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SynopsisModifier

Jérusalem, année 1161 : Le frère de l'Empereur de Transylvanie, le Comte Bathory, fait construire un manoir et s'y installe avec son épouse. Jérusalem, année 1171 : Le Comte Bathory est brûlé vif pour avoir commis des actes monstrueux. Mais est-ce réellement la fin ? Jérusalem, année 1191 : La fille du Comte, Nelya, revient au manoir avec son serviteur, Sebastian. Malik est chargé d'enquêter sur les raisons de son retour. Il ignore que ce n'est pas elle le danger... mais le manoir, et la malédiction qu'il renferme.  Mais lorsque Malik le découvrira, il sera déjà trop tard.

PersonnagesModifier

Malik, Altaïr, et Al Mualim sont des personnages d'Ubisoft.

Sébastien est un personnage tiré du manga Black Butler.

Black Mirror est un jeu PC développé par Futur Games et édité par Micro Application.

Sinon, le Compte Bathory (bien qu'inspiré d'un personnage historique réel), Neyla, Jamal et les autres sont issus de mon imagination (assez sadique parfois).

Chapitre 1 : Jérusalem, année 1171      Modifier

  • Monstre !

  • Assassin !

  • Tueur d'enfants !

Les insultes fusaient de toutes parts. Elles avaient pour cible un condamné, debout sur une carriole, les mains et les pieds enchaînés. Ce dernier, trop occupé à fixer sa destination finale, n'y prêtait pas attention. Il s'agissait du Comte Bathory, frère de l'Empereur de la Transylvanie. Stoïque, le regard lointain, il feignait de ne point voir la foule en délire qui, sans l'effort des gardes pour la contenir, se serait jetée sur lui pour le mettre en pièces. Le cortège avait traversé le quartier riche, sous les « A mort le monstre ! » et les « Qu'il brûle en enfer ! » des badauds. Toute la ville le connaissait, toute la ville le haïssait.

Pourtant, lorsqu'il était venu s'installer avec sa femme 10 ans plus tôt, nul ne le connaissait. Il avait fait construire un immense manoir au-dessus de Jérusalem, et avait même fait emménagé un jardin, une écurie et une serre autour du bâtiment. Les années avaient passées. Des atrocités furent commises en ce lieu. Au début, ce n'était que des rumeurs. La populace, voyant le Comte comme un étrange individu excentrique, bien que vicieux, n'y fit pas attention. Lorsque la vérité éclata, le monstre fut enfin révélé au grand jour.

En un instant, il fut exécré, et condamné à être brûlé vif sur la grande place. D'ordinaire, ce châtiment était très peu appliqué, en raison de la souffrance qu'il engendrait. Mais les crimes commis étaient si horribles qu'on était persuadé que le Comte n'était autre que la réincarnation du Diable. Satan ne régnait-il pas sur l'Enfer ? Qu'il y reste !


  • Vous avez tué mes filles ! Gémit une voix.

Arraché de ses pensées, le Comte baissa la tête. A côté de la carriole se tenait une femme d'âge mûr, en larmes. Le Comte eut un rictus. Elle était impure, cela sautait aux yeux. Aussi ne lui accorda-t-il qu'une brève attention.


  • Pourquoi ? Cria la femme désespérée.

Il lui jeta un regard dédaigneux.


  • Pour son sang, répondit-il d'un ton presque gourmand.

Atterrée, la mère resta sans voix.


  • Allez en enfer, murmura-t-elle, les yeux larmoyants.

Le monstre haussa les épaules.


  • L'Enfer... j'y suis déjà.

Il entrevit le tas de fagots qui se tenait sur une estrade au centre de la place et qui n'attendait que lui. Une pierre l'atteignit au visage. Il ne broncha pas, malgré le sang qui dégoulinait de sa tempe.

Une colère sourde l'envahit progressivement. Tout ça... c'était à cause d'elle. Si elle ne l'avait pas dénoncé... Il pensa aussi à l'Empereur, son frère, qui n'avait rien fait pour le secourir !

Le Comte serra les dents. A présent, il voyait clair dans son jeu. Avec sa disparition, plus aucune crainte de se voir renverser ! Traître. Sans oublier les serviteurs... ces hypocrites !

La carriole s'arrêta au pied de l'estrade. Deux gardes agrippèrent le Comte par les bras et l'amenèrent jusqu'au bûcher, avant de l'y attacher. De l'endroit où il se tenait, il pouvait voir toute Jérusalem le maudire. Il ressentit de la haine pour chacun de ses habitants. Un des juges leva les bras :


  • Comte Bathory, vous avait été rendu coupable de tortures et de meurtres envers des jeunes filles innocentes, ainsi que de nécrophagie et de cannibalisme. La sentence pour ces actes odieux est la mort. Que le feu vous purifie. Que Dieu ait pitié de votre âme !

Un jeune homme tendit au supplicié une croix de bois pour qu'il puisse l'embrasser. Le monstre lui cracha dessus. La foule entière retint son souffle, choquée. Au moment où le bourreau avança la torche, le condamné se rendit compte qu'il ne pouvait pas partir... pas comme ça... sans se venger de ceux qui l'avaient trahi et abandonné !

D'un coup, le bûcher s'enflamma. Alors que les flammes dévoraient sa chair, le Comte hurla une terrible malédiction, que seuls les spectateurs plus proches purent entendre. De sa bouche, jaillit sans fin des torrents de haine et de rage. Il semblait insatiable.

Enfin, dans un craquement sinistre, le feu l'enveloppa entièrement.

Chapitre 2 : Vingt ans plus tardModifier

Jérusalem, la ville sainte, objet de tout les désirs, dormait. Au-dessus d'elle, un manoir se dressait, tel un monstre. On raconte qu'en ce manoir des choses effroyables ont été commises, à tel point qu'on évitait de le regarder, de peur qu'il ne s'éveille et n' engloutisse la ville.

Vingt ans... Vingt ans que le maître du manoir avait été exécuté. 19 ans que le domaine restait inoccupé. La poussière et les toiles d'araignées en avaient fait leur royaume, les mauvaises herbes atteignaient même le toit. Mais cette nuit sonna la fin de leur règne. Car son nouveau maître était de retour... ou plutôt sa nouvelle maîtresse. La Comtesse Bathory, Nelya.

Sur la route de Jérusalem, une calèche noire tirée par quatre chevaux avançait péniblement sur la route rocailleuse. A l'intérieur, une jeune femme regardait le paysage, accoudée à la fenêtre. Les cheveux très longs et noirs, les yeux d'un vert brillant, la peau pâle, elle affichait une mine ennuyée. Elle n'était pas seule dans la calèche. En face d'elle, un jeune homme, très pâle également, les cheveux noirs encadrant un visage pointu, la regardait de ses yeux rouges foncés, l'air amusé.


  • Vous semblez bien joyeuse pour quelqu'un qui revoie son logis, fit-il remarquer, un sourire en coin.

Arrachée de sa rêverie, son interlocutrice le fusilla du regard.


  • Qui te permet d'ironiser sur mon sort ? Gronda-t-elle.

  • Mademoiselle, je me permet juste de vous rappeler que ce manoir que vous détestez tant n'est autre que votre propre maison, dit-il, humble.

  • Inutile de me le rappeler, Sebastian, je le sais mieux que quiconque. A présent, tais-toi, j'ai besoin de réfléchir.

Le dénommé Sebastian hocha la tête.


  • Yes, Comtesse.

Et il se tut. La jeune femme ne fit plus attention à lui et fixa de nouveau l'horizon. Sa maison... Elle se mordit la lèvre. Le manoir était tout, sauf sa maison. Il était la source de ses cauchemars, de son épouvante. L'idée d'y habitait à nouveau l'horrifiait. Pourtant, elle n'avait pas le choix. Entre s'y héberger et revenir sur ses pas... elle préférait la première solution. C'était son choix, elle devait l'assumer. Elle jeta un œil sur son serviteur. Bien qu'ayant la bouche fermée, ce dernier la dévisageait, le regard amusé. Sans doute était-il parvenu à la même conclusion. Elle l'avait certes ordonné de se taire, mais son regard rendait l'usage des mots inutile. Elle fut tentée de le sommer de baisser les yeux, mais se ravisa. Ça aurait été la preuve de son irritation. Elle adopta une autre tactique.


  • Sebastian, va préparer le manoir. Qu'il soit nettoyé de fond en comble. Ne déplace aucun meuble.

  • Bien, Mademoiselle.

Sans rien ajouter, il ouvrit la porte et sauta en marche. Soupirant d'aise, elle étendit ses jambes et sombra progressivement dans un sommeil lourd.

Où se trouvait-elle ? Elle l'ignorait. Les ténèbres alentours l'empêchaient de se repérer. Des battements sourds se firent entendre. Au loin, un loup hurla. Les battements s'intensifièrent. Prise de malaise, elle porta la main sur sa poitrine. Elle se rendit compte que ce qu'elle entendait n'était autre que les battements effrénés de son cœur.


  • Nelya... susurra une voix.

Incapable de bouger, elle se raidit. Ça se rapprochait.


  • Je t'attendais, Nelya...

Une main se posa sur son épaule.


  • Mademoiselle ?

Elle se réveilla en sursaut. Sebastian se tenait en face d'elle, une tasse de thé dans la main.


  • Je pense que cela vous ferait le plus grand bien, dit-il en la lui tendant.

Elle le remercia d'un hochement de tête et la porta à ses lèvres. Il attendit patiemment qu'elle ait fini de boire pour l'aider à sortir de la calèche.


  • Occupe-toi des bagages, lui ordonna-t-elle, j'ai à parler au cocher.

Tandis que son serviteur déchargeait les nombreuses malles du dessus de la calèche, Nelya se dirigea vers l'avant du véhicule et s'adressa au cocher :


  • Ton travail ici est terminé, dit-elle simplement.

Le cocher, un jeune adolescent arabe recruté dans une ferme près de de la Ville Sainte, passa nerveusement la langue sur ses lèvres.


  • Vous... vous n'avez plus besoin de moi ?

Il paraissait désemparé. Nelya eut un pauvre sourire.


  • Hélas, non. L'argent que je te dois se trouve dans une de mes mallettes, lorsque Sebastian s'en sera chargé, tu le recevras.

Alors qu'elle s'en retournait, le jeune garçon l'interpella :


  • Attendez !

Il descendit du véhicule et l'agrippa par le bras. Sebastian s'immobilisa, le visage soudain durcit. Calme, Nelya dévisagea l'adolescent.


  • Eh bien ?

Il déglutit difficilement.


  • Prenez-moi à votre service.

La voyant sur le point de refuser, il ajouta précipitamment :


  • Vous êtes riche, vous possédez des terres, un manoir et un domestique. Je ne vous coûterai pas cher ! Ma famille peine à se nourrir, je lui enverrai tout l'argent que je recevrais, et je me procurerai ma nourriture par mes propres moyens. Je dormirai dans vos écuries. Je m'occuperai de vos chevaux, je jardinerai pour vous. Par pitié !

  • Lâchez mon bras, dit-elle d'une voix neutre.

Il s'exécuta. Les traits de Sebastian se détendirent et il porta les bagages jusqu'au manoir. Sans faire attention à lui, Nelya regarda l'adolescent d'un air triste.


  • Vous devez être vraiment désespéré pour désirer travailler ici, murmura-t-elle.

Elle réfléchit un moment, les yeux dans le vague.


  • Soit, lâcha-t-elle enfin, je vous prends à mon service.

Le visage du jeune homme s'illumina. Elle leva un doigt.


  • Néanmoins, vous devrez observez certaines conditions, reprit-elle.

Il baissa la tête, craignant le pire.


  • Quelles qu'elles soient, je les accepterais, répondit-il, tel un futur condamné.

  • Tout d'abord, vous ne dormirez pas dans les écuries. Jadis, les serviteurs les plus importants possédaient leur propre chambre, au premier étage. Vous logerez dans l'une d'elles. Bien sûr, c'est vous qui vous chargerez de l'entretenir. Votre travail consistera à vous occuper du jardin, c'est-à-dire des écuries jusqu'à la serre. Contentez-vous juste d'arracher les mauvaises herbes et de nettoyer l'eau des bassins. Vous serez payé quatre pièces d'or par semaine. Votre famille recevra l'équivalent chaque mois. Vous ne travaillerez pas le dimanche. Vous mangerez dans la cuisine. Vous serez libre de déambuler dans le manoir excepté dans la cave et dans l'aile Est. Vous serez sous les ordres de Sebastian et de moi-même. Me suis-je bien faite comprendre ?

Bouche bée, l'adolescent hocha machinalement la tête. Ce n'étaient pas des conditions, c'étaient plutôt des bénédictions ! Pour un peu, il lui aurait baisé les pieds.


  • Votre nom ? S'enquit-elle soudain.

  • Jamal.

  • Bien. Jamal, conduisez la calèche près des écuries, derrière l'aile Ouest. Sebastian vous montrera votre chambre. Vous commencerez votre travail dès demain, à la première heure.

Elle entra dans le manoir. Elle resta figée sur le seuil. Le hall était resté tel que dans ses souvenirs. 19 ans que le drame c'était produit... 19 ans qu'elle avait quitté en hâte cet endroit maudit... Elle s'accrocha à la rembarre de l'escalier, puis lentement s'assit sur les marches. Sebastian toussota.


  • Mademoiselle. Je crains que ce ne soit pas une position convenable pour une Comtesse.

Nelya haussa les épaules. Il s'approcha.


  • Voulez-vous que je vous mène à votre chambre ?

En guise de réponse, elle se releva.


  • Ça ira, merci.

Sebastian hocha la tête.


  • Comme vous voudrez, dit-il, légèrement moqueur.

Elle le prit soudainement par le bras.


  • Tu connais la Fraternité des Assassins.

Ce n'était pas une question. Sebastian baissa humblement la tête.


  • Bien sûr, Mademoiselle.

  • Je crains que la Fraternité ne s'intéresse d'un peu trop près au manoir... et sur ce qu'il renferme véritablement. Si mes souvenirs sont bons, les Assassins possèdent un Bureau dans le quartier riche. J'aimerais que, dès demain, tu ailles voir s'il faut craindre une quelconque attention de leur part.

  • Oui, Mademoiselle. Et... s'il faut effectivement s'en préoccuper ?

  • Il est probable alors qu'ils envoient un espion. Dans ce cas, marque-le.

  • Comme vous voudrez, Mademoiselle.

Elle se rendit dans la chambre, au premier étage, dans l'aile Ouest. Guère spacieuse, elle était composée d'un lit à baldaquin face à la porte, d'une commode, d'une penderie, d'un pot de chambre et de quelques peintures. Une cheminée réchauffait la pièce. Nelya se déshabilla sans hâte, revêtit une robe de chambre et se coucha.

Malgré sa crainte des cauchemars, elle n'eut aucun mal à s'endormir.

Chapitre 3 : Au même moment, dans le bureau des Assassins de Jérusalem


Cela faisait longtemps que Malik était penché sur ses cartes, depuis la fin de la journée, pour être plus précis. Tout était bon pour retarder le moment du coucher, et éviter les sempiternelles apparitions de Kadar. Il jeta un coup d'œil à sa bougie, elle était presque consumée. A regret, il commença à ranger ses cartes et se prépara à passer une mauvaise nuit, quand un informateur vint tambouriner contre la grille.

  • Rafik ! Ouvrez vite ! cria-t-il.

Malik écarquilla les yeux. Il était devenu fou, ou quoi ! Furibond, il ouvrit violemment la grille. Sans lui laisser le temps de parler, l'informateur s'exprima si vite que Malik ne put le comprendre.

  • Si c'est pour nous faire repérer, autant articuler, fit-il sarcastique.

L'informateur reprit péniblement son souffle, puis articula du mieux qu'il put :

  • Le manoir... Il est de nouveau habité !

Abasourdi, Malik regarda dans la direction du manoir. Effectivement, de la fumée sortait des cheminées. Ils n'étaient pas les seuls à s'intéresser au domaine, des badauds, des gardes et même les archers fixaient la bâtisse, inquiets. Sans perdre un instant, Malik ordonna à l'informateur de rentrer chez lui. Lui-même rentra dans le Bureau, et envoya un pigeon à Masyaf pour informer le Maître de la nouvelle.

Songeur, Malik tapota la table du bout des doigts. Que savait-il du manoir ? Pas grand-chose, sinon que son maître, le Comte Bathory, avait été exécuté 20 ans plus tôt. L'année suivante, un terrible incendie avait ravagé l'aile Est. Il s'en souvenait parfaitement : il avait six ans quand, une nuit, lui et son frère avait été réveillé par une forte lueur provenant de Jérusalem, du manoir. La femme du feu Comte Bathory y perdit la vie. D'après ses sources, le couple Bathory avait eu une fille, qui devait avoir son âge aujourd'hui. Sûrement qu'elle était revenue.

Malik restait songeur. Lui, et ceux de sa génération, ignoraient quels crimes le Comte Bathory avait commis. Il avait bien interrogé les plus vieux Assassins lorsqu'il avait été « promu » Rafik, on n'avait pas daigné lui répondre. Qu'est-ce qu'à bien pu oser faire ce Comte pour mériter de brûler vif ? Même ceux qui étaient considérés comme les pires des hérétiques étaient épargnés de ce supplice.

Un bruissement de plumes le tira de sa réflexion. C'était un pigeon de Masyaf. Il déplia en hâte le message, qui lui ordonnait de se rendre à Masyaf, voir le Maître.

- Ainsi, le domaine des Bathory est de nouveau habité, constata Al Mualim.

Malik hocha la tête. Il s'était rendu sans plus tarder à Masyaf, où le Maître l'attendait. Celui-ci se tenait de dos, face à la fenêtre.

  • Maître ? Osa-t-il.

  • Oui Malik ?

  • Qu'a donc fait le Comte Bathory pour mériter un châtiment aussi cruel que le feu ?

Al Mualim resta un moment silencieux.

  • Il a versé le sang d'innocentes, se contenta-t-il de répondre.

  • N'est-ce pas le cas de toutes nos cibles ? Se hasarda à dire Malik.

  • En effet, mais là n'est pas la question, trancha le Maître. L'important est de savoir pourquoi sa fille a décidé de revenir après tant d'années.

  • Voulez-vous que je m'en occupe ?

Il le dévisagea un bref instant.

Je pense en effet que ce serait un bon choix. Tu t'en occuperas dès demain.

Chapitre 4 : Le lendemain

Bien qu'il soit rentré tard à Jérusalem, Malik s'était levé à l'aube et se préparait à aller au marché. C'était l'endroit idéal pour récolter des informations sur les Bathory, et ainsi commencer son enquête. Il en profiterait également pour s'acheter quelques victuailles. Il escalada tant bien que mal le mur et ferma la grille. En levant la tête, il eut la surprise d'apercevoir un étrange visiteur.

Un chat, noir comme la nuit, assis à quelques mètres de la grille, la queue repliée autour de ses pattes, aussi droit et immobile qu'une statue, qui le fixait sans ciller. Malik éprouva un vague malaise. Il n'était pas superstitieux, loin de là, mais la couleur de ses yeux, celle du sang, avait de quoi intriguer. D'autant plus que le félin dardait sur lui un regard qui ne lui plaisait pas du tout, un regard presque... goguenard.

Irrité, Malik secoua la tête. Un regard goguenard... et puis quoi encore ! Ce n'était qu'un stupide chat ! Pas de quoi devenir paranoïaque ! Il se dirigea vers l'échelle qui lui permettrait de regagner le sol. Il s'apprêta à l'utiliser, quand son regard tomba sur le chat. Ce dernier, toujours stoïque, ne le quittait pas des yeux. De loin, on aurait dit qu'il souriait. Malik écarta cette idée de son esprit, et une fois arrivé au sol, se dirigea vers le marché.

Lorsqu'il revint quelques heures plus tard, le chat était là, fidèle au poste. Il ne le quitta pas des yeux une seule seconde, pas même lorsque Malik se pencha pour ouvrir la grille. L'Assassin ne fit pas attention au félin, et s'engouffra dans le Bureau. Il posa les marchandises tout justes achetées sous le comptoir, saisit un parchemin et une plume, puis commença à écrire ce qu'il avait appris au marché : la fille du feu Comte Bathory était bel et bien de retour en tant que Comtesse Bathory. Elle n'était venue qu'avec un seul serviteur et quelques bagages. Elle avait embauché un jeune fermier des environs pour en faire son jardinier. C'était tout ce qu'il avait pu tirer des rumeurs qui circulaient. Certaines parlaient de sorcellerie et de malédictions, mais Malik ne les mentionna pas.

En revanche, il insista sur une information qu'il jugeait importante : la Comtesse Bathory recherchait du personnel pour entretenir le domaine. Peu de gens étaient enclins à accepter. Malik se proposa dans sa lettre pour infiltrer le manoir et en savoir plus sur la présence de la Comtesse à Jérusalem. Son bras manquant offrirait un mobile parfait pour son objectif.

Il remit la plume dans l'encrier, et relut la lettre avec attention. Quelque chose de doux le frôla. Il tourna la tête, et sursauta si fort que l'encrier alla s'écraser contre le sol. A côté de lui, se trouvait le chat, lisant sa lettre.

Non, il la fixait, il ne la lisait pas. Pourtant, Malik trouva son comportement étrange. Qu'il ne l'ai pas entendu entrer, c'était normal ; mais un chat ordinaire se serait rué sur la nourriture sous le comptoir, et sa manière de dévisager le parchemin... L'Assassin vit distinctement les yeux du félin parcourir les différents mots qui composaient la lettre. Là, contre toute attente, il comprit qu'il la lisait vraiment.

  • Va-t'en ! S'écria Malik en le poussant de la main.

Ça se passa très vite : il y eut un sifflement, un crachat, une brûlure sur le dos de la main...

Malik la retira vivement en poussant un juron. Médusé, il regarda sa main : une large coupure la traversait, quelques gouttes de sang s'en échappèrent. Il voulut s'en prendre au chat, mais celui-ci avait disparu.

Rageur, il empoigna un pigeon, lui confia le message et le jeta presque pour lui faire prendre son envol. L'oiseau s'envola sans demander son reste. Il ne restait plus au Rafik qu'à soigner sa plaie, et attendre.

Nelya avait passé une très mauvaise nuit. A plusieurs reprises, des cauchemars composés de sang et de flammes l'avaient réveillée en sursaut. Elle s'était levée peu après l'aube, et s'occupait de sa toilette. Nelya ne faisait pas partie de ses dames nobles soucieuses de leur apparence. Au contraire, elle les méprisaient : ces précieuses ridicules étouffées par l'étiquette et leurs frous-frous, fardées à outrance et s'évanouissant à la vue d'une araignée. Mais cela lui permettait de se changer les idées.

Elle enleva sa robe de chambre et mit son corset.

La famille Bathory était connue pour sa prestance quasi-parfaite, à savoir un dos droit et un ventre plat en toute circonstance. Inconnu du Moyen-Orient, considéré comme un instrument de torture pour les dames de Transylvanie, le corset permettait d'éviter les différentes malformations du dos (fréquentes à cette époque), mais également de mettre en évidence les atouts féminins, ainsi que forger une stature digne des plus grands nobles.

Nelya n'eut pas besoin d'aide pour l'ajuster convenablement. Elle sut qu'il était parfaitement réglé lorsqu'elle fut incapable de se pencher. L'ajustement était tel qu'il ne la priverait pas d'oxygène, tout en lui garantissant une posture exemplaire. Elle se vêtit d'une robe vert foncé, qui laissait ses épaules nues et serrait sa taille. Assise devant son miroir, elle s'efforça de cacher ses cernes avec de la poudre blanche. Les membres de la famille Bathory (dont l'Empereur était issu) avaient toujours eu un teint pâle, presque blafard. Heureusement, Nelya avait hérité de celui de sa mère : un teint se rapprochant davantage de la porcelaine que du cadavre.

On frappa à la porte.

  • Entrez, dit-elle.

La porte s'ouvrit, Sebastian entra.

  • Mademoiselle a-t-elle passé une bonne nuit ?

Il disait cela par pure politesse : il se doutait de la réponse.

  • Pas vraiment, répondit Nelya.

  • Lors des prochaines nuits, souhaiteriez-vous que je verse quelque drogue dans votre tisane ?

Elle posa son pot à poudre.

  • Seulement si tu m'entends me réveiller en sursaut. Pourrais-tu me coiffer à la mode de ce pays ?

  • Une tresse vous conviendrez ?

Nelya hocha la tête.

  • Ce sera parfait.

Sebastian s'approcha, prit une brosse et commença à coiffer les longs cheveux de la Comtesse.

  • Je vous ai préparé du lait à la cannelle, ainsi que du pain épicé pour votre petit déjeuner, commenta-t-il. Pour votre déjeuner, voulez-vous qu'il y ait une entrée, un plat et un dessert ?

  • Supprime l'entrée du déjeuner et du diner, exigea Nelya, je ne veux pas passer ma journée à manger.

  • Bien. Pour votre déjeuner, je prévois donc une cuisse de dinde dans sa jardinière de légumes ; pour le dessert, une tarte au citron, cela vous satisfait-il ?

  • Je suppose que tu a déjà acheté les ingrédients requis à ces préparations ?

  • Bien sûr.

Nelya se raidit légèrement.

  • Et... t'es-tu rendu au Bureau des Assassins ?

  • Oui, selon vos ordres.

  • Et donc ? S'impatienta-t-elle. Faut-il craindre une quelconque attention de leur part ?

  • Je crains que oui.

C'était à prévoir. Nelya resta silencieuse. La tresse finie, Sebastian posa la brosse et s'éloigna d'un pas.

  • Tu peux disposer, dit-elle.

  • Bien, Mademoiselle.

Et il sortit.

Soudain, elle fut submergée par la fatigue. Lasse, elle souleva un pan de sa chevelure, dévoilant une large cicatrice qui allait de sa tempe à son cou. Cette plaie lui rappelait le jour où elle avait tout perdu... ce maudit jour d'il y a 19 ans... Elle ferma les yeux. Elle vit des flammes danser devant elle. Elle les rouvrit. Son regard tomba sur la chevalière posée sur un coin de la commode. Sur une pierre bleue, une plume noire y était gravée. Le blason de sa famille. Nelya la fixa avec dégoût, puis se décida à la mettre sur son majeur gauche. Comme si elle avait le choix ! Si elle l'avait pu, elle l'aurait jetée par la fenêtre.

Elle sortit de sa chambre, traversa le couloir et, une fois devant l'escalier du hall, s'immobilisa. Au-dessus de l'escalier, le portrait d'une femme, lui ressemblant beaucoup. Honteuse, Nelya baissa les yeux, et descendit l'escalier avant de se diriger vers la salle de banquet.

  • Mademoiselle, il est grand temps d'aller vous coucher, fit Sebatian d'une voix douce, mais ferme.

Nelya releva la tête du livre de compte.

  • Il fait déjà nuit ? s'enquit-elle, étonnée.

Sebastian hocha la tête, un chandelier à la main.

  • Depuis plusieurs heures.

Elle ferma son livre. Après son petit-déjeuner, elle s'était rendu dans la bibliothèque, qui faisait office de bureau, pour vérifier les comptes, ouvrir les lettres reçues, informer la noblesse alentour de sa présence, etc... Elle n'avait quitté cet antre du savoir uniquement pour déjeuner et dîner.

Épuisée, elle sortit du bureau, Sebastian sur ses talons, et déboucha sur le hall. Elle monta l'escalier, et se dirigea vers sa chambre. Au moment d'entrer, elle se tourna vers Sebastian.

  • Demain, je m'occuperai de la serre, décréta-t-elle, que personne ne me dérange.

  • Bien, Mademoiselle. Passez une bonne nuit.

Il s'inclina légèrement et s'éloigna. Nelya le regarda disparaître dans l'obscurité.

  • Merci, toi aussi murmura-t-elle.

Malik, quant à lui, avait passé la journée à changer son bandage, tout en maudissant ce satané félin. Au début, seuls quelques gouttes de sang s'en écoulaient. Par la suite, cela s'intensifia, au point de le faire changer de bandage toutes les heures. Le soir venu, enfin, cela cessa aussi vite que ça s'était aggravé. Au même moment, un pigeon fit son apparition, un parchemin à la patte. De mauvaise humeur, Malik le lui arracha presque, provoquant le courroux du volatile.

  • La ferme, marmonna-t-il au pigeon qui protestait.

Il lut avec attention la missive. Elle lui ordonnait d'infiltrer le manoir dès le lendemain. Pour la première fois depuis des jours, Malik sourit.

Enfin ! Il allait pouvoir se rendre utile à nouveau ! Le manoir lui apparut soudain comme une opportunité, presque une bénédiction.

SIl se trompait lourdement.

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