit apparaître les premiers Israélites (250 sites), renforcée au fer II (500 sites). C'est dans cette troisième vague que, contrairement aux deux précédentes, les os de porc sont absents des déchets de nourriture : les premiers Israélites ne mangeaient pas de porc. Cette coutume leur est propre car, à la même époque, les Philistins font une abondante consommation de porc51. Les Israélites ne seraient donc pas une population étrangère au pays de Canaan, mais le résultat d'une transformation interne de la société cananéenne.

L'archéologue Amihai Mazar, de l'Université hébraïque de Jérusalem, a trouvé dans l'un de ces villages du nord un petit taureau de bronze, figurine probable d'un culte cananéen de Baal. Ces villages ne sont pas fortifiés, aucune préoccupation guerrière n'y est relevée, les habitants y mènent une vie pastorale paisible. La réalité telle que la révèle l'archéologie est donc fort éloignée des récits du Livre des Juges, avec ses conflits des Israélites contre les Philistins52, les Moabites, les Médianites et les Amorrites. Les biblistes rattachent ces récits à l'histoire deutéronomiste, ce qui indiquerait le règne du roi Josias comme époque de leur rédaction53.

Du XIIe siècle av. J.-C. au Xe siècle av. J.-C.Modifier

Avec la désintégration de la civilisation palatiale cananéenne et le retrait d'Égypte, de nouveaux groupes ethniques sont apparus en Méditerranée orientale. Avec ce déclin de l’Égypte et des autres puissances, les inscriptions datables du Fer I en Israël sont rares.

Dans le nord, les vallées connaissent un renouveau après les destructions du Bronze récent. Les traditions cananéennes se poursuivent, suivies par des destructions par incendie à Megiddo, Taanak, Tel Rehov, Kinneret et Tel Hadar.

Depuis le XIIe siècle av. J.-C., les hautes terres de Judée, de Samarie et de Transjordanie sont marquées par une rapide expansion démographique. Ce processus se traduit par une augmentation du nombre de sites d’habitats. Dans la région la région qui s’étend de Jérusalem à la vallée de Jezréel, on relève plus de 230 sites d’habitation à la fin du Fin I alors que seulement 25 sites d’habitation sont identifiés pour le Bronze récent. La population y est estimée à 40 000 habitants. Au sein de cette zone, le plateau de Benjamin connait une croissance particulièrement dynamique, avec une cinquantaine de sites sur un territoire de 150 km2, dont Shilo, Gabaôn et Mitzpah. Certains sites sont dotés d’édifices publics, tels que Silo et Sichem. A Silo, on a trouvé un ensemble de silos à grains, et à Sichem, l’ancien temple semble poursuivre son activité. Silo connait une destruction par incendie à la fin du XIe siècle av. J.-C.. , Khirbet Raddana (dans la banlieue nord de Jérusalem) et Khirbet ed-Dawara sont abandonnés à la fin du Xe siècle av. J.-C.. Gabaôn connait aussi une longue période d’abandon avant d’être réoccupé.

Au sud, le territoire des collines de Juda reste moins peuplé. 20 sites ont été relevés lors de prospections archéologiques. Ces sites s’étendent sur moins d’un demi hectare et regroupent chacun moins de 100 habitants. Au total, la population de Juda est estimée à 5000 personnes.

A l’est au Jourdain, la région située au nord au plateau transjordanien a vu le nombre de sites d’habitation passer d’environ 30 à 220 au XIIe siècle av. J.-C.. Cette situation est identique plus au nord, en Galaad, où on observe une forte concentration d’habitats.

De nouveaux habitats apparaissent également dans la vallée de Beer-Sheva et le nord du Néguev. Cette région se situe sur la voie caravanière est-ouest qui relie la vallée de la Arava et l’Arabie au littoral méditerranéen. Elle profite du commerce du cuivre de la Arava et des produits de l’Arabie. À la fin du XIe siècle av. J.-C., la population de cette région est estimée à 1 500 habitants. Le plus important des sites est Tel Masos, au milieu de la vallée, qui avait connu une période d’expansion au milieu du XIIe siècle av. J.-C.. Le site est détruit au milieu du Xe siècle av. J.-C.. A Arad, un petit habitat reprend au XIe siècle après des siècles d’abandon. Arad est mentionné dans la campagne de Shéshonq.

Les destructions observées dans les vallées du nord, dans le territoire de Benjamin et dans la vallée de Beer-Sheva sont attribuables à la campagne de Shéshonq pour reprendre le contrôle de Canaan après deux siècles d’éclipse de Égypte.

Selon Israël Finkelstein, la concentration particulière de population dans la région de Benjamin et le fait que cette région ait constituée une cible pour Égypte indique l’existence d’une entité politique potentiellement puissante dans cette région. Dans cette perspective, la Bible aurait conservé le souvenir de cette entité en l’associant au personnage biblique du roi Saül, présenté comme le premier « roi d’Israël » et dont l’histoire est particulièrement liée au territoire de Benjamin.

Xe siècle av. J.-C.Modifier

Le Fer II est marqué par l'émergence et la chute du royaume d'Israël

Les débuts du royaume d'IsraëlModifier

Vers -900, Israël porte déjà les germes d'un État pleinement constitué, avec des centres administratifs fortifiés et des palais en pierres de taille, à Megiddo, Jezréel et Samarie. Jérusalem, par contraste, n'est vraiment urbanisée qu'un peu avant -700, l'industrialisation de la production ne commençant qu'après cette date.

Israël et Juda ont en commun le culte de YHWH, mais aussi d'autres dieux, leurs dialectes hébraïques sont proches et, à partir de -800, ils utiliseront le même alphabet.

Sur les basses terres, les Philistins consolidèrent leur implantation sur le littoral méridional (cité de Gath, sur les terres de Gaza) et les Phéniciens s'installèrent dans les ports maritimes du Nord. Les Cananéens des basses terres recommencèrent à prospérer dans les cités-États, Megiddo par exemple, prospérité qui dura jusque vers -900.

La campagne de Shéshonq IerModifier

Sur un mur du temple d'Amon-Rê à Karnak se trouve relatée la campagne militaire de Shéshonq Ier en Canaan. Elle n'est pas datée précisément par l'archéologie, mais elle a eu lieu entre -950 et -800. Les villes cananéennes du nord, Rehov, Beth-Shéân, Megiddo, la vallée de Jezréel sont attaquées. La liste de Karnak comporte 150 noms de villes et villages, dont quelques villages israélites des hautes terres, au nord de Jérusalem, La destruction des cités-États cananéennes laissa le champ libre aux populations Israélites du royaume du Nord pour s'étendre.

Le Premier livre des Rois 1R 14:25-26 relate l'épisode à sa façon : « La cinquième année du roi Roboam, le roi d'Égypte, Shéshonq, marcha contre Jérusalem. Il se fit livrer les trésors du Temple de Yahvé et ceux du palais royal, absolument tout, jusqu'à tous les boucliers d'or qu'avait faits Salomon. » Finkelstein et Silbermann soulignent que Jérusalem ne figure pas parmi les 150 noms de la liste de Karnak et que l'objectif de Shéshonq Ier était des cités-État cananéennes, ainsi que quelques villages israélites des hautes terres situés au nord de Jérusalem : le petit village de montagne situé sur le promontoire de la Cité de David ne faisait pas partie de ses objectifs. Le récit biblique fournit une date pour cette expédition, -926, mais elle ne peut être utilisée pour recaler le carbone 1454.

Le royaume de David et SalomonModifier

Article détaillé : Données archéologiques sur David et Salomon.En se basant sur le chronologie décrite dans la Bible hébraïque, les rois David et Salomon auraient vécu autour du Xe siècle av. J.-C., or ni David ni Salomon ne figurent dans aucun texte égyptien ou mésopotamien et on n'a pas découvert le moindre vestige des constructions de Salomon à Jérusalem.

La stèle de Tel Dan, écrite en araméen, fait référence à la maison de David. Elle prouve qu'il a bien existé une dynastie se réclamant du roi David et deux royaumes, celui d'Israël au nord et celui de la maison de David au sud55. Cette stèle n'est pas datée exactement, mais les archéologues lui attribuent une date aux alentours de –820. Hazaël, roi de Damas, a fait graver en Araméen56 : « J'ai tué [Jo]ram fils d'[Achab] roi d'Israël, et [j'ai] tué [Ahas]yahu fils de [Joram] roi de la maison de David. Et j'ai réduit [leur ville en ruine et changé] leur terre en [désolation]. » La signification de l'expression "maison de David" est tout à fait claire en archéologie : il s'agit de la dynastie royale dont « David » a été le premier roi57. Cette inscription atteste aussi qu'à l'époque de l'inscription, le royaume d'Israël (« la maison d'Omri » des archives assyriennes) est différent du royaume de « la maison de David ».

Cependant, comme pour la conquête de Canaan, l'attribution des grandes constructions de Megiddo à Salomon est remise en cause à mesure que les analyses se font plus fines et les datations plus précises. Il apparait que les poteries philistines ont continué à être fabriquées bien après la mort de David, si bien que l'emploi de leurs débris comme technique de datation a conduit à des erreurs (estimation trop ancienne de certaines dates). Le progrès des datations au carbone 14 permet depuis peu d'obtenir des évaluations fiables et précises58, qui montrent en particulier que les palais de Megiddo ont été construits plusieurs décennies après la mort de Salomon et les fameuses écuries encore bien plus tard59.

Mais le doute principal sur l'ampleur du royaume de David et de celui de Salomon provient de l'étude de la partie sud, qui contient Jérusalem, la capitale. L'habitat dans la partie sud est très clairsemé. Ainsi que le montrent les travaux de David Ussishkin60, la Jérusalem de Salomon, comme celle de David, n'a rien d'une grande cité : c'est un village typique des hautes terres. David et Salomon n'ont gouverné aucun empire et il est logique qu'ils n'aient laissé aucune trace de leur existence, ni dans les documents égyptiens, ni dans les documents mésopotamiens.

C'est seulement au VIIe siècle av. J.-C. que Jérusalem devient une grande cité, entretenant un commerce de luxe avec les pays lointains, une capitale alphabétisée. La monarchie unifiée, telle qu'elle est décrite dans la Bible, ne représente pas la réalité du Xe siècle av. J.-C. : la Jérusalem biblique symbolise en fait la capitale rêvée du royaume de Juda et la monarchie unifiée constitue un projet politique, peut-être celui du roi Josias (VIIe siècle av. J.-C.)61.

Jusque vers 1980, la vision d'un royaume unifié, puissamment centralisé, avec les grandes constructions de Salomon, vision reprise de la Bible, fut largement acceptée par les archéologues et les historiens. Selon la Bible, l'éclatement entre Israël et Juda donne naissance à deux États jumeaux, supposés eux aussi pleinement organisés administrativement, juridiquement et militairement.

À l'époque de David et Salomon, l'archéologie nous montre Juda encore économiquement marginal, tandis qu'Israël prospérait, développant la culture spécialisée de l'olive et du raisin, la technique de fabrication de l'huile et du vin et une économie marchande avec transport et commerce 62. Sur 45 000 Israélites pour l'ensemble des hautes terres en -1000, 90 % sont dans la partie nord, 5000 seulement dans la partie sud63.

IXe siècle av. J.-C.Modifier

Le royaume d'Israël sous les Omrides (-884 à -842)Modifier

Article détaillé : Données archéologiques sur Omri et les Omrides.L'existence du royaume d'Israël débute avec la dynastie des Omrides (-884 à -842). Les royaumes voisins, Aram, Moab et Assyrie, nous fournissent des sources historiques par leurs archives et par trois stèles: la Stèle de Tel Dan (en araméen, dans laquelle le roi de Damas, probablement Hazaël, se vante d'avoir tué [Jo]ram fils d’[Achab] roi d’Israël), la Stèle de Mésha (en moabite, dialecte cananéen très proche de l'hébreu, vantant la victoire de Mésha, roi de Moab, sur Omri et son fils Achab et l'Obélisque noir (longue inscription en caractères cunéiformes, vantant la victoire de Salmanazar III, roi d'Assyrie, sur une coalition réunissant Damas, 1 200 chars, 1 200 cavaliers et 20 000 guerriers, et le roi Achab,2 000 chars et 10 000 guerriers).

Le royaume d’Israël étend son influence en Syrie et en Transjordanie. Lors de la bataille de Qarqar (853 av. J.-C.), les Assyriens de Salmanasar III affrontent en Syrie les royaumes locaux au nombre desquels figure Achab l’Israélite. Cette expansion est aussi confirmée par la stèle de Tel Dan où le roi d’Aram-Damas témoigne, à la fin du IXe siècle av. J.-C., de la présence des Omrides sur son territoire. Cette expansion se fait également en direction de la Transjordanie. La stèle de Mesha indique que le roi d’Israël avait fait construire deux places fortes israélite en territoire moabite. Il est possible que le royaume d’Israël ait aussi exercé un contrôle sur son voisin judéen. Le mariage de la princesse israélite Athalie avec le roi de Juda Joram raconté dans le Deuxième livre des Rois pourrait s’interpréter comme l'ascendant que prend le royaume nordiste sur son voisin.

Israël règne désormais sur un territoire qui déborde très largement les hautes terres et les vallées centrales, s'approchant de Damas et incluant le Jourdain ainsi qu'une partie de Moab. Outre les Israélites sur les hautes terres, la population d'Israël comporte donc désormais toute une population cananéenne dans les plaines du nord, la vallée du Jourdain et la vallée de Jezréel. Les archives assyriennes nous apprennent aussi que Samarie est la capitale fondée par Omri, puisque le royaume y est désigné comme la maison d'Omri.

Les constructions des OmridesModifier

Le magnifique palais de Samarie, en pierre parfaitement taillée, le plus beau et le plus grand jamais découvert en Israël (2 500 mètres carrés), décoré de chapiteaux sculptés annonçant le style grec éolique, nous donne la mesure de la puissance du royaume. Tout le sommet de la colline a été déblayé pour former une plate-forme rectangulaire de 3 hectares, ceinturée par un mur à casemates atteignant par endroits 7 mètres de haut. En 1990, David Ussishkin, de l'Université de Tel-Aviv, a fouillé à Jezréel une grande esplanade bâtie exactement sur le même modèle, datée des Omrides et détruite peu après sa construction. Son temps très court d'occupation permet d'utiliser les styles des poteries qui y ont été trouvées pour dater d'autres sites. Or, dans les deux grands palais en pierre taillée de Megiddo, des poteries du même style ont été retrouvées. De plus, l'archéologue Norma Franklin, membre de l'équipe de fouilles de Megiddo, a identifié des signatures - des marques caractéristiques gravées dans les pierres - de tailleurs de pierres qui sont identiques à Megiddo et à Samarie, indiquant que les mêmes maçons, sous les Omrides, ont construit ces édifices64.

Cette réussite évidente du royaume du nord 65 ne peut se concevoir qu'avec une intégration harmonieuse de la composante cananéenne de la population, nombreuse et active à Jezréel notamment (la population totale d'Israël est alors évaluée à 350 000 habitants). Ils soulignent l'ouverture culturelle sur la Phénicie, dont on trouve régulièrement des poteries, et dont 200 plaques d'ivoire finement ciselé 66 ont été mises au jour dans le palais de Samarie.

Les Omrides et le Livre des RoisModifier

La dynastie omride est particulièrement détestée dans la Bible, accusée des pires turpitudes et accablée du plus profond mépris. Selon Israël Finkelstein, ce royaume organisé et doté d'une puissance militaire a pu servir de modèle à l'histoire du règne du roi David et à son royaume expansionniste. Les victoires de David contre Moab et contre les Araméens67 pourraient s'inspirer de celle de la maison d'Omri. Constatant que les noms des personnages et des lieux du récit biblique deviennent, ici, historiques, il avance que les auteurs bibliques détesteraient la réussite des Omrides68 et s'approprieraient leurs réalisations pour les attribuer à Salomon.

Israël et Juda à la fin du IXe siècleModifier

[150][151]Jéhu représenté devant Salmanazar III sur l'obélisque noirLa fin du IXe siècle av. J.-C. est marquée de nombreux revers pour le royaume d'Israël. Il subit la pression des Araméens du nord. Le roi de Damas Hazaël lui inflige une défaite commémorée par la stèle de Tel Dan. Il ravage Tel Rehov, Beth-Shéan, Megiddo et Jezréel. Damas occupe la région de Dan et d'Hazor pendant une courte période, laissant diverses inscriptions et constructions. Mais l'Assyrie soumet Aram : Israël se trouve ainsi libéré69.

D'après la stèle, Hazaël aurait même tué le roi d'Israël Joram et son allié Ochozias, roi de Juda. Le souvenir du traumatisme de la mort de ces deux rois est aussi conservé dans le livre des Rois, où ces morts sont imputées à Jéhu. La Transjordanie se libère également de la domination israélite. Le roi moabite Mesha le rappelle sur la stèle trouvée dans sa capitale. Jéhu, le nouveau roi d'Israël, inaugure une nouvelle dynastie. Il est le vassal de Salmanasar III, à qui il apporte un tribut représenté sur l'Obélisque noir.

A la limite de la frontière de Juda, la puissante cité philistine de Gath est détruite. Peut-être sous l'impulsion du dynamique royaume d'Israël, ou profitant de ses revers et des attaques contre les cités de la côte, le royaume de Juda se dote de deux centre administratifs majeurs dans la Shéfélah : Lakish et Bet Shemesh. Dans la vallée de Beer Sheva, les fortins d'Arad et de Beer Sheva protègent la frontière sud du royaume et contrôlent les voies commerciales allant de l'Arabie à la Méditerranée.

VIIIe siècle av. J.-C.Modifier

Prospérité du royaume d'Israël à l'ombre de l'Assyrie (-842 à -720)Modifier

Pendant 120 ans, de -842 à -720, les successeurs des Omrides poursuivent le développement d'un pays à l'administration centralisée, avec un mode de production industriel et un commerce d'exportation florissant. Au VIIIe siècle av. J.-C., le royaume d'Israël tire une partie de sa richesse du commerce des chevaux avec l'Assyrie. A Megiddo, de vastes écuries sont utilisées pour élever et dresser des chevaux importés d'Égypte et dont Israël fait commerce avec l'Assyrie.

À Samarie on a retrouvé 350 tessons de poteries avec une inscription en hébreu (70), datant du règne de Jéroboam II (-788 à -747), inscription qui est l'indication de provenance des jarres standardisées d'huile d'olive et de vin. À Megiddo, toujours sous Jéroboam II, un système hydraulique souterrain est aménagé, avec une galerie de 70 mètres percée à 25 mètres de profondeur, qui mène à une grotte et assure l'alimentation en eau potable en cas de siège (71). La relation plus ou moins de vassalité entretenue avec l'Assyrie permet le développement d'un commerce très actif (huile d'olive, vin, probablement chevaux) avec ce qui constitue la plus grande puissance régionale, tant économique que militaire. La prospérité d'Israël atteint son point culminant.

La domination assyrienneModifier

À partir du règne de Teglath-Phalasar III, l'Assyrie décide de rétablir son autorité directe sur la zone syro-palestinienne. Juda est un vassal de l'Assyrie. Un tribut versé par Achaz apparaît dans une inscription assyrienne de Teglath-Phalasar III datant de -734, et vers -730, Ménahem, roi d'Israël, lui verse aussi un tribut.

Les successeurs de Jéroboam II prennent leurs distances avec l'Assyrie, sans mesurer l'inégalité du rapport des forces. L'Assyrie, après s'être emparée de Damas et de la plaine côtière, envahit Israël, détruisant les cités de Hazor, de Dan et de Beth-Shéan 72. Les habitations de Megiddo sont incendiées, mais les deux palais et les écuries sont conservés pour faire de Megiddo un grand centre régional assyrien. Après un dernier complot israélite contre l'Assyrie, Salmanazar V lance une campagne de liquidation, Israël est démantelé, le cinquième de sa population est exilé à Babylone et des colons assyriens s'installent à leur place. En 722, quand Sargon II arrive au pouvoir, il ne reste plus rien du royaume du Nord 73. Dans le récit biblique, la disparition d'Israël est présentée comme la sanction divine des dépravations du pays 74.

Teglath-Phalasar III établit deux provinces assyriennes à la place du royaume d'Israël : Dū'ru (Dor) et Magidu (Megiddo). Les déplacements de population à grande échelle qu'il met en place dans ces provinces laissent une empreinte durable dans la situation géopolitique de la région. Ces déplacements de population font disparaitre les différences nationales au point qu'aucune entité politique ne se développe dans les zones conquises pendant les siècles suivants. Les grecs séleucides y imposeront leur contrôle sans risque militaire, contrairement à ce qui se passera avec Juda et la révolte hasmonéenne. Dans les hautes terres, quatre royaumes restent indépendants : Udūmu (Édom), Bīt Ammān (Ammon), Mā'ab (Moab). Ces royaumes sont trop petits et faibles pour être une cible de l'Assyrie, mais ils servent ses intérêts en prenant part au commerce avec l'Arabie.

La conquête assyrienne conduit à un déclin de la vie urbaine en Israël. Seules les capitales provinciales (Megiddo, Dor et Samarie) sont fortifiées. La population vit essentiellement dans des fermes et des villages. Le sud d'Israël, entre Sichem et Bethel, est plus touché que le nord par les déplacements de populations. Dans cette zone, la surface bâtie diminue de 170 hectares à 45 hectares, ce qui traduit un déclin démographique de 34 000 habitants à 9 000 habitants. Les noms babyloniens retrouvés sur des tablettes cunéiformes à Gezer et Tel Hadid indiquent que des populations mésopotamiennes sont installées dans le sud de l'ancien royaume d'Israël, peut-être pour s'interposer entre les Israélites du nord et le royaume de Juda

La transformation de JudaModifier

Les Assyriens établissent des forteresses et des centres administratifs dans le sud de Juda pour sécuriser les voies commerciales. Des centres sont établis à Ein Hazeva au sud de la mer Morte, à Buseira, la capitale d'Edom, à Etzion Geber sur la mer Rouge et à Tel Gamma sur la route vers le port de Gaza. Juda est intégré au commerce régional. Des centres de productions d'huile pour l'exportation sont établis à Tel Bet Mirsim et à Bet Shemesh comme en témoignent les pressoirs à huile qui y ont été dégagés.

Ce chapitre montre que 75 : « C'est précisément la chute d'Israël qui va permettre à Juda de se transformer en un État pleinement constitué, doté d'un clergé professionnel et de scribes instruits, seuls capables d'entreprendre une telle tâche. » La population de Juda grossit considérablement. Toujours selon les auteurs, l'archéologue israélien Magen Broshi montre, par des fouilles effectuées ces dernières décennies, que Jérusalem connaît une explosion démographique, débordant l'ancienne corniche de la Cité de David (6 hectares) pour couvrir la colline occidentale dans sa totalité (75 hectares) (76), ceinturée par un impressionnant rempart. La croissance se lit par la position des tombes et leur datation : comme on enterrait les morts à l'extérieur de la villes, les tombes en dessinent le contour. Des fermes s'installent partout dans l'arrière pays, Lakish devient un centre administratif majeur protégé par une muraille formidable, la vallée de Beer Sheva connaît la même expansion et la population de Juda passe de 10 000 à 120 000 habitants. La production d'huile d'olive et de vin atteint d'un coup un stade industriel, des inscriptions apparaissent, ainsi que de nombreux ostraca administratifs (77). L'accroissement démographique profite de l'afflux massif de réfugiés venus du défunt royaume du Nord, et l'économie d'un fructueux commerce avec l'Empire assyrien.

De cette période date ce que les archéologues supposent être un palais ou un centre administratif à Ramat Rachel, dans la périphérie de Jérusalem.

Dans le même temps, sous Ézéchias, une école de pensée religieuse se développe et entreprend de faire disparaître, au profit du seul culte de YHWH, les divers cultes des campagnes (Baal, cultes de fertilité, cultes des ancêtres) 78.

Juda entre guerre et survie (-705 à -639)Modifier

[152][153]Tunnel d'Ézéchias[154][155]Inscription du tunnel d'ÉzéchiasÀ la fin du VIIIe siècle av. J.-C., Juda profite des révoltes au sein de l'empire assyrien pour essayer de se libérer des Assyriens avec l'aide de l'Égypte. Des révoltes ont en effet éclatées en Babylonie, en Phénicie et sur la côte philistine. Avec la mort de Sargon II (-705), Ézéchias pense pouvoir s'affranchir, avec l'appui de l'Égypte, de la tutelle de l'Assyrie. C'est une erreur dans l'évaluation du rapport de force, car Sennachérib, parvenu au pouvoir (-701), lève une gigantesque armée.

Ézéchias, afin de préparer Jérusalem à un siège, fait percer un tunnel de 512 mètres pour amener, par une dénivellation de 30 centimètres, l'eau de la source de Gihon dans une citerne située à l'intérieur des remparts de la ville. Il y est fait allusion dans la Bible (2 R 20,20). La réalisation représente un tour de force technologique car le tunnel, de forme en S très marquée 76, a été percé par les deux bouts. Une plaque commémorative est gravée à l'endroit où les deux équipes se sont rejointes 79. Il travaille également à l'organisation administrative du royaume comme en témoigne les sceaux LMLK.

Sennachérib assiège la principale forteresse de Juda, Lakish, s'en empare et la détruit complètement. Il dévaste la région afin de détruire ses capacités économiques. Il illustre sa victoire, à Ninive, sur un bas-relief de 20 m de long et 3 m de haut, dans lequel la topographie est décrite avec exactitude (80). David Ussishkin, lors de fouilles menées en 1970, a retrouvé la rampe d'attaque assyrienne et la contre-rampe de défense. Le prisme de Sennachérib mentionne le roi judéen Ezechias et l'humiliation qu'il lui inflige au cours du siège de Jérusalem (701 av. J.-C.). Ézéchias se soumet, paie un lourd tribut à l'Assyrie, qui épargne Jérusalem, mais de nombreux Judéens sont déportés en Assyrie et les meilleures terres céréalières de l'ouest, une partie de la Shefelah, sont données par Sennachérib aux cités-État philistines. Juda se retrouve amputée de ses terres agricoles.

VIIe siècle av. J.-C.Modifier

Le règne de ManasséModifier

C'est au roi Manassé, le successeur d'Ézéchias, que revient la tâche de relever le royaume de Juda. Pour compenser la perte de la Shéfélah, il développe l'exploitation des régions arides du nord du Néguev et du désert de Judée. On constate au VIIe siècle av. J.-C. un essor de la vallée de Beer Sheva sur les sites de Tel Masos, Horvat Uza, Horvat Radom, Tel Ira et Aroër. La forteresse d'Arad est reconstruite. Sous la rive occidentale de la mer Morte, de nouveaux sites apparaissent, dont Ein Guédi. Le fort de Lakish est reconstruit après sa destruction par Sennacherib. En -674, une inscription d'Assarhaddon note le tribut versé par Manassé (Prisme B).

Manassé restaure un Juda prospère, vassal soumis, qui sert de tampon à l'Assyrie contre l'Égypte (81). La vallée de Beer Sheva bénéficient de l'intensification de la production agricole et de sa participation au commerce arabe sous la domination de l'Assyrie. Edom et Beer Sheva jouissent alors d'une prospérité économique qui s'accompagne d'une expansion démographique. La superficie bâtie dans la région de Beer Sheva, donc la population, est multipliée par 10 entre -800 et -700. Le Juda est intégré au système d'échange économique de l'Assyrie et pratique aussi le commerce des produits de luxe et de l'encens avec l'Arabie, exportant dans ce pays l'huile d'olive 81. Trois ostraca en arabe méridional gravés sur des vases typiquement judéens ont été trouvés dans la Cité de David, prouvant qu'une population arabe s'est installée. Les grandes voies de communication relient la Shefelah occidentale, centre de production d'huile d'olive le plus important de tout l'antique Proche-Orient (les olives provenaient des collines des hautes terres), à l'Assyrie, à la Phénicie, à l'Égypte et à l'Arabie, via Gaza, que l'Assyrie considère comme son poste de douane sur les pistes du désert 82. Sur un site proche de Gaza ont été retrouvés de nombreux ossements de chameaux et de dromadaires, tous adultes, servant, selon l'archéo-zoologue Paula Wapnich, aux transports des caravaniers au VIIe siècle av. J.-C..

Selon Finkelstein et Silbermann, la Bible dresse d'Ézéchias un portrait flatteur. Elle reste discrète sur son erreur, mais le loue d'avoir sauvé Jérusalem. Elle est très critique envers Manassé, accusé de rétablir toutes les abominations du passé. C'est Josias, le roi le plus pieux de l'histoire de Juda selon la Bible, qui va arriver au pouvoir 83.

Le retrait de l'AssyrieModifier

En Égypte, Psammétique Ier établit sa capitale à Saïs dans le delta. Profitant de la désintégration rapide de l'empire assyrien, il se libère de la tutelle assyrienne et annexe le littoral méditerranéen. En -656, il rétablit son contrôle sur la quasi-totalité des territoires du Levant, jusqu'à la Phénicie. Il contrôle ainsi les richesses agricoles et la voie de communication passant par Megiddo qui s'enfonce dans les terres vers la Syrie et la Mésopotamie. Le retrait assyrien permet à Juda de se développer vers le nord et d'essayer de reprendre le contrôle de la Shéfélah. Au VIIe siècle av. J.-C., le sanctuaire israélite de Bethel est annexé au royaume de Juda. L'effondrement de l'Assyrie laisse le champ libre à Juda qui cherche à centraliser le culte à Jérusalem et d'établir un grand État panisraélite.

La grande réforme de Josias (-640 à -609)Modifier

Josias a 8 ans quand il arrive sur le trône en -639. Le mouvement religieux qui va donner le Deutéronome a débuté sous Ézéchias. C'est le contexte politique, favorable, qui va lui permettre de prendre toute son ampleur.

Selon Finkelstein et Silberman : «  Alors, pour débarrasser le culte de YHWH des scories qui l'encombraient84, Josias initie la réforme la plus radicale et la plus puritaine de l'histoire de Juda. Il s'en prend en premier aux rites idolâtres pratiqués à l'intérieur même du Temple de Jérusalem 2R 23:4-7... Il démolit les sanctuaires qui étaient dédiés aux culte étrangers... Il met également fin aux cultes rendus par les prêtres ruraux... Il institue les grandes fêtes religieuses nationales... » Selon la Bible, on retrouva alors le livre de la Loi, celui que Dieu avait remis à Moïse dans le Sinaï, et ce livre servit de modèle à la rédaction du Deutéronome et à tout ce que Josias promulgue, à Jérusalem, en -622 85.

Le projet politique du grand combat panisraélite fut préparé par la rédaction de l'histoire deutéronomique et d'une partie du Pentateuque, combinant les variantes régionales des récits des Patriarches Abraham, Isaac et Jacob, soulignant la domination de Juda sur Israël, situant le récit de la conquête de Canaan dans des lieux précis, frappant d'exclusion les Cananéens, c'est-à-dire les habitants non Israélites, et prohibant strictement le mariage des Israélites avec les femmes étrangères, de peur, selon le texte biblique, qu'elles n'induisent leurs époux à l'idolâtrie.

Les deux auteurs ajoutent 86 : « On ignore si quelque version antérieure de l'histoire d'Israël avait été composée à l'époque d'Ézéchias, ou par des factions dissidentes, sous le long règne de Manassé, ou si l'ensemble de l'épopée fut entièrement composée durant le règne de Josias. Cependant, il est clair que de nombreux personnages décrits par l'histoire deutéronomique—tels que les très pieux Josué, David et Ézéchias, et les apostats Achaz et Manassé— sont présentés comme des miroirs, en positif ou en négatif, de Josias. De ce point de vue, l'histoire deutéronomique n'a rien d'historique, dans le sens moderne du terme. Sa composition répondait à un double besoin, idéologique et théologique. » À propos de l'histoire deutéronomique, Finkelstein et Silberman, accusés87 de tout ramener à Josias, précisent dans leur second ouvrage 88 : « Issue d'un montage réalisé à partir de diverses sources antérieures, elle ne résulte pas d'une œuvre originale, rédigée par un individu ou un groupe d'auteurs vivant à la même époque. » Toujours selon La Bible dévoilée, le Livre du Deutéronome contient aussi des codes éthiques et des clauses en faveur du bien-être social89. « Ses lois expriment un souci nouveau en faveur des faibles et des indigents. » La réclamation d'un travailleur à l'officier qui l'emploie a été retrouvée sur un ostracon, dans une forteresse datée peu avant -600, preuve que la réforme est effectivement mise en pratique 90. L'archéologie montre aussi que les symboles d'autres cultes que portaient les sceaux officiels disparaissent à la même date, à la fin du VIIe siècle 91. Les ostraca indiquent, sous Josias, la généralisation de l'alphabétisation, certainement favorisée par les écrits et les prêches 89 .

La domination égyptienneModifier

Psammétique Ier, sentant les intérêts égyptiens en Asie menacés par la pression de Babylone, vole au secours de Ninive en -616, mais la capitale assyrienne tombe en -612. Nékao II, le successeur de Psammétique Ier, décide de faire campagne contre le nord et s'empare de Megiddo. Selon le livre des Rois, Josias est exécuté à Megiddo sur ordre du pharaon. Le livre des Rois n'en donne pas la raison et cette exécution n'est pas confirmée par des éléments extérieurs à la Bible. Les circonstances exactes de sa mort ne sont pas établies92, ni la raison précise de l'attaque égyptienne93. Plus tardivement, les Chroniques attribuera sa mort à une bataille, la bataille de Megiddo (609 av. J.-C.).

Selon les auteurs, les ambitions deutéronomiques sont anéanties. La Bible donne un récit très précis des luttes d'influences qui se déroulent ensuite, impliquant l'Égypte et Babylone, récit confirmé par des sources historiques extérieures. La présence de Nékao II à Megiddo indique que l'Égypte s'est imposée au royaume de Juda dans le vide qui a suivi la chute de l'empire assyrien. L'Égypte ne parvient cependant pas à prendre durablement le contrôle de la région. La Syrie est conquise par les Néo-Babyloniens dès -605 et le reste du Levant en -603.

Nabuchodonosor II, après avoir écrasé l'armée égyptienne à Karkemish en Syrie en -605, marche sur Jérusalem et s'en empare en -587. Les campagnes sont pillées, Arad et Lakish tombent, Jérusalem est incendiée (94) et détruite systématiquement (95). Le Temple est détruit, la population est emmenée captive à Babylone.

VIe siècle av. J.-C.Modifier

Les Néo-Babyloniens apportent des destructions importantes au royaume de Juda et aux royaumes de Transjordanie. La province dévastée se trouve diminuée. Jérusalem est systématiquement détruite. L'objectif de Babylone est de créer une zone tampon entre l'Égypte et la Babylonie. La population rurale survit, mais à une échelle plus petite. Babylone ne fait rien pour développer économiquement la région ni pour protéger les villages des zones périphériques. Les babyloniens se concentrent sur la reconstruction des zones babyloniennes détruites par l'Assyrie. La déportation de l'élite judéenne est utilisée pour développer ces zones. Ce ne sont pas seulement les Judéens qui sont déportés mais aussi les Philistins. L'effondrement du système central a pour conséquence l'infiltration de groupes semi-nomades dans le sud de la Judée et la formation de la province d'Idumée à l'époque perse.

Selon Finkelstein et Silbermann, au sujet de l'exil, il convient de distinguer les informations concernant les exilés de celles relatives à la vie de ceux qui sont restés.

Avant l'invasion des Babyloniens (les Chaldéens dans la Bible), la population totale de Juda est estimée à 75 000, dont 15 000 à Jérusalem et 15 000 sur les terres agricoles autour de la capitale. À partir des sources bibliques, il semble raisonnable de penser que le total des exilés n'excédait pas 15 000 à 20 000. Trois Judéens sur quatre, environ, sont donc restés au pays 96. À Jérusalem, une activité reprend sur le promontoire de la Cité de David, mais la colline occidentale, entièrement brûlée, n'est pas réoccupée. L'occupation continue cependant au sud et au nord, en particulier à Mitzpah en Benjamin (13 km au nord de la ville, près de la ville actuelle de Ramallah). Oded Lipschits, de l'Université de Tel-Aviv, a montré par des fouilles que Mitzpah n'avait pas été détruite et était devenue le centre régional le plus important au VIe siècle. Le second livre des Rois situe d'ailleurs le siège du gouvernement de Guedalia à Mitzpah97 . Une activité persiste aussi à Béthel et Gabaôn98, ainsi que vers Bethléem.

Période perse (fin du VIe siècle av. J.-C. - IVe siècle av. J.-C.)Modifier

Article détaillé : Yehoud Medinata.Babylone est conquise par Cyrus le Grand en -539. La satrapie perse Au-delà du fleuve (à l'ouest de l'Euphrate) comporte, selon l'historien Hérodote, la Palestine, la Syrie, la Phénicie et Chypre99. Juda devient Yehoud Medinata, province de Judée, nom araméen de la province au sein de l'Empire perse achéménide, et les Judéens deviendent les Yehoudim, les Juifs. Juda reste une province de l'empire perse jusqu'en -332.

Cambyse II succède à Cyrus. En intégrant l'Égypte à son empire, il fait de Yehoud et de la plaine côtière une importante zone frontalière. Sa mort en -522 est suivie d'une période de troubles jusqu'à ce que Darius Ier s'empare du trône vers -521. Darius introduit une réforme administrative de l'empire incluant la collecte et la codification des codes de lois oraux. il est possible que cette politique soit à l'origine de la rédaction de la Torah juive. Après -404, les Perses perdent le contrôle de l'Égypte qui devient un des principal ennemi de la Perse, conduisant le pouvoir perse à resserrer son contrôle vers la province de Judée et sur le reste de la Palestine. L'Égypte est finalement brièvement reconquise avant de tomber aux mains d'Alexandre le Grand, inaugurant la période hellénistique au Levant.

La population de Juda pendant cette période n'excède probablement jamais 30 000 personnes, et celle de Jérusalem pas plus de 1 500 personnes, la plupart attachées aux services du Temple. L'estimation faite à partir des sources Esdras 2 et Jérémie 7, environ 50 000 personnes de retour, est manifestement très exagérée car l'archéologie conduit à estimer à 30 000 habitants la population totale de Yehoud en -500 et -400, sur un territoire bien plus petit que celui de Juda avant l'invasion babylonienne. La province perse de Yehoud est notamment amputée d'Hébron, de Beer Sheva et d'une grande partie de la Shefelah 100. L'étendue de Yehoud est confirmée, par l'archéologie, à partir de la cartographie de plusieurs centaines de sceaux et poteries de la période perse comportant en araméen le mot Yehoud 101).

Selon la tradition biblique, l’un des premiers actes de Cyrus après sa conquête de Babylone est de laisser les exilés juifs rentrer à Jérusalem et reconstruire le Temple, une tâche terminée vers -515. Cependant, il est probable que ce n'est pas avant le milieu du Ve siècle que Jérusalem redevient la capitale de la Judée. Les Perses ont peut-être d'abord voulu faire de la Judée un royaume client dirigé par un roi de la lignée davidique descendant de Joachin, mais au milieu du Ve siècle, Yehoud est devenue une théocratie dirigée par des grands-prêtres héréditaires et par un gouverneur souvent d'origine juive nommé par les Perses, en charge de l'ordre et assurant le paiement du tribut.

Selon la tradition biblique, Esdras et Néhémie arrivent à Jérusalem au milieu du Ve siècle, le premier pour assurer la direction spirituelle des Juifs de Judée et renforcer la pratique de la Torah tandis que le second, nommé gouverneur par les Perses, assure l’autorité temporelle et entreprend de restaurer les murs de la ville. La Bible mentionne la tension entre les exilés de retour et les Judéens restés en Judée, les premiers repoussant la participation des seconds à la reconstruction du Temple. Cette attitude est en partie basée sur les nouvelles conceptions religieuses développées pendant l'exil à Babylone et probablement en partie à cause de disputes sur des questions de propriété. D'autres tensions entre l'aristocratie judéenne et le parti représenté par Néhémie sont perceptibles, comme c'est le cas dans l'histoire de Tobias, le serviteur ammonite, c'est-à-dire le gouverneur d'une province en Transjordanie, qui se voit retirer ses privilèges au sein du Temple. L'activité d'Esdras et de Néhémie est une tentative de l'une des factions juives de Babylonie de créer une société séparée, rituellement pure et inspirée par les prophéties d’Ézéchiel.


Histoire des Juifs en terre d'Israël Aller à : Navigation, rechercher

L'histoire des Juifs en terre d'Israël (hébreu : ארץ ישראל - Eretz Israel) se développe sur près de 3000 ans et témoigne, malgré la dispersion des Juifs, de l'importance particulière, pour eux, de la terre d'Israël.

La terre d'Israël1, appelée terre sainte par les chrétiens, correspond au pays de Canaan ou encore à la région connue sous son nom romain de Palestine. Elle a, de tout temps, joué un rôle central dans l'histoire des Juifs, si bien qu'ils l'appellent souvent familièrement ארץ - Eretz (terre). Ils l'évoquent affectueusement dans toutes leurs prières (matin, après-midi, soir), dans les actions de grâce après le repas et particulièrement lors de la cérémonie familiale du Séder de Pâque. À toute époque, malgré exils et massacres, il y a eu une vie juive en terre d'Israël : après la conquête romaine, après l'invasion arabe, après la conquête croisée... Un très lent mouvement de retour vers la terre d'Israël s'est produit ensuite, devenant significatif à partir de l'expulsion des Juifs d'Espagne en 1492 pour s'accélérer légèrement à la fin du XVIIIe siècle sous les recommandations du Gaon de Vilna, puis nettement avec la naissance du sionisme à la fin du XIXe siècle. Les Juifs ont récupéré leur souveraineté sur une partie du territoire avec la naissance de l'État d'Israël en 1948. Sommaire

   1 Jusqu'à la chute du Premier Temple (1000 av EC - 586 av EC)
   2 Pendant le premier exil (587-538 av EC)
   3 Le retour des exilés et la domination perse (538 - 332 av EC)
   4 La domination grecque (332 - 142 av EC)
   5 La révolte des Maccabées et les Hasmonéens (167 - 63 av EC)
   6 Un vivier intellectuel (IIIe av EC-Ier siècle EC)
       6.1 Une littérature en hébreu, en araméen et en grec
       6.2 De multiples courants religieux
   7 De la conquête de Pompée à la destruction du Second Temple par Titus
       7.1 Les derniers Hasmonéens (63-37 av EC)
       7.2 La dynastie hérodienne (37 av EC-44 EC)
       7.3 Les dernières années du Temple et la guerre des Juifs (44-73)
   8 La Judée soumise, jusqu'à la révolte de Bar Kochba (70-135)
       8.1 Yohanan ben Zakkaï et la naissance du judaïsme rabbinique
       8.2 La séparation d'avec les judéo-chrétiens
       8.3 Le monde juif en ébullition : les révoltes de 115-117 et la révolte de Bar Kochba (132-135)
   9 Les Juifs dans la Palestine romaine et byzantine (135-634)
       9.1 Le Sanhédrin, de sa restauration à son abolition (140-426)
       9.2 Les Juifs dans la Palestine byzantine (324-634)
   10 Les Juifs dans la Palestine arabe (634-1516)
       10.1 De la conquête par les Arabes à celle par les Croisés (634-1099)
       10.2 Les Juifs dans le royaume croisé (1099-1291)
       10.3 La domination des Mamelouks (1250-1517)
   11 Les Juifs dans la Palestine ottomane (1517-1917)
       11.1 Le rayonnement de Safed (XVIe siècle)
       11.2 Du XVIIe au XIXe siècle
       11.3 L'immigration en terre d'Israël avant Herzl (1860-1896)
           11.3.1 Démographie
           11.3.2 Renaissance de l'hébreu
       11.4 Les débuts du sionisme (1896-1917)
   12 Les Juifs dans la Palestine sous administration britannique (1917-1948)
       12.1 L'installation de l'administration britannique (1917-1922)
       12.2 Les Juifs dans la Palestine sous mandat britannique (1922-1948)
           12.2.1 De 1922 à 1939
           12.2.2 La vie culturelle
           12.2.3 Démographie
       12.3 De 1939 à l'indépendance (14 mai 1948)
   13 Les Juifs dans l'État d'Israël, de 1948 à maintenant
   14 Notes et références
   15 Voir aussi
       15.1 Articles connexes
       15.2 Bibliographie

Jusqu'à la chute du Premier Temple (1000 av EC - 586 av EC) Article détaillé : Histoire de l'Israël antique. Représentation des territoires des tribus d'Israël (carte de 1759)

L'histoire ancienne du peuple juif n'est, à défaut de données archéologiques, connue jusqu'au IXe siècle avant l'ère commune qu'à travers le récit de la Bible, dont la fiabilité historique est souvent remise en cause dans les milieux académiques2.

Ce peuple est, selon le Livre de Josué, issu des tribus d'Israël, composées en majeure partie sinon en totalité des Israélites (hébreu : בְנֵי-יִשְׂרָאֵל - b'nei Israël, fils de Jacob, dit Israël) ; lorsqu'ils reviennent d'Égypte sur leur terre ancestrale, et s'apprêtent à reprendre possession du pays de Canaan, ils se réunissent à Sichem pour jurer fidélité à YHWH, et répudier tout autre culte3. Rapidement contraints de se choisir un roi de par la menace philistine (XIe siècle)4, les Israélites sont unifiés par les rois Saül, David et Salomon, dont le règne est particulièrement brillant, mais, à la fin du Xe siècle le royaume se scinde, avec le royaume d'Israël au nord, dont la capitale est Samarie et celui de Juda, dont la capitale est Jérusalem, au sud.

Toujours selon la Bible, du IXe au VIe siècle, dans les deux royaumes, se développe le prophétisme qui inspire ou essaye d'inspirer avec plus ou moins de succès les rois des deux royaumes. Ils subordonnent la richesse matérielle aux exigence morales et prédisent la chute de Samarie et de Jérusalem si leurs habitants et leurs gouvernants ne s'amendent pas. Les plus célèbres prophètes sont Élie, Amos, Isaïe et Jérémie5. En 722 av EC, Salmanazar V prend Samarie et détruit le royaume d'Israël dont une partie des habitants se réfugie dans le royaume de Juda et particulièrement à Jérusalem6. Jérusalem est assiégée en 586 av. EC, et, selon le second Livre des Rois, un grand nombre de ses habitants est déporté en Babylonie. Une partie en revient cependant 70 ans plus tard, et reconstitue la Judée. C'est de cette époque que datent les premières mentions des Juifs proprement dits (יְהוּדִים Iehoudim « Judéens »), dans Zacharie 8:237.

Pour les critiques de cette vision, en revanche, le peuple d'Israël, dont la première source archéologique attestée est la stèle de Mérenptah (1208 av. J.-C.) est issu de fermiers et éleveurs cananéens8 installés depuis le début du XIIe siècle9 sur les hautes terres de Judée et Samarie entre la vallée de Jezreel et Hébron10. Ils se distinguent des populations similaires voisines d'Ammon, Moab et Édom par l'interdiction absolue de manger de la viande de porc11,12. Toujours selon la Bible dévoilée, les Israélites n'ont pas été unifiés sous les règnes des rois David et Salomon et deux royaumes, Israël et Juda se sont petit à petit formés partageant une même culture caractérisée par des dialectes proches, le même alphabet et le culte de YHWH entre autres déités13. Toutefois, sur le plan matériel, le royaume du nord à l'agriculture plus riche, développe une économie plus diversifiée. Leur population aurait atteint, au VIIIe siècle, 160 000 personnes9.

Le premier roi d'Israël dont l'archéologie fait mention est Omri, dont le nom est mentionné dans la stèle de Mesha du VIIIe siècle. Omri a dominé une région plus étendue que le territoire traditionnel des tribus d'Israël. Il a conquis, au moins en partie, Moab14 et le sud de la Syrie15. Finkelstein et Silberman lui attribuent la prospérité du pays et les importantes constructions de Megiddo, Gezer et autres villes que les précédentes théories archéologiques situent à l'époque de Salomon qui n'aurait régné, comme David son père, que sur Juda. L'historicité de David est attestée par la stèle de Tel Dan qui mentionne la maison de David, d'où sont issus les rois de Juda. Après de nombreux conflits avec ses voisins dont principalement la Syrie et un développement politique, économique et démographique notable (sa population aurait atteint jusqu'à 350 000 habitants16), le royaume d'Israël disparaît vers 724 av EC avec la conquête assyrienne17.

La chute du royaume d'Israël amène de nombreux réfugiés israélites en Juda, à Jérusalem dont la population serait passée en quelques décennies de 1 000 à 15 000 habitants18. Juda est à son tour ravagé par les Assyriens sous Ézéchias à la fin du VIIIe siècle19 puis connaît une période plus paisible. C'est dans le royaume de Juda, sous le règne du roi Josias (vers 640-609 av EC) que la religion des Israélites, commence à devenir, à proprement parler, le judaïsme. Le Deutéronome, dernier livre de la Torah qui aurait été découvert ou redécouvert sous son règne dans le Temple20, serait en réalité le premier livre de la Torah dont la composition aurait été achevée. Ce serait aussi à cette époque que le choix de YHWH comme divinité unique, invoqué par la Bible comme le motif d'union de ce peuple, serait apparu, afin d'unir les royaumes du Nord et du Sud.

Après la mort de Josias, le royaume est pris dans le jeu des grandes puissances de l'époque, l'Égypte et la Babylonie et succombe à son tour en 586 av EC, quand Jérusalem est prise par Nabuchodonosor II, roi de Babylone. En plusieurs fois (597, 587 et peut-être 582), des milliers de Juifs sont déportés vers la Babylonie21, alors que d'autres se réfugient en Égypte22. Ils sont à l'origine de la Diaspora et de ses deux plus anciennes communautés juives, celles des Juifs en Irak et des Juifs en Égypte23. Pendant le premier exil (587-538 av EC) Article détaillé : Exil à Babylone.

La vie que les Juifs auraient menée dans la Judée occupée par les Babyloniens nous est relatée par le prophète Jérémie, contemporain de ces événements dans le livre des Lamentations24 et le livre de Jérémie. Les Babyloniens avaient déporté l'élite juive et il n'était resté au pays que les plus démunis25. Le gouverneur, juif, Guedaliah nommé par Nabuchodonosor est assassiné par des Ammonites, ce qui provoque la colère de Nabuchodonosor et l'exil de 58222. Le retour des exilés et la domination perse (538 - 332 av EC) Article détaillé : Yehoud Medinata.

En 539 av EC, le roi de Perse, Cyrus le Grand conquiert Babylone. Selon le livre d'Ezra26, il prend un décret permettant aux Juifs de retourner en Judée, sous la conduite de descendants des rois de Juda, en leur restituant le butin pris dans le Temple par Nabuchodonosor27. Or, la communauté juive de Babylonie y avait prospéré et ce sont probablement les plus pauvres des exilés, peu nombreux, qui choisissent de s'en retourner en Judée28.

La Judée devient alors une province (pahva29) de l'empire perse, subdivision d'une satrapie, dirigée par un gouverneur juif nommé par le roi de Perse. La reconstruction du Temple est entreprise et après de nombreuses difficultés d'ordre politique et financier, le Second Temple est inauguré en 515 av EC par Zorobabel, gouverneur de Judée, issu de la maison de David. Toutefois, la Judée reste une province pauvre où la pression fiscale interdit le développement.

Il faut la nomination d'un nouveau gouverneur Néhémie, échanson juif du roi de Perse Artaxerxès Ier (464 - 424 av EC) pour débloquer la situation. Homme d'autorité, il organise les travaux pour reconstruire les murailles et rétablit le plein respect de loi tirée du Deutéronome, entre autres le respect du Chabbat et le paiement de la dîme30. Néhémie est suivi dans son œuvre de rétablissement de la loi juive par Ezra, un autre notable revenu à Jérusalem à la tête d'un groupe d'environ 600028 immigrés de Babylonie : avec Néhémie, il interdit le mariage des Juifs avec des étrangères, et il aurait établi l'usage des caractères carrés venant de l'araméen pour écrire l'hébreu31  ; il établit la Grande Assemblée qui va continuer à fixer les règles du judaïsme pendant les siècles à venir ; il organise une séance publique de la lecture de la Torah, par laquelle on lui attribue d'en avoir finalisé le texte puis fixe les règles de lecture de la Torah les lundis, jeudis et chabbats32. Néhémie solennise ces décisions en organisant une grande cérémonie où le peuple assemblé jure d'observer la Torah33. La Jewish Encyclopedia, se fondant sur la Bible, estime la population juive de Judée de cette époque à 130 000 personnes, au plus28.

S'ouvre alors, une assez longue période de paix et de prospérité pour les Juifs d'abord sous la domination perse puis sous la domination d'Alexandre le Grand et de ses héritiers lagides.

On estime qu'à la fin de la domination perse, la population juive de la terre d'Israël est concentrée dans la région montagneuse autour de Jérusalem, des confins de la plaine côtière au Jourdain34. La domination grecque (332 - 142 av EC)

Alexandre le Grand conquiert l'empire perse et pendant près de 200 ans, les Grecs vont gouverner la terre d'Israël.

Seuls les grands-prêtres représentent une autorité juive : ils exercent une sorte d'autorité civile et leur autorité religieuse, reconnue jusqu'à Alexandrie35, demeure incontestée sous le règne des Lagides. En 201 av EC, les Lagides sont vaincus par les Séleucides qui commencent par améliorer le sort de la Judée en y abaissant les impôts mais en 190 av EC, devant les revers contre les Romains essuyés à Magnésie, et l'imposition de la paix d'Apamée, la très lourde indemnité dont ils doivent s'acquitter est répercutée sur la Judée. Les rois séleucides convoitent le trésor du Temple de Jérusalem et vendent la charge de grand-prêtre au plus offrant. Le conflit entre Juifs hellénisants et Juifs plus fidèles à la tradition divise même la famille du grand-prêtre quand Jason promet une importante somme d'argent au roi Antiochus Épiphane pour obtenir le titre de grand-prêtre que possède alors son propre frère Onias III36. Jérusalem est alors hellénisée - on y construit un gymnase - et rebaptisée Antioche. Une puissante garnison est installée dans une nouvelle forteresse, l'Acra et le Temple est profané par le sacrifice de porcs et des fêtes dionysiaques, tandis que les livres sacrés sont brûlés37. La révolte des Maccabées et les Hasmonéens (167 - 63 av EC) Articles détaillés : Maccabées, Révolte des Maccabées et Hasmonéens.

La révolte éclate en 167 av EC à l'instigation du prêtre Mattathias l'Hasmonéen, relayé après sa mort par ses fils, Simon et Judas dit Maccabée, le chef militaire. En 164, ils pénêtrent dans Jérusalem, purifient le Temple et le réinaugurent, épisode à l'origine de la fête juive de Hanoukkah.

Dès 161, Judas recherche et obtient l'alliance romaine qui fait l'objet d'un traité qui sera renouvelé pendant près d'un siècle par les souverains hasmonéens38.

La révolte dure encore une vingtaine d'années et il faut la mort violente de quatre des cinq fils de Mattathias pour que Simon soit reconnu de facto comme « grand prêtre, stratège et ethnarque » en mai 142 av EC39. Monument d'Absalon (Ier siècle av EC) à Jérusalem

Les rois hasmonéens, tels Jean Hyrcan (134-104 av EC) qui conquiert le pays des Iduméens et les convertit au judaïsme et Alexandre Jannée (104-76 av EC), agrandissent considérablement leur royaume qui s'étend du Sinaï aux monts du Golan et de la mer Méditerranée à l'est du Jourdain. Le judaïsme est loin d'y constituer la religion majoritaire40. Bien qu'arrivés au pouvoir par une révolte contre l'hellénisation, les rois hasmonéens prennent le titre de basileus et organisent leur royaume à la mode grecque40. Le style des monuments est hellénisant comme en témoigne le monument dit d'Absalon à Jérusalem. Mais surtout les Hasmonéens se querellent en permanence, tant et si bien, qu'ils sollicitent l'intervention de Rome. Finalement, Pompée conquiert Jérusalem en 63 av EC et profane le Temple, sans toutefois le piller41. Douze mille Juifs périssent dans les combats et de nombreux prisonniers sont envoyés à Rome42. Ils sont à l'origine de la communauté juive italienne, la plus ancienne d'Occident. Pompée établit alors la domination romaine pour près de 7 siècles, jusqu'à la conquête arabe. Un vivier intellectuel (IIIe av EC-Ier siècle EC)

Du IIIe siècle av EC au Ier siècle EC, malgré une vie politique violente marquée par les rivalités entre membres des familles royales et sacerdotales et entre les divers courants religieux, malgré les guerres contre les Grecs puis les Romains, la terre d'Israël voit éclore une production intellectuelle d'une très grande richesse, tant aux points de vue littéraire que religieux, qui reflète souvent la confrontation des mondes juif et grec. Une littérature en hébreu, en araméen et en grec

Certains de ces textes seront retenus dans le canon biblique juif comme l'Ecclésiaste, d'autres font partie du canon chrétien comme le premier livre des Maccabées, de nombreux autres sont considérés comme apocryphes. Un des sujets les plus souvent abordés est l'Apocalypse, comme dans le livre de Daniel ou celui de Hénoch. Certains manuscrits de cette époque ont été retrouvés à Qumrân, au-dessus de la Mer Morte, dont le document de Damas qui relate les persécutions subies par les Esséniens43.

Le monde juif a son historien, Flavius Josèphe (37 EC - vers 100), une des sources principales pour l'histoire de cette période, qui vécut la guerre des Juifs contre les Romains de Vespasien et de Titus d'abord en tant que général juif puis en tant que prisonnier passé aux Romains. Dans ses textes, (comme Antiquités judaïques et la Guerre des Juifs) écrits en araméen et en grec, outre la volonté de se justifier, il s'efforce de faire comprendre le point de vue juif aux Romains parmi lesquels il passe la fin de sa vie. De multiples courants religieux

Le judaïsme de l'époque du Second Temple est parcouru de multiples courants religieux qui peuvent se combattre violemment et dont la division est souvent considérée comme une des causes de la chute du Second Temple. Les Juifs partagent alors la terre d'Israël avec les Grecs et une frange du monde juif, souvent liée au pouvoir tend à helléniser le culte. Le judaïsme hellénistique, très influent à Alexandrie, était aussi celui des derniers Hasmonéens.

On parle aussi des Hassidéens, des hommes pieux qui ont été parmi les premiers à se rallier à Judas Maccabée pour libérer le Temple. Mais surtout, le monde juif est partagé entre Sadducéens et Pharisiens. Les Sadducéens affirment la primauté du Pentateuque et de ses lois, aux dépens des enseignements ultérieurs et de toute mystique. Les Pharisiens prennent en compte la Torah mais aussi les autres livres de la Bible et les enseignements des sages. Ils croient à l'immortalité de l'âme. Ils vont donner naissance au judaïsme rabbinique. Hillel l'Ancien, un docteur de la Loi venu de Babylone, descendant de la maison de David, qui préside le Sanhédrin et Shammaï fondent des écoles rabbiniques d'interprétation de la Torah, qui vont être à l'origine de la Mishnah

De nombreuses autres sectes existent, qui attendent l'arrivée imminente du Messie, comme les Esséniens44.

C'est du Ier siècle av EC que datent les plus vieilles synagogues qu'on connaisse aujourd'hui. La synagogue la plus ancienne dont on ait des traces serait l'une de celles de Jéricho, située près des ruines d'un palais hasmonéen45,46. Il faut aussi citer celle de Gamla sur le Golan.

Au Iersiècle, apparaissent de nouvelles sectes juives, les zélotes, partisans de la lutte à outrance contre les Romains, les baptistes, autour de Jean le Baptiste47 puis les disciples de Jésus48,49.

Enfin, en marge du judaïsme, il faut rappeler l'existence (jusqu'à ce jour)50 des Samaritains, qui ne reconnaissent que le Pentateuque et adorent l'Éternel, non à Jérusalem mais sur le mont Garizim (aujourd'hui près de Naplouse). De la conquête de Pompée à la destruction du Second Temple par Titus Les derniers Hasmonéens (63-37 av EC)

Pompée se garde d'annexer entièrement la terre d'Israël à la province romaine de Syrie de même qu'il évite d'en faire une province à part entière. Il laisse à Hyrcan II, le roi hasmonéen et à Antipater, son ministre, la Judée et la Galilée tandis que la Syrie reçoit la côte, la Samarie et la Décapole51.

En -54, Crassus s'empare du trésor du Temple de Jérusalem, que Pompée n'avait pas touché, et selon Flavius Josèphe, récupère un total de 10 000 Talents ainsi qu'une poutre d'or que le sacrificateur Eléazar lui avait remis à condition de promettre par serment - non respecté - de laisser les anciennes tapisseries qui ornaient le sanctuaire52.

César, lui, favorise Antipater qui l'a soutenu dans sa campagne d'Égypte53, avec ses fils Phasaël nommé gouverneur de Jérusalem et Hérode, gouverneur de Galilée. Il confirme par décret puis par senatus-consulte, peu avant son assassinat, l'etnarchie à Hyrcan et à ses descendants et il exempte les Juifs d'impôts53.

Les exactions d'Hérode en Galilée puis son procès à Jérusalem suscitent la guerre civile en Judée entre les partisans d'Antigone, fils d'Aristobule II, soutenus par les Parthes et ceux de Hérode et Phasaël, soutenus par les Romains. En -40, Antigone prend le contrôle de Jérusalem et remet Hyrcan II aux Parthes. Mais Hérode se déplace à Rome, obtient le support du Sénat contrôlé par Octave et Marc Antoine qui le proclament roi des Juifs54. La guerre reprend entre les deux rois de Judée, Antigone et Hérode et en -37, Hérode qui bénéficie de l'assistance des légions romaines met le siège devant Jérusalem qui est prise au bout d'un siège de quelques mois. Antoine fait décapiter Antigone en -37 à Antioche et Hérode peut régner sans partage, d'autant qu'il fait rapidement assassiner ceux qui pourraient paraître plus légitimes : en -35, Aristobule III, grand-prêtre, petit-fils d'Hyrcan II et frère de son épouse Mariamne puis Hyrcan II lui-même âgé de plus de 80 ans55. La dynastie hérodienne (37 av EC-44 EC) Vue aérienne de l'Hérodion en cours de fouilles archéologiques

Hérode est un Iduméen, donc issu d'un peuple récemment converti au judaïsme, qui épouse Mariamne, une princesse hasmonéenne. Lui-même est très influencé par la culture grecque. C'est un fin général qui reconquiert tout le domaine des Hasmonéens. Il établit une certaine prospérité dans son royaume et ménage Pharisiens et Esséniens49. C'est aussi un grand bâtisseur qui reconstruit le Second Temple, qui n'est terminé qu'en 63 EC soit 7 ans seulement avant sa destruction et dont il reste encore le Mur occidental, élève des palais - forteresses impressionnants à Massada ou à Hérodion où, chaque fois, il fait construire une synagogue, et crée des villes comme Césarée. Mais la peur d'être assassiné le conduit à faire tuer la plupart des membres de sa famille proche et il laisse l'image d'un roi cruel. Il meurt en 4 av EC et ses fils survivants n'arrivent pas à maintenir son royaume. En 6 EC, Archelaos est exilé par les Romains en Gaule et la Judée devient province romaine, dans les frontières du royaume d'Hérode.

Comme toute province romaine, la Judée devient alors administrée par des gouverneurs romains. Ils portent le titre de préfet ou procurateur56 (dont Coponius sous la procurature duquel eut lieu le recensement, mentionné dans le Nouveau Testament, qui suscite l'hostilité de Judas de Gamala57 et Ponce Pilate, de 26 à 36). Ils peuvent exercer tous les pouvoirs et faire et défaire les grands-prêtres49. La mort de Tibère permet à Hérode Agrippa Ier, protégé de son successeur Caligula, descendant d'Hérode le Grand et des Hasmonéens, de retrouver le trône d'abord en tant que tétrarque (il gouverne la Galilée, la Samarie, la Judée et l'Idumée) puis grâce à l'empereur Claude, en tant que roi de Judée. Son règne fut un bref moment de renaissance pour le judaïsme. Il rend son autorité au Sanhédrin mais il meurt en 4458. Son fils et successeur, Hérode Agrippa II reçoit bien, après quelque temps, un titre royal et l'inspection du Temple et le droit de nommer le grand prêtre, mais il ne règne pas sur la Judée59,60. Rome reprend le contrôle de la Judée et le pouvoir revient aux procurateurs. Les dernières années du Temple et la guerre des Juifs (44-73)

Les procurateurs romains reprennent donc le pouvoir, suscitant la rancœur des Judéens. Les heurts sont nombreux parmi les Juifs, particulièrement à cause des zélotes et autres sicaires, et avec les Samaritains, les Grecs et les Romains. Les procurateurs, corrompus, contribuent à l'agitation61. Sous le procurateur Félix (52-60), les émeutes de Césarée entre Juifs et Grecs62 amènent l'intervention de la troupe romaine et la mort de nombreux Juifs63 puis l'arbitrage de l'empereur, Néron, qui donne raison aux Grecs.

C'est l'époque où seuls, quelques-uns, essayent de se tenir au-dessus du conflit. Ils se réunissent autour des autorités du Sanhédrin, Shimon ben Gamliel et Yohanan ben Zakkaï60 et se consacrent à l'enseignement de la Torah.

De nouveaux troubles, à Césarée, en 66, entraînent la révolte, marquée par la cessation par Éléazar ben Hanania des sacrifices pour l'empereur60 et malgré les appels au calme de Hérode Agrippa II, les Juifs, sous la conduite des Zélotes, battent, à Beït-Horon, la douzième légion du gouverneur de Syrie Cestius Gallus61 et s'emparent de Jérusalem. Il semble que les membres du Sanhédrin, plus modérés que les Zélotes, prennent alors le contrôle des affaires. Ils nomment des gouverneurs de province et notamment Joseph ben Mattathias, issu d'une famille sacerdotale, à la tête de la province stratégique de Galilée60. Articles détaillés : Première Guerre judéo-romaine et Siège de Jérusalem (70). La menorah et les trompettes du Temple de Jérusalem telles que représentées sur l'Arc de triomphe de Titus à Rome Réplique de la menorah exposée non loin du Mur occidental à Jérusalem Judaea capta : Sesterce romain célébrant la victoire sur la Judée

L'historien Heinrich Graetz trouve inexplicable la nomination par le Sanhédrin de Joseph ben Mattathias, dont les sympathies pour Rome qu'il avait visitée lors d'une mission pour les Juifs de Judée étaient bien connues. En effet, celui-ci ne tarde pas à trahir la confiance mise en lui et se rend aux Romains et en 67, toute la Galilée leur tombe aux mains malgré la défense de Jean de Gischala. La campagne est marqué par le désastre de Gamla64, sur le plateau du Golan. L'assassinat de Néron en 68 et l'instabilité politique dans l'Empire amène un arrêt provisoire des opérations par les Romains, le temps que Vespasien devienne empereur.

À Jérusalem, la guerre civile fait rage entre les différentes factions, les Pharisiens et les membres du Sanhédrin, partisans d'un compromis avec les Romains et les Zélotes eux-mêmes divisés entre Jean de Gischala et Simon bar Giora. Cette division affaiblit considérablement les Juifs. En 69, lorsque Vespasien devient empereur, il laisse son fils Titus terminer la guerre. Après un siège meurtrier, le Temple puis toute la ville de Jérusalem sont pris (été 70) et détruits par les Romains. Selon Flavius Josèphe, les Romains firent 97 000 prisonniers et 1 100 000 personnes périrent durant le siège de Jérusalem mais ce dernier chiffre est suspect65. Le Temple est pillé et prisonniers et butin sont exposés aux Romains lors du triomphe de Titus, représenté sur l'arc de Titus à Rome. Il fallut encore trois ans aux Romains pour réduire les dernières poches de résistance des Zélotes, notamment à Hérodion et Massada où, toujours selon Flavius Josèphe, tous les défenseurs, se suicident avec femmes et enfants (73). Quelques Juifs fuirent vers les villes juives d'Égypte ou de Cyrénaïque, d'autres allèrent fonder des communautés en Arabie, à Yathrib66. La Judée soumise, jusqu'à la révolte de Bar Kochba (70-135)

Pendant les règnes de Vespasien (69-79) et Titus (79-81), le dernier roi juif Hérode Agrippa II, toujours en faveur auprès des empereurs et dont la Galilée faisait partie des possessions et sa sœur, Bérénice, maîtresse de Titus, adoucissent le sort des Juifs restant en Judée, soumis à un nouvel impôt, le fiscus judaicus67. Yohanan ben Zakkaï et la naissance du judaïsme rabbinique

Le judaïsme avait perdu son centre et beaucoup de ses lois perdaient tout leur sens avec la chute du Temple de Jérusalem, qui jusqu'à la fin avait reçu les dons des fidèles d'Alexandrie ou de Rome66. On doit à Yohanan ben Zakkaï les fondations du judaïsme rabbinique. Membre du Sanhédrin opposé à la guerre, il s'était, dit-on67, échappé de Jérusalem dans un cercueil pour se présenter à Vespasien (Titus ?) qui l'autorise à établir une école à Yavné (entre Jaffa et Ashdod), pour y enseigner la Torah. Il y recrée une sorte de Sanhédrin, qui détermine le calendrier religieux et son enseignement est à la base de la Halakha. Le sacrifice au Temple étant impossible, il centre le judaïsme sur l'enseignement et la pratique de la Torah68. Grâce à son œuvre, le judaïsme d'Éretz-Israël où est fixé le calendrier accepté par toutes les communautés, reste central pour la diaspora. Avec ses disciples, il continue l'œuvre des Tannaïm.

Ses successeurs sont Gamaliel II avec Eleazar ben Azariah69 puis Rabbi Yehoshoua ben Hanania70. Avec leurs nombreux disciples et surtout Rabbi Akiva dont l'école était située à Bnei Brak, aujourd'hui un faubourg de Tel Aviv, ils jouent un rôle prépondérant dans l'élaboration de la Mishnah et du Talmud dit de Jérusalem.

C'est à cette époque que certains traits du judaïsme se sont définitivement fixés : les disciples de Yohanan ben Zakkaï qui enseignaient, étaient appelés רבי (rabbi - mon maître), rabban étant réservé au plus éminent des maîtres donc à Yohanan ben Zakkaï67. Même si son rôle se substitue quelque peu à celui des prêtres du Temple, le rabbin n'est pas un prêtre mais seulement le plus sage de la communauté, celui qui peut enseigner. Quant aux synagogues, elles existaient déjà, particulièrement en diaspora, avant la chute du Temple. Mais celle-ci transforme leur rôle et, de lieux de réunions (signification de synagogue, du grec Συναγωγή Sunagôgê, « assemblée » adapté de l'hébreu בית כנסת - Beit Knesset), elles deviennent lieux de prières, la prière remplaçant le sacrifice au Temple71. La séparation d'avec les judéo-chrétiens

Les premiers disciples de Jésus, les nazaréens ou ébionites, étaient recrutés parmi les Juifs et suivaient les commandements de la Torah. Les difficultés surgirent lorsque, suivant l'enseignement de Saint Paul, de nombreux païens furent accueillis dans le christianisme naissant et qu'il ne fut plus exigé d'eux qu'ils suivent toute la Torah. En particulier, la circoncision ne fut plus obligatoire. D'autres dogmes chrétiens purent choquer les Juifs, comme la proclamation de Jésus, Messie et fils de Dieu, ce qui est inconcevable aux yeux des Juifs72.

C'est donc à Yavné que Samuel Ha-Katan (Samuel le petit), un disciple de Yohanan ben Zakkaï, introduisit dans la Amida, la prière trois fois quotidienne des Juifs, rédigée pour la plus grande part à cette époque, une bénédiction demandant à Dieu de détruire les minim, les calomniateurs et dénonciateurs du peuple juif. Parmi les Minim figuraient les premiers chrétiens, même si le terme est plus général, désignant toutes sortes de dissidents à l'orthodoxie pharisienne73,74. Le monde juif en ébullition : les révoltes de 115-117 et la révolte de Bar Kochba (132-135)

L’attitude de l’empereur Domitien (81-96) envers les Juifs et les Chrétiens a suscité de nombreux travaux et débats75,76,77,78. Suétone79 et Dion Cassius80 témoignent du fait que Domitien exigea avec une rigueur particulière le paiement de la taxe juive instituée par son père Vespasien, entraînant des exactions nombreuses. En lien avec ces attaques les dernières années du règne de Domitien sont aussi marquées par des accusations contre des aristocrates romains vivant à la façon des Juifs et accusés d’impiété et d’atteinte à la maiestas de l’empereur81. C’est dans ce cadre que Domitien fit mettre à mort des membres de sa famille, Flavius Clemens et sa femme Flavia Domitilla, exécutions que l’auteur chrétien Eusèbe de Césarée rattache à une persécution anti-chrétienne plus vaste82. La question est cependant débattue de savoir si Clemens et Domitilla furent condamnés en tant que chrétiens ou que juifs83. De plus, à la mort d'Hérode Agrippa II, vers 92, Domitien réunit son domaine à la province de Syrie72. Le dernier souvenir de l'indépendance juive disparaît.

Les exactions de Domitien laissèrent un souvenir tel que son successeur Nerva (96-98) prit soin de faire savoir largement qu’il avait mis fin à ces pratiques81. La taxe due au fiscus Iudaicus ne fut plus exigée que des Juifs pratiquants et elle ne fut plus prise comme prétexte à une condamnation relative à la loi sur la maiestas84.

Sous Trajan (98-117), la situation est telle que les Juifs se révoltent, en 115, en de multiples régions de l'Empire, en Cyrénaïque puis en Égypte et à Chypre, alors qu'en Mésopotamie, les Juifs contribuent au recul de Trajan puis d'Hadrien face aux Parthes85. Tétradrachme de Bar-Kochba - on voit la façade du Temple et l'Arche d'alliance sous l'étoile et à droite loulav et etrog

Aussi, la mort de Trajan et l'avènement de son successeur Hadrien (117-138) sont-ils bien accueillis par les Juifs. On dit même que ce dernier va permettre la reconstruction du Temple de Jérusalem86, mais il apparaît vite qu'il s'agit de toute autre chose : Hadrien fonde une nouvelle ville païenne Ælia Capitolina sur les ruines de Jérusalem, très légèrement au nord de l'antique cité de David87, ce qui s'ajoute à l'interdiction de la circoncision qui datait probablement de quelques années auparavant et qui ne visait pas nécessairement uniquement les Juifs88. Article détaillé : Révolte de Bar Kokhba.

La révolte éclate en 132. Son chef en est Bar-Kokhba, « fils de l'étoile » ainsi surnommé par Rabbi Akiba mais son vrai nom était Bar Koziba68. Les révoltés rencontrent de premiers succès, prennent le contrôle d'une bonne partie de la Judée et battent même monnaie. Hadrien doit faire appel à un de ses grands généraux, Iulius Severus pour venir à bout des insurgés dont le dernier refuge est la forteresse de Betar, près de Jérusalem.

C'est un désastre pour les Juifs de Judée. Selon Dion Cassius, si la guerre a été dure pour les Romains, ce fut bien pire pour les Juifs : « Cinquante de leurs places les plus importantes, neuf cent cinquante-cinq de leurs bourgs les plus renommés, furent ruinés ; cent quatre-vingt mille hommes furent tués dans les incursions et dans les batailles (on ne saurait calculer le nombre de ceux qui périrent par la faim et par le feu, en sorte que la Judée presque entière ne fut plus qu'un désert) ». Les Juifs dans la Palestine romaine et byzantine (135-634) Ruines du cardo d'Ælia Capitolina dans la vieille ville de Jérusalem

La défaite de Bar Kokhba est un désastre, pour les Juifs de la terre d'Israël, non seulement militaire et politique mais aussi démographique et spirituel. La Judée a été ravagée par les combats, Hadrien fait interdire la nouvelle ville d'Ælia Capitolina aux Juifs et élève une statue de Jupiter sur les ruines du Temple, il interdit l'enseignement de la Torah89. Les rabbins sont persécutés et Rabbi Akiba est supplicié. Les chrétiens cherchent à se distancier des Juifs et abandonnent de plus en plus la loi juive89. Autre conséquence de la guerre, le peuplement juif de la terre d'Israël ne reste important qu'en Galilée68.

C'est aussi l'époque où l'usage du terme Palestine se généralise. Hadrien, qui avait fait frapper des pièces de monnaie mentionnant la Judée en 13090 utilise dans son rapport de campagne au Sénat, le mot Palestine du nom d'un ancien peuple de la région, les Philistins91. La province est désormais appelée Syrie-Palestine. Le Sanhédrin, de sa restauration à son abolition (140-426)

Il faut attendre le règne d'Antonin le Pieux (138-161) pour que soit abrogées en 139 ou en 140 les lois anti-juives, à l'exception de l'interdiction de circoncire des prosélytes et d'entrer dans Jérusalem89. C'est à Ousha en Galilée occidentale que s'établit le Sanhédrin, autour de Rabbi Shimon ben Gamliel II92, de Rabbi Meïr et de Rabbi Shimon bar Yohaï, à qui l'on attribue le Zohar.

Le Sanhédrin est dirigé par son président, le nassi (hébreu : נָשִׂיא), choisi jusqu'à la fin dans la maison de Hillel, qui est lui-même rattaché par certaines traditions à la maison de David. Avec la disparition des rois de Judée, c'est la seule autorité juive subsistant et son influence s'exerce bien au-delà de la terre d'Israël. Il fait fonction de tribunal suprême du judaïsme93 et sur le territoire de l'ancienne Judée, il perçoit la dîme94. L'autorité du Sanhédrin est relayée dans les villes et les villages (les Juifs y sont majoritairement des paysans) par des collèges de sept juges95. La communauté perçoit des impôts pour l'entretien des synagogues, l'achat de sefer Torah, les salaires des fonctionnaires. Les écoles apprennent à lire et donnent l'éducation religieuse de base aux enfants, surtout aux garçons95. Les ressources du Sanhédrin allant s'amenuisant avec les taxes romaines et l'appauvrissement de la population juive, Juda II, au IIIe siècle, fait, pour la première fois, appel au financement du Sanhédrin par la Diaspora, en particulier par les Juifs de Rome96.

Le Sanhédrin aura encore des chefs prestigieux. Juda Hanassi, à la fin du IIe siècle, est à l'origine de la compilation de la Mishnah, sur laquelle se fonde le Talmud. Il transporte le Sanhédrin à Sepphoris, avant que son petit-fils Juda II ne le déplace à Tibériade97. C'est aussi à cette époque que sont rédigés de nombreux midrashim. Hillel II, est crédité d'avoir établi en 359 les règles de calcul du calendrier juif98. Par ce geste, il abandonne un des derniers symboles de la puissance du Sanhédrin, qui jusqu'à lui déterminait seul le calendrier et donc la date des fêtes mais il permet ainsi au judaïsme de se perpétuer indépendamment de l'avenir de cette institution99.

Cependant, avec l'avènement du christianisme, l'opposition avec les autorités ecclésiastiques se fait de plus en plus forte et quand Gamaliel VI meurt en 426, il n'est pas remplacé et un décret de Théodose II demande que les impôts qu'il percevait soient désormais versés au trésor impérial100,101.

En fait, c'est dès le IIIe siècle que le centre spirituel du judaïsme se déplace hors l'empire romain, vers la Mésopotamie, où les Juifs sont beaucoup moins en butte à l'hostilité du pouvoir. La rédaction du Talmud de Jérusalem est interrompue vers le début du Ve siècle102. En terre d'Israël subsistent néanmoins des écoles, moins prestigieuses que les académies talmudiques de Mésopotamie, à Sepphoris, Tibériade, Lydda et même Césarée, siège du procurateur romain94. Les Juifs dans la Palestine byzantine (324-634)

Lorsque Constantin s'empare des provinces orientales de l'Empire romain, les Juifs sont encore majoritaires en Palestine98. Mais, dès le siècle suivant, ce sont les chrétiens qui y sont majoritaires. Constantin redonne son nom à Jérusalem sans toutefois autoriser les Juifs à y revenir et fait construire l'église du Saint-Sépulcre, faisant ainsi de Jérusalem la ville sainte du christianisme. De plus, Hélène, la mère de Constantin, fait du Mont du Temple, la décharge de Jérusalem103. L'Église cherche à limiter les influences juives sur la religion chrétienne en évitant tout contact entre Juifs et chrétiens  : la date clé est celle du premier concile de Nicée en 325 qui établit une date de Pâques différente de celle de la Pâque juive, même si elle en reste proche. Le Sanhédrin ne proclame donc plus la date des fêtes chrétiennes et comme le gouvernement impérial empêche les messagers juifs de diffuser le calendrier arrêté par le Sanhédrin, Hillel II en établit les règles définitives98.

Au IVe siècle, Jérôme de Stridon témoigne de l'habitude déjà prise par les Juifs de venir prier le long des ruines du Temple104, seul endroit de Jérusalem où ils ont accès, contre paiement.

Les premières lois démontrant la primauté du christianisme sur le judaïsme sont édictées dès 329 quand il devient interdit aux Juifs de dénoncer les conversions du judaïsme au christianisme alors que les conversions au judaïsme sont interdites. Dix ans plus tard, il est interdit aux Juifs d'acquérir des esclaves non-juifs et leur circoncision est puni de mort98. Les restrictions et les taxes qui s'abattent alors sur les Juifs amènent ceux-ci à la révolte, matée en 352 par Gallus qui rase Sepphoris et détruit partiellement Tibériade et Lydda99.

Le règne de Julien (361-363) apporte un court répit car il abroge les lois anti-païennes et anti-juives et promet la reconstruction du Temple98. Mais, au Ve siècle, c'est la construction de nouvelles synagogues qui est interdite par le code théodosien, même si les fouilles ont démenti la bonne application de cette loi98.

En effet, les ruines de synagogues byzantines sont nombreuses en terre d'Israël. On y remarque dans beaucoup d'entre elles une influence hellénisante importante. La plus célèbre de ces synagogues est celle de Capharnaüm, même si elle est bien postérieure à celle où Jésus aurait prêché. Certaines sont ornées de mosaïques comme à Beth Alpha et à Ein Gedi où est représenté le zodiaque, ou à Hammath-Tibériade où l'on voit le dieu du Soleil Hélios. La mosaïque de Hammath Gader, visible à la Cour Suprême d'Israël, est plus orthodoxe puisqu'elle représente deux lions rappelant le lion de Juda. D'autres synagogues existent à Jéricho105 ou à Gaza.

   Synagogue de Capharnaüm (IVe siècle)
   Représentation du zodiaque dans la synagogue de Beth Alpha (V-VIe siècle)
   Représentation du zodiaque dans la synagogue de Sepphoris (Ve siècle)
   Lions et cyprès de la synagogue de Hammath Gader (V-VIe siècle)

Au VIe siècle, selon Heinrich Graetz, la seule ville où les Juifs soient encore majoritaires est Nazareth106. La situation des Juifs s'aggrave au fur et à mesure que progresse le christianisme en Palestine. En 532, l'empereur Justinien interdit aux Juifs de témoigner contre des chrétiens ou de célébrer la Pâque avant les Pâques chrétiennes. Il impose l'usage d'une traduction grecque (ou latine en Italie) pour la lecture de la Torah et interdit de dire le Chema Israël, la profession de foi juive, prononcée matin et soir par les Juifs106.

Les poètes Yannaï et Eleazar Hakalir composent les premiers piyyoutim.

Le VIIe siècle amène de nombreux bouleversements : en 614, Khosro II, empereur perse, prend Jérusalem avec le soutien des Juifs et rétablit un pouvoir juif sur cette ville, ce qui vaut aux Juifs de l'empire byzantin de nouvelles persécutions107. Mais l'empereur byzantin Héraclius rétablit sa situation et peut entrer triomphalement dans Jérusalem le 29 mars 629108. Le triomphe est de courte durée car, dès 634, commence la conquête arabe. Les Juifs dans la Palestine arabe (634-1516) De la conquête par les Arabes à celle par les Croisés (634-1099)

La conquête par les Arabes d'Omar paraît avoir bien été accueillie par les Juifs. Ils leur auraient facilité la conquête d'Hébron109 et de Césarée110. Après la prise de Jérusalem en 638, Omar autorise soixante-dix familles juives de Tibériade à s'y installer110 dans le quartier dit des « Détritus »111, car il avait assigné aux Juifs la responsabilité de la propreté du mont du Temple112. Le statut de dhimmi que leur octroie le pacte d'Omar (VII ou VIIIe siècle) est un progrès par rapport au code de Justinien110. Toutefois, dans une société fondée sur la paysannerie, l'impôt foncier éloigne de nombreux Juifs du travail de la terre110.

L'urbanisation qui s'ensuit ne se limite pas à Jérusalem où une synagogue est construite113, des communautés importantes existent à Tibériade et à Ramleh, de nombreux Juifs étant venus de Babylonie114. À la tête de la communauté d'Eretz-Israel se trouve la Yeshiva de la terre d'Israël, située selon les époques à Jérusalem, Tibériade ou Ramleh. Elle adopte quelque peu le modèle des académies talmudiques de Babylonie, sans en avoir le prestige. Les directeurs académiques qui portent, comme leurs collègues babyloniens, le titre de Gaon sont reconnus comme dirigeants spirituels par les Juifs des possessions fatimides, comme l'Égypte et la Syrie, ainsi que par les Juifs d'Italie du Sud et de Sicile.

Tibériade conserve une communauté importante, qui compte en son sein deux des plus grandes familles de Massorètes, les Ben Asher et les Ben Naphtali. C'est donc probablement à Tibériade qu'a été fixé le texte massorétique de la Bible au IXe siècle115.

Au IXe siècle, le judaïsme de la terre d'Israël est profondément marqué par le karaïsme, un mouvement juif né en Babylonie, qui a fait sécession avec le judaïsme rabbinique dont il ne reconnaît pas le caractère sacré du Talmud. Si le témoignage selon lequel le fondateur de ce mouvement, Anan ben David, aurait émigré à Jérusalem, ne semble pas digne de foi, il est certain qu'un mouvement messianique, mené par Daniel al-Qumissi, entraîne un fort afflux de Karaïtes en terre d'Israël, et particulièrement à Jérusalem116. La synagogue karaïte est la plus vieille synagogue existante aujourd'hui dans la vieille ville de Jérusalem117.

Au Xe siècle, le géographe arabe al-Muqaddasi, originaire de Jérusalem, décrit une ville où les éléments juifs et chrétiens dominent, les premiers parmi les fabricants de monnaie, teinturiers, banquiers et tanneurs, les seconds parmi les physiciens et les scribes118. La ville est belle, mais la vie y est dure, en particulier pour un musulman119. Les Juifs dans le royaume croisé (1099-1291)

Le 15 juillet 1099, les Juifs de Jérusalem combattent les envahisseurs puis se réfugient dans leur synagogue et y sont brûlés vifs lors de la prise de cette ville par les troupes chrétiennes de Godefroy de Bouillon. Les chrétiens rétablissent l'interdiction aux Juifs d'habiter Jérusalem. Un nouveau massacre de Juifs se produit lors de la prise de Haïfa en 1104120.

Mais probablement, à cause de la présence chrétienne en Palestine qui rend le voyage possible, les Juifs d'Europe manifestent de nouveau leur intérêt pour la terre d'Israël. Juda Halevi121, médecin, poète, philosophe et rabbin espagnol, auteur des Odes à Sion ou Sionides122 est le premier à vouloir aller vivre sur la terre d'Israël mais il meurt en route pour Jérusalem. Benjamin de Tudèle, dans les années 1160, nous a laissé un témoignage unique sur la vie juive tout le long de ses immenses voyages et notamment en Palestine. Il consacre plusieurs pages aux Samaritains, vivant autour du mont Guerizim. Il nous apprend qu'il y a malgré tout, quelque 200 Juifs à Jérusalem, à la fin de la présence croisée dans cette ville, qui ont l'habitude de prier au Mur occidental et qui y exercent la profession de teinturiers, de même que douze d'entre eux à Bethléem. Il décrit aussi le tombeau des Patriarches à Hébron123, dont il dit qu'il s'y situait une synagogue du temps des musulmans, avant qu'il ne soit transformé en église Saint Abraham. En 1165, la famille du jeune Moïse Maïmonide, qui deviendra l'un des plus grands sages du judaïsme, fait aussi étape à Jérusalem dans sa fuite des Almohades.

La prise de Jérusalem par Saladin en 1187 permet le retour des Juifs qui en sont à nouveau chassés lors de l'occupation franque de 1229 à 1244. Toutefois, les persécutions en Europe incitent certains Juifs à aller s'établir en terre d'Israël. C'est le cas de nombreux érudits français ou espagnols, parmi lesquels des tossafistes, dont Yehiel de Paris, Samson de Sens, et Nahmanide sont parmi les plus illustres. Ce dernier découvre une Jérusalem en ruine (elle a été ravagée par les Mongols en 1260), et n'y trouve que deux Juifs, teinturiers de leur état. Avec quelques autres des villages avoisinants, ils forment le minyan, le chabbat124. Il y crée en 1267, la synagogue Ramban qui existe toujours. Il s'installe ensuite à Acre tenue par les Croisés jusqu'en 1291 et où prospère au XIIIe siècle une communauté juive, anéantie, comme toute la population, lors de la prise de la ville par les Mamelouks120. La domination des Mamelouks (1250-1517)

À partir du milieu du XIIIe siècle, les Mamelouks, dont la capitale est au Caire, en Égypte, dominent la Palestine. Les communautés juives se regroupent dans quelques villes, Jérusalem, Hébron et Gaza et autour de Safed en Galilée125. Les Juifs de la terre d'Israël ont à leur tête un Naghid ou gouverneur qui ne peut arrêter les émeutes anti-juives et les mesures discriminatoires125. Cela n'empêche pas quelques Juifs d'y émigrer à la suite de l'expulsion des Juifs de France en 1306126 ou aux massacres liés à la Peste noire. Une yechiva ashkénaze est fondée au XIVe siècle à Jérusalem125. À partir de la fin du XIVe siècle et de l'aggravation de la situation des Juifs en Espagne, une immigration séfarade se développe en Palestine, qui va marquer profondément le judaïsme palestinien125, alors même qu'à Jérusalem, les taxes et la famine conduisent une centaine de familles juives à quitter la ville vers le milieu du XVe siècle et que s'établit une certaine défiance entre Ashkénazim et Séphardim127.

En 1481, un voyageur de Florence, Meshullam ben Menahem Volterra, trouve 60 familles juives cultivant la vigne et des céréales dans des fermes autour de Gaza128.

À la fin du XVe siècle, un Juif italien, Obadiah ben Abraham de Bertinoro129 prend en main les destinées de la communauté juive de Jérusalem et y fonde ou refonde ses institutions administratives et charitables.

À la même époque, Joseph Saragossi, un rabbin fuyant l'Espagne, rejoint la communauté de Safed, qui compte alors 300 familles130 et y développe l'étude de la Kabbale. Les Juifs dans la Palestine ottomane (1517-1917)

En 1517, Selim Ier, sultan ottoman prend le contrôle de la Palestine. Or, son prédécesseur, Bayezid II avait ouvert les portes de son empire aux Juifs expulsés d'Espagne en 1492131. C'est par dizaines de milliers132 que les Juifs se réfugient dans l'Empire ottoman et vont contribuer à sa prospérité au XVIe siècle et à partir de 1517, en particulier en Palestine.

On estime à 10 000 personnes la population juive de Palestine au début de la domination ottomane, Jérusalem, Safed et Tibériade en étant les principaux centres133. Le rayonnement de Safed (XVIe siècle)

Les rabbins établis à Safed en Galilée marquent considérablement le judaïsme : l'un d'eux, le rabbin Yossef Karo, rédige une compilation de toutes les lois énoncées par le Talmud, appelée Choulhan Aroukh (hébreu : שולחן ערוך La Table dressée) qui règle la vie des Juifs pratiquants jusqu'à nos jours. Son collègue Salomon Alkabetz écrit le Lekha Dodi, un poème encore chanté au début du chabbat dans toutes les synagogues séfarades et ashkénazes par lequel la communauté souhaite la bienvenue au chabbat.

Cependant, c'est le développement de l'étude de la Kabbale qui fait le grand renom de Safed. La Kabbale est un mysticisme reposant « à la fois sur l'ésotérisme et la théosophie »134. Les plus éminents des maîtres de la Kabbale sont Moïse Cordovero, un rabbin espagnol établi à Safed, Isaac Louria, son élève, dont le disciple Haïm ben Yossef Vital compile l'œuvre dans le Sefer Etz Hayim (Le livre de l'arbre de vie).

C'est à Safed qu'est installée la première presse d'imprimerie hébraïque, par Abraham Askhenazi135.

Toujours en Galilée, Tibériade bénéficie aussi de l'influence auprès du sultan de Joseph Nassi, seigneur de Tibériade, qui fait reconstruire les murailles de Tibériade et y promeut l'industrie du ver à soie afin de faire revenir les Juifs sur la terre d'Israël, sans succès notable136.

Un peu plus tôt, vers 1540, avait été établie par le rabbin Malkiel Ashkenazi, à Hébron, la synagogue Abraham Avinou. Du XVIIe au XIXe siècle Hostellerie juive et synagogue de Jaffa (1740), à l'intention des pèlerins en route pour Jérusalem Synagogue Yohanan ben Zakkaï (XVIIe siècle), une des quatre synagogues séfarades de Jérusalem

Le déclin et le repli sur lui-même de l'Empire ottoman à partir du XVIIe siècle et un renouveau de l'hostilité anti-juive peuvent expliquer le déclin de la communauté juive palestinienne de cette époque137. Toutefois, cela n'empêche pas un lent mouvement d'établissement ou de pèlerinage en Eretz Israel.

Depuis le XVIIe siècle (et jusqu'à aujourd'hui pour les séfarades), la communauté juive d'Eretz-Israel possède à sa tête un grand-rabbin séfarade, appelé Rishon LeTzion (ראשון לציון-le premier à Sion)138, lui-même sous l'autorité du Hakham Bachi (« Sage en chef ») de Constantinople.

En 1660, les Juifs de Safed sont massacrés139. Ce qui restait de la communauté est anéanti par la peste de 1742 et le tremblement de terre de 1769135.

C'est à Gaza qu'en 1663, Sabbataï Tsevi qui se prétend le messie, trouve son plus fervent partisan, Nathan de Gaza, un Juif de Jérusalem, qui prétend être une réincarnation du prophète Élie. Nathan de Gaza parcourt le Moyen-Orient et le monde méditerranéen pour essayer vainement de convaincre les communautés juives de la justesse de cette cause. La synagogue Hourba (avant 1899) dans la vieille ville de Jérusalem Le moulin de Montefiore (1863) près de Mishkenot Sha'ananim

À Jérusalem, différentes communautés séfarades établissent quatre synagogues mitoyennes les unes des autres à partir du XVIe siècle : la synagogue Eliyahou Hanavi qui servait plutôt de lieu d'étude, la synagogue Yohanan ben Zakkaï au XVIIe siècle, la synagogue Istanbuli au XVIIIe siècle et la Synagogue Emtsai au milieu de ces trois synagogues. La plus ancienne synagogue ashkenaze de Jérusalem est la synagogue Hourba140. Le début de sa construction remonte à 1700 mais elle est interrompue par manque d'argent.

À Jaffa, une hostellerie juive est fondée en 1740.

Au début du XVIIIe siècle, la population juive de Jérusalem ne serait plus que de 1000 habitants mais une immigration continue la renforce quelque peu : un millier de Juifs de Pologne menés par un disciple de Sabbataï Tsevi, Juda Hahassid, au tout début du XVIIIe siècle puis des Italiens puis des Marocains en 1741. Vers 1760, Jérusalem est une petite ville de 15 000 habitants au plus dont deux à trois mille Juifs. Puis, dans le dernier quart du siècle, viennent des Juifs ashkénazes, disciples du Baal Shem Tov et du Gaon de Vilna. Une partie notable de cette population étudie la Torah dans les yechivot, à l'époque séfarades, et vit donc de subsides venus de la diaspora141.

En 1776, la communauté juive de Safed est refondée par des Juifs russes, suivis par des Ukrainiens135, disciples du Gaon de Vilna.

Dans la première partie du XIXe siècle, l'immigration ashkénaze des Peroushim (ainsi dénommés parce qu'à l'image des anciens Pharisiens, il se détournent des choses profanes) continue à se développer, et aboutit à la création d'une yechiva ashkénaze, puis d'une première synagogue ashkénaze (Menachem Zion) en 1837142.

En 1856, sur les 18 000 habitants de Jérusalem, 5137 sont juifs, dont 3500 séfarades et le reste ashkénazes, majoritairement des Peroushim142.

L'intervention de philanthropes juifs tels les Rothschild en Europe ou Yechezkel Reuben de Bagdad, ainsi que le soutien du roi Frédéric-Guillaume IV de Prusse permet la reprise de la construction et l'achèvement en 1864 de la synagogue Hourba.

La communauté juive de Jérusalem continue à bénéficier de l'intérêt de riches philanthropes de la Diaspora qui vont permettre son développement non seulement en la finançant mais aussi en défendant ses droits vis-à-vis des autorités turques : pami eux-ci, Moïse Montefiore se distingue en finançant en 1860 le développement du premier quartier juif hors les murs, Mishkenot Sha'ananim, près duquel s'étendra à partir de 1892 le quartier de Yemin Moshe143.

En 1873, est fondé toujours à Jérusalem, par des Juifs orthodoxes, le nouveau quartier de Méa Shéarim144. L'immigration en terre d'Israël avant Herzl (1860-1896) Bâtiment de Mishkenot Sha'ananim, aujourd'hui, une maison d'hôtes (1860)

Depuis le premier exil, les Juifs ont exprimé dans leurs prières leur désir de retour à Sion. Certains des plus religieux d'entre eux l'ont entrepris. On peut rappeler, au cours des siècles, les noms d'Ezra, de Hillel, de Juda Halevi, de Yehiel de Paris, de Nahmanide ou du Gaon de Vilna. Ceux-ci et leurs disciples cherchaient à mieux vivre leur foi sur la terre d'Israël. Les tentatives de refaire vivre l'agriculture de la terre d'Israël sont plus rares : la première connue est celle de fermiers à Gaza, rapportée en 1481 par Meshullam ben Menahem Volterra. On peut aussi citer celle de Joseph Nassi au XVIe siècle. Au XVIIe siècle, Moshe ben Joseph di Trani, rapporte que des Juifs palestiniens cultivent le coton, les céréales et les légumes pratiquent la sériciculture ou l'apiculture128. Mais les premières tentatives plus abouties remontent au XIXe siècle.

Si Moïse Montefiore aide au premier développement urbain juif hors les murs à Jérusalem dès 1860, la première tentative pérenne d'établissement agricole est due à Charles Netter, l'un des fondateurs de l'Alliance israélite universelle qui acquiert 250 hectares auprès du gouvernement turc et fonde, en 1870, la ferme-école de Mikvé-Israël (aujourd'hui un collège-lycée franco-israélien sur le territoire de la ville de Holon)128. Bâtiment administratif à Zikhron Yaakov (circa 1900)

En 1881, à la suite de l'assassinat d'Alexandre II, une vague de pogroms sanglants déferle sur l'Empire russe. Léon Pinsker, médecin juif polonais145, publie en allemand, en janvier 1882, sa brochure Auto-émancipation dans laquelle il dénonce la judéophobie (« Judophobie » en allemand)146 et promeut l'indépendance juive. Ces pogroms et ce texte sont à l'origine de la création de la société des Amants de Sion et de la première Aliyah (1881-1903)147.

C'est aussi en 1882 que les premiers établissements agricoles de Juifs russes et roumains sont créés en terre d'Israël, à Zikhron Yaakov et à Rishon LeZion. C'est l'aide financière et organisationnelle déterminante du baron Edmond de Rothschild qui permet le succès de ces établissements : à la fin du siècle, la population de Rishon-LeZion dépasse les 500 habitants et celle de Zihron Yaakov, près de 1000 habitants128. Edmond de Rothschild contribue ensuite à la fondation d'autres établissements comme à Metoula ou à Rosh Pina. Ils forment le noyau de ce qu'on appelle le nouveau Yichouv. Démographie

Bien que l'immigration juive en Palestine soit encore modeste, les chiffres fournis par la Jewish Encyclopedia montre une croissance nette de la population juive en Palestine, liée en partie au succès des nouveaux établissements agricoles, en partie à la continuation de l'immigration religieuse et en partie certainement à l'amélioration des conditions de vie de la minorité juive. La population juive de la province ottomane de Syrie-Palestine est de 70 000 personnes148 et celle de Jérusalem a cru de 7 000 personnes en 1862 à 30 ou 50 000 personnes en 1902, à tel point que les Juifs sont dès lors majoritaires à Jérusalem149,150. Renaissance de l'hébreu

Dans les années 1880-1900 débutent les travaux pour la renaissance de l'hébreu. Les immigrés juifs parlaient alors le yiddish ou la langue de leur pays d'origine. L'hébreu était réservé à l'étude des textes et prières bibliques et talmudiques. Eliézer Ben Yehoudah, issu d'une famille yiddishophone, immigre en Palestine en 1881 et se consacre à la renaissance de l'hébreu en commençant par en imposer l'usage à sa famille. Il rédige un grand dictionnaire hébraïque. Il se heurte aux oppositions de ceux qui préfèreraient l'allemand ou le français comme nouvelle langue nationale et de ceux pour qui l'usage profane de l'hébreu s'apparente au blasphème. Son premier succès est l'adoption de l'hébreu par le Technion, la nouvelle école d'ingénieurs de Haïfa, en 1913151 Les débuts du sionisme (1896-1917) Articles détaillés : Sionisme et Histoire du sionisme.

En 1896, officiellement à la suite des réflexions que lui inspire l'affaire Dreyfus, un journaliste viennois juif, Theodor Herzl, publie « L'état des Juifs » (Der Judenstaat) dans lequel il promeut la création d'un état pour les Juifs et en détaille les institutions et le fonctionnement. Il crée aussi l'organisation sioniste dont le premier congrès se réunit à Bâle en 1897 et qui va continuer son œuvre après sa mort en 1904. C'est l'organisation sioniste qui entérine le choix de la Palestine pour l'état des Juifs.

Le développement du sionisme combiné à la peur suscitée par les nouveaux pogroms à Kichinev, en 1903 et 1905, aboutissent à la deuxième vague d'immigration en terre d'Israël ou deuxième aliyah, qui amène quelques dizaines de milliers d'immigrants d'Europe orientale, parmi lesquels Yitzhak Ben-Zvi ou David Grün qui prend le nom hébreu de David Ben Gourion152. Quelques étapes importantes pour le développement du yichouv marquent cette période : la création en 1903 de l'Anglo-Palestine Company, à l'origine du système bancaire moderne en Palestine ; l'apparition des premiers partis politiques juifs, socialisants, en 1905 ; la création, en 1907, du Fonds national juif ou Keren Kayemet LeIsrael, chargé de l'acquisition des terres en Palestine, la création de Bar-Guiora, une organisation paramilitaire d'auto-défense en 1907153 ; la fondation de Tel-Aviv, en 1909, sur des dunes au nord de Jaffa ; la même année, la naissance du premier kibboutz à Degania152 et en 1912, l'inauguration du Technion à Haïfa, la première université en Palestine154.

Ce succès relatif de l'immigration juive en Palestine ne doit pas faire oublier qu'à la même époque, ce sont des centaines de milliers de Juifs qui préfèrent émigrer vers les États-Unis. Les sionistes restent minoritaires au sein du peuple juif, où les orthodoxes, coalisés dans l'Agoudat Israel, s'opposent très vivement à eux155. C'est aussi durant cette période qu'apparaissent les premiers signes d'opposition arabe au mouvement sioniste : en 1891, des notables hiérosolomytains protestent contre la vente de terre aux Juifs ; en 1908, sont fondés les premiers journaux nationalistes arabes Al-Karmel et Falistin156.

À la fin de la période ottomane, la population juive est estimée entre 56 000 personnes157 et 82 000 personnes158 et la population arabe à plus de 600 000 personnes159. Les Juifs dans la Palestine sous administration britannique (1917-1948) L'installation de l'administration britannique (1917-1922) Article connexe : Palestine mandataire. 1918. Soldats de la Légion juive, près du Mur L'émir Fayçal et Chaim Weizmann (à gauche, portant aussi une tenue bédouine)

La Première Guerre mondiale bouleverse la géographie du Moyen-Orient. L'Empire ottoman est allié aux empires centraux et les Français et les Anglais comptent bien profiter d'une défaite turque pour se partager la région. Les accords Sykes-Picot attribuent la Palestine à l'influence britannique. Ces accords n'empêchent pas les Anglais de promettre aux Arabes, un royaume indépendant et aux Juifs, la construction d'un « foyer national » en Palestine. Ce dernier est l'objet de la déclaration Balfour du 2 novembre 1917, inspirée par le chimiste et dirigeant sioniste Chaim Weizmann.

Sur le plan militaire, les Anglais, sous la conduite du général Allenby et avec la participation d'une brigade juive conquièrent la Palestine en 1917 et 1918 et nomment en 1920 une administration civile dirigée par un haut-commissaire civil Sir Herbert Samuel. En juillet 1922, la Société des Nations attribue à la Grande-Bretagne un mandat qui doit préparer la création d'un foyer national juif, tout en permettant à l'ensemble de la population de se gouverner156. Il précise par son article 2 que la Grande-Bretagne doit assumer « la responsabilité d’instituer dans le pays un état de choses politique, administratif et économique de nature à assurer l’établissement du foyer national pour le peuple juif (…) et à assurer également le développement d’institutions de libre gouvernement, ainsi que la sauvegarde des droits civils et religieux de tous les habitants de la Palestine, à quelque race ou religion qu’ils appartiennent »160.

Les sionistes avaient proclamé leur neutralité dès le début du conflit. Seuls Chaïm Weizmann et Zeev Jabotinsky voient que la guerre va radicalement changer les choses154. Ce dernier convainc les Anglais de créer un régiment juif (la légion juive), le 23 août 1917, qui regroupe 800 hommes et qui est envoyé en Palestine en février 1918161. Chaim Weizmann se consacre à la diplomatie et obtient des Anglais la déclaration Balfour. Il participe à la préparation de la conférence de la paix à Paris et il y signe, en 1919, un accord avec Fayçal, futur roi d'Irak162.

Malgré ces accords, les premières émeutes anti-juives se produisent en mars-avril 1920 à Jérusalem puis en mai 1921 à Jaffa et contre des établissements agricoles. Ces émeutes font plus de 50 morts et sont attribuées par la commission Haycraft nommée par les Britanniques à la colère arabe contre l'immigration juive156. Cela débouche sur la publication du premier Livre blanc, dit le livre blanc Churchill, visant à rassurer les Arabes, en limitant l'immigration juive. Mais ces émeutes débouchent aussi sur la création des unités de défense juive, la Haganah à partir des unités de l'organisation Hashomer.

Cette période est celle de la troisième Aliyah, suscitée par la déclaration Balfour et aussi les troubles d'Europe centrale et orientale, faisant suite à la Première Guerre mondiale. En 1921, est créé le premier moshav ou village coopératif de paysans indépendants dans la vallée de Jezreel163. Les Juifs dans la Palestine sous mandat britannique (1922-1948) De 1922 à 1939

En 1921, le Rav Kook est élu premier Grand-Rabbin ashkénaze de Palestine, au côté du grand-rabbin séfarade. Les Mizrahim, Juifs orientaux, sont dès lors assimilés aux séfarades, bien que leurs familles ne soient pour la plupart jamais passés par l'Espagne164. Il fonde en 1924, à Jérusalem, une yechiva, Merkaz Harav, qui se veut « favorable au sionisme, universelle dans sa vision des choses et son programme d'études »165. Par son influence, il contribue à l'émergence d'un sionisme religieux, jusque là marginal, voire inexistant.

Le 1er avril 1925, l'Université hébraïque de Jérusalem est solennellement inaugurée sur le mont Scopus en présence de Chaïm Weizmann, du général Allenby, de lord Balfour, du Rav Kook et du poète Haïm Nahman Bialik166. Cette université symbolise le triomphe des idées d'Eliézer Ben Yehoudah, qui était mort en 1922.

En 1920, avait été créée la Histadrout, la centrale syndicale des travailleurs juifs de Palestine, dont le premier secrétaire général est David Ben Gourion. En 1925 commence à paraître son journal, Davar.

En 1929, l'organisation sioniste mondiale crée l'Agence juive qui va aider à l'administration du foyer national juif, en vertu du mandat de la Société des Nations : pour assister la Grande Bretagne dans cet objectif, « un organisme juif convenable sera officiellement reconnu et aura le droit de donner des avis à l’administration de la Palestine et de coopérer avec elle dans toutes questions économiques, sociales et autres, susceptibles d’affecter l’établissement du foyer national juif et les intérêts de la population juive en Palestine, et, toujours sous réserve du contrôle de l’administration, d’aider et de participer au développement du pays. »160.

Cette période relativement paisible d'essor du Yichouv permet la quatrième aliyah, datée de 1924 à 1928, qui bénéficie de la politique des quotas américaine, limitant l'immigration aux États-Unis des personnes originaires d'Europe orientale.

La situation s'aggrave brutalement en 1929 avec de violentes émeutes antijuives à Hébron, Jérusalem et Safed, qui font près de cent-cinquante victimes juives et de quatre-vingt dix victimes arabes lors de la répression britannique156 selon le Dictionnaire Encyclopédique du Judaïsme et 136 victimes arabes et 135 juives selon Henry Laurens167. Pour la première fois depuis les Croisés, les Juifs sont obligés d'abandonner Hébron, leur seconde ville sainte où, d'après la tradition, sont enterrés Abraham et Sarah.

De nouveau, les Anglais nomment une commission d'enquête qui tend à dédouaner le grand mufti de Jérusalem de ses responsabilités156 et qui aboutit à un second livre blanc restreignant les acquisitions foncières et l'immigration juive168. Chaïm Weizmann obtient dès 1931 la quasi-annulation de ce livre blanc, ce qui va entraîner la confrontation directe des Arabes et des Anglais168. Rencontre avec Hitler en 1941.

Après une période de violents affrontements anglo-arabes, de 1933 à 1936, les Arabes constituent le 25 octobre 1936 le Haut Comité arabe, sous la direction du grand mufti de Jérusalem, Amin al-Husseini. Les Anglais répondent militairement en augmentant le nombre de policiers juifs et politiquement par une nouvelle commission d'enquête, sous la direction de Lord William Peel, qui propose un premier partage de la Palestine : une région juive (la Galilée et partie de la plaine côtière), une région arabe (Judée-Samarie et Négev) et une région sous contrôle britannique (Jérusalem)168. Les Juifs refusent le plan en espérant l'améliorer. Le Haut Comité arabe le rejette totalement, mais l'émir Abdallah de Transjordanie l'accepte168. Après l'assassinat du commissaire régional britannique en Galilée, la répression anti-arabe par les Anglais est très dure (plus de 5 000 morts), le Haut Comité arabe dissous et Amin al-Husseini exilé169. La vie culturelle

Cette vie politique violente s'accompagne pourtant d'un développement culturel important : l'hébreu devient la langue effective du Yichouv, c'est la langue de la presse et la littérature avec Bialik et Agnon (futur prix Nobel de littérature) qui obtient en 1934 le prix Bialik ; le théâtre Habima de Moscou s'installe à Tel-Aviv en 1928 et deviendra le théâtre national israélien ; les fouilles débutent sur le site de Massada en 1932 ; l'orchestre symphonique de Palestine, aujourd'hui orchestre symphonique d'Israël donne son premier concert en 1936 avec Toscanini au pupitre ; en 1938, Martin Buber s'installe à Jérusalem ; le journal Yediot Aharonot, aujourd'hui le plus fort tirage d'Israël, commence à paraître en 1939170. C'est aussi l'époque où s'élèvent les bâtiments de style Bauhaus de Tel-Aviv (la « Cité blanche »), aujourd'hui classés au patrimoine mondial de l'humanité par l'Unesco. Démographie

La cinquième aliyah, de 1933 à 1939, voit arriver un nombre considérable de Juifs allemands, qui fuient les Nazis et apportent avec eux capitaux et savoir-faire. La population de Tel-Aviv, créée en 1909, atteint 150 000 personnes en 1936159. La population de la terre d'Israël se monte en 1945 à 550 000 Juifs et 1 200 000 Arabes159. De 1939 à l'indépendance (14 mai 1948)

La révolte arabe conduit les Juifs à revoir leur stratégie de défense du Yichouv : les kibboutzim et moshavim s'équipent d'une enceinte et d'une tour de guet, la Haganah forme ses premiers commandos, et en marge du mouvement sioniste officiel, l'Irgoun, sous l'influence de Jabotinsky, s'engage à partir de novembre 1937 dans une politique de terrorisme systématique contre les civils arabes.

Devant les menaces de guerre avec l'Allemagne, les Anglais veulent éviter que les Arabes ne rejoignent les forces de l'Axe et publient en mai 1939 un troisième Livre blanc qui réduit drastiquement l'immigration juive en Palestine (10 000 visas par an pendant 5 ans et 25 000 visas de réfugiés et, de fait, seuls 15 000 immigrants arrivent en Palestine de 1939 à 1945169), qui interdit la vente de terre aux Juifs sur 80 % du territoire et qui promet la création d'un état palestinien indépendant dans les 10 ans169. Aussi, à la déclaration de guerre, Ben Gourion peut-il déclarer : « Nous ferons la guerre comme s'il n'y avait pas de Livre Blanc, et nous combattrons le Livre Blanc comme si la guerre n'existait pas »171. De leur côté, les Arabes acceptent les termes de ce livre blanc, même si le Grand Mufti de Jérusalem demande l'indépendance immédiate de la Palestine.

Pendant la guerre, des volontaires juifs de Palestine rejoignent les forces britanniques172 (c'est en combattant les Français de Vichy que Moshe Dayan perd un œil) et le 6 août 1942, les Britanniques, qui avaient voulu créer des unités judéo-arabes palestiniennes, annoncent, à la suite du peu d'empressement des Arabes, la formation de bataillons juifs puis, en 1944, la formation d'une brigade juive, qui est engagée en Italie en 1945172. Ces troupes juives se sont notamment illustrées près de Bir-Hakeim dès juin 1942, quand le général Kœnig fait saluer par ses légionnaires le drapeau d'un détachement juif, pour sa résistance face aux Allemands173.

Sur le plan politique, la guerre est marquée par la conférence sioniste du 11 mai 1942 à New York, qui proclame que la Palestine doit devenir un état juif (Jewish Commonwealth)174.

Dès mai 1944, l'Irgoun reprend ses opérations anti-britanniques et elle est rejointe par la Haganah en octobre 1945. Mais après l'arrestation de l'exécutif de l'Agence juive, le 29 juin 1946, la Haganah cesse la lutte armée contre les Britanniques que continue l'Irgoun et qui culmine dans l'attentat contre l'hôtel King David qui fait une centaine de morts.

Malgré les souhaits d'une commission d'enquête anglo-américaine d'accorder 100 000 visas pour la Palestine pour résoudre le problème des réfugiés, les Anglais interdisent toute immigration légale et la Haganah se consacre à favoriser l'immigration clandestine et 70 000 illégaux peuvent rejoindre, depuis l'Europe, la Palestine174. L'affaire de l'Exodus 1947, où 4500 réfugiés se voient contraints de retourner en Allemagne, bouleverse ainsi l'opinion mondiale.

La Grande-Bretagne confie alors le dossier à l'Organisation des Nations unies qui, avec le soutien des États-Unis et de l'Union soviétique et malgré l'opposition de tous les pays arabes, votent le plan de partage de la Palestine, le 30 novembre 1947, ce qui provoque des manifestations de joie de la part des Juifs et de colère de la part des Arabes de Palestine. Ce plan de partage divise la Palestine en trois secteurs, l'un arabe, l'autre juif et le troisième, la ville de Jérusalem, international.

Le 14 mai 1948, David Ben Gourion proclame l'indépendance de l'état d'Israël, immédiatement attaqué par les états arabes voisins. Les Juifs dans l'État d'Israël, de 1948 à maintenant Articles détaillés : Israël, Histoire d'Israël et conflit israélo-arabe. Dégagement de l'esplanade devant le Mur occidental en juillet 1967 Juifs d'Éthiopie au Mur occidental

Ben Gourion avait déclaré en 1937 : « J’ai toujours fait la différence entre Eretz Israël et un État en Eretz Israël »175 mais paradoxalement, avec l'indépendance de l'état d'Israël et la souveraineté des Juifs sur une grande partie de la terre d'Israël, les Juifs perdent accès au cœur de celle-ci, à la Judée, à la vieille ville de Jérusalem où ils s'étaient maintenus sous toutes les périodes de domination arabe ou ottomane, et au Mur occidental. Le 13 décembre 1949, Ben Gourion proclame Jérusalem capitale d'Israël, ce que n'accepte pas la communauté internationale, qui reste fidèle au plan de partage de 1947, qui donnait un statut international à Jérusalem.

En 1950, la Knesset (le parlement israélien) vote la loi du retour qui donne à tout Juif le droit d'immigrer en Israël.

En Israël même, l'opposition est et reste forte d'une part entre les Juifs orthodoxes représentés par les partis religieux et la majorité laïque et d'autre part entre les Séfarades et les Ashkénazes, au point même de susciter dans les années 1990 un parti religieux séfarade, le Shass face aux partis religieux ashkénazes176. Toutefois, Israël reste uni face à l'opposition extérieure et à l'autre grande difficulté à laquelle doit faire face le nouvel état, à savoir l'intégration de près de six cent mille réfugiés juifs devant fuir les pays arabes entre 1948 et 1962177. Israël sera même amené à organiser cette émigration avec l'Opération Tapis Volant pour les Juifs du Yémen en 1949-1950 et l'Opération Ezra et Néhémie pour les Juifs d'Irak en 1950-1951. La population israélienne qui était d'environ un million de personnes en 1948 atteint, en 1967, 2,4 millions d'habitants en 1967178.

La Guerre des Six Jours, du 5 au 10 juin 1967, donne à Israël le contrôle de toute la terre d'Israël sur la rive occidentale du Jourdain. Les Juifs ont de nouveau accès au quartier juif de la vieille ville et au Mur occidental. Toutefois, dès le 17 juin 1967, Moshe Dayan confirme au Waqf, (le conseil d'administration des lieux saints musulmans de Jérusalem) son contrôle du Haram al-Sharif, c'est-à-dire du Mont du Temple175.

La fin des années 1980 et les années 1990 voient une très forte immigration (plus d'un million de personnes) en provenance de Russie et plus généralement de l'ex-Union soviétique179, soit plus du tiers de toute l'immigration jamais reçue dans l'état d'Israël.

L'immigration des Juifs de Russie, dont certains n'ont de juif que le nom d'un grand-père, de même que le sauvetage des Juifs d'Éthiopie à travers les opérations Moïse et Salomon, remet dans l'actualité la question de savoir qui est juif. Elle peut être parfois résolue différemment par les autorités israéliennes et le grand rabbinat.

Les accords d'Oslo, signés à Washington le 13 septembre 1993, jettent les bases d'un état palestinien au côté de l'état d'Israël sur le territoire d'Eretz Israel, une des questions non résolues et très sensibles restant le statut des villes et villages établis par les Israéliens, à l'intérieur du territoire qui était jordanien dans les frontières de 1967. Israël doit-il les conserver ou doit-il les donner à l'état palestinien ? Dans ce dernier cas, faut-il évacuer leurs citoyens ou en faire des Palestiniens juifs comme il y a des Israéliens arabes180? Une autre question sensible reste le statut de Jérusalem dont les Israéliens et aussi les Palestiniens, depuis 1988, font leur capitale181. Ces questions restent d'autant plus d'actualité que le 29 novembre 2012, l'Assemblée générale des Nations Unies donne le statut d'État observateur non membre à la Palestine182.

La fin de l'année 2011 voit de violents affrontements entre ultraorthodoxes juifs et le gouvernement israélien à propos de la conduite des femmes dans les quartiers où ils vivent. Celles-ci y doivent se comporter suivant leurs principes très stricts, dont le non-respect peut entraîner des réactions violentes183.

En 2012, c'est l'arrivée à expiration de la loi permettant aux Juifs religieux d'éviter le service militaire qui fait polémique car le gouvernement et l'opinion se déchirent quant au contenu de la nouvelle loi qui devrait être votée avant le 1er août 2012184. En l'absence de nouvelle législation les Juifs orthodoxes doivent faire leur service militaire185. Histoire des Juifs en terre d'Israël Aller à : Navigation, rechercher

L'histoire des Juifs en terre d'Israël (hébreu : ארץ ישראל - Eretz Israel) se développe sur près de 3000 ans et témoigne, malgré la dispersion des Juifs, de l'importance particulière, pour eux, de la terre d'Israël.

La terre d'Israël1, appelée terre sainte par les chrétiens, correspond au pays de Canaan ou encore à la région connue sous son nom romain de Palestine. Elle a, de tout temps, joué un rôle central dans l'histoire des Juifs, si bien qu'ils l'appellent souvent familièrement ארץ - Eretz (terre). Ils l'évoquent affectueusement dans toutes leurs prières (matin, après-midi, soir), dans les actions de grâce après le repas et particulièrement lors de la cérémonie familiale du Séder de Pâque. À toute époque, malgré exils et massacres, il y a eu une vie juive en terre d'Israël : après la conquête romaine, après l'invasion arabe, après la conquête croisée... Un très lent mouvement de retour vers la terre d'Israël s'est produit ensuite, devenant significatif à partir de l'expulsion des Juifs d'Espagne en 1492 pour s'accélérer légèrement à la fin du XVIIIe siècle sous les recommandations du Gaon de Vilna, puis nettement avec la naissance du sionisme à la fin du XIXe siècle. Les Juifs ont récupéré leur souveraineté sur une partie du territoire avec la naissance de l'État d'Israël en 1948. Sommaire

   1 Jusqu'à la chute du Premier Temple (1000 av EC - 586 av EC)
   2 Pendant le premier exil (587-538 av EC)
   3 Le retour des exilés et la domination perse (538 - 332 av EC)
   4 La domination grecque (332 - 142 av EC)
   5 La révolte des Maccabées et les Hasmonéens (167 - 63 av EC)
   6 Un vivier intellectuel (IIIe av EC-Ier siècle EC)
       6.1 Une littérature en hébreu, en araméen et en grec
       6.2 De multiples courants religieux
   7 De la conquête de Pompée à la destruction du Second Temple par Titus
       7.1 Les derniers Hasmonéens (63-37 av EC)
       7.2 La dynastie hérodienne (37 av EC-44 EC)
       7.3 Les dernières années du Temple et la guerre des Juifs (44-73)
   8 La Judée soumise, jusqu'à la révolte de Bar Kochba (70-135)
       8.1 Yohanan ben Zakkaï et la naissance du judaïsme rabbinique
       8.2 La séparation d'avec les judéo-chrétiens
       8.3 Le monde juif en ébullition : les révoltes de 115-117 et la révolte de Bar Kochba (132-135)
   9 Les Juifs dans la Palestine romaine et byzantine (135-634)
       9.1 Le Sanhédrin, de sa restauration à son abolition (140-426)
       9.2 Les Juifs dans la Palestine byzantine (324-634)
   10 Les Juifs dans la Palestine arabe (634-1516)
       10.1 De la conquête par les Arabes à celle par les Croisés (634-1099)
       10.2 Les Juifs dans le royaume croisé (1099-1291)
       10.3 La domination des Mamelouks (1250-1517)
   11 Les Juifs dans la Palestine ottomane (1517-1917)
       11.1 Le rayonnement de Safed (XVIe siècle)
       11.2 Du XVIIe au XIXe siècle
       11.3 L'immigration en terre d'Israël avant Herzl (1860-1896)
           11.3.1 Démographie
           11.3.2 Renaissance de l'hébreu
       11.4 Les débuts du sionisme (1896-1917)
   12 Les Juifs dans la Palestine sous administration britannique (1917-1948)
       12.1 L'installation de l'administration britannique (1917-1922)
       12.2 Les Juifs dans la Palestine sous mandat britannique (1922-1948)
           12.2.1 De 1922 à 1939
           12.2.2 La vie culturelle
           12.2.3 Démographie
       12.3 De 1939 à l'indépendance (14 mai 1948)
   13 Les Juifs dans l'État d'Israël, de 1948 à maintenant
   14 Notes et références
   15 Voir aussi
       15.1 Articles connexes
       15.2 Bibliographie

Jusqu'à la chute du Premier Temple (1000 av EC - 586 av EC) Article détaillé : Histoire de l'Israël antique. Représentation des territoires des tribus d'Israël (carte de 1759)

L'histoire ancienne du peuple juif n'est, à défaut de données archéologiques, connue jusqu'au IXe siècle avant l'ère commune qu'à travers le récit de la Bible, dont la fiabilité historique est souvent remise en cause dans les milieux académiques2.

Ce peuple est, selon le Livre de Josué, issu des tribus d'Israël, composées en majeure partie sinon en totalité des Israélites (hébreu : בְנֵי-יִשְׂרָאֵל - b'nei Israël, fils de Jacob, dit Israël) ; lorsqu'ils reviennent d'Égypte sur leur terre ancestrale, et s'apprêtent à reprendre possession du pays de Canaan, ils se réunissent à Sichem pour jurer fidélité à YHWH, et répudier tout autre culte3. Rapidement contraints de se choisir un roi de par la menace philistine (XIe siècle)4, les Israélites sont unifiés par les rois Saül, David et Salomon, dont le règne est particulièrement brillant, mais, à la fin du Xe siècle le royaume se scinde, avec le royaume d'Israël au nord, dont la capitale est Samarie et celui de Juda, dont la capitale est Jérusalem, au sud.

Toujours selon la Bible, du IXe au VIe siècle, dans les deux royaumes, se développe le prophétisme qui inspire ou essaye d'inspirer avec plus ou moins de succès les rois des deux royaumes. Ils subordonnent la richesse matérielle aux exigence morales et prédisent la chute de Samarie et de Jérusalem si leurs habitants et leurs gouvernants ne s'amendent pas. Les plus célèbres prophètes sont Élie, Amos, Isaïe et Jérémie5. En 722 av EC, Salmanazar V prend Samarie et détruit le royaume d'Israël dont une partie des habitants se réfugie dans le royaume de Juda et particulièrement à Jérusalem6. Jérusalem est assiégée en 586 av. EC, et, selon le second Livre des Rois, un grand nombre de ses habitants est déporté en Babylonie. Une partie en revient cependant 70 ans plus tard, et reconstitue la Judée. C'est de cette époque que datent les premières mentions des Juifs proprement dits (יְהוּדִים Iehoudim « Judéens »), dans Zacharie 8:237.

Pour les critiques de cette vision, en revanche, le peuple d'Israël, dont la première source archéologique attestée est la stèle de Mérenptah (1208 av. J.-C.) est issu de fermiers et éleveurs cananéens8 installés depuis le début du XIIe siècle9 sur les hautes terres de Judée et Samarie entre la vallée de Jezreel et Hébron10. Ils se distinguent des populations similaires voisines d'Ammon, Moab et Édom par l'interdiction absolue de manger de la viande de porc11,12. Toujours selon la Bible dévoilée, les Israélites n'ont pas été unifiés sous les règnes des rois David et Salomon et deux royaumes, Israël et Juda se sont petit à petit formés partageant une même culture caractérisée par des dialectes proches, le même alphabet et le culte de YHWH entre autres déités13. Toutefois, sur le plan matériel, le royaume du nord à l'agriculture plus riche, développe une économie plus diversifiée. Leur population aurait atteint, au VIIIe siècle, 160 000 personnes9.

Le premier roi d'Israël dont l'archéologie fait mention est Omri, dont le nom est mentionné dans la stèle de Mesha du VIIIe siècle. Omri a dominé une région plus étendue que le territoire traditionnel des tribus d'Israël. Il a conquis, au moins en partie, Moab14 et le sud de la Syrie15. Finkelstein et Silberman lui attribuent la prospérité du pays et les importantes constructions de Megiddo, Gezer et autres villes que les précédentes théories archéologiques situent à l'époque de Salomon qui n'aurait régné, comme David son père, que sur Juda. L'historicité de David est attestée par la stèle de Tel Dan qui mentionne la maison de David, d'où sont issus les rois de Juda. Après de nombreux conflits avec ses voisins dont principalement la Syrie et un développement politique, économique et démographique notable (sa population aurait atteint jusqu'à 350 000 habitants16), le royaume d'Israël disparaît vers 724 av EC avec la conquête assyrienne17.

La chute du royaume d'Israël amène de nombreux réfugiés israélites en Juda, à Jérusalem dont la population serait passée en quelques décennies de 1 000 à 15 000 habitants18. Juda est à son tour ravagé par les Assyriens sous Ézéchias à la fin du VIIIe siècle19 puis connaît une période plus paisible. C'est dans le royaume de Juda, sous le règne du roi Josias (vers 640-609 av EC) que la religion des Israélites, commence à devenir, à proprement parler, le judaïsme. Le Deutéronome, dernier livre de la Torah qui aurait été découvert ou redécouvert sous son règne dans le Temple20, serait en réalité le premier livre de la Torah dont la composition aurait été achevée. Ce serait aussi à cette époque que le choix de YHWH comme divinité unique, invoqué par la Bible comme le motif d'union de ce peuple, serait apparu, afin d'unir les royaumes du Nord et du Sud.

Après la mort de Josias, le royaume est pris dans le jeu des grandes puissances de l'époque, l'Égypte et la Babylonie et succombe à son tour en 586 av EC, quand Jérusalem est prise par Nabuchodonosor II, roi de Babylone. En plusieurs fois (597, 587 et peut-être 582), des milliers de Juifs sont déportés vers la Babylonie21, alors que d'autres se réfugient en Égypte22. Ils sont à l'origine de la Diaspora et de ses deux plus anciennes communautés juives, celles des Juifs en Irak et des Juifs en Égypte23. Pendant le premier exil (587-538 av EC) Article détaillé : Exil à Babylone.

La vie que les Juifs auraient menée dans la Judée occupée par les Babyloniens nous est relatée par le prophète Jérémie, contemporain de ces événements dans le livre des Lamentations24 et le livre de Jérémie. Les Babyloniens avaient déporté l'élite juive et il n'était resté au pays que les plus démunis25. Le gouverneur, juif, Guedaliah nommé par Nabuchodonosor est assassiné par des Ammonites, ce qui provoque la colère de Nabuchodonosor et l'exil de 58222. Le retour des exilés et la domination perse (538 - 332 av EC) Article détaillé : Yehoud Medinata.

En 539 av EC, le roi de Perse, Cyrus le Grand conquiert Babylone. Selon le livre d'Ezra26, il prend un décret permettant aux Juifs de retourner en Judée, sous la conduite de descendants des rois de Juda, en leur restituant le butin pris dans le Temple par Nabuchodonosor27. Or, la communauté juive de Babylonie y avait prospéré et ce sont probablement les plus pauvres des exilés, peu nombreux, qui choisissent de s'en retourner en Judée28.

La Judée devient alors une province (pahva29) de l'empire perse, subdivision d'une satrapie, dirigée par un gouverneur juif nommé par le roi de Perse. La reconstruction du Temple est entreprise et après de nombreuses difficultés d'ordre politique et financier, le Second Temple est inauguré en 515 av EC par Zorobabel, gouverneur de Judée, issu de la maison de David. Toutefois, la Judée reste une province pauvre où la pression fiscale interdit le développement.

Il faut la nomination d'un nouveau gouverneur Néhémie, échanson juif du roi de Perse Artaxerxès Ier (464 - 424 av EC) pour débloquer la situation. Homme d'autorité, il organise les travaux pour reconstruire les murailles et rétablit le plein respect de loi tirée du Deutéronome, entre autres le respect du Chabbat et le paiement de la dîme30. Néhémie est suivi dans son œuvre de rétablissement de la loi juive par Ezra, un autre notable revenu à Jérusalem à la tête d'un groupe d'environ 600028 immigrés de Babylonie : avec Néhémie, il interdit le mariage des Juifs avec des étrangères, et il aurait établi l'usage des caractères carrés venant de l'araméen pour écrire l'hébreu31  ; il établit la Grande Assemblée qui va continuer à fixer les règles du judaïsme pendant les siècles à venir ; il organise une séance publique de la lecture de la Torah, par laquelle on lui attribue d'en avoir finalisé le texte puis fixe les règles de lecture de la Torah les lundis, jeudis et chabbats32. Néhémie solennise ces décisions en organisant une grande cérémonie où le peuple assemblé jure d'observer la Torah33. La Jewish Encyclopedia, se fondant sur la Bible, estime la population juive de Judée de cette époque à 130 000 personnes, au plus28.

S'ouvre alors, une assez longue période de paix et de prospérité pour les Juifs d'abord sous la domination perse puis sous la domination d'Alexandre le Grand et de ses héritiers lagides.

On estime qu'à la fin de la domination perse, la population juive de la terre d'Israël est concentrée dans la région montagneuse autour de Jérusalem, des confins de la plaine côtière au Jourdain34. La domination grecque (332 - 142 av EC)

Alexandre le Grand conquiert l'empire perse et pendant près de 200 ans, les Grecs vont gouverner la terre d'Israël.

Seuls les grands-prêtres représentent une autorité juive : ils exercent une sorte d'autorité civile et leur autorité religieuse, reconnue jusqu'à Alexandrie35, demeure incontestée sous le règne des Lagides. En 201 av EC, les Lagides sont vaincus par les Séleucides qui commencent par améliorer le sort de la Judée en y abaissant les impôts mais en 190 av EC, devant les revers contre les Romains essuyés à Magnésie, et l'imposition de la paix d'Apamée, la très lourde indemnité dont ils doivent s'acquitter est répercutée sur la Judée. Les rois séleucides convoitent le trésor du Temple de Jérusalem et vendent la charge de grand-prêtre au plus offrant. Le conflit entre Juifs hellénisants et Juifs plus fidèles à la tradition divise même la famille du grand-prêtre quand Jason promet une importante somme d'argent au roi Antiochus Épiphane pour obtenir le titre de grand-prêtre que possède alors son propre frère Onias III36. Jérusalem est alors hellénisée - on y construit un gymnase - et rebaptisée Antioche. Une puissante garnison est installée dans une nouvelle forteresse, l'Acra et le Temple est profané par le sacrifice de porcs et des fêtes dionysiaques, tandis que les livres sacrés sont brûlés37. La révolte des Maccabées et les Hasmonéens (167 - 63 av EC) Articles détaillés : Maccabées, Révolte des Maccabées et Hasmonéens.

La révolte éclate en 167 av EC à l'instigation du prêtre Mattathias l'Hasmonéen, relayé après sa mort par ses fils, Simon et Judas dit Maccabée, le chef militaire. En 164, ils pénêtrent dans Jérusalem, purifient le Temple et le réinaugurent, épisode à l'origine de la fête juive de Hanoukkah.

Dès 161, Judas recherche et obtient l'alliance romaine qui fait l'objet d'un traité qui sera renouvelé pendant près d'un siècle par les souverains hasmonéens38.

La révolte dure encore une vingtaine d'années et il faut la mort violente de quatre des cinq fils de Mattathias pour que Simon soit reconnu de facto comme « grand prêtre, stratège et ethnarque » en mai 142 av EC39. Monument d'Absalon (Ier siècle av EC) à Jérusalem

Les rois hasmonéens, tels Jean Hyrcan (134-104 av EC) qui conquiert le pays des Iduméens et les convertit au judaïsme et Alexandre Jannée (104-76 av EC), agrandissent considérablement leur royaume qui s'étend du Sinaï aux monts du Golan et de la mer Méditerranée à l'est du Jourdain. Le judaïsme est loin d'y constituer la religion majoritaire40. Bien qu'arrivés au pouvoir par une révolte contre l'hellénisation, les rois hasmonéens prennent le titre de basileus et organisent leur royaume à la mode grecque40. Le style des monuments est hellénisant comme en témoigne le monument dit d'Absalon à Jérusalem. Mais surtout les Hasmonéens se querellent en permanence, tant et si bien, qu'ils sollicitent l'intervention de Rome. Finalement, Pompée conquiert Jérusalem en 63 av EC et profane le Temple, sans toutefois le piller41. Douze mille Juifs périssent dans les combats et de nombreux prisonniers sont envoyés à Rome42. Ils sont à l'origine de la communauté juive italienne, la plus ancienne d'Occident. Pompée établit alors la domination romaine pour près de 7 siècles, jusqu'à la conquête arabe. Un vivier intellectuel (IIIe av EC-Ier siècle EC)

Du IIIe siècle av EC au Ier siècle EC, malgré une vie politique violente marquée par les rivalités entre membres des familles royales et sacerdotales et entre les divers courants religieux, malgré les guerres contre les Grecs puis les Romains, la terre d'Israël voit éclore une production intellectuelle d'une très grande richesse, tant aux points de vue littéraire que religieux, qui reflète souvent la confrontation des mondes juif et grec. Une littérature en hébreu, en araméen et en grec

Certains de ces textes seront retenus dans le canon biblique juif comme l'Ecclésiaste, d'autres font partie du canon chrétien comme le premier livre des Maccabées, de nombreux autres sont considérés comme apocryphes. Un des sujets les plus souvent abordés est l'Apocalypse, comme dans le livre de Daniel ou celui de Hénoch. Certains manuscrits de cette époque ont été retrouvés à Qumrân, au-dessus de la Mer Morte, dont le document de Damas qui relate les persécutions subies par les Esséniens43.

Le monde juif a son historien, Flavius Josèphe (37 EC - vers 100), une des sources principales pour l'histoire de cette période, qui vécut la guerre des Juifs contre les Romains de Vespasien et de Titus d'abord en tant que général juif puis en tant que prisonnier passé aux Romains. Dans ses textes, (comme Antiquités judaïques et la Guerre des Juifs) écrits en araméen et en grec, outre la volonté de se justifier, il s'efforce de faire comprendre le point de vue juif aux Romains parmi lesquels il passe la fin de sa vie. De multiples courants religieux

Le judaïsme de l'époque du Second Temple est parcouru de multiples courants religieux qui peuvent se combattre violemment et dont la division est souvent considérée comme une des causes de la chute du Second Temple. Les Juifs partagent alors la terre d'Israël avec les Grecs et une frange du monde juif, souvent liée au pouvoir tend à helléniser le culte. Le judaïsme hellénistique, très influent à Alexandrie, était aussi celui des derniers Hasmonéens.

On parle aussi des Hassidéens, des hommes pieux qui ont été parmi les premiers à se rallier à Judas Maccabée pour libérer le Temple. Mais surtout, le monde juif est partagé entre Sadducéens et Pharisiens. Les Sadducéens affirment la primauté du Pentateuque et de ses lois, aux dépens des enseignements ultérieurs et de toute mystique. Les Pharisiens prennent en compte la Torah mais aussi les autres livres de la Bible et les enseignements des sages. Ils croient à l'immortalité de l'âme. Ils vont donner naissance au judaïsme rabbinique. Hillel l'Ancien, un docteur de la Loi venu de Babylone, descendant de la maison de David, qui préside le Sanhédrin et Shammaï fondent des écoles rabbiniques d'interprétation de la Torah, qui vont être à l'origine de la Mishnah

De nombreuses autres sectes existent, qui attendent l'arrivée imminente du Messie, comme les Esséniens44.

C'est du Ier siècle av EC que datent les plus vieilles synagogues qu'on connaisse aujourd'hui. La synagogue la plus ancienne dont on ait des traces serait l'une de celles de Jéricho, située près des ruines d'un palais hasmonéen45,46. Il faut aussi citer celle de Gamla sur le Golan.

Au Iersiècle, apparaissent de nouvelles sectes juives, les zélotes, partisans de la lutte à outrance contre les Romains, les baptistes, autour de Jean le Baptiste47 puis les disciples de Jésus48,49.

Enfin, en marge du judaïsme, il faut rappeler l'existence (jusqu'à ce jour)50 des Samaritains, qui ne reconnaissent que le Pentateuque et adorent l'Éternel, non à Jérusalem mais sur le mont Garizim (aujourd'hui près de Naplouse). De la conquête de Pompée à la destruction du Second Temple par Titus Les derniers Hasmonéens (63-37 av EC)

Pompée se garde d'annexer entièrement la terre d'Israël à la province romaine de Syrie de même qu'il évite d'en faire une province à part entière. Il laisse à Hyrcan II, le roi hasmonéen et à Antipater, son ministre, la Judée et la Galilée tandis que la Syrie reçoit la côte, la Samarie et la Décapole51.

En -54, Crassus s'empare du trésor du Temple de Jérusalem, que Pompée n'avait pas touché, et selon Flavius Josèphe, récupère un total de 10 000 Talents ainsi qu'une poutre d'or que le sacrificateur Eléazar lui avait remis à condition de promettre par serment - non respecté - de laisser les anciennes tapisseries qui ornaient le sanctuaire52.

César, lui, favorise Antipater qui l'a soutenu dans sa campagne d'Égypte53, avec ses fils Phasaël nommé gouverneur de Jérusalem et Hérode, gouverneur de Galilée. Il confirme par décret puis par senatus-consulte, peu avant son assassinat, l'etnarchie à Hyrcan et à ses descendants et il exempte les Juifs d'impôts53.

Les exactions d'Hérode en Galilée puis son procès à Jérusalem suscitent la guerre civile en Judée entre les partisans d'Antigone, fils d'Aristobule II, soutenus par les Parthes et ceux de Hérode et Phasaël, soutenus par les Romains. En -40, Antigone prend le contrôle de Jérusalem et remet Hyrcan II aux Parthes. Mais Hérode se déplace à Rome, obtient le support du Sénat contrôlé par Octave et Marc Antoine qui le proclament roi des Juifs54. La guerre reprend entre les deux rois de Judée, Antigone et Hérode et en -37, Hérode qui bénéficie de l'assistance des légions romaines met le siège devant Jérusalem qui est prise au bout d'un siège de quelques mois. Antoine fait décapiter Antigone en -37 à Antioche et Hérode peut régner sans partage, d'autant qu'il fait rapidement assassiner ceux qui pourraient paraître plus légitimes : en -35, Aristobule III, grand-prêtre, petit-fils d'Hyrcan II et frère de son épouse Mariamne puis Hyrcan II lui-même âgé de plus de 80 ans55. La dynastie hérodienne (37 av EC-44 EC) Vue aérienne de l'Hérodion en cours de fouilles archéologiques

Hérode est un Iduméen, donc issu d'un peuple récemment converti au judaïsme, qui épouse Mariamne, une princesse hasmonéenne. Lui-même est très influencé par la culture grecque. C'est un fin général qui reconquiert tout le domaine des Hasmonéens. Il établit une certaine prospérité dans son royaume et ménage Pharisiens et Esséniens49. C'est aussi un grand bâtisseur qui reconstruit le Second Temple, qui n'est terminé qu'en 63 EC soit 7 ans seulement avant sa destruction et dont il reste encore le Mur occidental, élève des palais - forteresses impressionnants à Massada ou à Hérodion où, chaque fois, il fait construire une synagogue, et crée des villes comme Césarée. Mais la peur d'être assassiné le conduit à faire tuer la plupart des membres de sa famille proche et il laisse l'image d'un roi cruel. Il meurt en 4 av EC et ses fils survivants n'arrivent pas à maintenir son royaume. En 6 EC, Archelaos est exilé par les Romains en Gaule et la Judée devient province romaine, dans les frontières du royaume d'Hérode.

Comme toute province romaine, la Judée devient alors administrée par des gouverneurs romains. Ils portent le titre de préfet ou procurateur56 (dont Coponius sous la procurature duquel eut lieu le recensement, mentionné dans le Nouveau Testament, qui suscite l'hostilité de Judas de Gamala57 et Ponce Pilate, de 26 à 36). Ils peuvent exercer tous les pouvoirs et faire et défaire les grands-prêtres49. La mort de Tibère permet à Hérode Agrippa Ier, protégé de son successeur Caligula, descendant d'Hérode le Grand et des Hasmonéens, de retrouver le trône d'abord en tant que tétrarque (il gouverne la Galilée, la Samarie, la Judée et l'Idumée) puis grâce à l'empereur Claude, en tant que roi de Judée. Son règne fut un bref moment de renaissance pour le judaïsme. Il rend son autorité au Sanhédrin mais il meurt en 4458. Son fils et successeur, Hérode Agrippa II reçoit bien, après quelque temps, un titre royal et l'inspection du Temple et le droit de nommer le grand prêtre, mais il ne règne pas sur la Judée59,60. Rome reprend le contrôle de la Judée et le pouvoir revient aux procurateurs. Les dernières années du Temple et la guerre des Juifs (44-73)

Les procurateurs romains reprennent donc le pouvoir, suscitant la rancœur des Judéens. Les heurts sont nombreux parmi les Juifs, particulièrement à cause des zélotes et autres sicaires, et avec les Samaritains, les Grecs et les Romains. Les procurateurs, corrompus, contribuent à l'agitation61. Sous le procurateur Félix (52-60), les émeutes de Césarée entre Juifs et Grecs62 amènent l'intervention de la troupe romaine et la mort de nombreux Juifs63 puis l'arbitrage de l'empereur, Néron, qui donne raison aux Grecs.

C'est l'époque où seuls, quelques-uns, essayent de se tenir au-dessus du conflit. Ils se réunissent autour des autorités du Sanhédrin, Shimon ben Gamliel et Yohanan ben Zakkaï60 et se consacrent à l'enseignement de la Torah.

De nouveaux troubles, à Césarée, en 66, entraînent la révolte, marquée par la cessation par Éléazar ben Hanania des sacrifices pour l'empereur60 et malgré les appels au calme de Hérode Agrippa II, les Juifs, sous la conduite des Zélotes, battent, à Beït-Horon, la douzième légion du gouverneur de Syrie Cestius Gallus61 et s'emparent de Jérusalem. Il semble que les membres du Sanhédrin, plus modérés que les Zélotes, prennent alors le contrôle des affaires. Ils nomment des gouverneurs de province et notamment Joseph ben Mattathias, issu d'une famille sacerdotale, à la tête de la province stratégique de Galilée60. Articles détaillés : Première Guerre judéo-romaine et Siège de Jérusalem (70). La menorah et les trompettes du Temple de Jérusalem telles que représentées sur l'Arc de triomphe de Titus à Rome Réplique de la menorah exposée non loin du Mur occidental à Jérusalem Judaea capta : Sesterce romain célébrant la victoire sur la Judée

L'historien Heinrich Graetz trouve inexplicable la nomination par le Sanhédrin de Joseph ben Mattathias, dont les sympathies pour Rome qu'il avait visitée lors d'une mission pour les Juifs de Judée étaient bien connues. En effet, celui-ci ne tarde pas à trahir la confiance mise en lui et se rend aux Romains et en 67, toute la Galilée leur tombe aux mains malgré la défense de Jean de Gischala. La campagne est marqué par le désastre de Gamla64, sur le plateau du Golan. L'assassinat de Néron en 68 et l'instabilité politique dans l'Empire amène un arrêt provisoire des opérations par les Romains, le temps que Vespasien devienne empereur.

À Jérusalem, la guerre civile fait rage entre les différentes factions, les Pharisiens et les membres du Sanhédrin, partisans d'un compromis avec les Romains et les Zélotes eux-mêmes divisés entre Jean de Gischala et Simon bar Giora. Cette division affaiblit considérablement les Juifs. En 69, lorsque Vespasien devient empereur, il laisse son fils Titus terminer la guerre. Après un siège meurtrier, le Temple puis toute la ville de Jérusalem sont pris (été 70) et détruits par les Romains. Selon Flavius Josèphe, les Romains firent 97 000 prisonniers et 1 100 000 personnes périrent durant le siège de Jérusalem mais ce dernier chiffre est suspect65. Le Temple est pillé et prisonniers et butin sont exposés aux Romains lors du triomphe de Titus, représenté sur l'arc de Titus à Rome. Il fallut encore trois ans aux Romains pour réduire les dernières poches de résistance des Zélotes, notamment à Hérodion et Massada où, toujours selon Flavius Josèphe, tous les défenseurs, se suicident avec femmes et enfants (73). Quelques Juifs fuirent vers les villes juives d'Égypte ou de Cyrénaïque, d'autres allèrent fonder des communautés en Arabie, à Yathrib66. La Judée soumise, jusqu'à la révolte de Bar Kochba (70-135)

Pendant les règnes de Vespasien (69-79) et Titus (79-81), le dernier roi juif Hérode Agrippa II, toujours en faveur auprès des empereurs et dont la Galilée faisait partie des possessions et sa sœur, Bérénice, maîtresse de Titus, adoucissent le sort des Juifs restant en Judée, soumis à un nouvel impôt, le fiscus judaicus67. Yohanan ben Zakkaï et la naissance du judaïsme rabbinique

Le judaïsme avait perdu son centre et beaucoup de ses lois perdaient tout leur sens avec la chute du Temple de Jérusalem, qui jusqu'à la fin avait reçu les dons des fidèles d'Alexandrie ou de Rome66. On doit à Yohanan ben Zakkaï les fondations du judaïsme rabbinique. Membre du Sanhédrin opposé à la guerre, il s'était, dit-on67, échappé de Jérusalem dans un cercueil pour se présenter à Vespasien (Titus ?) qui l'autorise à établir une école à Yavné (entre Jaffa et Ashdod), pour y enseigner la Torah. Il y recrée une sorte de Sanhédrin, qui détermine le calendrier religieux et son enseignement est à la base de la Halakha. Le sacrifice au Temple étant impossible, il centre le judaïsme sur l'enseignement et la pratique de la Torah68. Grâce à son œuvre, le judaïsme d'Éretz-Israël où est fixé le calendrier accepté par toutes les communautés, reste central pour la diaspora. Avec ses disciples, il continue l'œuvre des Tannaïm.

Ses successeurs sont Gamaliel II avec Eleazar ben Azariah69 puis Rabbi Yehoshoua ben Hanania70. Avec leurs nombreux disciples et surtout Rabbi Akiva dont l'école était située à Bnei Brak, aujourd'hui un faubourg de Tel Aviv, ils jouent un rôle prépondérant dans l'élaboration de la Mishnah et du Talmud dit de Jérusalem.

C'est à cette époque que certains traits du judaïsme se sont définitivement fixés : les disciples de Yohanan ben Zakkaï qui enseignaient, étaient appelés רבי (rabbi - mon maître), rabban étant réservé au plus éminent des maîtres donc à Yohanan ben Zakkaï67. Même si son rôle se substitue quelque peu à celui des prêtres du Temple, le rabbin n'est pas un prêtre mais seulement le plus sage de la communauté, celui qui peut enseigner. Quant aux synagogues, elles existaient déjà, particulièrement en diaspora, avant la chute du Temple. Mais celle-ci transforme leur rôle et, de lieux de réunions (signification de synagogue, du grec Συναγωγή Sunagôgê, « assemblée » adapté de l'hébreu בית כנסת - Beit Knesset), elles deviennent lieux de prières, la prière remplaçant le sacrifice au Temple71. La séparation d'avec les judéo-chrétiens

Les premiers disciples de Jésus, les nazaréens ou ébionites, étaient recrutés parmi les Juifs et suivaient les commandements de la Torah. Les difficultés surgirent lorsque, suivant l'enseignement de Saint Paul, de nombreux païens furent accueillis dans le christianisme naissant et qu'il ne fut plus exigé d'eux qu'ils suivent toute la Torah. En particulier, la circoncision ne fut plus obligatoire. D'autres dogmes chrétiens purent choquer les Juifs, comme la proclamation de Jésus, Messie et fils de Dieu, ce qui est inconcevable aux yeux des Juifs72.

C'est donc à Yavné que Samuel Ha-Katan (Samuel le petit), un disciple de Yohanan ben Zakkaï, introduisit dans la Amida, la prière trois fois quotidienne des Juifs, rédigée pour la plus grande part à cette époque, une bénédiction demandant à Dieu de détruire les minim, les calomniateurs et dénonciateurs du peuple juif. Parmi les Minim figuraient les premiers chrétiens, même si le terme est plus général, désignant toutes sortes de dissidents à l'orthodoxie pharisienne73,74. Le monde juif en ébullition : les révoltes de 115-117 et la révolte de Bar Kochba (132-135)

L’attitude de l’empereur Domitien (81-96) envers les Juifs et les Chrétiens a suscité de nombreux travaux et débats75,76,77,78. Suétone79 et Dion Cassius80 témoignent du fait que Domitien exigea avec une rigueur particulière le paiement de la taxe juive instituée par son père Vespasien, entraînant des exactions nombreuses. En lien avec ces attaques les dernières années du règne de Domitien sont aussi marquées par des accusations contre des aristocrates romains vivant à la façon des Juifs et accusés d’impiété et d’atteinte à la maiestas de l’empereur81. C’est dans ce cadre que Domitien fit mettre à mort des membres de sa famille, Flavius Clemens et sa femme Flavia Domitilla, exécutions que l’auteur chrétien Eusèbe de Césarée rattache à une persécution anti-chrétienne plus vaste82. La question est cependant débattue de savoir si Clemens et Domitilla furent condamnés en tant que chrétiens ou que juifs83. De plus, à la mort d'Hérode Agrippa II, vers 92, Domitien réunit son domaine à la province de Syrie72. Le dernier souvenir de l'indépendance juive disparaît.

Les exactions de Domitien laissèrent un souvenir tel que son successeur Nerva (96-98) prit soin de faire savoir largement qu’il avait mis fin à ces pratiques81. La taxe due au fiscus Iudaicus ne fut plus exigée que des Juifs pratiquants et elle ne fut plus prise comme prétexte à une condamnation relative à la loi sur la maiestas84.

Sous Trajan (98-117), la situation est telle que les Juifs se révoltent, en 115, en de multiples régions de l'Empire, en Cyrénaïque puis en Égypte et à Chypre, alors qu'en Mésopotamie, les Juifs contribuent au recul de Trajan puis d'Hadrien face aux Parthes85. Tétradrachme de Bar-Kochba - on voit la façade du Temple et l'Arche d'alliance sous l'étoile et à droite loulav et etrog

Aussi, la mort de Trajan et l'avènement de son successeur Hadrien (117-138) sont-ils bien accueillis par les Juifs. On dit même que ce dernier va permettre la reconstruction du Temple de Jérusalem86, mais il apparaît vite qu'il s'agit de toute autre chose : Hadrien fonde une nouvelle ville païenne Ælia Capitolina sur les ruines de Jérusalem, très légèrement au nord de l'antique cité de David87, ce qui s'ajoute à l'interdiction de la circoncision qui datait probablement de quelques années auparavant et qui ne visait pas nécessairement uniquement les Juifs88. Article détaillé : Révolte de Bar Kokhba.

La révolte éclate en 132. Son chef en est Bar-Kokhba, « fils de l'étoile » ainsi surnommé par Rabbi Akiba mais son vrai nom était Bar Koziba68. Les révoltés rencontrent de premiers succès, prennent le contrôle d'une bonne partie de la Judée et battent même monnaie. Hadrien doit faire appel à un de ses grands généraux, Iulius Severus pour venir à bout des insurgés dont le dernier refuge est la forteresse de Betar, près de Jérusalem.

C'est un désastre pour les Juifs de Judée. Selon Dion Cassius, si la guerre a été dure pour les Romains, ce fut bien pire pour les Juifs : « Cinquante de leurs places les plus importantes, neuf cent cinquante-cinq de leurs bourgs les plus renommés, furent ruinés ; cent quatre-vingt mille hommes furent tués dans les incursions et dans les batailles (on ne saurait calculer le nombre de ceux qui périrent par la faim et par le feu, en sorte que la Judée presque entière ne fut plus qu'un désert) ». Les Juifs dans la Palestine romaine et byzantine (135-634) Ruines du cardo d'Ælia Capitolina dans la vieille ville de Jérusalem

La défaite de Bar Kokhba est un désastre, pour les Juifs de la terre d'Israël, non seulement militaire et politique mais aussi démographique et spirituel. La Judée a été ravagée par les combats, Hadrien fait interdire la nouvelle ville d'Ælia Capitolina aux Juifs et élève une statue de Jupiter sur les ruines du Temple, il interdit l'enseignement de la Torah89. Les rabbins sont persécutés et Rabbi Akiba est supplicié. Les chrétiens cherchent à se distancier des Juifs et abandonnent de plus en plus la loi juive89. Autre conséquence de la guerre, le peuplement juif de la terre d'Israël ne reste important qu'en Galilée68.

C'est aussi l'époque où l'usage du terme Palestine se généralise. Hadrien, qui avait fait frapper des pièces de monnaie mentionnant la Judée en 13090 utilise dans son rapport de campagne au Sénat, le mot Palestine du nom d'un ancien peuple de la région, les Philistins91. La province est désormais appelée Syrie-Palestine. Le Sanhédrin, de sa restauration à son abolition (140-426)

Il faut attendre le règne d'Antonin le Pieux (138-161) pour que soit abrogées en 139 ou en 140 les lois anti-juives, à l'exception de l'interdiction de circoncire des prosélytes et d'entrer dans Jérusalem89. C'est à Ousha en Galilée occidentale que s'établit le Sanhédrin, autour de Rabbi Shimon ben Gamliel II92, de Rabbi Meïr et de Rabbi Shimon bar Yohaï, à qui l'on attribue le Zohar.

Le Sanhédrin est dirigé par son président, le nassi (hébreu : נָשִׂיא), choisi jusqu'à la fin dans la maison de Hillel, qui est lui-même rattaché par certaines traditions à la maison de David. Avec la disparition des rois de Judée, c'est la seule autorité juive subsistant et son influence s'exerce bien au-delà de la terre d'Israël. Il fait fonction de tribunal suprême du judaïsme93 et sur le territoire de l'ancienne Judée, il perçoit la dîme94. L'autorité du Sanhédrin est relayée dans les villes et les villages (les Juifs y sont majoritairement des paysans) par des collèges de sept juges95. La communauté perçoit des impôts pour l'entretien des synagogues, l'achat de sefer Torah, les salaires des fonctionnaires. Les écoles apprennent à lire et donnent l'éducation religieuse de base aux enfants, surtout aux garçons95. Les ressources du Sanhédrin allant s'amenuisant avec les taxes romaines et l'appauvrissement de la population juive, Juda II, au IIIe siècle, fait, pour la première fois, appel au financement du Sanhédrin par la Diaspora, en particulier par les Juifs de Rome96.

Le Sanhédrin aura encore des chefs prestigieux. Juda Hanassi, à la fin du IIe siècle, est à l'origine de la compilation de la Mishnah, sur laquelle se fonde le Talmud. Il transporte le Sanhédrin à Sepphoris, avant que son petit-fils Juda II ne le déplace à Tibériade97. C'est aussi à cette époque que sont rédigés de nombreux midrashim. Hillel II, est crédité d'avoir établi en 359 les règles de calcul du calendrier juif98. Par ce geste, il abandonne un des derniers symboles de la puissance du Sanhédrin, qui jusqu'à lui déterminait seul le calendrier et donc la date des fêtes mais il permet ainsi au judaïsme de se perpétuer indépendamment de l'avenir de cette institution99.

Cependant, avec l'avènement du christianisme, l'opposition avec les autorités ecclésiastiques se fait de plus en plus forte et quand Gamaliel VI meurt en 426, il n'est pas remplacé et un décret de Théodose II demande que les impôts qu'il percevait soient désormais versés au trésor impérial100,101.

En fait, c'est dès le IIIe siècle que le centre spirituel du judaïsme se déplace hors l'empire romain, vers la Mésopotamie, où les Juifs sont beaucoup moins en butte à l'hostilité du pouvoir. La rédaction du Talmud de Jérusalem est interrompue vers le début du Ve siècle102. En terre d'Israël subsistent néanmoins des écoles, moins prestigieuses que les académies talmudiques de Mésopotamie, à Sepphoris, Tibériade, Lydda et même Césarée, siège du procurateur romain94. Les Juifs dans la Palestine byzantine (324-634)

Lorsque Constantin s'empare des provinces orientales de l'Empire romain, les Juifs sont encore majoritaires en Palestine98. Mais, dès le siècle suivant, ce sont les chrétiens qui y sont majoritaires. Constantin redonne son nom à Jérusalem sans toutefois autoriser les Juifs à y revenir et fait construire l'église du Saint-Sépulcre, faisant ainsi de Jérusalem la ville sainte du christianisme. De plus, Hélène, la mère de Constantin, fait du Mont du Temple, la décharge de Jérusalem103. L'Église cherche à limiter les influences juives sur la religion chrétienne en évitant tout contact entre Juifs et chrétiens  : la date clé est celle du premier concile de Nicée en 325 qui établit une date de Pâques différente de celle de la Pâque juive, même si elle en reste proche. Le Sanhédrin ne proclame donc plus la date des fêtes chrétiennes et comme le gouvernement impérial empêche les messagers juifs de diffuser le calendrier arrêté par le Sanhédrin, Hillel II en établit les règles définitives98.

Au IVe siècle, Jérôme de Stridon témoigne de l'habitude déjà prise par les Juifs de venir prier le long des ruines du Temple104, seul endroit de Jérusalem où ils ont accès, contre paiement.

Les premières lois démontrant la primauté du christianisme sur le judaïsme sont édictées dès 329 quand il devient interdit aux Juifs de dénoncer les conversions du judaïsme au christianisme alors que les conversions au judaïsme sont interdites. Dix ans plus tard, il est interdit aux Juifs d'acquérir des esclaves non-juifs et leur circoncision est puni de mort98. Les restrictions et les taxes qui s'abattent alors sur les Juifs amènent ceux-ci à la révolte, matée en 352 par Gallus qui rase Sepphoris et détruit partiellement Tibériade et Lydda99.

Le règne de Julien (361-363) apporte un court répit car il abroge les lois anti-païennes et anti-juives et promet la reconstruction du Temple98. Mais, au Ve siècle, c'est la construction de nouvelles synagogues qui est interdite par le code théodosien, même si les fouilles ont démenti la bonne application de cette loi98.

En effet, les ruines de synagogues byzantines sont nombreuses en terre d'Israël. On y remarque dans beaucoup d'entre elles une influence hellénisante importante. La plus célèbre de ces synagogues est celle de Capharnaüm, même si elle est bien postérieure à celle où Jésus aurait prêché. Certaines sont ornées de mosaïques comme à Beth Alpha et à Ein Gedi où est représenté le zodiaque, ou à Hammath-Tibériade où l'on voit le dieu du Soleil Hélios. La mosaïque de Hammath Gader, visible à la Cour Suprême d'Israël, est plus orthodoxe puisqu'elle représente deux lions rappelant le lion de Juda. D'autres synagogues existent à Jéricho105 ou à Gaza.

   Synagogue de Capharnaüm (IVe siècle)
   Représentation du zodiaque dans la synagogue de Beth Alpha (V-VIe siècle)
   Représentation du zodiaque dans la synagogue de Sepphoris (Ve siècle)
   Lions et cyprès de la synagogue de Hammath Gader (V-VIe siècle)

Au VIe siècle, selon Heinrich Graetz, la seule ville où les Juifs soient encore majoritaires est Nazareth106. La situation des Juifs s'aggrave au fur et à mesure que progresse le christianisme en Palestine. En 532, l'empereur Justinien interdit aux Juifs de témoigner contre des chrétiens ou de célébrer la Pâque avant les Pâques chrétiennes. Il impose l'usage d'une traduction grecque (ou latine en Italie) pour la lecture de la Torah et interdit de dire le Chema Israël, la profession de foi juive, prononcée matin et soir par les Juifs106.

Les poètes Yannaï et Eleazar Hakalir composent les premiers piyyoutim.

Le VIIe siècle amène de nombreux bouleversements : en 614, Khosro II, empereur perse, prend Jérusalem avec le soutien des Juifs et rétablit un pouvoir juif sur cette ville, ce qui vaut aux Juifs de l'empire byzantin de nouvelles persécutions107. Mais l'empereur byzantin Héraclius rétablit sa situation et peut entrer triomphalement dans Jérusalem le 29 mars 629108. Le triomphe est de courte durée car, dès 634, commence la conquête arabe. Les Juifs dans la Palestine arabe (634-1516) De la conquête par les Arabes à celle par les Croisés (634-1099)

La conquête par les Arabes d'Omar paraît avoir bien été accueillie par les Juifs. Ils leur auraient facilité la conquête d'Hébron109 et de Césarée110. Après la prise de Jérusalem en 638, Omar autorise soixante-dix familles juives de Tibériade à s'y installer110 dans le quartier dit des « Détritus »111, car il avait assigné aux Juifs la responsabilité de la propreté du mont du Temple112. Le statut de dhimmi que leur octroie le pacte d'Omar (VII ou VIIIe siècle) est un progrès par rapport au code de Justinien110. Toutefois, dans une société fondée sur la paysannerie, l'impôt foncier éloigne de nombreux Juifs du travail de la terre110.

L'urbanisation qui s'ensuit ne se limite pas à Jérusalem où une synagogue est construite113, des communautés importantes existent à Tibériade et à Ramleh, de nombreux Juifs étant venus de Babylonie114. À la tête de la communauté d'Eretz-Israel se trouve la Yeshiva de la terre d'Israël, située selon les époques à Jérusalem, Tibériade ou Ramleh. Elle adopte quelque peu le modèle des académies talmudiques de Babylonie, sans en avoir le prestige. Les directeurs académiques qui portent, comme leurs collègues babyloniens, le titre de Gaon sont reconnus comme dirigeants spirituels par les Juifs des possessions fatimides, comme l'Égypte et la Syrie, ainsi que par les Juifs d'Italie du Sud et de Sicile.

Tibériade conserve une communauté importante, qui compte en son sein deux des plus grandes familles de Massorètes, les Ben Asher et les Ben Naphtali. C'est donc probablement à Tibériade qu'a été fixé le texte massorétique de la Bible au IXe siècle115.

Au IXe siècle, le judaïsme de la terre d'Israël est profondément marqué par le karaïsme, un mouvement juif né en Babylonie, qui a fait sécession avec le judaïsme rabbinique dont il ne reconnaît pas le caractère sacré du Talmud. Si le témoignage selon lequel le fondateur de ce mouvement, Anan ben David, aurait émigré à Jérusalem, ne semble pas digne de foi, il est certain qu'un mouvement messianique, mené par Daniel al-Qumissi, entraîne un fort afflux de Karaïtes en terre d'Israël, et particulièrement à Jérusalem116. La synagogue karaïte est la plus vieille synagogue existante aujourd'hui dans la vieille ville de Jérusalem117.

Au Xe siècle, le géographe arabe al-Muqaddasi, originaire de Jérusalem, décrit une ville où les éléments juifs et chrétiens dominent, les premiers parmi les fabricants de monnaie, teinturiers, banquiers et tanneurs, les seconds parmi les physiciens et les scribes118. La ville est belle, mais la vie y est dure, en particulier pour un musulman119. Les Juifs dans le royaume croisé (1099-1291)

Le 15 juillet 1099, les Juifs de Jérusalem combattent les envahisseurs puis se réfugient dans leur synagogue et y sont brûlés vifs lors de la prise de cette ville par les troupes chrétiennes de Godefroy de Bouillon. Les chrétiens rétablissent l'interdiction aux Juifs d'habiter Jérusalem. Un nouveau massacre de Juifs se produit lors de la prise de Haïfa en 1104120.

Mais probablement, à cause de la présence chrétienne en Palestine qui rend le voyage possible, les Juifs d'Europe manifestent de nouveau leur intérêt pour la terre d'Israël. Juda Halevi121, médecin, poète, philosophe et rabbin espagnol, auteur des Odes à Sion ou Sionides122 est le premier à vouloir aller vivre sur la terre d'Israël mais il meurt en route pour Jérusalem. Benjamin de Tudèle, dans les années 1160, nous a laissé un témoignage unique sur la vie juive tout le long de ses immenses voyages et notamment en Palestine. Il consacre plusieurs pages aux Samaritains, vivant autour du mont Guerizim. Il nous apprend qu'il y a malgré tout, quelque 200 Juifs à Jérusalem, à la fin de la présence croisée dans cette ville, qui ont l'habitude de prier au Mur occidental et qui y exercent la profession de teinturiers, de même que douze d'entre eux à Bethléem. Il décrit aussi le tombeau des Patriarches à Hébron123, dont il dit qu'il s'y situait une synagogue du temps des musulmans, avant qu'il ne soit transformé en église Saint Abraham. En 1165, la famille du jeune Moïse Maïmonide, qui deviendra l'un des plus grands sages du judaïsme, fait aussi étape à Jérusalem dans sa fuite des Almohades.

La prise de Jérusalem par Saladin en 1187 permet le retour des Juifs qui en sont à nouveau chassés lors de l'occupation franque de 1229 à 1244. Toutefois, les persécutions en Europe incitent certains Juifs à aller s'établir en terre d'Israël. C'est le cas de nombreux érudits français ou espagnols, parmi lesquels des tossafistes, dont Yehiel de Paris, Samson de Sens, et Nahmanide sont parmi les plus illustres. Ce dernier découvre une Jérusalem en ruine (elle a été ravagée par les Mongols en 1260), et n'y trouve que deux Juifs, teinturiers de leur état. Avec quelques autres des villages avoisinants, ils forment le minyan, le chabbat124. Il y crée en 1267, la synagogue Ramban qui existe toujours. Il s'installe ensuite à Acre tenue par les Croisés jusqu'en 1291 et où prospère au XIIIe siècle une communauté juive, anéantie, comme toute la population, lors de la prise de la ville par les Mamelouks120. La domination des Mamelouks (1250-1517)

À partir du milieu du XIIIe siècle, les Mamelouks, dont la capitale est au Caire, en Égypte, dominent la Palestine. Les communautés juives se regroupent dans quelques villes, Jérusalem, Hébron et Gaza et autour de Safed en Galilée125. Les Juifs de la terre d'Israël ont à leur tête un Naghid ou gouverneur qui ne peut arrêter les émeutes anti-juives et les mesures discriminatoires125. Cela n'empêche pas quelques Juifs d'y émigrer à la suite de l'expulsion des Juifs de France en 1306126 ou aux massacres liés à la Peste noire. Une yechiva ashkénaze est fondée au XIVe siècle à Jérusalem125. À partir de la fin du XIVe siècle et de l'aggravation de la situation des Juifs en Espagne, une immigration séfarade se développe en Palestine, qui va marquer profondément le judaïsme palestinien125, alors même qu'à Jérusalem, les taxes et la famine conduisent une centaine de familles juives à quitter la ville vers le milieu du XVe siècle et que s'établit une certaine défiance entre Ashkénazim et Séphardim127.

En 1481, un voyageur de Florence, Meshullam ben Menahem Volterra, trouve 60 familles juives cultivant la vigne et des céréales dans des fermes autour de Gaza128.

À la fin du XVe siècle, un Juif italien, Obadiah ben Abraham de Bertinoro129 prend en main les destinées de la communauté juive de Jérusalem et y fonde ou refonde ses institutions administratives et charitables.

À la même époque, Joseph Saragossi, un rabbin fuyant l'Espagne, rejoint la communauté de Safed, qui compte alors 300 familles130 et y développe l'étude de la Kabbale. Les Juifs dans la Palestine ottomane (1517-1917)

En 1517, Selim Ier, sultan ottoman prend le contrôle de la Palestine. Or, son prédécesseur, Bayezid II avait ouvert les portes de son empire aux Juifs expulsés d'Espagne en 1492131. C'est par dizaines de milliers132 que les Juifs se réfugient dans l'Empire ottoman et vont contribuer à sa prospérité au XVIe siècle et à partir de 1517, en particulier en Palestine.

On estime à 10 000 personnes la population juive de Palestine au début de la domination ottomane, Jérusalem, Safed et Tibériade en étant les principaux centres133. Le rayonnement de Safed (XVIe siècle)

Les rabbins établis à Safed en Galilée marquent considérablement le judaïsme : l'un d'eux, le rabbin Yossef Karo, rédige une compilation de toutes les lois énoncées par le Talmud, appelée Choulhan Aroukh (hébreu : שולחן ערוך La Table dressée) qui règle la vie des Juifs pratiquants jusqu'à nos jours. Son collègue Salomon Alkabetz écrit le Lekha Dodi, un poème encore chanté au début du chabbat dans toutes les synagogues séfarades et ashkénazes par lequel la communauté souhaite la bienvenue au chabbat.

Cependant, c'est le développement de l'étude de la Kabbale qui fait le grand renom de Safed. La Kabbale est un mysticisme reposant « à la fois sur l'ésotérisme et la théosophie »134. Les plus éminents des maîtres de la Kabbale sont Moïse Cordovero, un rabbin espagnol établi à Safed, Isaac Louria, son élève, dont le disciple Haïm ben Yossef Vital compile l'œuvre dans le Sefer Etz Hayim (Le livre de l'arbre de vie).

C'est à Safed qu'est installée la première presse d'imprimerie hébraïque, par Abraham Askhenazi135.

Toujours en Galilée, Tibériade bénéficie aussi de l'influence auprès du sultan de Joseph Nassi, seigneur de Tibériade, qui fait reconstruire les murailles de Tibériade et y promeut l'industrie du ver à soie afin de faire revenir les Juifs sur la terre d'Israël, sans succès notable136.

Un peu plus tôt, vers 1540, avait été établie par le rabbin Malkiel Ashkenazi, à Hébron, la synagogue Abraham Avinou. Du XVIIe au XIXe siècle Hostellerie juive et synagogue de Jaffa (1740), à l'intention des pèlerins en route pour Jérusalem Synagogue Yohanan ben Zakkaï (XVIIe siècle), une des quatre synagogues séfarades de Jérusalem

Le déclin et le repli sur lui-même de l'Empire ottoman à partir du XVIIe siècle et un renouveau de l'hostilité anti-juive peuvent expliquer le déclin de la communauté juive palestinienne de cette époque137. Toutefois, cela n'empêche pas un lent mouvement d'établissement ou de pèlerinage en Eretz Israel.

Depuis le XVIIe siècle (et jusqu'à aujourd'hui pour les séfarades), la communauté juive d'Eretz-Israel possède à sa tête un grand-rabbin séfarade, appelé Rishon LeTzion (ראשון לציון-le premier à Sion)138, lui-même sous l'autorité du Hakham Bachi (« Sage en chef ») de Constantinople.

En 1660, les Juifs de Safed sont massacrés139. Ce qui restait de la communauté est anéanti par la peste de 1742 et le tremblement de terre de 1769135.

C'est à Gaza qu'en 1663, Sabbataï Tsevi qui se prétend le messie, trouve son plus fervent partisan, Nathan de Gaza, un Juif de Jérusalem, qui prétend être une réincarnation du prophète Élie. Nathan de Gaza parcourt le Moyen-Orient et le monde méditerranéen pour essayer vainement de convaincre les communautés juives de la justesse de cette cause. La synagogue Hourba (avant 1899) dans la vieille ville de Jérusalem Le moulin de Montefiore (1863) près de Mishkenot Sha'ananim

À Jérusalem, différentes communautés séfarades établissent quatre synagogues mitoyennes les unes des autres à partir du XVIe siècle : la synagogue Eliyahou Hanavi qui servait plutôt de lieu d'étude, la synagogue Yohanan ben Zakkaï au XVIIe siècle, la synagogue Istanbuli au XVIIIe siècle et la Synagogue Emtsai au milieu de ces trois synagogues. La plus ancienne synagogue ashkenaze de Jérusalem est la synagogue Hourba140. Le début de sa construction remonte à 1700 mais elle est interrompue par manque d'argent.

À Jaffa, une hostellerie juive est fondée en 1740.

Au début du XVIIIe siècle, la population juive de Jérusalem ne serait plus que de 1000 habitants mais une immigration continue la renforce quelque peu : un millier de Juifs de Pologne menés par un disciple de Sabbataï Tsevi, Juda Hahassid, au tout début du XVIIIe siècle puis des Italiens puis des Marocains en 1741. Vers 1760, Jérusalem est une petite ville de 15 000 habitants au plus dont deux à trois mille Juifs. Puis, dans le dernier quart du siècle, viennent des Juifs ashkénazes, disciples du Baal Shem Tov et du Gaon de Vilna. Une partie notable de cette population étudie la Torah dans les yechivot, à l'époque séfarades, et vit donc de subsides venus de la diaspora141.

En 1776, la communauté juive de Safed est refondée par des Juifs russes, suivis par des Ukrainiens135, disciples du Gaon de Vilna.

Dans la première partie du XIXe siècle, l'immigration ashkénaze des Peroushim (ainsi dénommés parce qu'à l'image des anciens Pharisiens, il se détournent des choses profanes) continue à se développer, et aboutit à la création d'une yechiva ashkénaze, puis d'une première synagogue ashkénaze (Menachem Zion) en 1837142.

En 1856, sur les 18 000 habitants de Jérusalem, 5137 sont juifs, dont 3500 séfarades et le reste ashkénazes, majoritairement des Peroushim142.

L'intervention de philanthropes juifs tels les Rothschild en Europe ou Yechezkel Reuben de Bagdad, ainsi que le soutien du roi Frédéric-Guillaume IV de Prusse permet la reprise de la construction et l'achèvement en 1864 de la synagogue Hourba.

La communauté juive de Jérusalem continue à bénéficier de l'intérêt de riches philanthropes de la Diaspora qui vont permettre son développement non seulement en la finançant mais aussi en défendant ses droits vis-à-vis des autorités turques : pami eux-ci, Moïse Montefiore se distingue en finançant en 1860 le développement du premier quartier juif hors les murs, Mishkenot Sha'ananim, près duquel s'étendra à partir de 1892 le quartier de Yemin Moshe143.

En 1873, est fondé toujours à Jérusalem, par des Juifs orthodoxes, le nouveau quartier de Méa Shéarim144. L'immigration en terre d'Israël avant Herzl (1860-1896) Bâtiment de Mishkenot Sha'ananim, aujourd'hui, une maison d'hôtes (1860)

Depuis le premier exil, les Juifs ont exprimé dans leurs prières leur désir de retour à Sion. Certains des plus religieux d'entre eux l'ont entrepris. On peut rappeler, au cours des siècles, les noms d'Ezra, de Hillel, de Juda Halevi, de Yehiel de Paris, de Nahmanide ou du Gaon de Vilna. Ceux-ci et leurs disciples cherchaient à mieux vivre leur foi sur la terre d'Israël. Les tentatives de refaire vivre l'agriculture de la terre d'Israël sont plus rares : la première connue est celle de fermiers à Gaza, rapportée en 1481 par Meshullam ben Menahem Volterra. On peut aussi citer celle de Joseph Nassi au XVIe siècle. Au XVIIe siècle, Moshe ben Joseph di Trani, rapporte que des Juifs palestiniens cultivent le coton, les céréales et les légumes pratiquent la sériciculture ou l'apiculture128. Mais les premières tentatives plus abouties remontent au XIXe siècle.

Si Moïse Montefiore aide au premier développement urbain juif hors les murs à Jérusalem dès 1860, la première tentative pérenne d'établissement agricole est due à Charles Netter, l'un des fondateurs de l'Alliance israélite universelle qui acquiert 250 hectares auprès du gouvernement turc et fonde, en 1870, la ferme-école de Mikvé-Israël (aujourd'hui un collège-lycée franco-israélien sur le territoire de la ville de Holon)128. Bâtiment administratif à Zikhron Yaakov (circa 1900)

En 1881, à la suite de l'assassinat d'Alexandre II, une vague de pogroms sanglants déferle sur l'Empire russe. Léon Pinsker, médecin juif polonais145, publie en allemand, en janvier 1882, sa brochure Auto-émancipation dans laquelle il dénonce la judéophobie (« Judophobie » en allemand)146 et promeut l'indépendance juive. Ces pogroms et ce texte sont à l'origine de la création de la société des Amants de Sion et de la première Aliyah (1881-1903)147.

C'est aussi en 1882 que les premiers établissements agricoles de Juifs russes et roumains sont créés en terre d'Israël, à Zikhron Yaakov et à Rishon LeZion. C'est l'aide financière et organisationnelle déterminante du baron Edmond de Rothschild qui permet le succès de ces établissements : à la fin du siècle, la population de Rishon-LeZion dépasse les 500 habitants et celle de Zihron Yaakov, près de 1000 habitants128. Edmond de Rothschild contribue ensuite à la fondation d'autres établissements comme à Metoula ou à Rosh Pina. Ils forment le noyau de ce qu'on appelle le nouveau Yichouv. Démographie

Bien que l'immigration juive en Palestine soit encore modeste, les chiffres fournis par la Jewish Encyclopedia montre une croissance nette de la population juive en Palestine, liée en partie au succès des nouveaux établissements agricoles, en partie à la continuation de l'immigration religieuse et en partie certainement à l'amélioration des conditions de vie de la minorité juive. La population juive de la province ottomane de Syrie-Palestine est de 70 000 personnes148 et celle de Jérusalem a cru de 7 000 personnes en 1862 à 30 ou 50 000 personnes en 1902, à tel point que les Juifs sont dès lors majoritaires à Jérusalem149,150. Renaissance de l'hébreu

Dans les années 1880-1900 débutent les travaux pour la renaissance de l'hébreu. Les immigrés juifs parlaient alors le yiddish ou la langue de leur pays d'origine. L'hébreu était réservé à l'étude des textes et prières bibliques et talmudiques. Eliézer Ben Yehoudah, issu d'une famille yiddishophone, immigre en Palestine en 1881 et se consacre à la renaissance de l'hébreu en commençant par en imposer l'usage à sa famille. Il rédige un grand dictionnaire hébraïque. Il se heurte aux oppositions de ceux qui préfèreraient l'allemand ou le français comme nouvelle langue nationale et de ceux pour qui l'usage profane de l'hébreu s'apparente au blasphème. Son premier succès est l'adoption de l'hébreu par le Technion, la nouvelle école d'ingénieurs de Haïfa, en 1913151 Les débuts du sionisme (1896-1917) Articles détaillés : Sionisme et Histoire du sionisme.

En 1896, officiellement à la suite des réflexions que lui inspire l'affaire Dreyfus, un journaliste viennois juif, Theodor Herzl, publie « L'état des Juifs » (Der Judenstaat) dans lequel il promeut la création d'un état pour les Juifs et en détaille les institutions et le fonctionnement. Il crée aussi l'organisation sioniste dont le premier congrès se réunit à Bâle en 1897 et qui va continuer son œuvre après sa mort en 1904. C'est l'organisation sioniste qui entérine le choix de la Palestine pour l'état des Juifs.

Le développement du sionisme combiné à la peur suscitée par les nouveaux pogroms à Kichinev, en 1903 et 1905, aboutissent à la deuxième vague d'immigration en terre d'Israël ou deuxième aliyah, qui amène quelques dizaines de milliers d'immigrants d'Europe orientale, parmi lesquels Yitzhak Ben-Zvi ou David Grün qui prend le nom hébreu de David Ben Gourion152. Quelques étapes importantes pour le développement du yichouv marquent cette période : la création en 1903 de l'Anglo-Palestine Company, à l'origine du système bancaire moderne en Palestine ; l'apparition des premiers partis politiques juifs, socialisants, en 1905 ; la création, en 1907, du Fonds national juif ou Keren Kayemet LeIsrael, chargé de l'acquisition des terres en Palestine, la création de Bar-Guiora, une organisation paramilitaire d'auto-défense en 1907153 ; la fondation de Tel-Aviv, en 1909, sur des dunes au nord de Jaffa ; la même année, la naissance du premier kibboutz à Degania152 et en 1912, l'inauguration du Technion à Haïfa, la première université en Palestine154.

Ce succès relatif de l'immigration juive en Palestine ne doit pas faire oublier qu'à la même époque, ce sont des centaines de milliers de Juifs qui préfèrent émigrer vers les États-Unis. Les sionistes restent minoritaires au sein du peuple juif, où les orthodoxes, coalisés dans l'Agoudat Israel, s'opposent très vivement à eux155. C'est aussi durant cette période qu'apparaissent les premiers signes d'opposition arabe au mouvement sioniste : en 1891, des notables hiérosolomytains protestent contre la vente de terre aux Juifs ; en 1908, sont fondés les premiers journaux nationalistes arabes Al-Karmel et Falistin156.

À la fin de la période ottomane, la population juive est estimée entre 56 000 personnes157 et 82 000 personnes158 et la population arabe à plus de 600 000 personnes159. Les Juifs dans la Palestine sous administration britannique (1917-1948) L'installation de l'administration britannique (1917-1922) Article connexe : Palestine mandataire. 1918. Soldats de la Légion juive, près du Mur L'émir Fayçal et Chaim Weizmann (à gauche, portant aussi une tenue bédouine)

La Première Guerre mondiale bouleverse la géographie du Moyen-Orient. L'Empire ottoman est allié aux empires centraux et les Français et les Anglais comptent bien profiter d'une défaite turque pour se partager la région. Les accords Sykes-Picot attribuent la Palestine à l'influence britannique. Ces accords n'empêchent pas les Anglais de promettre aux Arabes, un royaume indépendant et aux Juifs, la construction d'un « foyer national » en Palestine. Ce dernier est l'objet de la déclaration Balfour du 2 novembre 1917, inspirée par le chimiste et dirigeant sioniste Chaim Weizmann.

Sur le plan militaire, les Anglais, sous la conduite du général Allenby et avec la participation d'une brigade juive conquièrent la Palestine en 1917 et 1918 et nomment en 1920 une administration civile dirigée par un haut-commissaire civil Sir Herbert Samuel. En juillet 1922, la Société des Nations attribue à la Grande-Bretagne un mandat qui doit préparer la création d'un foyer national juif, tout en permettant à l'ensemble de la population de se gouverner156. Il précise par son article 2 que la Grande-Bretagne doit assumer « la responsabilité d’instituer dans le pays un état de choses politique, administratif et économique de nature à assurer l’établissement du foyer national pour le peuple juif (…) et à assurer également le développement d’institutions de libre gouvernement, ainsi que la sauvegarde des droits civils et religieux de tous les habitants de la Palestine, à quelque race ou religion qu’ils appartiennent »160.

Les sionistes avaient proclamé leur neutralité dès le début du conflit. Seuls Chaïm Weizmann et Zeev Jabotinsky voient que la guerre va radicalement changer les choses154. Ce dernier convainc les Anglais de créer un régiment juif (la légion juive), le 23 août 1917, qui regroupe 800 hommes et qui est envoyé en Palestine en février 1918161. Chaim Weizmann se consacre à la diplomatie et obtient des Anglais la déclaration Balfour. Il participe à la préparation de la conférence de la paix à Paris et il y signe, en 1919, un accord avec Fayçal, futur roi d'Irak162.

Malgré ces accords, les premières émeutes anti-juives se produisent en mars-avril 1920 à Jérusalem puis en mai 1921 à Jaffa et contre des établissements agricoles. Ces émeutes font plus de 50 morts et sont attribuées par la commission Haycraft nommée par les Britanniques à la colère arabe contre l'immigration juive156. Cela débouche sur la publication du premier Livre blanc, dit le livre blanc Churchill, visant à rassurer les Arabes, en limitant l'immigration juive. Mais ces émeutes débouchent aussi sur la création des unités de défense juive, la Haganah à partir des unités de l'organisation Hashomer.

Cette période est celle de la troisième Aliyah, suscitée par la déclaration Balfour et aussi les troubles d'Europe centrale et orientale, faisant suite à la Première Guerre mondiale. En 1921, est créé le premier moshav ou village coopératif de paysans indépendants dans la vallée de Jezreel163. Les Juifs dans la Palestine sous mandat britannique (1922-1948) De 1922 à 1939

En 1921, le Rav Kook est élu premier Grand-Rabbin ashkénaze de Palestine, au côté du grand-rabbin séfarade. Les Mizrahim, Juifs orientaux, sont dès lors assimilés aux séfarades, bien que leurs familles ne soient pour la plupart jamais passés par l'Espagne164. Il fonde en 1924, à Jérusalem, une yechiva, Merkaz Harav, qui se veut « favorable au sionisme, universelle dans sa vision des choses et son programme d'études »165. Par son influence, il contribue à l'émergence d'un sionisme religieux, jusque là marginal, voire inexistant.

Le 1er avril 1925, l'Université hébraïque de Jérusalem est solennellement inaugurée sur le mont Scopus en présence de Chaïm Weizmann, du général Allenby, de lord Balfour, du Rav Kook et du poète Haïm Nahman Bialik166. Cette université symbolise le triomphe des idées d'Eliézer Ben Yehoudah, qui était mort en 1922.

En 1920, avait été créée la Histadrout, la centrale syndicale des travailleurs juifs de Palestine, dont le premier secrétaire général est David Ben Gourion. En 1925 commence à paraître son journal, Davar.

En 1929, l'organisation sioniste mondiale crée l'Agence juive qui va aider à l'administration du foyer national juif, en vertu du mandat de la Société des Nations : pour assister la Grande Bretagne dans cet objectif, « un organisme juif convenable sera officiellement reconnu et aura le droit de donner des avis à l’administration de la Palestine et de coopérer avec elle dans toutes questions économiques, sociales et autres, susceptibles d’affecter l’établissement du foyer national juif et les intérêts de la population juive en Palestine, et, toujours sous réserve du contrôle de l’administration, d’aider et de participer au développement du pays. »160.

Cette période relativement paisible d'essor du Yichouv permet la quatrième aliyah, datée de 1924 à 1928, qui bénéficie de la politique des quotas américaine, limitant l'immigration aux États-Unis des personnes originaires d'Europe orientale.

La situation s'aggrave brutalement en 1929 avec de violentes émeutes antijuives à Hébron, Jérusalem et Safed, qui font près de cent-cinquante victimes juives et de quatre-vingt dix victimes arabes lors de la répression britannique156 selon le Dictionnaire Encyclopédique du Judaïsme et 136 victimes arabes et 135 juives selon Henry Laurens167. Pour la première fois depuis les Croisés, les Juifs sont obligés d'abandonner Hébron, leur seconde ville sainte où, d'après la tradition, sont enterrés Abraham et Sarah.

De nouveau, les Anglais nomment une commission d'enquête qui tend à dédouaner le grand mufti de Jérusalem de ses responsabilités156 et qui aboutit à un second livre blanc restreignant les acquisitions foncières et l'immigration juive168. Chaïm Weizmann obtient dès 1931 la quasi-annulation de ce livre blanc, ce qui va entraîner la confrontation directe des Arabes et des Anglais168. Rencontre avec Hitler en 1941.

Après une période de violents affrontements anglo-arabes, de 1933 à 1936, les Arabes constituent le 25 octobre 1936 le Haut Comité arabe, sous la direction du grand mufti de Jérusalem, Amin al-Husseini. Les Anglais répondent militairement en augmentant le nombre de policiers juifs et politiquement par une nouvelle commission d'enquête, sous la direction de Lord William Peel, qui propose un premier partage de la Palestine : une région juive (la Galilée et partie de la plaine côtière), une région arabe (Judée-Samarie et Négev) et une région sous contrôle britannique (Jérusalem)168. Les Juifs refusent le plan en espérant l'améliorer. Le Haut Comité arabe le rejette totalement, mais l'émir Abdallah de Transjordanie l'accepte168. Après l'assassinat du commissaire régional britannique en Galilée, la répression anti-arabe par les Anglais est très dure (plus de 5 000 morts), le Haut Comité arabe dissous et Amin al-Husseini exilé169. La vie culturelle

Cette vie politique violente s'accompagne pourtant d'un développement culturel important : l'hébreu devient la langue effective du Yichouv, c'est la langue de la presse et la littérature avec Bialik et Agnon (futur prix Nobel de littérature) qui obtient en 1934 le prix Bialik ; le théâtre Habima de Moscou s'installe à Tel-Aviv en 1928 et deviendra le théâtre national israélien ; les fouilles débutent sur le site de Massada en 1932 ; l'orchestre symphonique de Palestine, aujourd'hui orchestre symphonique d'Israël donne son premier concert en 1936 avec Toscanini au pupitre ; en 1938, Martin Buber s'installe à Jérusalem ; le journal Yediot Aharonot, aujourd'hui le plus fort tirage d'Israël, commence à paraître en 1939170. C'est aussi l'époque où s'élèvent les bâtiments de style Bauhaus de Tel-Aviv (la « Cité blanche »), aujourd'hui classés au patrimoine mondial de l'humanité par l'Unesco. Démographie

La cinquième aliyah, de 1933 à 1939, voit arriver un nombre considérable de Juifs allemands, qui fuient les Nazis et apportent avec eux capitaux et savoir-faire. La population de Tel-Aviv, créée en 1909, atteint 150 000 personnes en 1936159. La population de la terre d'Israël se monte en 1945 à 550 000 Juifs et 1 200 000 Arabes159. De 1939 à l'indépendance (14 mai 1948)

La révolte arabe conduit les Juifs à revoir leur stratégie de défense du Yichouv : les kibboutzim et moshavim s'équipent d'une enceinte et d'une tour de guet, la Haganah forme ses premiers commandos, et en marge du mouvement sioniste officiel, l'Irgoun, sous l'influence de Jabotinsky, s'engage à partir de novembre 1937 dans une politique de terrorisme systématique contre les civils arabes.

Devant les menaces de guerre avec l'Allemagne, les Anglais veulent éviter que les Arabes ne rejoignent les forces de l'Axe et publient en mai 1939 un troisième Livre blanc qui réduit drastiquement l'immigration juive en Palestine (10 000 visas par an pendant 5 ans et 25 000 visas de réfugiés et, de fait, seuls 15 000 immigrants arrivent en Palestine de 1939 à 1945169), qui interdit la vente de terre aux Juifs sur 80 % du territoire et qui promet la création d'un état palestinien indépendant dans les 10 ans169. Aussi, à la déclaration de guerre, Ben Gourion peut-il déclarer : « Nous ferons la guerre comme s'il n'y avait pas de Livre Blanc, et nous combattrons le Livre Blanc comme si la guerre n'existait pas »171. De leur côté, les Arabes acceptent les termes de ce livre blanc, même si le Grand Mufti de Jérusalem demande l'indépendance immédiate de la Palestine.

Pendant la guerre, des volontaires juifs de Palestine rejoignent les forces britanniques172 (c'est en combattant les Français de Vichy que Moshe Dayan perd un œil) et le 6 août 1942, les Britanniques, qui avaient voulu créer des unités judéo-arabes palestiniennes, annoncent, à la suite du peu d'empressement des Arabes, la formation de bataillons juifs puis, en 1944, la formation d'une brigade juive, qui est engagée en Italie en 1945172. Ces troupes juives se sont notamment illustrées près de Bir-Hakeim dès juin 1942, quand le général Kœnig fait saluer par ses légionnaires le drapeau d'un détachement juif, pour sa résistance face aux Allemands173.

Sur le plan politique, la guerre est marquée par la conférence sioniste du 11 mai 1942 à New York, qui proclame que la Palestine doit devenir un état juif (Jewish Commonwealth)174.

Dès mai 1944, l'Irgoun reprend ses opérations anti-britanniques et elle est rejointe par la Haganah en octobre 1945. Mais après l'arrestation de l'exécutif de l'Agence juive, le 29 juin 1946, la Haganah cesse la lutte armée contre les Britanniques que continue l'Irgoun et qui culmine dans l'attentat contre l'hôtel King David qui fait une centaine de morts.

Malgré les souhaits d'une commission d'enquête anglo-américaine d'accorder 100 000 visas pour la Palestine pour résoudre le problème des réfugiés, les Anglais interdisent toute immigration légale et la Haganah se consacre à favoriser l'immigration clandestine et 70 000 illégaux peuvent rejoindre, depuis l'Europe, la Palestine174. L'affaire de l'Exodus 1947, où 4500 réfugiés se voient contraints de retourner en Allemagne, bouleverse ainsi l'opinion mondiale.

La Grande-Bretagne confie alors le dossier à l'Organisation des Nations unies qui, avec le soutien des États-Unis et de l'Union soviétique et malgré l'opposition de tous les pays arabes, votent le plan de partage de la Palestine, le 30 novembre 1947, ce qui provoque des manifestations de joie de la part des Juifs et de colère de la part des Arabes de Palestine. Ce plan de partage divise la Palestine en trois secteurs, l'un arabe, l'autre juif et le troisième, la ville de Jérusalem, international.

Le 14 mai 1948, David Ben Gourion proclame l'indépendance de l'état d'Israël, immédiatement attaqué par les états arabes voisins. Les Juifs dans l'État d'Israël, de 1948 à maintenant Articles détaillés : Israël, Histoire d'Israël et conflit israélo-arabe. Dégagement de l'esplanade devant le Mur occidental en juillet 1967 Juifs d'Éthiopie au Mur occidental

Ben Gourion avait déclaré en 1937 : « J’ai toujours fait la différence entre Eretz Israël et un État en Eretz Israël »175 mais paradoxalement, avec l'indépendance de l'état d'Israël et la souveraineté des Juifs sur une grande partie de la terre d'Israël, les Juifs perdent accès au cœur de celle-ci, à la Judée, à la vieille ville de Jérusalem où ils s'étaient maintenus sous toutes les périodes de domination arabe ou ottomane, et au Mur occidental. Le 13 décembre 1949, Ben Gourion proclame Jérusalem capitale d'Israël, ce que n'accepte pas la communauté internationale, qui reste fidèle au plan de partage de 1947, qui donnait un statut international à Jérusalem.

En 1950, la Knesset (le parlement israélien) vote la loi du retour qui donne à tout Juif le droit d'immigrer en Israël.

En Israël même, l'opposition est et reste forte d'une part entre les Juifs orthodoxes représentés par les partis religieux et la majorité laïque et d'autre part entre les Séfarades et les Ashkénazes, au point même de susciter dans les années 1990 un parti religieux séfarade, le Shass face aux partis religieux ashkénazes176. Toutefois, Israël reste uni face à l'opposition extérieure et à l'autre grande difficulté à laquelle doit faire face le nouvel état, à savoir l'intégration de près de six cent mille réfugiés juifs devant fuir les pays arabes entre 1948 et 1962177. Israël sera même amené à organiser cette émigration avec l'Opération Tapis Volant pour les Juifs du Yémen en 1949-1950 et l'Opération Ezra et Néhémie pour les Juifs d'Irak en 1950-1951. La population israélienne qui était d'environ un million de personnes en 1948 atteint, en 1967, 2,4 millions d'habitants en 1967178.

La Guerre des Six Jours, du 5 au 10 juin 1967, donne à Israël le contrôle de toute la terre d'Israël sur la rive occidentale du Jourdain. Les Juifs ont de nouveau accès au quartier juif de la vieille ville et au Mur occidental. Toutefois, dès le 17 juin 1967, Moshe Dayan confirme au Waqf, (le conseil d'administration des lieux saints musulmans de Jérusalem) son contrôle du Haram al-Sharif, c'est-à-dire du Mont du Temple175.

La fin des années 1980 et les années 1990 voient une très forte immigration (plus d'un million de personnes) en provenance de Russie et plus généralement de l'ex-Union soviétique179, soit plus du tiers de toute l'immigration jamais reçue dans l'état d'Israël.

L'immigration des Juifs de Russie, dont certains n'ont de juif que le nom d'un grand-père, de même que le sauvetage des Juifs d'Éthiopie à travers les opérations Moïse et Salomon, remet dans l'actualité la question de savoir qui est juif. Elle peut être parfois résolue différemment par les autorités israéliennes et le grand rabbinat.

Les accords d'Oslo, signés à Washington le 13 septembre 1993, jettent les bases d'un état palestinien au côté de l'état d'Israël sur le territoire d'Eretz Israel, une des questions non résolues et très sensibles restant le statut des villes et villages établis par les Israéliens, à l'intérieur du territoire qui était jordanien dans les frontières de 1967. Israël doit-il les conserver ou doit-il les donner à l'état palestinien ? Dans ce dernier cas, faut-il évacuer leurs citoyens ou en faire des Palestiniens juifs comme il y a des Israéliens arabes180? Une autre question sensible reste le statut de Jérusalem dont les Israéliens et aussi les Palestiniens, depuis 1988, font leur capitale181. Ces questions restent d'autant plus d'actualité que le 29 novembre 2012, l'Assemblée générale des Nations Unies donne le statut d'État observateur non membre à la Palestine182.

La fin de l'année 2011 voit de violents affrontements entre ultraorthodoxes juifs et le gouvernement israélien à propos de la conduite des femmes dans les quartiers où ils vivent. Celles-ci y doivent se comporter suivant leurs principes très stricts, dont le non-respect peut entraîner des réactions violentes183.

En 2012, c'est l'arrivée à expiration de la loi permettant aux Juifs religieux d'éviter le service militaire qui fait polémique car le gouvernement et l'opinion se déchirent quant au contenu de la nouvelle loi qui devrait être votée avant le 1er août 2012184. En l'absence de nouvelle législation les Juifs orthodoxes doivent faire leur service militaire185.


Source : Wikipédia

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